Tétine, sucette, totote, suce et compagnie : l’incroyable histoire d’un accessoire de puériculture

Devons-nous donner une tétine à notre bébé ? Voilà une des premières questions existentielles qui nous a torturé lorsque nous sommes devenus parents. C’est donc avec amusement, grâce à Mme Déjantée, que  j’ai découvert un extrait de l’Art d’accommoder les bébés consacrés à la tétine. Avec humour, les auteurs Geneviève Delaisi de Parseval  et Suzanne Lallemand  esquissent  une éclairante histoire de la sucette.

Une sucette portant le texte "pull to sound alarm"

Image trouvée sur Mamapop

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’histoire du petit objet est tumultueuse. Une loi a même été votée en 1910 pour interdire la vente des sucettes en caoutchouc, (jamais appliquée cependant faute de décret d’application). En effet, jusqu’aux années 70, dans les manuels de puériculture la sucette,  c’est le mal incarné.

Médecins et éducateurs accusent la tétine de tous les maux : malpropre, malsaine, cause d’aérophagie et d’étouffement, la chose est à prescrire absolument. Du point de vue des auteurs des années 30 à 40, la sucette symbolise l’ignorance et le laisser faire maternel (on remarque au passage que bien sûr le père, lui, n’est jamais mis en cause…).

Le problème est que les parents, malgré l’anathème jeté sur la « suce », continuent de l’utiliser De plus en plus, se creuse un fossé entre les théories des pédiatres et la pratique… Dans les années 1970, les livres de pédiatrie sont donc bien obligés d’accorder une place différente à la sucette. petit à petit, sans se mouiller, les pédiatres sont amenés à reconnaître que cet objet peut avoir son utilité. Peu à peu « le besoin de sucer » s’officialise et entre dans les manuels de puériculture. Notamment, on se met à déconseiller aux parents les méthodes coercitives visant à empêcher l’enfant de prendre une sucette ou ses doigts en bouche. La tétine ne pave plus le chemin des enfers. Et les auteurs remarquent qu’on rend encore « responsables  les parents pour des mesures qui leur ont été « soufflées » par des spécialistes des manuels plus anciens »…

Ce qui est intéressant, c’est que l’histoire de la sucette est emblématique de cet « art d’accommoder les bébés »  si changeant selon les individus, et si relatif dans le temps et l’espace. Selon les auteurs, « c’est bien à la question : « la sucette, pourquoi ? » que le bât blesse et chaque auteur y répond –ou n’y répond pas- en fonction de ses fantasmes et convictions personnelles ».  Au fond, ce qui est mal vu, c’est que la mère ou l’enfant puissent avoir du plaisir. Et dans le cas de la sucette, ce plaisir est d’autant plus coupable qu’il est solitaire ! En clair, les manuels de pédiatrie expriment davantage sur l’inconscient et les propres frustrations de leurs auteurs qu’une réalité scientifique.

J’ai trouvé cet extrait intéressant et assez drôle. Après l’avoir lu, difficile de ne pas considérer les livres sur les bébés avec (encore plus) de circonspection !

Pour retrouver la version intégrale de ce billet, c’est par ici sur mon blog.

 

Si vous en voulez encore :

Chez la Poule Pondeuse, vous trouverez une présentation générale de l’Art d’accommoder les bébés

Sur le site des VI, La Farfa commente la partie de l’ouvrage concernant l’allaitement 

11 réflexions sur “Tétine, sucette, totote, suce et compagnie : l’incroyable histoire d’un accessoire de puériculture

    • En effet, la problématique est intéressante. Un phénomène semblable se produira-t’il pour le cododo ?

  1. Merci beaucoup d’avoir accepté de prendre en charge cet extrait!!! Moi aussi je l’avais trouvé savoureux!!! C’est exactement la force de ce bouquin: nous aider à prendre un peu de distance vis à vis de la fragilité des « vérités » de notre décennie en matière de puériculture…

    • C’est vrai qu’il faut relativiser, mais ce n’est pas toujours facile. On oublie les ravages que peuvent faire les normes édictées par les bouquins : j’ai discuté un jour avec une dame persuadée que son enfant n’était pas « normal » parce qu’il ne prenait pas son biberon aux heures exactes indiquée par ses livres ! Même moi, je me demande parfois qui deviendra mon Minidoux, élevé bien différemment (et beaucoup plus simplement) des bébés que je vois autour de moi. En tout cas, j’ai trouvé l’extrait trés intéressant, cela me donne envie de lire le reste.

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  3. Sucette or not sucette ?
    La question de tout nouveaux parents. Ici Mam’zelle pourtant assez accro la délaissé d’elle-même vers 20 mois; P’tit Lutin du haut de ses 40 mois est complétement accro et Miss S la refuse (le sein de maman c’est bcp mieux), sauf pour s’amuser (je là met dans ma bouche puis dans la tienne et ainsi de suite), 3 enfants et 3 réactions différentes pourtant, je n’est pas changer (du moins je pense) dans la manière de la présenter !!!
    Je citerais une sf qui, lors d’une prépa à l’accouchement, nous a dit : « Sucette, pouce ou rien, c’est vous qui voyez, mais dans le ventre de sa mère, bébé tête son pouce ….. »
    Bonne soirée

    • En effet, la passion de la sucette dépend beaucoup du goût de l’enfant, j’en suis persuadée. Mes Doux eux n’ont jamais réussi à prendre leur pouce, va savoir pourquoi…

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