L’assistance médicale à la procréation, perceptions, peurs et réalité [mini-débrief]

Les deux articles que je présente aujourd’hui abordent l’assistance médicale à la procréation (AMP) et en particulier la Gestation Pour Autrui (GPA). Le point de vue me semble cependant diamétralement opposé: D’un côté, un article du magazine L’Ecologiste  (magazine écolo radical et conservateur qui s’est par exemple prononcé contre le projet de loi sur le mariage homosexuel et l’homoparentalité), qui dénonce avec véhémence les dérives de la GPA mais aussi des techniques d’AMP, comme la fécondation in vitro (FIV) et le don d’ovocytes. De l’autre, l’ouvrage de Geneviève Delaisi de Parseval, qui se place du côté des couples infertiles ayant eu recours à ces techniques.

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article sur le marché de la procréation artificielle, partageant des données chiffrées et un point de vue humaniste que j’ai vivement apprécié. En voici quelques extraits qui parlent d’eux-mêmes.

En effet, les extraits partagés sont extrêmement choquants, en particulier sur ce qui concerne les coûts de l’assistance médicale à la procréation dans certains pays étrangers, les services totalement dérégulés et glissant dangereusement vers l’eugénisme qui sont proposés, et enfin les conditions révoltantes dans lesquelles vivent parfois les mères porteuses dans les pays où s’est développé le tourisme procréatif.

Toutefois, sans bien sûr prétendre détenir la vérité, et avec toute la subjectivité qu’induisent mes casseroles procréatives, je m’interroge sur la conclusion à tirer de cet article. Pour le magazine, il résulte de tous ces constats dramatiques que la Gestation pour Autrui est à bannir absolument, et que la méfiance est de mise à l’égard de ce qu’il appelle « la procréation artificielle ».

Personnellement, j’aurais tendance à conclure l’inverse.

D’une part, pour avoir eu un parcours un peu compliqué en AMP, ma perception en est bien différente, loin des anecdotes et des situations extrêmes relevant du sensationnel qui sont systématiquement dépeintes dans la presse. Il n’y a PAS, en France, d’AMP en dehors des cas pathologiques. Il n’y a pas de sélection eugénique des embryons, pas de choix du sexe du futur enfant. Il n’y a pas de design de l’enfant parfait. Il n’y a pas d’AMP « de confort » (pas plus que d’IVG « de confort »). Il y a des couples infertiles, qui peuvent faire le choix d’avoir recours à l’AMP, en principe gratuitement,  s’ils remplissent les critères (à mon sens trop) stricts posés par la loi.

Je pense qu’il est temps d’assouplir ces critères, parce qu’ils conduisent bien des couples à l’étranger, et alimentent le marché de la procréation tel qu’il est décrit dans l’article. En particulier, que les couples lesbiens soient contraints d’aller en Espagne ou en Belgique, et débourser des milliers d’euros me semble une rupture d’égalité. Et pour ce qui concerne la GPA, je suis de plus en plus convaincue qu’elle est envisageable en France, et même souhaitable, car plutôt que d’ouvrir la porte à toutes les horreurs décrites dans cet article, elle pourrait permettre aux couples d’avoir recours à cette technique en France, avec humanité, en évitant le piège du « marché » comme nous le faisons pour l’AMP, et de l’exploitation du corps des femmes en sélectionnant rigoureusement les « gestatrices » pour s’assurer de leur consentement éclairé. Pour ma part, je suis aussi en faveur de l’ouverture de l’accès à la parenté pour les couples homosexuels, qu’ils soient hommes ou femmes, et qu’il s’agisse d’adoption ou d’AMP.

C’est un point de vue que je partage avec Geneviève Delaisi de Parseval, dont parle notre second article.

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  • Ainsi Phypa  nous présente un ouvrage, disponible pour le prêt à la bibli volante: Voyage au pays des infertiles de Geneviève Delaisi de Parseval. J’aime beaucoup cette auteur qui a d’ailleurs déjà été citée ici (par exemple ICI et LA) à propos de son autre excellent livre L’art d’accommoder les bébés. Phypa nous dit:

Je ne pensais pas dévorer ce livre aussi vite, ni être tant touchée par toutes ces «tranches d’humanité» malmenées à la fois par la loi, et la technologie médicale.

J’ai aussi ressenti le tourbillon que vit la psychanalyste qui passe d’une histoire intime plus émouvante que la précédente à  la suivante tout au long de la journée.

Il s’agit donc de réflexions de l’auteur psychanalyste et spécialiste de bio-éthique, témoin de la vie de ses patients infertiles.

Après le premier article (qui m’avait bien contrariée), je dois dire que j’ai respiré. Car Geneviève Delaisi de Parseval raconte l’humain, sans jugement, et sais parler d’éthique sans pour autant tomber dans l’écueil du sensationnel.

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Et parce que, pour moi, l’humain, l’histoire de ces couples infertiles ne peuvent pas être exclus du débat éthique, je termine ce débrief par le témoignage d’une femme qui a choisi d’être mère porteuse. Ici au Royaume-Uni, la GPA est en effet, bien qu’assez peu encadrée, permise si elle est volontaire et sans contrepartie financière (bien qu’avec une « compensation » pour les frais et pertes causés du fait de la grossesse, limitée et contrôlée).

Bien sûr, cela ne règle pas tous les problèmes, puisque, comme pour les dons d’ovocyte, sans contrepartie financière, la demande de « surrogates » est bien plus importante que l’offre, et beaucoup de couples sont encore contraints de se rendre à l’étranger. On peut aussi s’interroger sur la réalité de la gratuité de l’acte, pourrait-il y avoir d’autres versements ou cadeaux, sous le manteau? Enfin il est difficile de créer un cadre légal qui permet de protéger tous les protagonistes quand la situation est si complexe et nouvelle.

Mais de très belles histoires sont nées grâce à la GPA, et l’on voit qu’en encadrant strictement la contrepartie financière, la motivation des mères porteuses est non pas l’argent mais l’altruisme, comme celle des donneuses d’ovocyte en France.

Le témoignage est issu de ce site web, d’une agence (à but non lucratif) mettant en relation des couples infertiles et des mères porteuses.

(traduction libre) Nous avons rencontré S&A en mai 2006, et nous sommes tout de suite bien entendus. Après plusieurs mois à attendre l’autorisation de la HFEA (NDLA: autorité de contrôle et de régulation de l’AMP au Royaume-Uni), nous avons suivi un traitement en vue d’une FIV en mars 2007. Nous avons eu la chance incroyable que cela fonctionne dès le 1er essai, et Thomas est né mi-décembre 2007.

Je sais que tout le monde se demande « Comment peut-on porter un enfant et ne pas vouloir le garder « . Je peux seulement l’expliquer en disant que c’est comme s’occuper de la fille de mon amie. Je l’aime tendrement, je m’en occupe avec autant de soin que si c’était la mienne, mais ce n’est pas la mienne, ça n’a jamais été. C’est ce qu’est Thomas pour moi, le bébé d’un ami. Un bébé que j’ai un peu plus aidé durant les premiers mois de sa vie, mais rien de plus.

Je suis extrêmement fière d’avoir été mère porteuse. Je n’ai pas le cerveau ou les aptitudes pour être médecin ou infirmière, ou de faire autre chose qui rendrait la vie des gens meilleure. Mais je peux être enceinte et porter l’enfant d’un(e) autre. J’ai fait en sorte que deux personnes deviennent parents, quatre personnes grands-parents, plusieurs personnes oncles et tantes, cousins, etc. Je sais que cette pensée me tiendra chaud, une fois vieille, que je serai heureuse d’avoir accompli quelque chose de bon. Et tous les souvenirs heureux que j’ai de ce parcours seront en moi pour toujours.

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Bonne lecture!

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Une réflexion sur “L’assistance médicale à la procréation, perceptions, peurs et réalité [mini-débrief]

  1. Merci beaucoup Drenka de ton débrief sur ce sujet difficile! C’est toujours très enrichissant de confronter les points de vue sur ces sujets au coeur des évolutions sociétales actuelles. J’espère que ces échanges pourront se poursuivre sur les VI!

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