Construire le chemin de la féminité que prendra sa fille

L’instinct maternel est souvent décrié. Et à raison.
Être femme, c’est un peu pareil : ce n’est pas si naturel, si inné.
On est femme comme on nous a élevé.
On est femme comme notre mère nous a appris à l’être.

On devient femme en regardant comment fait sa mère : la petite fille peut imiter sa maman qui se maquille, s’habille, se coiffe ou prend soin d’elle (l’Ours a d’ailleurs surpris ma Zouzou en train de s’épiler comme maman…).
On devient femme aussi en fonction de notre mère, de notre relation à elle, de ce qu’elle nous transmet ou pas dans le fait d’être femme, ce qui est bien ou ce qui ne l’est pas.
On en parlait dernièrement lors d’un billet écrit par Marie au sujet du fait de parler de la puberté à sa fille. Je trouve que cela est très important dans la transmission mère-fille, dans l’image que l’on a du fait d’être femme.

Je dis tout ça parce que je n’ai personnellement pas connu cette connivence. Le jour où j’ai eu mes règles, j’ai laissé un mot à ma mère. On n’en a jamais parlé.
Quant à ma sœur, ma mère lui a répondu qu’elle n’avait pas fini d’avoir des problèmes avec elle.
En somme, on jouait dans la même cour qu’elle, un rapport de force s’est installé…
De même jamais on a été acheté un soutien-gorge ensemble, du moins très tardivement (à 20 ans… et c’était fortuit).
Et puis être une femme pour elle, ce n’était pas un cadeau : elle a élevé ses 5 frères. Comme c’était elle la fille, elle a été déscolarisée. Elle a fait ce que son père disait.

Et moi, je me suis construite avec tout ça.
Du moins je ne me suis pas construite avec tout ça.
J’ai eu beaucoup de mal à me sentir femme et non plus fille. Je ne sais si j’y suis parvenue aujourd’hui.
Dire que j’ai des seins, des fesses, un sexe reste difficile pour moi.

Ce qui est certain : je ne veux pas donner cette image à ma fille.
Ma Zouzou, j’espère pouvoir lui donner autre chose.

Dans un ouvrage du Dr Danièle Flaumenbaum, « Femme désirée, femme désirante« , il y a justement un passage sur la construction sexuée de la petite fille (ainsi que la destruction de la fille au moment de la mort de sa mère). Parler sexe, ce n’est pas mon truc. Vraiment pas.

Avec ma Zouzou, je fais du chemin pour que cela lui soit naturel. Je nomme son sexe. Je lui dis qu’il lui appartient. Elle se lave d’ailleurs toute seule parce que son corps est à elle et qu’à partir du moment où elle est capable de faire sans moi, je n’ai pas à m’immiscer et toucher son sexe. Je la nettoie au moment du change, rien de plus.

Mais je me sens investie de la (lourde ?) mission de lui apprendre à être une femme.
L’auteur justement définit ce rôle :

« L’instruction de la fille a pour but de planter les graines de sa future féminité, de lui permettre d’inscrire dans les cellules de son corps la double vocation de son sexe : celle du plaisir et de la jouissance sexuelle qui la fera se sentir femme et celle de la reproduction qui la fera devenir mère. Les informations dont dépendent sa construction sexuée se modifieront et évolueront avec l’âge de l’enfant. L’important est d’avoir à l’esprit que la fille a besoin d’être promise à devenir adulte ».

Apprendre à devenir mère.
Apprendre à devenir femme.
Deux choses distinctes donc…
Pas facile…

L’auteur donne des repères dans l’évolution de l’enfant.
De 0 à 3 ans, l’âge de la dyade :

« Au cours de ses trois premières années, la petite fille évolue dans l’espace psychique de ceux qui s’occupent d’elle. Elle ne s’est pas encore séparée de ses parents : c’est la période de la dyade, qui est, pour le psychanalyste Didier Dumas, celle de l’originaire, au cours de laquelle l’enfant duplique non seulement la langue de ses parents, mais aussi leurs fonctionnements mentaux et leurs éventuels fantômes. (…) Le bébé fille construit ainsi une première représentation d’elle-même, de sa personnalité, et de son sexe. Elle trouve la confirmation de l’intuition qu’elle a de sa féminité, d’une part dans le plaisir ou le déplaisir de ses parents à ce qu’elle soit une fille et d’autre part, à travers les sensations que lui procure son sexe. Ces sensations de plaisir proviennent des échanges corporels et affectifs avec lesquels sa mère, son père, et ses autres tuteurs prennent soin de son corps, et plus particulièrement des zones érogènes que sont sa bouche et son sexe. (…) C’est que son sexe soit reconnu en tant que tel qui permet à la petite fille de le considérer comme faisant naturellement partie d’elle-même. »

« La petite fille commence par exprimer ses émotions et sensations en fonction du système de valeur de son entourage. Ce qui veut dire qu’à la période de la dyade, le fait de vivre dans le même espace qu’une mère qui a du plaisir à faire l’amour et à être mère se transmet automatiquement à sa fille. Mais rares sont les mères « fières du génie de leur propre sexe et de celui de leur partenaire ».

Aussi flippant que soit ce texte – tient encore la mère qu’on accuse, et puis entre 0 et 3 ans quoi, c’est tôt et du coup c’est peut-être trop tard -, il y a des solutions : VER-BA-LI-SER. Dire les choses permet de pallier le manque : « Non, on ne m’a pas appris à être heureuse d’être fille, d’être mère, mais moi, je vais t’apprendre ». Et il n’est jamais trop tard pour le faire. Jamais.

Car finalement, dans la vie, n’est-ce pas primordial pour que notre enfant soit heureux qu’il soit bien dans ses baskets et avec son sexe ? Qu’il voit le sexe, l’acte d’amour comme étant un cadeau de la vie ?
Je crois que je n’ai pas fini de réfléchir à ce sujet, notamment en continuant ce livre passionnant.

Et vous ? Vous y pensez ?

Kiki the mum

16 réflexions sur “Construire le chemin de la féminité que prendra sa fille

  1. C’est curieux, ma mère ne m’a pas non plus transmis plus que quelques fragments : certes, elle m’a félicité quand j’ai eu mes premières règles (sa propre mère l’avait giflé, une coutume à l’époque, tu parles d’une coutume, et elle avait été choquée, du coup au moins elle m’a transmis la fierté de passer un cap tout de même ), ont été évoqué les préservatifs et la contraception, la nécessité d’aimer celui avec qui on fera l’amour la première fois, mais nous n’avons jamais eu de vraie complicité de mère à fille… en tous les cas, ça ne m’a pas marqué comme tel… mais je sais que ma mère a des conflits ou avait des conflits avec sa propre enfance et son adolescence … peut-être était-elle tout simplement gênée et ne savait pas comment établir une relation saine et de confiance, ne l’ayant sans doute pas eu elle-même à ces âges-là… et nous savons tous combien il est complexe de créer des liens que nous-même n’avons pas connu ou d’aller à contre-courant de liens qui ne nous ont pas satisfait!
    Oui, je pense comme toi Kiki the mum que montrer l’exemple est déjà une belle part de notre tâche en ce domaine : transpirer l’amour par nos gestes et nos regards en fait juste ne pas nous cacher de notre amour avec notre compagnon (mari ou non, qui s’en soucie de nos jours, chacun son choix pour des raisons différentes), sans être trop explicites, ne pas avoir honte de notre tendresse et de notre désir l’un envers l’autre (et ça c’est très important à mon avis aussi : l’amour est un sentiment partagé dans un couple, sinon quel espoir leur donner ? ils apprendront bien assez tôt que certaines amours ne sont pas partagées, parfois très jeunes…) !
    Et comme toi je pense qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire, même si sans doute certaines périodes sensibles facilitent les choses …
    Merci pour ton article !

    • Merci pour ton témoignage Maybegreen et de rappeler encore que effectivement on ne peut donner que ce qu’on a reçu à moins d’un grand travail sur soi. Merci :)

  2. Ca alors, et bien moi aussi, j’ai laissé un mot à ma mère avec ma culotte tachée à coté et nous n’en avons jamais parlé au-delà. Ma mère est une personne intrusive et impudique dans ses relations et son quotidien. J’ai plutôt l’impression d’avoir, dans mon parcours de jeune fille et de femme, fait en sorte de ne pas lui ressembler et m’être construite seule. Et pour la maternité, j’ai fonctionné à l’instinct au fur et à mesure de l’arrivée et de l’évolution de mes bébés, dont la première a maintenant 16 ans et je me suis pas trop mal débrouillée pour l’instant, je trouve.

    • Intrusive et impudique… cela me parle. Mais personnellement, j’ai tellement souffert de ma mère, que je dévore les livres pour ne pas faire comme elle… Et j’ai toujours la peur de devenir comme elle… Encore du chemin à faire pour me détacher de ce passé.
      Tu me donnes beaucoup d’espoir en tout cas :)

  3. Merci beaucoup Kiki de ta contribution!!! J’avoue que c’est un sujet qui me tracasse assez du point de vue de ma Princesse… Je l’ai déjà dit ailleurs sur ce blog, mes premières règles n’ont pas été exactement un moment d’extase et de fierté…j’espère faire mieux et ce dès maintenant!!
    En ce moment, arrivée imminente de Brioche oblige, je dois répondre à beaucoup de questions de ma Princesse… on vient de visionner ensemble le documentaire L’odyssée de la vie… lorsqu’on en est arrivé au moment de la naissance, la Princesse m’a demandé de confirmer par où passait le bébé… est-ce que le docteur coupe le ventre? ouvre le nombril? est-ce que le bébé sort par les fesses? AHHHHH non il sort par la zézette!!! « Mais comment est-ce possible?? » m’a-t-elle dit: c’est beaucoup trop petit!!!! Bref, j’ai semé quelques graines pour répondre au mieux à ses craintes mais j’ai conscience que le chemin sera long!!!

    • Répondre c’est déjà énorme ! Et qu’elle puisse poser la question prouve qu’elle se sent en confiance et te sent ouverte à écouter ces questions ;)

  4. Ne paniquons pas trop, et pensons à la façon dont notre féminité s’est construite.
    La fusion avec la mère, et avec son ressenti n’est vrai qu’un temps, et toutes les rencontres de la vie nous façonnent.
    Le plus important est d’apprendre à nos enfants que leur corps n’appartient qu’à eux, et que c’est à eux de le respecter, d’en prendre soin, à eux et à eux seuls de décider de ce qu’ils en font.
    Pour le reste, soyons authentiques, et débrouillons nous pour que leurs questions ne soient jamais sans les réponses d’un adulte référent, même si ce n’est pas forcément nous.
    La question c’est d’être présente sans être intrusive, trouver la bonne distance

    • Peut être as-tu déjà vécu ce passage à la puberté avec ta fille? Sans rentrer dans les détails qui lui appartiennent, je pense que ça pourrait être intéressant que tu nous donnes ton ressenti de maman sur ce qui a pu l’aider ou non…

      • C’est un peu difficile pour moi d’en parler, tant je navigue à vue, entre le souvenir du comportement de ma mère qui m’avait profondément déplu, et ce que je souhaiterais apporter à ma fille .
        Très objectivement, je crois que ma mère a fait ce qu’elle a pu avec ce qu’elle avait elle-même vécu et ce qu’elle voulait m’apporter, mais moi je l’ai trouvée beaucoup trop intrusive, et j’ai toujours profondément refusé de m’identifier à elle.
        Alors j’essaie de répondre aux questions de ma fille sans les forcer, et surtout sans parler de ma propre expérience, justement parce que j’avais détesté la façon dont ma mère ramenait tout à elle-même, en me racontant son vécu, lorsque j’essayais de lui parler de moi.
        Mais très franchement, je ne sais pas du tout comment ma fille perçoit les choses, je me sens un peu comme un éléphant dans un magasin de porcelaine …

        • Merci de ta réponse… Si j’en crois ce que tu dis, c’est comme tout: on aura dans 20 ans (sinon jamais!) la réponse sur la pertinence de nos choix… :-)

          • Oui sans doute.
            Il faut bien se résoudre à l’évidence : une bonne partie de ce que nous transmettons nous échappe !

            • Toutes les rencontres nous façonnent, c’est clair, mais pour ma part, la relation à la mère reste l’essence même du « bon » fondement de l’image de la femme. A moins d’avoir une relation étroite et de confiance avec une adulte référente… Ce qui n’a pas été mon cas. Et comme tu dis, répondre est important, être authentique. Merci de tes commentaires Phypa :)

  5. C’est étrange, mais autant pour mes fils, dire « zizi » m’est venu naturellement, sans gêne, mais nommer le sexe de ma fille, au début, j’ai eu du mal… Je trouvais tous les petits noms ridicules… finalement, je me suis habituée à dire nénette mais longtemps ma fille appelait toute se zone intime « fesses ».
    Concernant ma mère, je ne me souviens pas avoir parlé de sexe avec elle… Elle m’a acheté un livre à 10 ans, m’a autorisé à lire « Girls » à 12 ans (là où j’ai appris ce qu’était le kamasutra…) et à 13 ans, quand j’ai eu mes 1ères règles, j’ai attendu 3 jours avant de lui dire. Je lui piquais ses grosses serviettes en cachette.

    • Même si ta mère n’a pas mis des mots, je trouve que ces actes sont forts de sens. Elle t’a donné les outils, comme elle a pu. C’est une jolie idée quand on ne se sent pas de mettre des mots ;)

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