L’aîné et l’arrivée d’un bébé – 2e partie

Je poursuis aujourd’hui, et termine, ma petite présentation du livre Relations frères-soeurs de Catherine Dumonteil-Kremer, entamée il y a 3 semaines.

Pour nous aider à comprendre la demande d’attention de nos enfants, l’auteure développe le concept du « réservoir affectif » de l’enfant :

Quand ce réservoir est plein tout va bien pour lui, il est aimant, joyeux et coopératif. Ce réservoir se vide assez vite : nous passons souvent à côté de ces demandes ; les enfants sollicitent des câlins, des jeux, des massages, notre présence, etc. Notre différons la réponse à ces besoins quelquefois parce qu’il y a d’autres enfants, d’autres tâches à effecteur, que nous sommes fatigués et soucieux – donc peu disponibles – et le réservoir de notre enfant continue à se vider. Or, plus son réservoir se videra, moins sa façon de demander sera appropriée, et plus il aura tendance à nous repousser tant il est en colère, en rage, même ! (page 85)

En-dehors d’un actuel frère ou sœur qui accaparerait mon attention, je reconnais bien là le type de colère que Pti Tonique peut parfois développer, nous repoussant de rage parce qu’il n’a pas été compris ou entendu en temps voulu – ledit temps voulu étant parfois relativement court, étant donné son degré de patience  . Dans ces moments-là, je commence à essayer de monter un peu la voix (sans m’énerver pour autant) pour l’interpeller, capter son attention. Puis je plaisante, je le chatouille, je le prends dans mes bras et même si ça ne lui plaît pas et qu’il se débat en râlant, je me débrouille pour faire un truc qui le fera rire. Et ça marche ! Je peux ensuite reprendre avec lui une activité de son choix, ayant ainsi été rappelée à l’ordre pour lui porter l’attention qu’il réclame. Après, je ne dis pas que ça sera aussi facile lorsque mon petit œuf Sioux sera là aussi mais pour l’instant, ça marche.

L’auteure cite toute une liste événements qui peuvent vider le réservoir affectif de l’enfant… et il y en a beaucoup ! Il peut s’agir de gros bouleversements (naissance, déménagement) comme de choses qui nous paraîtront plus mineures (le travail des parents, un départ en vacances, une séparation temporaire, etc). En sachant cela, le but est non pas d’éviter ces événements – souvent incontournables – mais d’être attentif aux besoins manifestés par l’enfant et d’y répondre le plus justement possible… et toujours en fonction de nos limites ! Car l’auteure est consciente que les parents vivent eux aussi des situations qui les vident parfois de toute énergie, de toute capacité de « parenter » sereinement. Elle précise :

Nos enfants n’ont pas besoin de parents qui se sacrifient, mais plutôt qui savent se dépasser lorsque le besoin s’en fait sentir et prendre soin d’eux-mêmes quand c’est nécessaire. (page 91)

La relation aîné-second

J’entends fréquemment les mères parler du second comme d’un enfant « facile » et sans histoires, alors que l’aîné est devenu si difficile à gérer quelques fois ! […] Lorsque les enfants ont trois ans d’écart, le second arrive en pleine période d’explosion de puissance de l’aîné, moment où il commence à montrer sa volonté propre à ses parents. Il commence à agir seul, s’agace lorsqu’il n’y arrive pas. Il est très proche de ses émotions et les décharge fréquemment. Malheureusement parfois il n’est pas compris par ses parents, qui comparent son attitude avec celle du bébé. Le bébé est tellement plus calme lui, il est si proche de sa mère, il ne pose pas beaucoup de soucis. Alors que lui est si réactif à tout ce qui l’entoure et en plus il lui arrive de s’en prendre au bébé, ce qui a le don de nous mettre très en colère, et de nous attrister. Le premier geste de violence que l’aîné reçoit de ses parents fait souvent suite à une agression du plus jeune par l’aîné.

Cette dernière phrase a attiré mon attention et j’espère être suffisamment maîtresse de moi-même pour ne jamais en arriver là, même si je me doute que se partager entre deux enfants très en demande risque d’être nerveusement très éprouvant.

L’auteure indique qu’il n’est pas souhaitable non plus de ne pas réagir aux gestes de violence potentiels de l’aîné, mais « punir l’aîné parce qu’il a agressé son frère ou sa sœur ne peut que dégrader encore plus les relations qu’il aura avec ce dernier. Dans son esprit, il est puni à cause de son cadet et les relations entre eux ne risquent pas de devenir paisibles ». Il convient donc d’être vigilant, d’anticiper autant que possible les risques de dérapage de l’aîné, de formuler son désaccord et empêcher physiquement l’aîné d’agir.

Elle propose également un jeu :

Quand un enfant vient de naître dans une famille et que l’aîné s’en prend à lui, proposez un jeu avec un poupon. Prenez-le poupon, et sautez dans le rôle d’une mère gâteuse à l’excès, prenez le dans vos bras et faites-lui des câlins : « Comme il est mignon ce bébé, tu as vu ? » Il y a des chances pour que votre enfant vous arrache le poupon et lui fasse subir des traitements divers. Poussez alors des cris de mère ou de père floué, des cris grossiers, il ne s’agit pas de jouer des rôles proches de la réalité, mais de déclencher l’hilarité.  (pages 116-117)

La gestion des conflits dans la fratrie

Lorsque les enfants sont plus âgés et en âge de se disputer franchement, l’auteure donne des pistes sur les moments où il convient d’intervenir ou pas et propose à nouveau une approche de leurs conflits permettant de préserver au mieux les liens entre frères et sœurs.

Elle évoque les phrases qui nous viennent habituellement : « J’en ai marre de vous entendre vous disputer toute la journée ! », « Toi, tu files dans ta chambre ! », « Puisque vous n’êtes pas d’accord sur le choix du film, vous n’en regarderez aucun ! », avant de dire :

Soyons lucides, c’était la manière de régler les querelles qu’adoptaient nos parents. En fait, il n’y avait pas de résolution du conflit, ce qui empêchait complètement les enfants de trouver des solutions par eux-mêmes ou avec le soutien des adultes. Les émotions étaient bloquées en nous parce qu’elles n’étaient pas acceptées […] Ils doivent se confronter à l’autre pour en tirer des conclusions sur ce qu’il est, se demander s’ils sont d’accord ou pas ce qu’ils peuvent accepter de lui. Les relations aux autres l’aide à se construire, à se connaître lui-même à s’affirmer. Dans ce contexte, évitons d’intervenir ! Mais restons vigilants, les yeux et les oreilles ouverts. (pages 107-108)

Pourquoi vouloir que nos enfants se disputent sans émotions ? Est-ce votre cas ? Quand vous vous disputez avec votre conjoint, le faîtes-vous placidement, sans colères, ou agacements ? (page 118)

Une façon d’intervenir…

Il se peut que les enfants fassent appel à vous – avant même que vous ne leur proposiez quoi que ce soit – pour vous prendre à témoin, vous demander de faire justice. Une façon de faire consiste à être présent, à poser des questions à chacun, à montrer son intérêt pour les protagonistes et pour leur histoire, sans jugement et sans idées préconçues. On peut leur demander ce qui pourrait aider à résoudre le problème, s’ils ont des idées sur la question. Immiscez-vous le moins possible dans le processus, soyez présent, attentif et subtil. Évitez de proposer votre solution comme la seule valable : « Seriez-vous d’accord pour que je propose moi aussi une solution ? » est une question que vous pouvez poser afin d’être sûr de ne pas vous imposer avec votre savoir et votre expérience d’adulte.

Il est évident que vous avez beaucoup d’idées sur ces questions, mais vos enfants veulent faire leur propre expérience. Et même si vous trouvez la solution choisie par eux totalement farfelue et que vous êtes convaincu que cela ne fonctionnera pas, ne commentez pas !  (page 113)

Je pourrais encore recopier plein de passages de cet ouvrage mais s’il vous intéresse, je vous laisse vous le procurer et y piocher ce qui vous conviendra.

De mon côté, je pense que ma prochaine lecture sur le sujet sera le livre de Faber et Mazlich… et je vous en reparlerai !

Madame Sioux

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5 réflexions sur “L’aîné et l’arrivée d’un bébé – 2e partie

  1. Merci beaucoup de ta contribution!!! Que de bons conseils… et pourtant, comme il est parfois difficile de les appliquer!!! L’épuisement d’abord (d’où la nécessité absolue de le prévenir!!), les bons vieux réflexes aussi (ceux qui nous font parler comme nos parents alors même que nous nous souvenons parfois en avoir souffert…!), la crainte de mal faire enfin (celle qui nous tenaille finalement toujours un peu lorsque nous décidons de remettre en question nos certitudes..!)…
    J’ai pour moi d’avoir garder une mémoire précise de mon enfance, pour ne pas dire de ma toute petite enfance…je me souviens du mélange de colère et de tendresse à la naissance d’un petit frère ou d’une petite soeur; je me souviens de ce sentiment de deuil à l’idée de ne plus être le tout petit de se sentir trop grand et trop inintéressant; je me souviens d’avoir été remballée malgré ma volonté de bien faire et de pouponner ces nouveaux bébés; je me souviens des frustrations, des colères, des menaces malgré le fait d’avoir grandi dans une famille très très banale!!! J’espère donc en faire aujourd’hui bon usage!!!

  2. L’image du réservoir d’affection est très intéressante… A appliquer quand l’enfant est encore unique d’ailleurs…Cela complète à merveille ton billet précédent sur ce livre qui donne des pistes concrètes d’action et d’aide. Il faudra en effet réussir à gérer la fatigue mais je garde tout ça bien en tête pour le jour où…

  3. Pingback: Ouvrons grand nos oreilles {mini-débrief} « Les Vendredis Intellos

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