L’Espagne et la fessée

Si un enfant vit dans l’hostilité, il apprend à se battre
Si un enfant vit dans le ridicule, il apprend la timidité
Si un enfant vit dans la honte, il apprend la culpabilité
Si un enfant vit dans la critique, il apprend à condamner
Si un enfant vit dans la tolérance, il apprend à être patient
Si un enfant vit stimulé, il apprend à avoir confiance
Si un enfant vit dans l’équité, il apprend à être juste
Si un enfant vit en sécurité, il apprend la foi
Si un enfant vit dans l’approbation, il apprend à s’aimer lui-même
Si un enfant vit dans l’acceptation et l’amitié, il apprend à trouver l’amour dans le monde!

[Juan Carlos Carmona]

Il y a quelques semaines, je partageais ici mon ressenti lorsque j’avais assisté à une scène malheureusement encore trop habituelle aujourd’hui.

J’ai eu envie d’y revenir suite au commentaire déposé par Madame Déjantée qui se demandait depuis quand la fessée était-elle interdite en Espagne. Voici donc aujourd’hui, ma participation aux Vendredis Intellos avec un résumé informatif sur le sujet.

Tout d’abord, un châtiment corporel (la « fessée ») est une forme de punition qui consiste à infliger délibérément une douleur physique à une personne, dans le but de modifier son attitude et lui imposer une certaine discipline. Les châtiments corporels ont été utilisées tout au long de l’histoire comme une méthode éducative, autant sur des enfants par leurs parents que sur des adultes par les autorités gouvernementales. Leur admissibilité et leur légalité a évolué, leur conférant ainsi l’aspect négatif que nous leur connaissons aujourd’hui. Les châtiments physiques sont actuellement interdit dans 12% des pays du monde, le reste considérant qu’il n’y a pas lieu de rendre illégal ce genre de pratique.

 

« L’acceptation sociale du châtiment physique est un fait. Battre ses enfants est une pratique admise à tous les niveaux socio-économiques. »

 

En France, le débat sur l’interdiction de la fessée est redevenu d’actualité lorsqu’en 2009, la pédiatre et députée UMP Edwige Antier annonçait son intention de déposer un projet de loi visant à interdire la fessée ainsi que tout autre châtiment corporel , au sein de la famille, de l’école et de tous autres lieux.

 

« Nous pouvons maquiller la réalité, la vérité est que notre société condamne toute forme de violence, excepté lorsque la victime est un enfant. »

 

La Suède fut le premier pays européen à intégrer dans sa législation l’interdiction du châtiment physique au sein de la famille (1979). D’autres pays ont suivi: Norvège, Finlande, Danemark, Autriche (1989), Chypre, Lettonie, Croatie, Allemagne (2000), Bulgarie, Grèce, Hongrie, Italie (1996), Hollande, Portugal, Roumanie, Espagne (1990).

 

En Espagne, cette Convention fut ratifiée en 1990 et depuis, le Code Pénal punit sévèrement tout type de violence exercée envers un enfant. Malheureusement, le Code Civil n’est pas suffisamment clair à ce sujet et il y a encore beaucoup a faire pour que les familles prennent conscience qu’éduquer n’est pas punir… 

 

Fessee.jpg

 

« La violence envers un enfant nous semble davantage acceptable lorsque l’agresseur est un parent ou même un professeur que lorsqu’il s’agit d’un inconnu. Et pour l’enfant? Qu’est-ce qui est plus acceptable? L’agression d’un inconnu provoque douleur physique et peur. Mais, ton propre père! A cette douleur et à cette peur s’ajoute alors la stupéfaction, la confusion, la trahison, la culpabilité. Un inconnu blesse seulement ton corps, tes parents blessent également ton âme. » [Carlos González, « Bésame mucho »]

 

Comment se traduit dans la réalité l’application d’une telle loi?

 

Je me souviens d’un fait divers qui avait eu lieu en Andalousie il y a déjà quelques années. Une mère aurait eu la main « légère » sur son fils de neuf ou dix ans et aurait été dénoncée par une personne de son entourage. Elle s’était fait retirer la garde de son enfant pendant deux ans avant de la récupérer suite à une longue procédure et surtout grâce à la mobilisation de nombreuses associations. Une fois son enfant de retour à la maison, le cauchemar n’en était pas terminé pour autant… À partir de là, elle avait perdu toute son autorité sur son fils devenu pré-adolescent. Il lui rendait la vie impossible, la menaçait continuellement de la dénoncer si elle lui refusait ce qu’il lui demandait (argent de poche, sorties, etc…). Suite à cela, elle s’est vue contrainte de demander une mise sous tutelle de son fils car elle n’était plus en mesure de l’éduquer correctement. Elle exigeait alors la responsabilité des institutions qui étaient responsable de cette situation mais je ne peux pas dire davantage sur le sujet car cela n’a pas eu de suite médiatique.

 

Cet exemple nous permet uniquement d’affirmer qu’une loi interdisant la fessée n’est pas suffisante pour faire changer les mentalités. C’est une prise de conscience globale qui est nécessaire, un soutien aux parents manquant de ressources éducatives car ayant reçu eux-mêmes une éducation basée sur les punitions. Il faut insister sur les effets négatifs de ce genre de pratiques malgré la résistance au changement des institutions conservatrices

 

« Est-ce que je suis donc en train de dire que l’on ne peut jamais, pour aucune raison valable, lever la main sur un enfant? Exactement. Et comment pouvons-nous alors imposer une discipline? Imaginez que votre fils fait la même chose dans quinze ans. Vous ne pourrez pas le frapper parce qu’il sera plus fort que vous. Comment pourrez-vous résoudre la situation? Voilà, il n’y a plus qu’à s’entraîner!

 

Une mère ordinaire

 

Sources:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%A2timent_corporel

www.guiainfantil.com/educacion/castigo/index.htm

La députée UMP Edwige Antier veut interdire la fessée

 

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6 réflexions sur “L’Espagne et la fessée

  1. Grand débat, je pense que les français sont surtout contre le fait que l’on leur impose au sein de leur foyer des règles, ce que je peux comprendre. Je trouve que la fessée ne devrait pas exister mais que cela doit venir des mentalités et non d’une loi. Car de toute façon, honnêtement, qui ira voir ce qui se passe réellement chez les gens une fois la loi votée ??? il faut changer la façon d’éduquer et cela passe par le dialogue, la communication, sur la remise en question de soi et de son éducation

    • Je suis d’accord, la loi, c’est un barrage psychologique parce que chacun continuera à faire comme il veut chez lui. Mais c’est un barrage symbolique aussi. Une façon que l’on arrête de dire qu’un coup de boule, c’est grave, une fessée c’est pas grave. Enfin qu’il n’y ait plus moyen de tergiverser sur le degré de violence (et d’humiliation) engendré par un coup, par exemple quand un instit dérape et en colle une à un élève : qu’il ne puisse pas dire « je ne lui ai même pas fait mal » ou autre.
      Enfin, j’ai jamais vraiment réfléchi à si j’étais pour ou contre une loi dans ce sens mais je pense que ça commencerait à calmer certaines personnes, à faire un peu réfléchir sur la portée du geste, même si l’évolution des mentalités prendra BEAUCOUP de temps…

  2. Le problème est donc là car la loi existe au niveau pénal mais sa mise en application au niveau du code civil en est très loin… Le cheminement des mentalités sera long mais l’essentiel est bien de susciter le débat pour inviter à la réflexion!

  3. Merci beaucoup de ta contribution que je m’empresse d’aller découvrir chez toi!!! Je pense aussi qu’il est intéressant de regarder concrètement à quelles évolutions la promulgation d’une telle loi peut conduire… selon les pays, les modes d’application, etc…

  4. Je ne sais toujours pas quoi penser d’une législation en la matière, qui risquerait de culpabiliser les parents et d’inciter à la délation, plutôt qu’à l’éducation. Mais je suis tellement, tellement d’accord sur les méfaits de cette pratique !

  5. Pingback: Encaisser, pas taper, jouer [mini-débriefing] « Les Vendredis Intellos

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