Notre enfant, centre de notre univers ?

Il y a une remarque de ma mère, maintes fois répétée depuis que Pti Tonique est né, qui me trotte toujours dans la tête, à défaut d’avoir pu en trouver le sens : « Aujourd’hui, l’enfant est le centre de tout » ou encore « Les parents sont beaucoup plus centrés sur leur enfant qu’avant« .

Well well well… Que faut-il comprendre par « l’enfant est au centre de tout » ??

Que l’on fait chaque jour en sorte de répondre au mieux à ses besoins, quitte à se sacrifier un peu au passage (c’est ce la maternité m’a appris de plus géant, le « don de soi »… et pas qu’un peu !) ? Je ne suis pas sûre que ça soit ça, étant donné les souvenirs de l’investissement parental de ma mère, je pense pouvoir dire que nos besoins passaient souvent avant tout, même si elle-même ne le formulerait peut-être pas comme ça.

Alors de quoi s’agit-il? Demande-t-on trop son avis à l’enfant sur tout ? C’est sûrement un peu vrai et je suis convaincue que l’enfant ne peut pas être décisionnaire dans de nombreux domaines (vêtements, alimentation, etc) avant un certain âge – même si je me surprends à questionner mon fils lors des repas pour lui proposer plusieurs choix tellement il est difficile de le faire manger en ce moment (mon excuse, c’est que je m’adapte à la situation pour qu’il ait quelque chose dans le ventre avant d’aller au lit mais dès que possible, on redresse la barre hein !!). Mais pour autant, cela ne signifie pas lui imposer notre choix aveuglément et sans prise en compte de ses sentiments.

Cela signifie-t-il donc que l’on adapte nos activités et le rythme de nos journées à celui de l’enfant pour lui permettre de prendre du repos et lui éviter la sur-stimulation? Personnellement, ça me parait être du bon sens que d’agir de cette façon, je ne vois pas comment faire autrement – à quelques exceptions près – pour élever un enfant sereinement (mais ça n’engage que moi).

Alors quoi ?

J’ai voulu plusieurs fois faire des recherches sur cette notion mais je ne savais pas comment m’y prendre ni à quelles sources me vouer.

Et puis il y a quelques jours, je suis tombée sur un passage du livre « Relations frères-sœurs » qui abordait cette question en quelques phrases. Ça me paraît être un début…

Voyons ce que l’auteure nous dit :

Dans son livre The continuum concept, Jean Liedloff fait référence à une idée difficilement traduisible, le « child centeredness ». En Occident, nos enfants en sont fréquemment victimes. Plutôt que de vivre avec nous, contre nous, tout en participant à nos activités quotidiennes, nos petits sont au centre de la famille, observés sans cesse, cibles d’attentes quelquefois surréalistes. Ils se nourrissent, dorment, jouent aux heures décidées avec soin par les adultes alors qu’ils pourraient très bien vivre au même rythme que leurs parents tout en manifestant ce dont ils ont besoin. L’effet « child centeredness » peut être amplifié lorsque nous n’avons qu’un seul enfant. Nous nous focalisons sur lui parce qu’il est seul. Il réveille nos vieilles souffrances de différentes manières. Il est alors possible qu’il reçoive une plus grande quantité de violence de la part de parents qui ne savent pas encore comment faire autrement, ces derniers ignorant peut-être d’où leur vient cette immense colère. Ils sont également fragilisés par leur entourage familial qui s’attend lui aussi à ce que les parents s’en sortent naturellement très bien et sans soutien.

Relations frères-sœurs – du conflit à la rencontre, Catherine Dumonteil-Kremer, Poches Jouvence, page 16.

A la lecture de cet extrait, la première chose qui m’est venue à l’esprit, c’est : « Faudrait savoir !!!« . Les parents qui, à la naissance de leur enfant, poursuivent leur vie « comme si de rien n’était », gardant leur propre rythme et attendant de l’enfant que celui-ci se calque dessus, sont taxés d’irresponsables, immatures incapables de prendre en compte le rythme biologique d’un nouveau-né. Et là, on nous dit, si j’ai bien compris, que c’est ce qu’il faut faire, et que l’enfant saura réclamer ce dont il a besoin en temps voulu ?! Mouais… En plus, je sais pas de quelle tranche d’âge on parle mais moi, mon fils, ça m’arrange bien qu’il aille se coucher à un moment donné et que nos rythmes soient en décalé pour que je puisse souffler !!

et comment on fait pour continuer à vivre à son rythme quand on en a un comme ça qui réclame jeux et attention permanente ?

D’un autre côté, j’ai lu le Concept du continuum, c’est un livre qui m’a beaucoup confortée dans ma vision de la parentalité et je comprends le fait que l’enfant doit participer à la vie et non pas être le centre de l’attention de ses parents, parce que c’est anxiogène et parce qu’il s’ennuie dans ce cas, lui qui veut découvrir le monde.

Malgré toutes ces réflexions, je reste perplexe lorsque je connecte tout ça à mon cas de figure. J’ai sûrement été hyper centrée sur mon fils les premiers temps, perdue et angoissée que j’étais, mais depuis, j’ai plutôt l’impression de chercher à le faire participer au grand cycle de la vie (rien que ça !) et non de l’enfermer dans sa position d’enfant (premier né qui plus est), centre du monde de ses parents.

N’ai-je pas le recul nécessaire sur ma façon de faire ?

Et vous, que comprenez-vous dans cette expression, qu’avez-vous l’impression de faire avec vos enfants ?

En tous cas, c’est décidé, la prochaine fois que ma mère me sort cette phrase, je lui demande d’expliciter, d’exemplifier, et à mon tour je ressortirai ma vision de mon enfance, pour voir si la comparaison tient ou non la route. En plus, on aime bien les joutes oratoires avec ma maman.

Madame Sioux

6 réflexions sur “Notre enfant, centre de notre univers ?

  1. oulala je commence à répondre et puis j’efface et puis je recommence… bref je n’arrive pas à formuler de manière courte.. tu as soulevé qqch là ;-) peut etre que je ferais un article d’ici là je vais réfléchir mais je peux déjà dire que comme toi je sui sceptique sur ce que dit cet extrait…

  2. Dur dur d’être parents!
    On marche pas mal au feeling.
    Mais c’est clair que ma mère trouve aussi que notre génération se préoccupe beaucoup du bien être des enfants par rapport à avant… Ma mère se souvient que souvent chez sa grand-mère, elle devait rester assise des heures sans avoir le droit de parler. Maintenant on leur laisse tout faire en disant « ce sont des enfants… il faut bien qu’ils bougent. »

  3. Je suis justement en train de lire le concept du continuum. J’avais jusque là trouvé que c’était bien que mon fils soit davantage au centre que je ne l’étais, je me pose désormais plein de questions ! Avec une grande envie de relire Filliozat de suite après, qui prône quand même le jeu avec l’enfant et l’adaptabilité de l’adulte… Le tout étant néanmoins de ne pas surinvestir son enfant et projeter sur lui nos manques et besoins ?

  4. Merci beaucoup de ta contribution… en fait, je crois que ce qui pose problème c’est ce qu’on entend par « centrage sur l’enfant » et les sous entendus qu’on y met…
    Pour de nombreux psychologues actuels qui disent « aujourd’hui l’enfant est le centre de tout », il s’agit souvent de dénoncer l’enfant roi, l’enfant qu’on a laissé devenir tyran à force de le couvrir de biens matériels et en perte total de repères affectifs… le tout est souvent aussi associé à des bouffées nostalgiques du temps où l’enfant « savait où était sa place », étant sous entendue comme « inférieur à l’adulte »… Je ne pense pas que c’est ce que ta mère ait voulu dire, mais néanmoins ce discours est bien réel…
    A cela s’oppose le discours prônant le respect de l’enfant et la nécessité pour construire un attachement sécurisant que les parents soient attentifs à ses besoins et s’y adaptent… Ici, l’adaptation aux besoins, la « centration » sur l’enfant ne comporte pas d’éléments matériels et il n’est pas question pour le parent de renoncer à son autorité ou de « perdre » vis à vis de son enfant… juste de reconnaître que les enfants ont des besoins essentiels pour lesquels leur demander d’y renoncer serait assez nocif… On retrouve par exemple le discours de la communication non-violente …
    Dans le concept du continuum, ce n’est pas cette prise en compte là qui est remise en question: J. Liedloff explique d’ailleurs que les bébés ne pleurent pas parce qu’il serait insensé de les laisser pleurer, ils sont nourris dès qu’ils le demandent quelque soit l’activité de la mère qui la cesse sur le champ, etc… Bref, il est évident que les adultes de la société décrite s’adaptent aux besoins des touts petits (même si cette adaptation est plus intériorisée que chez nous, semble davantage aller de soi, puisque, selon l’auteur, conforme au continuum…). Ce qui est dénoncé, c’est moins la centration sur l’enfant que sa rupture avec le monde des adultes…rupture avec le monde du travail, mise à l’écart des « discussions d’adultes », etc… mais ceci tient plus à la différence générale entre sociétés traditionnelles et sociétés industrialisées (qui a bouleversé les modes d’apprentissage: passant d’un apprentissage par imitation à un apprentissage par l’école) qu’à un réel choix personnel…
    Voilà, j’espère n’avoir pas été trop confuse…et un minimum éclairante..!

  5. Un sujet déterminant et pas facile à cerner , quelle place occupe l’enfant au sein de la famille, comment est rythmé le temps dans la maisonnée, qu’est-ce qui relève des besoins de l’enfant ou d’une forme de tyrannie qu’on l’autorise à exercer ?
    Je crois que cela dépend aussi de notre propre rapport au temps, et de notre propre capacité à exister en dehors de notre enfant, ce que nous ne maîtrisons pas forcément …

  6. Pingback: La place de l’enfant, entre hier et aujourd’hui.#minidébrieffing. « Les Vendredis Intellos

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