Féminité, maternité, comment les femmes sont manipulées de Bernadette de Gasquet [Bibli des VI]

feminite-maternite-les-femmes-meritent-mieuxMédecin et professeur de yoga, Bernadette de Gasquet est l’autrice de nombreux best-sellers notamment Abdominaux, arrêtez le massacre. Elle a également démocratisé le yoga prénatal et formé un grand nombre de maternités à sa méthode d’accouchement à la croisée de la kinésithérapie, de l’ostéopathie et de l’obstétrique. Dans ce livre en deux parties l’une sur la féminité, l’autre sur la maternité, Bernadette de Gasquet entend dénoncer les sacro-saintes études scientifiques qui conduisent les femmes à se conformer tout au long de leur vie à des codes, des règles, des protocoles qui servent des intérêts pas toujours très clairs, mais qui sont rarement ceux des femmes elles-mêmes.

Féminité

Si Bernadette de Gasquet est médecin, spécialiste du périnée et de la physiologie de l’accouchement, elle ne l’est vraisemblablement pas des questions de genre. Ainsi, se risque-t-elle à des rapprochements pour le moins hasardeux entre épisiotomie, nymphoplastie (chirurgie des petites lèvres de la vulve) et excision ou entre piercing vulvaire et infibulation.

« Alors qu’on fait une campagne hyperbruyante sur l’épisiotomie lors de l’accouchement (incision du périnée pour des raisons obstétricales), nous sommes prêtes à nous faire exciser cette partie de notre anatomie de femme. Pour redevenir une petite fille ? Cette fois, la médecine (esthétique) devient une alliée. On va bientôt crier au scandale contre la Sécurité sociale peu généreuse ou trouver un prétexte pour obtenir un remboursement. À quand l’infibulation ? Elle est déjà amorcée par les piercings vulvaires. Vive la libération sexuelle ! »

Rappelons à Madame de Gasquet que l’épisiotomie, dont l’utilité reste à démontrer, est pratiquée à l’initiative d’un médecin avec ou sans consentement de la patiente lors de l’accouchement ; la nymphoplastie est réalisée pour des motifs esthétiques, à l’initiative de la femme et avec son consentement écrit lors d’une opération planifiée dans ce seul but. Cela n’a tout simplement rien à voir et il me paraît de très mauvaise foi de comparer ces deux interventions.

En outre, on peut sans doute critiquer la pression exercée sur le corps des femmes au point de les pousser à corriger tout ce qui peut l’être, jusqu’aux parties les plus intimes, mais on ne peut pas mettre sur le même plan des mutilations sexuelles imposées aux filles et aux femmes et des opérations de chirurgie esthétique librement consenties.
Et comme nous n’étions pas à un sophisme près, les talons aiguilles subissent également les foudres du Dr. De Gasquet, comparés à l’ancienne pratique chinoise des pieds bandés.

« Les talons hauts sont un symbole de féminité, mais sûrement pas de liberté.[…] Est-ce une contrainte si différente de celle qu’on impose aux Chinoises dont on bandait les pieds quand elles étaient fillettes pour empêcher ceux-ci de grandir et donc pour qu’elles ne puissent pas marcher ? »

Enfin, last but not least, clôturons avec les minijupes :

« Les minijupes, au-delà de la provocation qu’elles peuvent représenter pour beaucoup d’hommes, ne sont pas un symbole de liberté. Elles ne facilitent pas une gestuelle bénéfique : se pencher en avant sans arrondir le dos est très différent selon qu’on porte une jupe longue, une minijupe ou un pantalon. Pour protéger son dos, il faudrait tirer les fesses en arrière, plier les genoux, et garder le dos parfaitement droit. En minijupe, c’est une posture indécente, une gestuelle évocatrice de fantasmes sexuels. »

Voici pour cette première partie sur la féminité, qui flirte dangereusement avec le sexisme.

Next.

Maternité

Tout au long de l’ouvrage, Bernadette de Gasquet critique avec force l’evidence base medecine et les études scientifiques en particulier en ce qui concerne la maternité :

« Désormais, face à la médecine, la mère et celles qui l’entourent, sœurs, grands-mères, amies, ont toujours tort : elles ne véhiculent que recettes de bonnes femmes et superstitions, et même les pratiques de bon sens ne sont que des bêtises, à la limite de la sorcellerie. Elles doivent être dénoncées, traquées, bannies. Le seul critère valable, ce sont les preuves statistiques : l’ « evidence base » , une nouvelle religion. La médecine se met au service de l’outil qui force à de telles contraintes qu’il ne peut refléter l’humain. […] Tant pis ! Ce qui compte c’est le protocole, pas la réalité. La réalité, c’est pour les sauvages. Ce n’est pas pour les scientifiques, très intelligents, bien sûr, puisque scientifiques. »

D’autant que, malgré les preuves, le discours médical autour de la naissance n’a cessé de changer radicalement. Ce qui est vrai à l’instant T ne l’est plus l’instant d’après ce qui pousse les parents à se tourner vers d’autres sources, en particulier Internet, qui véhicule ses propres informations — parfois vraies, mais parfois fausses, et ses propres injonctions.

« […] On voit combien le discours médical peut changer radicalement et rapidement. Ce qui laisse les parents dans le doute permanent. S’ajoute l’influence d’Internet et des médias : les questions de procréation et de maternage sont devenues des thèmes très porteurs et récurrents, les spécialistes fleurissent, les publications, événements, produits magiques assaillent les jeunes parents coupés de leurs racines et sans repères. »

Pour Bernadette de Gasquet, Internet est un miroir grossissant qui fait enfler de faux débats, masquant les véritables problématiques. Selon elle, on ferait mieux de se révolter contre l’immuable position gynécologique ou la poussée dirigée, véritables « violences obstétricales non dénoncées », plutôt que focaliser sur la péridurale ou l’épisiotomie. De même, la préservation du périnée n’est pas une priorité alors même que l’incontinence et les descentes d’organes ont de lourdes conséquences.

« La norme imposée par le modèle médical est aujourd’hui inconsciemment intégrée comme naturelle : c’est celle qu’on retrouve dans les films et les séries télévisées, façon de l’inculquer dès le plus jeune âge. Lorsque je propose des alternatives, on m’oppose que je n’ai pas prouvé par des « études » leur bénéfice. Or pour cela, il faudrait pouvoir comparer et donc déjà pratiquer ces variantes ! Et comment sait-on sans ces comparaisons que la position gynécologique est meilleure ? Eh bien, on a toujours (?) fait comme ça… et les bébés sortent ! En fait, on n’a jamais prouvé qu’elle était meilleure qu’une autre, puisqu’on rejette les autres. Et la mère, comment s’en sort-elle ? Vivante, donc tout va bien. Et on rééduquera son périnée. »

Enfin, elle déplore l’injonction au « naturel », particulièrement vivace actuellement. Par exemple, il faut allaiter et il faut allaiter à la demande, c’est la nouvelle norme. Par contre les conditions d’un allaitement confortable et serein sont rarement mises en place ; les femmes se retrouvent donc en situation d’échec.

« Donc, chez nous aujourd’hui la maman ne doit pas être couchée ! En revanche, l’allaitement doit être à la demande du bébé, c’est à dire presque continu. […] Quand enfin bébé s’endort dans les bras, on le pose seul dans un berceau terriblement froid, dur, et qui n’a de berceau que le nom car il ne berce pas… […] Et cela le réveille. Et il se fait peur. […] Et il pleure. Vous n’en pouvez plus ? Allez voir votre psy, madame, vous devez avoir un problème. Vous devriez être heureuse et épanouie. Et pleine d’énergie et de patience. »

Conclusion

S’il n’est pas du tout convaincant dans toute la partie qui concerne la féminité, ce livre reste intéressant en ce qu’il évoque la façon dont institutions médicales et médias oeuvrent pour leurs propres intérêts en véhiculant les injonctions qui les arrangent le mieux. Face aux revirements incessants des recommandations en matière de maternité, Bernadette de Gasquet nous invite à nous mettre à l’écoute de notre corps et de notre bon sens pour nous débarrasser des contraintes inutiles. La lecture de ce livre en est-il une ?

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