Mais qu’est-ce que c’est que ce titre là ? Tu veux armer ton gosse avant de l’emmener à l’école ?
T’es pas un peu dingue, La Tellectuelle ? ça fait teeeellement longtemps que tu n’as pas posté ici que tu as oublié qu’on était au sein d’une communauté de parents bienveillants et pratiquant la communication non violente ?

(C’est pas ma faute, c’est Madame Déjantée qui est venue me chercher cet après midi sur Twitter, j’avais rien demandé moi Madame).

Donc je maintiens : oui, nous devons armer nos enfants. Avec des flèches. (Bah ouais tant qu’à faire).

Robin des Bois

Toi aussi, KevinCostnerise ton môme !

 

Et ce n’est pas issu de mon cerveau de grande malade. C’est Emmanuelle Piquet, du CRISS, le Centre de Recherche sur l’Interaction et la Souffrance Scolaire qui explique cela dans une conférence TEDx ici.

Nos enfants se font harceler parce qu’ils sont vulnérables et que cela se voit.

L’enjeu est donc de les armer, de manière à les rendre plus aptes à interagir avec leurs congénères.

 

Réfuter les idées reçues sur le harcèlement scolaire est un de ses chevaux de bataille (voir ses articles sur le Huff Post). Il faut les combattre ,oui, car ces idées reçues sont dangereuses et aggravent la majorité des situations.

Je reprends son article « La cour de l’école et ses souffrances: 4 idées reçues à combattre » , pour vous faire un résumé (mais allez lire ses articles ils sont riches et assez courts, promis !).

1. Non, il n’existe pas de grande typologie d’enfant harcelé : les roux/gros/défavorisés ne sont pas plus « harcelables » que les autres.

2. Non, il n’existe pas non plus de harceleur type (enfant battu, malheureux à la maison, etc.)

[Le harcèlement] est un phénomène relationnel, qui se nourrit du contexte scolaire, et non la conséquence de deux personnalités intrinsèquement définies.

Ici, j’ai pris conscience que si j’étais très attentive aux interactions de Progéniture, c’était surtout afin de lui éviter le harcèlement en tant que victime. Je ne suis pas certaine d’avoir appréhendé le fait que mon enfant (si mignonne et adorable, n’est-ce pas ?) pouvait devenir l’agresseur !

3. L’intervention des adultes, au mieux, cristallise la relation. Au pire, l’aggrave.

4. Les réseaux sociaux ne sont qu’un média d’un phénomène pré-existant. Il s’agit bien toujours d’une problématique de la relation. Ne brulons pas les outils en les prenant pour les causes !

 

Bon, et maintenant qu’on a bien compris qu’on ne devait surtout pas intervenir, que faisons-nous ? Eh bien, on leur colle un carquois dans les mains, sacrebleu !

Emmanuelle Piquet, dans ses consultations, propose aux enfants et adolescents de tester des flèches qu’elle leur propose. Elle arme ses patients, qui découvrent leur puissance, leur capacités relationnelles.

Ces flèches, que nous devons leur apprendre à décocher, ne servent pas tant à « moucher » l’agresseur, qu’à changer la situation harceleur/harcelé. Et Emmanuelle Piquet de conclure :

Si on rappelle des règles, ce n’est cependant pas ainsi que les enfants et adolescents apprennent à se réguler entre eux. C’est bien plus au travers d’apprentissages émotionnels, vécus dans des interactions concrètes. Pour nous les solutions aux diverses maltraitances relationnelles entre jeunes passent avant tout par l’acquisition de compétences interactionnelles, que l’on doit donner à ceux qui, pour une raison ou une autre, ne les ont pas acquises.

 

Et maintenant, la petite histoire personnelle : j’ai testé la technique avec Progéniture, mon aînée, 5 ans et demi bien tassés.

Depuis sa rentrée en CP, elle est en plein apprentissage de ces interactions sociales. Pas une semaine sans qu’elle nous relate que Enzo a dit à Ambre qu’elle était moche et maigre, que Alaia a mordu au sang Ben. Cet apprentissage est d’autant plus prégnant qu’en ce moment la grande mode est à l’échange de cartes (merci l’hypermarché du coin qui distribue les pochettes à chaque passage en caisse).

Progéniture, donc, est revenue plusieurs fois sans plus aucune carte. Car « Luna a voulu échanger avec moi », sans que Luna ne lui donne de cartes (ici on revient sur les définitions des mots « échange » versus « don ») ou parce que « Kaïlie avait envie d’avoir mes cartes » (certes mais toi, tu voulais les lui donner ou pas ?).

Nous avons donc pas mal insisté sur le fait qu’elle ne devait pas « s’oublier » elle-même dans les échanges de cartes, qu’elle pouvait aussi répondre aux méchancetés, les faire arrêter en signalant qu’elle n’était pas d’accord, etc. etc.

Et puis, pendant les vacances de la Toussaint, elle a découvert le cirque avec un stage d’initiation d’une semaine. Et chaque soir, aucune info sur le stage , mais juste Nicolas, qui lui a dit que puisqu’elle avait 5 ans, elle ne pouvait pas être au CP, qu’elle était trop petite. La première fois, on explique le concept des dates de naissances, qu’elle est née après septembre, qu’elle va bientôt avoir 6 ans, etc. etc. La deuxième fois, on lui réexplique, en concluant que Nicolas se trompe.

Mais le mercredi soir, vu la répétition de l’histoire, je lui demande « Mais en fait, Nicolas il se trompe, et tant pis pour lui. Mais toi, ça te fait quoi quand il dit ça ? Ça t’embête ? ». Bein sur que oui (sinon elle n’en aurait pas parlé …). Et tu lui réponds quoi ? Rien.

Puis je lui ai proposé quelques pistes. Soit tu dis rien, et il va continuer, comme les jours d’avant. Soit tu réponds. Que ce qu’il dit t’embête parce que c’est faux. Qu’il dit des bêtises parce que tu vas avoir 6 ans bientôt. Que c’est n’importe quoi puisque toi ,tu vas au CP tous les jours à l’école. Que si ça l’amuse de dire la même chose fausse tous les jours, c’est qu’il aime dire des choses bêtes. Bref tu choisis.

Le soir suivant, Progéniture revient . »Nicolas m’a encore dit que j’étais trop petite pour aller au CP ». Et tu as fait quoi ? « Je lui ai répondu qu’il disait des bêtises ». « Et il a fait quoi ? » « Rien, il a rien dit ,et il est parti. ».

Et c’était terminé. (petite victoire personnelle, danse de la mère parfaite dans la cuisine, regonflage d’ego parental)

Mais le mieux, c’est qu’à la rentrée, une semaine plus tard, Progéniture a commencé à opérer des échanges réels de cartes avec ses camarades. Qu’on la sent plus à l’aise avec ses amis, quand elle nous en parle les interactions paraissent plus simples.

Et que lorsque je lui ai reparlé de Nicolas du stage de cirque, hier pour pouvoir raconter cette anecdote, elle ne se rappelait quasiment plus du « souci », ni même comment il avait arrêté. Tout était rentré dans l’ordre.

 

Alors moi je dis : merci Emmanuelle Piquet, de détendre ainsi les parents, et leurs enfants !!

 

La Tellectuelle