Le cerveau des mères pendant la grossesse

J’avais déjà abordé ce sujet dans un précédent billet où il était question des changements « durables » dans le cerveau maternel, changements liés à la grossesse. Ces modifications impliquent par exemple, une diminution marquée et durable du volume de la substance grise dans le cerveau et cette réduction conduirait à une meilleure efficacité cérébrale pour une qualité de soin optimale de la mère vers son enfant. Si vous voulez en savoir plus, c’est à lire ou relire ICI. Bref, plutôt un changement positif mis en lumière par les recherches.

Non, là, je voulais vous parler du ressenti des mères elles-mêmes (et parfois de leur entourage) pendant leur grossesse. En effet, de nombreuses futures mères constatent des changements plutôt handicapants et évoquent une moindre performance cognitive durant leur grossesse. Ceci n’est pas sans engendrer plusieurs conséquences désagréables dans la vie quotidienne, personnelle ou professionnelle. Ainsi les mamans ont remarqué des problèmes d’attention, de concentration, de mémorisation, de désorientation, de ralentissement des fonctions cognitives, d’oublis mais également parfois des difficultés de coordination motrice. Est-ce que ces impressions reposent sur quelque chose de bien réel ?  Est-ce lié au remodelage de la matière grise dont nous avions parlé dans le billet précédent ?

Beaucoup de recherches se sont donc axées sur ce sujet, en cherchant à trancher la question. Malheureusement, beaucoup de résultats contradictoires ont été obtenus.

Une étude récente (Janvier 2018- voir référence en bas d’article) publiée par une équipe australienne a cherché à faire le point par le biais d’une méta-analyse rigoureuse prenant en compte un maximum d’études correctement menées.
Ils indiquent effectivement que qu’un nombre important de mamans (80% !) constatent des erreurs, des pertes d’attention… , bref un cerveau moins performant pendant que leur ventre s’arrondit.

« a subjective decline in cognition reported by up to 81% of women who have been pregnant. Memory problems, reading difculties,confusion, disorientation, poor concentration, increased absent mindedness, and reduced motor coordination have been noted »

Les auteurs ont cherché à observer si la grossesse pouvait influer sur la mémoire, la performance cognitive en général, les fonctions exécutives ou l’attention et si on pouvait mettre en évidence à quelle période de la grossesse ces changements se mettaient en place.

Après une sélection sérieuse des études menées sur le sujet, les auteurs en ont gardé une vingtaine et ont comparé les résultats de performance cognitive entre un groupe de femmes enceintes adultes et en bonne santé (âge minimal 18 ans pour les futures mamans) et un groupe de contrôle constitués de femmes non enceintes. Toutes les publications retenues ont été publiées dans un journal à comité de lecture, et les études incluaient une analyse statistique convenable et à minima une mesure objective répondant à un standard de la fonction cognitive. Bref l’ensemble des publications entrant dans les critères de sélection a permis de comparer les résultats sur une population de 709 femmes enceintes pour 521 dans le groupe de contrôle.

Quels résultats ?
En ce qui concerne le fonctionnement général cognitif qui correspond à une série de processus incluant la mémoire, l’attention, la vitesse de traitement de l’information, la capacité verbale et l’orientation spatiale il s’avère que les résultats sont effectivement plus défavorables du côté des futures mamans. Il n’y a pas de différences notables pour le 1e ou 2e trimestre de grossesse. La modification est donc plus observable à partir du 3e trimestre.

En ce qui concerne la mémoire, la performance globale est également significativement plus basse chez les femmes enceintes et encore une fois, surtout marquée au 3e trimestre.

First, the general cognitive functioning, memory, and executive functioning performance of pregnant women is signicantly lower than in non-pregnant women, both overall and particularly during the third trimester

Conclusion :
Les résultats sont là : la diminution de performance cognitive notamment pendant 3e trimestre de grossesse est bien réelle mais les auteurs affirment qu’ils doivent être interprétés avec prudence. Certains paramètres ont pu être contrôlés (comme l’âge des mamans qui ne s’avère pas être un facteur significatif) mais d’autres tels que l’éducation de la mère, la parité, le QI avant la grossesse ou le statut socio-économique) n’ont pu être explorés par manque de données.
La force de cette méta-analyse réside néanmoins dans la forte taille de l’échantillon (supérieure à celle des méta_analyses antérieures).
Les auteurs font le lien entre cette perte de mémoire et la réduction du volume de matière grise observée dans le cerveau des mères. Ils sont néanmoins dubitatifs pour l’instant pour répondre à la question du pourquoi et de la durée de ces effets.
Personnellement, j’aime à croire qu’il s’agit là d’une réorganisation, d’une phase de maturation et de spécialisation du cerveau maternel en vue de mieux accueillir le futur enfant (cf ce billet).

Et vous les mamans, avez vous remarqué quelque chose de particulier lors de vos grossesses ? Les choses se sont-elles arrangées après la naissance? En ce qui me concerne, j’ai surtout noté un déficit dans la coordination de mes mouvements : tout m’échappait des mains ! Heureusement, ça n’a pas duré.

Référence :
Sasha J Davies, Jarrad AG Lum, Helen Skouteris, Linda K Byrne and Melissa J Hayden, « Cognitive Impairment during Pregnancy : a meta-analysis », Med J Aust,  2018; 208 (1): 35-40. || doi: 10.5694/mja17.00131

A lire ici  (libre accès)
Cognitive impairment during pregnancy: A… (PDF Download Available). Available from: https://www.researchgate.net/publication/322507112_Cognitive_impairment_during_pregnancy_A_meta-analysis

Publicités

7 réflexions sur “Le cerveau des mères pendant la grossesse

  1. C’est intéressant.

    Peut-être y a-t-il tout simplement une réorganisation des priorités du corps qui a quelque chose de plus important à gérer à ce moment. Mai il semble, si je vous comprends bien, que ces symptômes disparaissent avec la naissance.

  2. Pingback: Le saviez-vous ? – fleur de flocons

  3. on parle souvent en riant du Snug (Syndrome du Neurone Unique de Grossesse), effectivement pour mes 2 grossesses je me suis sentie moins « performante » et je pense sincèrement que c’est la nature qui nous dit de prendre le temps … w3

  4. Intéressant. Est-ce qu’il existe des travaux sur les effets des premières années de maternage sur ces mêmes capacités et sur le temps qu’elles mettent à revenir ? (non, non, je ne suis pas une jeune maman du tout impactée par les fatigues cumulées de deux enfants en bas âge !!!)

    • Comme je le disais dans la précédente réponse, à priori, la réorganisation au sein du cerveau dont l’effet premier est la moindre performance pendant la grossesse, serait liée à une optimisation pour que la mère soit plus à même de comprendre son enfant et ses besoins…Donc c’est à priori un cap à passer.
      Après la fatigue, c’est encore un facteur qui s’ajoute et perturbe les cartes ;-)

  5. A chacune de mes deux grossesses, j’ai eu l’impression de donner la moitié de mes neurones au bébé à venir (il ne m’en reste plus qu’un quart, je commence à être dans la panade !).

    Plus sérieusement, je me souviens avoir été une enfant assez distraite, mais c’est passé avec l’adolescence et le début de l’âge adulte. C’est revenu en force avec ma première grossesse : oublis fréquents d’objets dans des endroits insolites, d’évènements ou de choses à faire avec une mention spéciale pour les tâches laissées en plan pour faire autre chose et jamais reprises. Mon petit a 9 mois maintenant, et je n’ai pas l’impression que ça va mieux, mais j’ai appris à vivre avec : je note (et j’oublie de regarder mon agenda, mais passons) et même si c’est un peu embêtant pour les gens que je côtoie, j’assume et c’est devenu un sujet de blagues.

    Mon analyse est quand même que, charge mentale oblige, j’ai (on a) la tête farcie de choses nécessaires au bien être des petits et plus généralement à l’organisation de la maison, etc. Le nombre de choses à gérer a vraiment beaucoup augmenté par rapport à la période « nullipare », tandis que mes capacités cérébrales, elles, n’ont pas du augmenter : mécaniquement, j’en oublie une partie de ce à quoi je dois penser. Si on ajoute la fatigue des deux journées de travail et un peu de manque de sommeil, toutes les conditions sont réunies pour être moins performante que par le passé pour certaines choses. La distraction était un défaut d’enfant que j’ai réussi à surmonter et c’est ça qui est revenu. Peut-être que quelqu’un qui aurait une tendance à la maladresse verrait plus cet aspect empirer ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s