Loi bioéthique – à propos de la PMA

Alors que  les Etats généraux de la bioéthique se sont ouvert le 18 janvier, dans le cadre de la révision régulière de la loi de bioéthique. (voir l’article du site vie-publique.fr), le journal Le Monde publie une série d’article sur la PMA, dont « la PMA en 8 questions« .

Où l’on apprend que PMA signifie « Procréation Médicalement Assistée ».

En France environ 145 250 couples ont eu recours à une insémination artificielle ou une fécondation in vitro en 2015, et ce chiffre est resté stable depuis 2011. A noter que le nombre de naissances par PMA est de 24 839 la même année. L’article ne le dit pas, mais cela correspond à un taux de réussite de l’ordre de 17% (chiffre très approximatif, puisque les naissances de janvier correspondent aux couples traités 9 mois avant l’année d’avant, et que les couples traités en 2015 à partir d’avril auront eu leur enfant l’année d’après, que les naissances par FIV sont parfois multiples, etc …).

Toute précaution sur les chiffres étant prise, et même si pour les parents qui ont connu la réussite dans leur projet c’est formidable, il faut rester conscient du fait que le taux d’échec est assez élevé.

L’objet du débat va être l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, alors que selon la loi aujourd’hui, elle n’est autorisée en France que pour les femmes en couple avec un homme depuis au moins deux ans.

Voir les textes de loi relatifs à la procréation médicalement assistée sur le site Légifrance, et quelques extraits ci-dessous :

«  l’assistance médicale à la procréation a pour objet de remédier à l’infertilité d’un couple ou d’éviter la transmission à l’enfant ou à un membre du couple d’une maladie d’une particulière gravité »

«   le caractère pathologique de l’infertilité doit être médicalement diagnostiqué »

« l’homme et la femme formant le couple »

doivent être vivants, consentir préalablement au transfert des embryons ou à l’insémination, et ne pas être séparés.

L’occasion de revenir sur d’anciennes publications des VI, dont la chronique du livre de Genevieve Delaisi de Parseval « Voyage au pays des infertiles » (cliquer sur l’image pour aller vers l’article) , un livre qui témoigne avec beaucoup de sensibilité du parcours des personnes ayant recours à la PMA et de leurs questionnements.(et disponible dans la bibliothèque des VI)

et dont voici la 4e de couverture :

«  Il existe en France un monde parallèle, celui du peuple infertile que 10 % des Français connaissent à un moment ou à un autre de leur vie. Ils sont en général très informés et ont davantage réfléchi que la majorité de ceux qui ont des enfants “sous la couette”.
Depuis les années 1980, j’essaie, toujours au fil des progrès techniques, avec ma double casquette d’ethno-psy, de comprendre les normes et les valeurs tant de ceux qui offrent les possibilités techniques et légales d’assistance médicale à la procréation que de ceux qui sont en demande d’enfant.
Je me suis, dans ce livre, donné le défi de rendre compte de ma clinique au quotidien et d’analyser les interactions entre le psychisme de mes patients et le mien.
Le récit de ces histoires individuelles et familiales nous fait entrer dans une dimension de la procréation passablement différente de ce que nous avons connu jusqu’à présent. Le lecteur découvrira un laboratoire familial inédit, à la fois exotique et futuriste, celui du champ renouvelé de l’assistance à la procréation. » G. D. de P.

Ce livre n’élude aucune réflexion, ne porte aucun jugement, et pose toutes sortes de questions sur ce qu’est la maternité et la filiation.

Quelques extraits :

A propos de l’impensé de la « maternité génétique » alors que la « paternité génétique » est évidente :

Il y a là un enseignement à tirer pour tous ceux, spécialistes compris, qui définissent la maternité par le vécu de la grossesse et de l’accouchement en ignorant – ou en voulant ignorer – la composante génétique, littéralement impensée. Ni la loi, ni l’opinion publique n’ont encore envisagé le cas d’une mère qui serait seulement génétique. Et pourtant, en matière de paternité, on ne sait que trop que la preuve génétique est reine (père génétique est, on le sait, une expression couramment employée). Reconnaissons que la société n’a pas pris la mesure de la division possible de la maternité en trois composantes depuis la FIV et le don d’ovocyte : il peut exister désormais une maternité utérine, une maternité génétique et une maternité d’intention ( en dehors de la maternité adoptive qui a été, elle, très étudiée)

A propos de l’angoisse que peut générer le don anonyme :

Avec  une grande perspicacité, elle l’explique que c’est le don anonyme qui l’a angoissée au plus haut point. Un don anonyme, c’est un don de tout le monde et de personne en même temps, dit-elle, comme si  elle était « enceinte de personne », vécu comme très dépersonnalisant. Au contraire, si, ajoute-t-elle, elle avait pu disposer d’éléments identifiants sur la donneuse ( pas le nom, mais lâge, le nombre d’enfants, les motivations, l’origine géographique, les ukrainiennes étant nombreuses à donner en Espagne), elle aurait se la représenter, se sentir solidaire d’elle, la remercier dans sa tête, en parler plus tard à son enfant. Propos que j’ai souvent entendu dans les PMA avec don de gamètes. »

 

« Le fait de voir que ces cas augmentaient en fréquence a constitué une de mes surprises les plus importantes  en relisant ces pages, les cas de double infertilité semblant préférer ce choix à celui de l’accueil d’un embryon qui est, à l’inverse relativement facile à obtenir en France pour les couples hétérosexuels. Les raisons sont expliquées pour certains : peur de « voler » l’enfant d’un couple, peur d’être responsable d’un futur adulte qui cherchera en vain son histoire, au moins son ascendance. »

J’avais appris au travers de ce livre qu’en France, il n’est pas possible de recourir au double don de gamètes, mais qu’il est possible d’accepter un « embryon surnuméraire » d’un autre couple. Autre couple ayant eu recours à une FIV, et auquel on demande chaque année ce qu’il compte faire des embryons surnuméraires congelés.

En guise de conclusion au sujet de ce livre que je ne saurais résumer en quelques lignes, je reprendrai une phrase de l’auteure :

« Précisons d’emblée que je ne crois pas à une éthique indiscutable en la matière à une éthique qui tracerait une ligne entre le « bon » désir d’enfant qui serait valide et le « mauvais » qui serait pathologique, transgressif ou interdit par la nature. »

D’autres liens sur les VI mais pas que :

L’assistance médicale à la procréation, perceptions, peurs et réalité [mini-débrief]

l’émission de France Inter  La tête au carré consacré au livre Voyage au Pays des Infertiles

Au sujet de la conception d’un enfant. { Mini-débrief}

Gestation pour autrui, se poser certaines questions…

Comprendre la GPA et la PMA en 3 minutes (Le Monde) (lire aussi les commentaires !)

Christian Byk, « L’Europe et la “libre famille”. L’apport du droit des procréations assistées », Grande Europe n° 22, juillet 2010 – La Documentation française © DILA

Euvé François, « Pour un débat serein et argumenté en bioéthique », Études, 2018/3 (Mars), p. 4-6.

Chottin Ariane, Krikorian Gaëlle, Mangeot Philippe, « au service des PMA », Vacarme, 2004/1 (n° 26), p. 108-112. DOI : 10.3917/vaca.026.0108.

Squires Claire, « Essai sur le don de gamètes », Topique, 2011/3 (n° 116), p. 73-88. DOI : 10.3917/top.116.0073.

Sur Télérama.fr : Désir d’enfant : cinq podcasts pour mieux comprendre la PMA et la GPA

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