Comment éduquer nos enfants au consentement ?

Maman de deux jeunes garçons et profondément féministe, je me suis très rapidement demandée si finalement ce n’était presque pas plus difficile d’élever des garçons de manière « féministe » dans notre société … Comment les élever pour en faire des hommes responsables sans faire peser sur eux des stéréotypes de genre.

Très rapidement, la question de l’éducation au consentement s’est posée, lorsque je me suis rendu compte à quel point les gens considère que c’est «  mignon » quand un garçon plaque une petite fille pour lui faire des bisous …mais c’est principalement un fait d’actualité, ayant défrayé la chronique il y a quelques mois maintenant, qui m’a amené à vraiment m’interroger sur la notion de consentement et comment y éduquer mes enfants : une jeune fille de 11 ans avait subi une action sexuelle de la part d’un homme de 28 ans et la justice s’interrogeait sur son consentement pour qualifier les faits de « viol sur mineur » ou « d’atteinte sexuelle sur mineur » (1). En France, on considère qu’en l’absence de traces physiques ou séquelles psychologiques, un enfant est consentant à partir de 4-5 ans …

À partir de là, comment éduquer nos enfants au consentement, à savoir refuser lorsque quelques choses ne leur convient pas, savoir demander l’autorisation de leur pair sans s’imposer ?

Dans un premier temps, j’essaye de faire très attention à montrer le bon exemple : lors de jeux de chahut ou de chatouille, on s’arrête dès que l’enfant en fait le demande, par exemple. Le site apprendre à éduquer (2) propose des points d’accroches pour apprendre le consentement à nos enfants, tel que « Tout le monde est différent : certains personnes adorent être câlinées ou câliner et d’autres détestent les câlins » Je me suis aussi aider de support de littérature de Catherine Dolto : Garçon & Fille (3) et Respecte mon corps (4), qui présente aux enfants de manière simple mais réaliste les différences physiques, les interrogations, les sentiments (amitié, amour, pudeur, honte, malaise, …) : « On sent bien, au fond de notre cœur, quand une […] personne s’approche de nous […] d’une manière qui n’est pas bonne pour nous. […] Il faut le dire tout de suite et chercher une grande personne à qui on peut se confier »(4). Même si les textes sont vieillaux, ils permettent d’aborder avec les enfants la notion de malaise et de mal-être, ainsi que les signaux d’alarme que nous envoie notre corps. Qu’il ne faut donc pas hésitez à en parler si quelques choses les perturbe.

Mais récemment, je me faisais une réflexion plus poussée : les gens sensibilisés à la notion de consentement savent qu’il est faut respecter la volonté de l’enfant et ne pas le forcer à faire un bisou s’il n’en a pas envie (5). Toutefois, parfois, en tant qu’adulte, nous avons tendance à répéter une demande de ce genre et à insister, d’autant plus s’il n’y a pas eu de refus franc de la part de l’enfant … Comment savoir si c’est parce qu’il n’avait pas entendu notre demande/proposition ? Et comment ensuite savoir, si l’enfant s’exécute, à priori de bon cœur, si ce n’est pas dû à nos demandes répétées ? Dans ce cas, comment lui apprendre à résister à la pression de autres ?

J’aime aussi beaucoup cet article (6) du site super parents qui nous rappel de faire attention à ne pas placer « la fille […] dans le rôle de la victime et le garçon dans celui de l’agresseur ». Il est difficile de trouver les mots justes pour parler aux enfants de consentement, sans avoir en tête des notions de sexualité, de parler justement de sexualité de manière également positive, sans en faire trop tout en restant réaliste au fur et à mesure qu’ils grandissent et s’interrogent … vaste programme difficile à aborder dans notre société, d’autant plus qu’il y a une malaise vis à vis de la sexualité enfantine (7).

*(1) http://jprosen.blog.lemonde.fr/2017/09/26/le-consentement-libre-et-eclaire-dune-fillette-de-11-ans-face-a-un-homme-de-28-ans/

*(2) http://apprendreaeduquer.fr/le-consentement-pour-les-enfants/

*(3) Dr Catherine DOLTO, Filles et garçons, édition Giboulées, Gallimard Jeunesse, 2007, 24p, ISBN 978-2-07-061156-0

*(4) Dr Catherine DOLTO, Respecte mon corps, édition Giboulées, Gallimard Jeunesse, 2006, 24p, ISBN 2-07-05-7575-6

*(5) http://naitreetgrandir.com/blogue/2016/07/08/un-petit-bisou/

*(6) http://supersparents.fr/apprendre-aux-enfants-notion-de-consentement/

*(7) http://www.mamanpourlavie.com/enfant/6-a-8-ans/sante/sexualite/13779-taboue-la-vie-sexuelle-des-enfants.thtml

* https://www.youtube.com/watch?v=S-50iVx_yxU (consentement autour d’une tasse de thé)

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19 réflexions sur “Comment éduquer nos enfants au consentement ?

  1. Pingback: Comment éduquer nos enfants au consentement … | Mam'Weena

  2. Merci! c’est en effet un sujet ultra important et j’aime la façon dont tu l’as traité. En tant que parent, je vais de ce pas procéder à la sensibilisation de mes 2 fils. Je trouve qu’il serait utile qu’on sensibilise également les enfants à ce sujet à l’école.

  3. C’est un sujet qui me parle beaucoup aussi. Pour l’instant je le travaille plutôt sur la manière dont j’agis avec mon fils car lui même est encore un peu jeune pour avoir des vrais relations avec d’autres enfants (même si à 21 mois la sociabilisation commence !).

    Comme toi, je fais attention de je pas insister par exemple, et de respecter son non. Même si je me rends compte que ça a des limites dans la maladie par exemple (si je vais te mettre ces gouttes dans les yeux)…

  4. Je me permets de corriger un détail dans le premier paragraphe : l’article qui affirmait que l’enfant en question avait été considérée comme consentante a été corrigé suite à des échanges avec une juriste : il ne s’agissait en effet pas de dire que l’enfant avait consenti, mais que les faits n’entraient pas dans la définition « violences, contrainte, menace ou surprise ». Le problème se situe donc dans le fait que la relation d’âge et la sidération de l’enfant n’avaient pas été considérées comme constituant soit « contrainte » (morale), soit « surprise » (en raison de l’absence de compréhension des gestes sexuels). En revanche, nous considérons en général – en-dehors du cadre de la justice – que s’il n’y a pas viol pénal, c’est qu’il y avait consentement, ce qui pose des questions sur cette définition et sur les enjeux de la double perspective (pénale et féministe), qui peut être utile d’un point de vue pragmatique (ce n’est pas exactement la même chose de chercher à savoir ce qu’a fait objectivement un agresseur et ce que voulait / pensait une victime, pour démontrer qu’il y a eu agression ou viol).

  5. Cette question de l’éducation féministe des garçons me préoccupe beaucoup aussi (j’ai deux fils de 3 ans et 5 mois). Par exemple, j’achète à mon grand en majorité des jeux mixtes ou « de garçons » d’abord parce qu’il aime les pelleteuses mais aussi parce si j’avais une fille je les lui achèterais aussi… Mais ça… il ne peut pas le savoir… Je me retrouve un peu coincée ici (bien sur, il a un poupon et de quoi s’en occuper) : s’il semble judicieux d’élever nos filles un peu comme des garçons, c’est plus difficile (mais tout aussi souhaitable) d’élever nos fils un peu comme des filles… Mais étrangement, là, j’ai plus de mal… Un vieux reste de misogynie intériorisée, sûrement, déconstruction où te caches-tu ?
    Sur la question du consentement, voilà un dialogue en direct de ce soir :
    Petit chou : « Non, je veux pas de bisou !
    Le papa : « Et si moi j’en veux un, comment on fait ? (la question soulevée ici par mon mari était celle du compromis : quand sur un sujet deux volontés s’opposent, comment trouver une solution acceptable pour les deux ?)
    Intervention de moi : « Pour les bisous et les câlins, c’est toujours celui qui ne veut pas qui gagne ! »
    Sourire du pater familias : « Vu comme ça, j’ai plus rien à dire… » 😊
    Comme quoi, c’est une éducation de chaque instant… « Vigilance constante ! » comme dirait l’autre !

    • Moi aussi, je trouve difficile d’éduquer les garçons « un peu comme des filles » … l’idéal serait qu’un jour l’éducation ne soit plus penser « comme fille » ou  » comme garçon », mais ça se sera peut-être le cas pour nos enfants …

      • Maman de 2 garçons je me pose aussi beaucoup ce type de questions : quelle est l’image de la femme que je transmets ? comment éduquer mes fils de manière responsable ? … et finalement quand j’arrive à l’école, je m’aperçois que mes efforts sont vite confrontés à une triste réalité : les petites filles ne se déguisent pas en pompier au moment de carnaval, elles se rêvent en princesse.. et je me demande combien de mamans de petites filles font des efforts pour faire des travaux de plomberie devant leurs filles, font la pression des pneus devant leur fille… les jeux d’imitation sont bien, mes garçons ont effectivement des poupées, de la dinette et aiment aider passer l’aspirateur, ranger le linge, etc. Mais si à la fin, les petites filles n’aiment pas mes garçons parce qu’elles ne les trouvent pas assez « virils » dans leur imaginaire nourris de dessins animés bien plus que d’exemples concrets dans leur maison… je me dis « à quoi bon ? »

        • dans les dessins animés pour les petits, les filles sont souvent présentées égales à l’homme : elles bricolent, font de la moto, de l’avion, etc. mais dès que les enfants grandissent et que les personnages entrent dans des jeux de séduction : pourquoi le garçon le garçon cultivé est souvent moche ? s’il n’est pas moche, de toutes façons il est seul : poète homo, gothique sans ami, etc. ? pourquoi le personnage féminin va toujours dans les bras du sportif au sourire email diamant et souvent sans cervelle, genre le quarterback américain avec tous ces stéréotypes (dans la reine des neiges où pourtant les personnages féminins cherchent une émancipation, Elsa a besoin de Kristoff, le mec plein de muscles qui casse de la glace, pour la conduire … ok donc les filles ne savent pas conduire et comme d’habitude un mec = celui qui gère la voiture) ? et pourquoi tout cela : parce que les personnages féminins se sentiraient valoriser de driver les hommes, de leur dire ce qu’ils doivent faire / comment agir (c’est bien connu « derrière chaque grand homme, il y a une femme ») ? c’est dégradant pour les femmes et c’et dégradant pour les hommes qui seraient incapables de penser / d’agir par eux-mêmes : le poids de la charge mentale qui était en vogue à la rentrée ne commence-t-il pas dans la lutte contre ce stéréotype ?

          • Sur la question du consentement, le même type de parangon de la virilité s’invite aussi … combien de discours disant « non, il est trop gentil, c’est juste un ami, il me faut un mec plus rentre-dedans, qui a du répondant… » viennent casser nos beaux idéaux sur le consentement réciproque, l’apprentissage de la sensibilité et de l’écoute de l’autre dans l’éducation de nos petits garçons. Mes fils se sentiront-ils obligés de devenir des gros machos au collège pour plaire aux filles ?

            • Wahou, merci pour ce commentaire fleuve, tu pourrais presque écrire un article là dessus car ton approche du sujet est passionnante.
              J’avoue que je n’en suis pas encore là dans mes raisonnements puisque mes garçons sont petits, mais ça me donne effectivement envie de chercher des séries et des dessins animés pour enfants plus égalitaire 😊
              Bon, personnellement, je fais de l’escrime historique, donc un sport plutôt « masculin » mais je ne sais pas si ça suffira à éloigner les stéréotypes de genre de mes garçons (et hypothétiques futures filles)

  6. Pingback: L’éducation au consentement : ressources et supports | Les Vendredis Intellos

  7. Pingback: Faut-il apprendre à dire « non » ? Quelques écueils de l’éducation au consentement. | Les Vendredis Intellos

  8. Merci pour cet article et cette réflexion. Je pense aussi qu’il est très important de faire de l’éducation à la sexualité de façon générale. Alors peut être pas pour les tout petits mais si on apprend aux un peu plus grands ce qu’est la sexualité pour de vrai (acceptation de son corps, plaisir et désir mutuel partagé etc.), je pense que le respect du consentement deviendra quelque chose de plus naturel chez le jeune.

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