Le livre noir de la gynécologie [Bibli des VI]

Le livre noir de la gynécologie – Maltraitances gynécologiques et obstétricales : libérer la parole des femmes , Mélanie Déchalotte, éditions First

Cet été, vous êtes sûrement tombé-e sur un, deux, dix articles ou émissions sur les violences obstétricales. Avec le buzz autour de l’annonce alarmiste de Marlène Schiappa (« En France, on a un taux d’épisiotomies à 75%, alors que l’OMS préconise d’être autour de 20-25% »  – chiffre démenti ensuite, le taux étant plutôt de 25%), de nombreux médias généralistes se sont penchés sur cette question, relayant de nombreux témoignages sur la question.

Les violences obstétricales existaient pourtant bien avant cet été. En 2016, Mélanie Déchalotte, journaliste à France Culture, a collecté des témoignages autour des violences obstétricales pour l’émission Sur les docks. Son Livre noir de la gynécologie, publié le 5 octobre 2017, se base sur ce travail et l’approfondit. Mélanie Déchalotte commence son livre en abordant les maltraitances gynécologiques (verbales, gestes…), puis les violences obstétricales (tout au long de la grossesse et de l’accouchement). Elle se penche ensuite sur leurs conséquences et leurs causes, ainsi que les recours possibles lorsque l’on a été victime de ces violences.

Chacun des nombreux témoignages très complets (l’autrice retranscrit des entretiens oraux avec les victimes) est étayé par des références à des recommandations (HAS, CNGOF..), des études, des textes de loi. Les termes médicaux sont expliqués clairement, sans jargon ni simplification à l’extrême. Chaque violence et chaque maltraitance sont ainsi mises en lien avec leur justification ou, pour la plupart du temps, leur absence de justification sur le plan médical.

Je ne le cache pas, cette lecture est difficile. Je me suis prise à relire les dates des accouchements, pour vérifier s’ils étaient antérieurs ou postérieurs aux recommandations, ou tout simplement à mes accouchements. Pour vérifier que des actes, que je savais être inutiles ou dangereux grâce aux informations que m’avaient données mes sages-femmes, étaient encore pratiqués lors de ma deuxième grossesse.


« Il est aussi indispensable de donner la parole à ces femmes. Chaque récit recueilli dans cet ouvrage illustre une réalité à laquelle toute patiente peut un jour être confrontée. Chaque histoire intime, bouleversante et révoltante révèle les traumatismes et les séquelles psychiques et physiques liés aux mauvais traitements en gynécologie et obstétrique. S’il s’agit parfois de la nécessité, voire, de l’urgence de parler, cela représente à chaque fois une mise à nu extrêmement difficile. Leur voix est l’écho d’autres voix, restées silencieuses. Elles participent, par là même, à une prise de conscience plus vaste des conditions de la pratique du soin gynécologique et obstétrique. »

Mais cette lecture est également très utile.

Elle permet de se sentir moins seule lorsque l’on a subi de telles violences, et surtout lorsqu’elles ont ensuite été niées ou mises sur le compte de l’hystérie féminine.

Elle donne des ressources légales et médicolégales, grâce aux citations de textes de loi et de recommandations. Cela peut aider à se sentir légitime lorsque l’on souhaite refuser un acte médical, notamment lors de la rédaction d’un projet de naissance, tout en connaissant les refus que peuvent y opposer l’équipe médicale.

Elle propose également des pistes de recours, savoir comment se passe une plainte auprès du Conseil de l’ordre, au civil, au pénal, quels sont les avantages et les inconvénients de chaque démarche. Les témoignages permettent d’ailleurs de se rendre compte que les violences continuent parfois lors des recours, car la parole des victimes peut être remise en cause, et car les médecins sont plus puissants que les victimes.

« Dès leurs premières démarches, les victimes sont confrontées au corporatisme médical : elles rencontrent souvent des difficultés à trouver des médecins pour faire constater leurs blessures et leurs traumatismes psychologiques. « Cette réalité participe du sentiment d’impunité des médecins qui agressent : ils peuvent parfois compter sur le silence complice de leurs confrères pour compromettre le dévoilement des violences […] Sans doute s’agit-il d’une interprétation quelque peu extensive de l’article 56-3 du Code de déontologie médicale, ironise Marilyne Balck, qui dispose que « les médecins se doivent assistance dans l’adversité.  » »

Enfin, en se penchant sur les causes des violences obstétricales, Mélanie Déchalotte s’interroge sur les moyens de contrer ce système qui les perpétue. La formation des soignant-e-s, leur sélection sur des critères humains et une meilleure organisation des soins sont autant de pistes pragmatiques à explorer, pour mettre un terme à ces violences systémiques.

 

Ce livre est à présent disponible dans la Bibliothèque volante des Vendredis intellos , et peut être emprunté par les adhérent-e-s à l’association qui souhaitent le consulter.

 

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