Merci le jeu ! Jouer ensemble, un chemin jusqu’à la joie. Pascal Deru [BIBLI DES VI]

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Quand la chronique d’un ouvrage parlant du jeu m’a été proposé, j’ai été emballée car le sujet me questionnait depuis la naissance de mon numéro Un. Jouer avec son enfant ? A priori, une activité que tous les parents pratiquent au quotidien. IL FAUT JOUER, injonction qui se rapproche un peu du IL FAUT LIRE que Daniel Pennac développe dans son ouvrage Comme un roman (très chouette livre par ailleurs). En même temps, pris par le tourbillon du quotidien, il nous reste parfois peu de temps à consacrer à cette activité. Pourtant:

Jouer, c’est résister face à une société qui ne cesse de nous voler du temps .

Que signifie vraiment jouer avec son enfant ? Que met-on derrière ce verbe ? Pascal Deru a tenu pendant de nombreuses années une boutique de jeux à Bruxelles et anime de nombreuses formations autour du jeu, que ce soit en France ou en Belgique. A travers cet ouvrage, on découvre que l’activité de jeu va bien au-delà de ce que l’on peut imaginer.  Il cite notamment Pablo Neruda.

Une maison sans jeux est une maison sans âme.

Durant toute la lecture du livre, l’attachement de l’auteur et sa passion pour la transmission des jeux est perceptible et très communicative. L’entrée en matière du livre résume bien le contenu global :

Le jeu est un cadeau dont nous soupçonnons rarement la générosité. Une famille devient belle lorsqu’elle se donne le temps du jeu. La première grâce du jeu est sa gratuité, et c’est sa force, et c’est son chemin pour devenir un mot d’amour.

L’ouvrage aborde 4 questions principales :

  • Qu’est-ce que le jeu amène à l’enfant ?

Dès l’ouverture du livre, il apparaît que l’auteur a une vision bien particulière du jeu, du fait certainement de son activité professionnelle et c’est cette vision qu’il tente de nous faire partager. Selon lui:

[Le jeu] s’inscrit dans la pédagogie de la réussite, il initie à la rigueur, il fait un pied de nez fantastique à une société de consommation qui ne cesse de proposer des jeux neufs et toujours plus à la mode.

Acheter des jouets à un enfant, rien de plus facile, nous n’avons que l’embarras du choix : magasins remplis à ras-bord d’objets qui font de la musique, de la lumière, qui sont censés lui apprendre les mots, les chiffres, des chansons, etc. Et pourtant, quel jeu plébiscite Pascal Deru ? Des blocs en bois naturel…. L’auteur évoque très souvent dans le livre les jouets de la société Haba (dont le jeu le plus connu est certainement le jeu du verger) : leurs blocs en bois conviennent à la fois aux garçons et aux filles, de 1 an à 8 ans ! Le pédagogue allemand Fröbel qui est l’initiateur des Kindergarten (jardins d’enfants) a beaucoup travaillé autour de ces blocs. Il déclarait que:

Jouer pour un enfant, ce n’est pas perdre son temps. Jouer, c’est sa manière de découvrir le monde.

Et effectivement, les blocs en bois permettent de construire, détruire, goûter, rater, réussir, etc.

Le métier de l’enfant, c’est de jouer.

L’intérêt des jeux coopératifs est longuement développé dans le livre car l’auteur est attaché à cette forme particulière. Dans ces jeux, les compétences des autres joueurs ne sont plus des dangers, comme cela peut être le cas dans les jeux classiques, mais deviennent des avantages dont on peut tirer parti tous ensemble. Les jeux coopératifs pour les « grands » enfants développent les qualités d’écoute entre participants. L’ouvrage cite bon nombre d’exemples de jeux comme L’île interdite, Pandémie, Flash Point,…

Ensuite, LA question que se posent de nombreux parents est abordée : faut-il forcer l’enfant à respecter les règles du jeu à la lettre ? La réflexion de Pascal Deru est intéressante. Il met en avant le fait qu’inventer de nouvelles règles à un jeu permet à l’enfant d’être imaginatif et de se rendre compte qu’il existe toujours des alternatives. C’est finalement une leçon de vie montrant que l’on est jamais forcé d’accepter les choses telles quelles.

Et enfin, le jeu a une caractéristique fondamentale : il doit être libre ! Si l’on force quelqu’un à jouer, il n’y aura aucun plaisir. De même, l’idée qu’un jeu doit être éducatif est rejetée.

  • Qu’est-ce que le jeu amène et demande à l’adulte ?

L’adulte a un rôle important dans le jeu car il doit se demander pourquoi il donne tel jeu à un enfant ? Quelles valeurs veut-il lui transmettre à travers ce jeu ?

Pour entrer dans le jeu des enfants, il est nécessaire d’avoir de l’audace, un élan particulier.

Un adulte qui joue quelques minutes avec cette intensité de présence donne et reçoit mille fois plus qu’un adulte qui joue une heure pour faire plaisir. […] Lorsque nous jouons avec nos enfants, nous devenons leurs frères et sœurs de jeu.

Jouer avec son enfant permet de lui donner du temps, de la bienveillance, de la confiance. Une fois le jeu terminé, il est intéressant de se repencher dessus, d’y repenser : cela permet à l’adulte de mieux voir ce que l’enfant en a tiré et de se remémorer les bons moments passés ensemble.

Mais il peut être difficile pour les adultes d’entrer facilement dans le jeu. L’adulte a souvent perdu son côté joueur et doit redécouvrir le plaisir de jouer. Pourtant, le jeu nous transforme, il incite à la rencontre, à l’écoute, à la confiance ou à la coopération. Pascal Deru explique que le jeu touche à la fragilité. La difficulté que les adultes peuvent avoir à jouer fait parfois remonter à la surface des souvenirs d’enfance : peur de ne pas être intégré, d’être jugé,….

L’auteur explique un certain nombre de jeux dédiés aux adultes, avec pour but de leur faire retrouver leur enfant intérieur : le jeu du champ de mines, le jeu des loups, la corde des chevaliers, les ponts de Léonard de Vinci ou encore le jeu des moustaches.

  • Qu’est-ce que l’adulte qui joue amène à l’enfant ?

L’auteur développe une métaphore assez séduisante avec un arbre.

Vous mettez des fruits à leur disposition. Ces fruits, c’est ce que la vie a fait naître de bon en vous et que vous souhaitez transmettre pour que leur vie s’enrichisse et s’appuie sur du solide.

Le parent peut facilement combler les besoins matériels de son enfant mais jouer avec lui est très précieux !

Jouer avec son enfant, c’est lui dire par des mots de jeux que je l’aime.

  • Les jeux sont-ils utiles ?

Plusieurs passages de l’ouvrage s’attachent à cette question : à quoi sert le jeu ? La réponse est simple : à rien. « A rien » au sens où c’est une activité qui ne comporte aucun enjeu. Le jeu ne produit pas de valeurs marchandes, il ne requiert pas de « rentabilité ». Il peut s’apparenter en cela à la culture. Ces deux activités sont vraiment similaires : on joue, on lit, on va au concert, au musée simplement pour le plaisir, pour vivre une expérience particulière !

Le jeu est une activité gratuite qui, a priori, est accessible à tous. Pourtant, de nombreuses populations en sont exclues. Pascal Deru évoque ses déplacements dans les pays en développement d’Afrique ou d’Asie où il a amené de nombreux jeux. Ces populations n’en avaient pas l’habitude, l’activité étant plutôt réservée aux familles riches. Et pourtant, le jeu permet de s’évader. De même, en France, l’auteur a eu l’occasion d’amener le jeu à des populations en difficultés (sans-abris, réfugiés). Il montre en quoi le jeu est un cadeau qui permet d’aller à la rencontre de l’autre.

Le jeu est généreux. Il se donne pleinement à tous ceux qui sont présents.

Finalement, le jeu se situe au-delà du concept d’utilité. Selon l’auteur:

Dieu créa le jeu pour qu’on ait du temps.

En fin de compte, la boucle est bouclée : il est parfois difficile de trouver le temps de jouer mais en fait, c’est le jeu qui offre un temps inestimable à ses participants.

Ce livre démontre combien il est précieux de profiter du temps où l’on peut jouer avec son enfant. Ce temps passe vite.

Tout ce qui n’est pas donné est perdu.

Il faut donc en profiter au maximum et saisir chaque occasion de jouer.

J’ai vraiment apprécié de découvrir cet ouvrage parce qu’il offre une vision passionnante des jeux. Il explique très bien de quelle manière parent et enfant tirent de grands avantages à jouer ensemble. L’ouvrage est aussi parsemé d’anecdotes personnelles et d’exemples précis de jeux. On le finit avec une vraie envie de jouer ! Par contre, j’ai été un peu gênée dans ma lecture par l’organisation générale de l’ouvrage. J’ai souvent eu l’impression de redites entre les différents chapitres avec un peu de difficultés au final à saisir la progression de l’ouvrage. Mais je vous invite vivement à le découvrir dans la bibliothèque volante des Vendredis intellos !

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