Pourquoi les bébés jouent ? de Laurence Rameau

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J’ai découvert ce livre lors de sa parution, en 2011, alors que mon aîné n’avait pas encore 2 ans, balbutiait quelques mots et prenait systématiquement les toboggans à l’envers.

A l’époque, je n’étais pas encore sophrologue et c’est uniquement avec l’œil de la maman curieuse que j’avais lu ce livre, conseillé par une classique revue pour parents.

Il avait totalement changé mon regard sur mon enfant, sur comment il jouait et sur sa manière d’être en général.

Du jour au lendemain, j’ai laissé mon fils aller à la rencontre des autres sur le toboggan (et je l’ai défendu devant les parents qui râlaient à cause de cet enfant qui ne respectait pas le sens de circulation dans le parc !).

Du jour au lendemain, je l’ai laissé patouiller dans son assiette, récupérant tous les vieux journaux qui traînaient pour protéger mon sol des retombées de ces expériences sensorielles. (Et c’est en partie grâce à ce livre que j’ai mené une Diversification Menée par l’Enfant pour mon second fils à une époque où cette pratique ne portait pas encore ce nom et restait confidentielle).

C’est un livre qui m’a éclairée, qui m’a nourrie et que j’ai digéré. Et qui a fini dans ma bibliothèque, enfoui au milieu d’autres. Objet oublié mais dont le contenu était devenu inoubliable pour moi.

C’est en discutant avec des chroniqueuses des Vendredi Intello que je me suis dit qu’une seconde lecture, après 3 enfants et une reconversion en sophrologie, pourrait être intéressante.


L’auteur nous propose des explications sur différentes actions des bébés :

  • pourquoi ils aiment « patouiller »
  • pourquoi ils jouent avec les cartons
  • pourquoi ils montent sur le toboggan à l’envers
  • pourquoi ils collent des gommettes sur la table
  • pourquoi ils mangent les crayons
  • pourquoi ils aiment jouer avec les pigeons
  • pourquoi ils se cachent
  • pourquoi ils regardent la télévision.

 

Notons que l’auteur désigne par bébés, les « non-parlants », les enfants qui ne sont pas encore scolarisés, portent encore des couches et ne contrôlant pas encore bien leur corps. « Ceux-là mêmes dont nous savons maintenant qu’ils sont capables d’apprendre, d’imaginer, de compatir, d’éprouver le monde d’une manière différente de celle dont nous le faisons, nous, adultes ».

Le chapitre sur la patouille nous parle d’exploration, d’expérience et il résonne énormément en moi car il évoque les capacités sensorielles des bébés, ces capacités si développées et que nous, adultes, avons tendance à oublier pour ne garder que celles qui nous sont le plus utiles : la vue et l’ouïe. En patouillant, le bébé développe son sens du toucher, découvrant des textures et comment ses actions peuvent jouer sur elles. Il développe sa motricité fine, mais également expérimente la notion de transformation, ou de permanence de l’objet. En patouillant avec sa bouche (les bébés mettent tout à la bouche, nous le savons bien), il développe son sens du goût, de l’odorat. « Les capacités sensorielles des bébés servent leur développement cognitif de manière totalement empirique ». Ils explorent le monde à l’aide de tous leurs sens en même temps, sans limites, sans à priori. L’auteur nous encourage, nous adultes, à laisser faire les bébés, après avoir sécuriser le jeu, sans chercher à les orienter dans leurs explorations, car c’est en faisant leurs propres expériences qu’ils découvrent leur monde.

(L’auteur évoque également le fait que l’on voit mal des adultes malaxer pour le plaisir des sensations et pourtant, cela leur ferait tellement de bien, foi de sophrologue!)

Le chapitre sur la toboggan nous parle de motricité libre, de comment les enfants investissent leur espace avec le mouvement, avec leur corps. « Les jeunes enfants ont besoin de sentir et d’exprimer leur motricité, de situer leur corps dans l’espace. […] C’est dans le mouvement du corps qu’ils explorent leur environnement et qu’ils expriment ce qu’ils ressentent, avant même l’utilisation du langage. ». C’est ainsi qu’il va tester toutes les manières de monter sur le toboggan, dont la plus facile : monter par le toboggan, pour ensuite redescendre. L’auteur nous fait alors comprendre que lorsque nous installons d’office notre bébé sur le toboggan, sans qu’il ait expérimenté la phase de montée, nous le mettons dans une incompréhension. Mais comment s’est-il retrouvé ici ? Son corps ne lui donne aucune information à ce sujet… puisqu’il ne les a pas expérimentées. De plus, le fait pour l’enfant de monter par le toboggan le met en relation directe avec les autres enfants, en face à face. Cela leur apprend la négociation, l’écoute du désir de l’autre. Comme le dit l’auteur « le rôle de l’adulte n’est pas d’intervenir directement sur l’enfant mais d’organiser les conditions favorables à son aventure personnelle ».

Le chapitre sur les gommettes évoque la manière dont nous, adultes, cherchons à diriger les bébés dans leurs activités. Faire des gommettes pour décorer un sapin de Noël en papier, des dominos, appliquer des règles sont très loin des préoccupations des jeunes enfants qui consistent à découvrir, à s’approprier les objets pour créer leur propre jeu. Cela nous confronte à la notion de respect des règles, de cadre, notion qui n’a aucun sens pour les bébés et qui pour nous, adultes, est primordiale. Or, comme le dit l’auteur, « le cadre ne réside pas seulement dans les règles du jeu. Pour les jeunes enfants, c’est l’ensemble des modalités qui régissent la place du matériel, celle de l’adulte et de ses interventions, pour assurer la sécurité physique et affective de l’enfant ». Ainsi l’auteur nous encourage à laisser les bébés initier leurs propres jeux, sans les guider mais en les accompagnant, en acceptant la tasse de thé qu’ils viennent spontanément nous proposer sans en réclamer une : les laisser libres de créer, de découvrir, sans les enfermer dans nos propres demandes. L’enfant se construira ainsi selon ses expériences, pour lui-même et non pour le regard de l’adulte en attente de quelque chose. (Note de la sophrologue : n’est-ce pas une très bonne manière de leur apprendre la confiance en eux ?)

Le chapitre sur les pigeons nous explique comment le bébé construit sa pensée : « il appréhende les objets par plusieurs sens à la fois et met en lien des sensations issues d’une même source extérieure, mais perçues par des canaux différents. [..] Il organise ce ressenti, cet ensemble de flux sensoriels de manière à construire sa pensée et agir également sur ce que lui procurent ces sensations ». Ainsi, l’enfant apprendra beaucoup plus de choses en courant après un « banal » pigeon qu’en regardant de magnifiques et exotiques tigres de derrière la vitre d’un zoo. « L’aventure est présente pour le petit car il est acteur de ce qui se passe entre lui et l’oiseau ». A travers cet exemple, l’auteur souligne l’importance des apprentissages premiers, ceux qui, parce qu’ils auront été accompagnés et encouragés, permettront ensuite un meilleur « second apprentissage » basé sur les activités culturelles. Les apprentissages secondaires sont basés sur le langage, sur les mots, sur l’apprentissage de type scolaire. Les apprentissages premiers sont eux-aussi basés le langage, mais celui du corps, celui qui offre aux enfants la possibilité de ressentir ce qu’ils mettent en jeu. « Accompagner les jeunes enfants dans leurs apprentissages, c’est sans doute être ainsi capable de faire un pas de côté pour apprendre d’eux ce qu’ils sont, ce qu’ils font et comment ils le font ».

Je ne vais pas rentrer dans le détail de tous les chapitres, je vous laisse les découvrir.


En conclusion, j’aime toujours autant ce livre.

Parce que je me rends compte que c’est par lui que je suis venue à la parentalité positive, en portant un autre regard sur mon enfant et les enfants en général, en mettant mes à priori de coté ; en jouant et non en théorisant. Et peut-être est-ce pour cela que cela m’a tout de suite parlé.

Parce que je me rends compte qu’il a probablement nourri ma reconversion professionnelle, en m’obligeant à regarder la vie avec des yeux d’enfants, à regarder ma vie avec des yeux neufs. Pas étonnant que le résultat en est été la sophrologie : ce métier où je propose tous les jours aux personnes de vivre les choses comme si c’était la première fois, avec un regard d’enfant ! ;-)

 

 

 

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Une réflexion sur “Pourquoi les bébés jouent ? de Laurence Rameau

  1. Pingback: CharlotteWeiss-Sophrologie-Grenoble | Lectures de sophrologue : Pourquoi les bébés jouent ? de Laurence Rameau, Editions Philippe Duval

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