« Dès deux mois de vie, ce petit enfant, qui est en train d’écouter sa langue maternelle, active des aires cérébrales qui sont les mêmes que chez l’adulte, et il commence à traiter le langage. Dès 6 mois de vie il aura convergé vers les voyelles de sa langue maternelle. Il aura commencé à apprendre ses premiers mots. Il ne sera pas encore en train de parler, mais la compréhension précède la production. Il est donc très important de ne pas sous-estimer les compétences de l’enfant. »

Stanislas Dehaene, conférence au collège de France « les grands principes de l’apprentissage »

 

Les attentes des adultes face à la communication

 

« Et tu sais dire merci ? » « Comment tu t’appelles ? »

Quel parent n’a pas eu à répondre gentiment à a place de son enfant de 12 mois, qui non, il n’est pas encore en mesure de répondre à ces questions, si tant est qu’il en ait envie…

La pression sociale sur la parole chez les tout-petits est réelle, d’autant plus de la part de ceux qui n’ont pas d’enfant, ou qui n’ont pas côtoyé de bébé depuis longtemps.

Un bébé qui parle est considéré comme un adulte en devenir. Un bébé qui ne parle pas c’est mignon, mais beaucoup moins intéressant.

 

L’attente sociale, vécue à différents niveaux et avec différentes sensibilités, peut finir par se répercuter sur l’enfant, parfois même au point d’inhiber le développement de la parole.

Quand bien même les parents souhaiteraient laisser à leur bambin le temps dont il a besoin pour arriver à parler, il peut parfois être particulièrement frustrant de savoir qu’il veut nous dire quelque chose, mais de se retrouver dans l’impossibilité la plus complète de le comprendre.

 

Le besoin de communication de l’enfant

 

Assez rapidement, en associant vocalises, regards, gestes et mimiques, un bébé arrive à se faire comprendre de ses parents pour les besoins de base : manger, boire, dormir, être porté, changé.

Mais ses besoins ne se limitent pas à ça, loin de là ! Un bébé à besoin de partager avec son entourage ce qu’il aime, ce qu’il n’aime pas, ce qui l’interpelle : c’est le fameux pointage du doigt. Efficace, mais encore beaucoup de devinettes en perspective…

 

Communiquer, c’est à la fois comprendre les autres et se faire comprendre d’eux. Et autant un enfant d’une dizaine de mois comprend une grande partie de ce qu’on lui dit, autant dans l’autre sens c’est beaucoup plus limité.

Cette inégalité dans la communication est une grande source de frustrations, de pleurs et de colères : non seulement parce que ses besoins ne sont pas pleinement satisfaits, mais également car il n’est de fait pas placé sur un pied d’égalité avec ceux qui l’entourent.

Communiquer est donc un besoin en soi, celui de l’appartenance à un groupe.

 

La Langue des Signes bébé, une communication précoce ?

 

La motricité nécessaire à la parole est très complexe, elle implique le développement et une coordination très fine de nombreux muscles.

Sur le plan moteur, en plus du plan cognitif, l’acquisition du langage demande un vrai travail physique, et donc… du temps.

Un enfant maîtrisera en moyenne une dizaine de mots à 12 mois, une cinquantaine à 18 mois, pour finalement arriver à l’ « explosion du langage » et la maîtrise d’environ 200 à 300 mots vers deux ans.

 

Stanislas Dehaene, dans sa conférence, nous explique qu’un enfant est capable d’apprendre et de comprendre un mot dès 6 mois.

Imaginez ! Vous comprenez ce qu’on vous dit, vous savez ce que vous voulez dire… et vous devrez attendre au moins un an pour être capable de le faire !

 

La Langue des Signes Bébé permet d’accompagner les frustrations du bébé liées à ce défaut de communication. Comme le quatre pattes pour la marche, elle l’accompagne au cours d’un apprentissage long et difficile.

Ce n’est pas un moyen « précoce » de communication, mais une alternative proposée à l’enfant le temps de développer un langage plus complet et complexe… mais beaucoup plus tardif.

 

Entrer de plain pied dans la communication

 

Tout en maintenant le bain de langage qui va permettre à l’enfant d’acquérir les mécanismes de la parole, ses parents vont venir signer les mots-clés de leurs phrases.

Premièrement, en venant « baliser » leur discours, la compréhension par l’enfant des phrases complexes est beaucoup plus aisée (un cheval = des chevaux, on parle bine du même animal !).

Ensuite, par l’association systématique et répétée du mot et du signe exprimés dans leur contexte, un bébé est très vite capable de faire l’association entre les trois : dès 8 à 10 mois, il sera en mesure de produire ses premiers signes.

 

Son besoin de communication moins pressant, son besoin d’appartenance mieux satisfait, il entrera alors de plain pied dans la communication : un avant-goût prometteur pour la suite, une motivation supplémentaire pour apprendre à parler !

Puis, lorsque les mots apparaîtront, la raison d’être des signes disparaîtra, et les signes avec, tout naturellement.

Et que dire du stress en moins pour les parents ?

Par Le Signe