Une sociologue chez les scouts: un lieu privilégié pour l’éducation sexuelle?

Armande, une amie, a travaillé pendant deux ans en master de sociologie sur des questions relatives au genre, à l’éducation et à la sexualité des adolescent⋅e⋅s (son mémoire s’intitule plus précisément: Socialisation de genre et socialisation sexuelle au sein d’un mouvement scout français: les contradictions d’une « école de l’identité » en quête d’égalité).

Son terrain de recherche était une unité scoute d’éclaireurs et éclaireuses (12-16 ans), au sein du mouvement EEUdF, qui a la spécificité d’avoir intégré depuis quelques années dans son projet pédagogique l’éducation à l’égalité et à la sexualité. On lit par exemple dans ce projet éducatif, pour décrire le principe de co-éducation:

Des occasions de dialogue autour de la sexualité, avec des responsables sensibilisés qui ne jugent pas, mais qui écoutent et rassurent.

J’ai pensé que son travail pourrait intéresser certain⋅e⋅s des lecteurs/trices des VI. Elle a très gentiment accepté de répondre à mes questions sur son travail:

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Est-ce que tu pourrais décrire en quelques lignes ton travail en master et les raisons qui t’ont poussée à choisir ce sujet?

Je suis rentrée à l’EHESS [Ecole des hautes études en sciences sociales] avec le désir de travailler sur la sexualité des adolescentes, et en particulier l’entrée dans la sexualité pénétrative. Au fil de mes rencontres, j’ai commencé à m’intéresser aux adolescentes scolarisées en lycées catholiques. L’entrée sur le terrain était très difficile. Au-delà des entretiens individuels que j’obtenais par contact, mes rencontres avec les institutions étaient plutôt stériles. Finalement, le directeur d’un grand lycée privé parisien a accepté que j’assiste aux séances d’éducation affective qui s’organisaient en son sein [il s’agissait de séances assurées par la sexologue Thérèse Hargot, à laquelle Mme Déjantée a consacré un billet]. Mais le directeur a changé pendant l’été et mes nouvelles sollicitations sont restées sans réponse.

Du coup, je me suis tournée vers une association de l’EHESS, l’Ouscipo, qui s’occupe de créer des partenariats entre des étudiants chercheurs et des acteurs de la société civile. L’association avait été contactée par les EEUdF [Éclaireurs et Éclaireuses Unionistes de France], un mouvement scout français et protestant, qui cherchait à travailler sur les questions de genre et de mixité. Je les ai contactés et voilà…

Finalement, quelles problématiques principales as-tu travaillées?

J’ai cherché à comprendre quel « type » d’individus les EEUdF se proposaient de former, et je me suis interrogée en particulier sur la place occupée par le genre et la sexualité dans ce « type » d’individu. En d’autres termes, je me suis intéressée à ce mouvement scout comme espace de socialisation particulier.

Même si tu n’as pas pu développer ton premier terrain, tu es passée, sur le plan de tes recherches, d’un milieu marqué par des « valeurs » catholiques à un milieu d’inspiration protestante: est-ce que pour autant, ces milieux t’ont semblé socialement différents? Est-ce que ce « type » d’individu recherché variait en fonction de l’identité religieuse de ces structures, ou non? 

Ah, c’est très intéressant. Ce n’est pas quelque chose dont j’ai parlé dans mon mémoire, à regret. Je pense que les caractéristiques sociales des individus sont assez semblables. J’ai réalisé la majeure partie de mon terrain chez les EEUdF dans une unité de l’ouest francilien, qui rassemblait plusieurs villes qui figurent parmi les plus riches et les moins mixtes socialement en France. L’écrasante majorité des responsables et des enfants que j’ai côtoyés étaient donc issus de milieux très favorisés en termes économiques et culturels (deux parents qui ont fait des études supérieures, régulièrement en grandes écoles, qui ont souvent été expatriés, et qui sont tous cadres ou professions intellectuelles supérieures).

Mais les jeunes que j’ai rencontrés dans le cadre des scouts se revendiquent beaucoup plus progressistes que les « autres » scouts, comme les Scouts d’Europe ou les SUF [Scouts unitaires de France; les deux mouvements sont catholiques et non-mixtes], qu’ils qualifient de « tradis ». C’est une opposition très parlante quand les acteurs évoquent souvent lorsqu’ils parlent des différentes manières d’aborder la sexualité adolescente : aux EEUdF, on est progressistes parce que l’institution est « pro-sexe » (elle considère que la sexualité adolescente est une part normale et attendue de la vie des jeunes); dans les autres mouvements, on est conservateurs.

Mais je ne saurais pas vraiment identifier le rôle de la religion dans ce phénomène. Historiquement, dans le scoutisme catholique, la mixité et l’éducation à la sexualité ont été plus tardives que dans les autres mouvements. Et je pense que la proximité avec l’Eglise rend par exemple les SGF [Scouts et Guides de France, mouvement catholique mais intégré au Scoutisme français, contrairement aux SUF et Scouts d’Europe], plus « touchy » sur le sujet du genre, terme qui est manipulé avec précaution dans leur documentation, alors que les EEUdF sont à l’aise avec son usage. Par ailleurs, aujourd’hui, la population qui fréquente les EEUdF est loin d’être exclusivement protestante (en tout cas, pas là où j’ai fait mon terrain) et c’est un sujet mineur pour la direction du mouvement. D’ailleurs, ils se revendiquent d’une branche du protestantisme relativement progressiste, qui a par exemple accepté de bénir les couples homosexuels, …

Comment se présentent les directives sur les questions de genre et de sexualité au sein du mouvement EEUdF?

Les mots d’ordre, ce sont « l’égalité », le « respect dans la différence », la « découverte de l’autre », ce genre de choses: en fait, ce n’est pas vraiment concret, et la mise en place de dispositifs d’éducation à la sexualité, ou de lutte contre les stéréotypes de genre, dépend énormément de l’équipe de responsables locaux et de leur propre réflexion sur ces questions. C’est une difficulté: comment assurer au niveau local des directives nationales qui ne sont pas des obligations, plutôt des propositions, mais qui entrent clairement dans l’objectif éducatif de la direction?

Les EEUdF sont constitués d’unités mixtes en quasi totalité, et les équipes de l’unité que j’ai fréquentée étaient mixtes aussi [une unité est divisée en groupes d’environ six éclaireurs⋅ses, qui partagent une ou plusieurs tentes, prennent certains repas ensemble, et partent en « exploration » hors du camp ensemble].

Ce choix de mixité (qui date des années 70) s’accompagne d’une volonté d’éduquer au respect entre les sexes (et donc, dans une certaine mesure, à la « bonne manière » de pratiquer la sexualité). Au sein des EEUdF, cette volonté d’éduquer à l’égalité et à la sexualité s’appuie parfois sur une rhétorique héritée du féminisme, qui met l’accent sur le déséquilibre systémique des rapports de domination. Mais elle se double aussi d’une forme d’universalisme: « on est une grande communauté d’humains et on est tous semblables ». Cet universalisme va de pair avec une rhétorique de l’autre, l’autre qui est en fait l’homosexuel, le noir ou le pauvre. On reste dans une rhétorique construite à partir du statut de dominant.

En fait, au sein des EEUdF, il y a un double mouvement de prise de conscience politisée et d’un refus du politique: un discours qui dit « on est tous des êtres humains » mais qui évite le problème des rapports de pouvoir et de leur fonctionnement systémique.

Justement, tu parles des responsables: ce sont souvent de « jeunes adultes », en études supérieures, mais pour qui la sexualité n’est vraiment pas une question « réglée » une bonne fois pour toutes. Comment ces jeunes qui ne sont ni profs, ni parents, ni formés (comme le seraient des intervenant⋅e⋅s en milieu scolaire), envisagent-ils leur rôle « d’éducateurs » d’adolescent⋅e⋅s? Sur quoi vont-ils s’appuyer pour mettre en place un discours sur la sexualité lorsqu’ils choisissent d’y consacrer une veillée par exemple? Se contentent-ils d’improviser, ou bien reproduisent-ils des choses qu’ils ont eux-mêmes connues pendant leurs années scouts ou au cours de leur scolarité?

C’est une vraie question: savoir un peu « d’où ils parlent », quelle est leur légitimité. Souvent, ils n’ont pas reçu de formation à part celle du BAFA [Brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur], que je ne connais pas, et éventuellement une formation par la Commission mixité, un organe des EEUdF qui s’occupe des questions de genre au sein du mouvement. Mais cette commission est récente et centralisée à Paris, donc ça reste rare.

Du coup, leur légitimité à parler de ces sujets, ils la puisent surtout dans leur passé de scout, ou parfois juste d’adolescent⋅e⋅s: « à leur âge, j’aurais aimé qu’on m’en parle comme ça, donc j’en parle comme ça ». Il y a cette idée très forte (et que je trouve très belle, même si elle est limitée) que le scoutisme va offrir un espace de discussion à part autour de la question de la sexualité, qui va permettre aux jeunes d’apprendre de leurs aîné⋅e⋅s sans passer par une voie plus institutionnalisée (comme l’école).

C’est très présent dans le discours des responsables locaux (qui ont souvent la vingtaine), mais beaucoup moins dans celui des responsables nationaux (plus âgés, 30-40 ans), pour qui cette liberté de parole représente un risque. Donc il y a des règles fixées par la commission : ne jamais parler de soi, ne pas expliquer « comment on fait », etc… Après, les responsables locaux choisissent parfois d’outrepasser ces règles, notamment celle qui consiste à ne pas parler de soi. Souvent, c’est dans le but de rassurer, en tout cas pour les filles : « moi, quand j’ai eu mes règles pour la première fois », ou « moi, avec mon premier copain »…

educationsexuelle

Extrait d’un numéro de Ti.Ta.Ti consacré à l’éducation sexuelle

Est-ce qu’il y a des craintes des parents sur cette question? Les responsables les informent-ils systématiquement des programmes qui touchent aux questions de genre et de sexualité?

Oui, il y a des craintes des parents. Lors des formations, on apprend aux responsables à répondre à ces craintes. Une jeune femme m’a raconté qu’un jour, elle avait organisé l’intervention d’une association de défense LGBTQ sur un de ses camps, et qu’une mère l’avait appelée pour protester (c’était en 2013, en pleine polémique sur le mariage). Mais globalement, les parents sont plutôt d’accord, d’autant plus que maintenant, l’éducation à la sexualité fait partie des objectifs pédagogiques du mouvement, et c’est clairement mentionné sur le projet pédagogique: les parents n’ont pas vraiment de marge de protestation.

Les parents ne sont pas informés du contenu des veillées sexualité. Ils sont mis au courant qu’il va y en avoir une pendant le camp, généralement à la réunion lorsque les responsables leur montrent le planning, mais ils ne sont pas tenus au courant précisément de ce qu’il va s’y passer.

Tu as assisté à une veillée ou à des échanges sur le sujet de la sexualité au cours de ton terrain?

Globalement, la sexualité a été un thème récurrent au sein de l’équipe pédagogique que j’ai intégrée (aussi sûrement parce que j’étais là : c’est le biais) : sous forme d’humour potache, souvent sexiste, le soir ou lors de l’exploration (humour beaucoup véhiculé par les garçons), mais aussi sous une approche plus pédagogique (comment en parler aux enfants?) voire militante pour certaines responsables femmes.

J’ai aussi assisté à une veillée sexualité sur le camp auquel j’ai participé. Le groupe a d’abord été séparé en quatre groupes, mixtes en sexe et en âge, et on a fait un jeu de taboo [jeu qui consiste à faire deviner des mots sans utiliser une liste de mots connexes] sur le thème de la sexualité, que les responsables de l’activité avaient trouvé sur internet (sur le site de l’éducation nationale, il me semble). Il fallait faire deviner des mots (masturbation, rapport sexuel, orgasme…) inscrits sur une carte sans utiliser la liste des termes écrits sous ce mot.

Ensuite, les enfants ont à nouveau été séparés en quatre groupes, en fonction du sexe et de l’âge (petites filles, petits garçons, grandes filles, grands garçons) pour un moment de discussion très informel, où les adolescent⋅e⋅s posaient des questions aux responsables dans chaque groupe, mais où les garçons posaient aussi des questions aux filles, et les filles aux garçons. Ils inscrivaient ces questions sur des post-it que les responsables collectaient et amenaient au groupe du « sexe opposé », qui écrivait dessus les réponses et les ramenaient. Parmi les questions, en vrac:  « que faire si la fille n’a pas envie? » (garçons), « épilée ou pas épilée? » (garçons), « quel est votre point G? » (filles),  « est-ce que vous matez les mecs (ou les meufs)? » (garçons), « y a t-il une taille normale pour un pénis? » (garçons), « est-ce que vous vous épilez? » (filles).

Le « problème », c’est que comme j’étais une enquêtrice femme, je n’ai pas pu assister à la veillée dans les groupes des garçons. Je n’ai donc le récit direct de ce qui s’est passé que pour mon groupe. Dans mon groupe, les réponses étaient filtrées au sens où elles étaient discutées avec les adolescentes avant qu’elles soient inscrites sur les post-it. Donc les filles ne pouvaient pas écrire ce qu’elles voulaient: on en parlait et les responsables donnaient leur avis. Par contre, pour ce qui est des questions directement adressées par les ados aux responsables, là, il n’y a pas de filtre possible, sauf s’il y a un deuxième ou un troisième responsable présent.

Par exemple, moi je suis intervenue au moment où on parlait de sexe anal parce que la responsable à côté de moi disait qu’elle pensait que c’était plus douloureux que le sexe vaginal. Du coup, j’ai dit: « non, il faut en avoir envie, aller très lentement, utiliser du lubrifiant, etc. ». J’avais envie d’en parler parce que la douleur, c’était mon sujet de recherche au départ quand je suis entrée à l’EHESS. Dans ce cas, la frontière était plus fine entre ma présence en tant que « sociologue » et le rôle que j’avais envie d’assumer en tant que responsable à ce moment précis.

Est-ce que pour les (pré-/)ados, c’était la première occasion de parler aussi librement avec des interlocuteurs/trices plus âgé⋅e⋅s, ou bien est-ce qu’ils avaient déjà eu accès à des formes d’éducation sexuelle non informelles, hors du groupe de pairs de même âge?

Pour la majorité d’entre eux, qui sont dans cette unité depuis plusieurs années, ce n’est pas la première fois puisqu’il y a des veillées sexualité à chaque camp d’éclaireurs⋅ses. Pour les autres, à vrai dire, je ne sais pas très bien.

J’ai surtout évoqué cette question avec les responsables, et là clairement, pour un certain nombre d’entre eux, ces veillées ont été leur première occasion d’accéder à une éducation sexuelle non informelle. Une chose qui m’a marquée, sûrement par contraste avec mon expérience personnelle, c’est que pour la majorité des responsables avec lesquels je me suis entretenue, la sexualité n’est pas du tout un sujet de discussion avec leurs parents. Ils n’en ont jamais parlé ensemble. Du coup, les veillées sexualité aux EEUdF ont été une véritable découverte pour eux, une source d’information rassurante, et ils y sont donc très attachés, d’où le fait qu’ils le reproduisent maintenant qu’ils sont responsables.

Est-ce que la moindre différence d’âge entre éducateurs et ados relativise l’effet de « panique morale » qu’on identifie dans le discours sur la sexualité des ados, et qui oriente souvent la mise en place des séances d’éducation sexuelle?

Très bonne question. Il faudrait faire une plus grande étude. Je pense que oui et non… Oui, parce qu’il y a cette idée d’identification qui est très forte, une volonté de dédramatiser le sexe, de rassurer les ados, ce qui fait que le discours sur le sexe est très « positif » (se masturber, c’est normal, se masturber beaucoup, c’est normal, avoir du désir, c’est normal, tout est normal).

En même temps, la panique morale est assez forte à la tête de l’institution, surtout autour de la pornographie pour les garçons et de la grossesse pour les filles. D’ailleurs, ça se retrouve ailleurs dans la société, et ça imprègne le discours des responsables locaux.

La pornographie, surtout, est très mal vue : elle dégrade les femmes et pousse les garçons à reproduire cette violence dans la sexualité et dans la vie sociale. Elle est vue comme un vecteur de sexisme, plutôt que comme un produit du sexisme. Donc il y a tout un travail là-dessus, avec souvent un « recyclage » d’arguments hérités du féminisme (surtout sur la violence). Il y a aussi une volonté de déconstruire les représentations du corps pour faire tomber la pression de la perfection physique et de la performance, avec l’idée que le porno, « c’est pas la vraie vie ».

Pour les filles, c’est beaucoup moins abordé. On leur parle beaucoup plus de contraception, et la grossesse adolescente est perçue comme un danger important.

Est-ce que le corps était un sujet important dans la discussion sur la sexualité (anatomie, fonctionnement du plaisir, …)?

Pas du tout. Il n’y avait pas trop cette dimension d’ « enseignement vertical », au sens d’une leçon, de « voici comment ça marche », parce que les veillées sexualité sont vraiment envisagées comme des moments privilégiés où les responsables peuvent répondre aux inquiétudes des ados. Donc c’est beaucoup plus axé sur leurs questions que sur ce que les responsables pensent être prioritaire (même si bien sûr, ils parlent en fonction de ce qu’ils considèrent comme important).

Sur le « point G masculin », je me souviens d’une ado qui expliquait qu’on lui avait raconté qu’il fallait mettre un doigt dans les fesses des garçons parce que c’est là que se trouvait leur point G. Du coup j’ai fait un petit point « prostate ». Mais sinon, je n’ai pas de souvenir.

Ce qui est intéressant aussi, c’est que j’étais avec une responsable ce soir-là qui était très intimidée par cette veillée parce qu’elle pensait qu’elle n’avait pas assez d’expérience pour parler de sexe avec les ados. Donc elle était parfois gênée: c’est pour ça que je pense que c’est très important d’être deux.

On n’a pas évoqué la question de l’hétéronormativité, du discours sur l’homosexualité…?

Question intensément compliquée. La position de l’institution sur l’homosexualité est une position de « respect » et, dans une certaine mesure, de lutte contre l’homophobie. Donc il y a ouvertement un engagement de la part de la structure sur cette question-là. L’homosexualité est officiellement acceptée, au sens où elle n’est pas considérée comme une anomalie ou une déviance.

Le problème, c’est qu’elle reste, pour la majorité des membres du mouvement, une question « minoritaire » au sens où elle ne concerne qu’une petite portion de personnes. Donc il n’y a pas du tout de réflexe du type « ton copain… ou ta copine », quand tu t’adresses à une fille.

Le climat est très hétéronormatif, et cela va du contexte général (on interdit aux garçons et aux filles de se doucher nus ensemble, mais on autorise les garçons et les garçons ou les filles et les filles à le faire) à l’organisation des temps sexualité, où seule une sexualité hétérosexuelle est évoquée.

C’est une question compliquée parce que je crois que l’hétéronormativité est un peu au fondement de tout. La séparation des garçons et des filles est hétéronormative (ils ne sont que deux sexes, et, dès lors, ils sont plus susceptibles d’être attirés par quelqu’un du sexe opposé que par quelqu’un du même sexe). En même temps, cette séparation est parfois justifiée (et à juste titre, je pense) par des arguments féministes: assurer, en séparant les filles et les garçons sous la douche ou dans la tente, des espaces non-mixtes de résistance vis-à-vis des tentatives d’appropriation physique et symbolique du corps féminin par les garçons.

C’est un climat entièrement hétéronormatif, mais pas plus que l’école en fait. Enfin, c’est vraiment compliqué, je pense que toute la société est ultra hétéronormative…

Quelle place pour la question des violences sexuelles et celle du consentement?

Le consentement était très important aux yeux d’une des responsables, qui a subi une agression sexuelle au sein des scouts. Du coup, il y avait de sa part une volonté très pro-active de l’évoquer avec les ados. Mais au moment de la veillée, ça n’a pas été évoqué, peut-être parce que les questions des ados ne portaient pas dans ce sens, mais aussi parce que les responsables n’ont pas intégré cette nécessité, étant donné qu’eux-mêmes n’ont jamais appris à voir dans le consentement une notion fondamentale.

Globalement, mais là encore, ce n’est pas ma réponse sociologique, le camp aurait été totalement différent si cette responsable n’avait pas été engagée sur cette question. Elle a beaucoup orienté les questionnements de l’équipe pédagogique sur ces problématiques.

C’est un peu bête mais je tiens vraiment à souligner que les EEUdF sont parcourus de tensions autour de ces questions, entre une volonté politisée et engagée d’éduquer à la sexualité dans une perspective « féministe » assez contemporaine, et une volonté justement dépolitisée d’aborder la question sous un angle apolitique, et par conséquent, très détaché du travail de réflexion autour du consentement, des violences, etc… Il y a vraiment ces deux côtés qui s’opposent et qui, pour moi, étaient difficiles à réconcilier dans mon analyse.

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Une réflexion sur “Une sociologue chez les scouts: un lieu privilégié pour l’éducation sexuelle?

  1. Merci pour ce billet très intéressant.

    Je me demandais si les EEUF avaient envisagé des formations de leurs responsables d’animation par des personnes externes (comment se forment les personnes qui font les interventions au collège ?) sous forme de stage, par ex ?
    Est-ce le seul mouvement du scoutisme français à proposer ces temps de discussion autour de la sexualité ?

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