Ces mères qui pensent à tout (et qui pensent trop)

Qui a fait quoi cette semaine ? La cuisine, le ménage, le soin des enfants ? Jouer, ranger, transporter ? Les inscriptions, les rendez-vous, les réservations ?

La répartition des tâches au sein de la famille est un problème récurrent dans notre vie surmenée et particulièrement dans les couples « féministes ». D’ailleurs j’en ai déjà parlé , à propos de celui qu’on appelle le parent par défaut.

Il est donc question dans cet article de La Croix de la charge mentale qui pèse sur les mères. Cette chape de plomb si accablante qu’elle conduit certaines d’entre elles au burn-out.

C’est le fait d’avoir en permanence dans un coin de la tête la préoccupation des tâches domestiques et éducatives, même dans des moments où on n’est pas dans leur exécution

C’est sans doute assez représentatif des familles modernes : le père prend sa juste part des responsabilités domestiques, il assure les courses, la préparation des repas, les bains, les lessives, les biberons nocturnes, le repassage, etc.

Et pourtant, il reste toutes ces choses que la mère seule endosse : l’échéance du prochain rappel vaccinal, le stockage préventif de vêtements pendant les soldes, le programme des vacances scolaires, les rhumes à répétition du petit dernier, la date du spectacle de fin d’année, le nettoyage des oreilles, le menu de la cantine, le nettoyage du doudou, la monnaie pour le pain, la carie de la grande…

« Dans les faits, la répartition des charges dans notre couple est à peu près équilibrée, explique [Nathalie]. La seule chose, c’est que c’est moi qui pense à tout, qui prévois tout, qui organise tout. »

C’est vrai. C’est terrible. C’est harassant.

Contrairement aux tâches domestiques elles-mêmes, il est difficile de quantifier cette charge et donc de la répartir au sein du couple.

J’ai entendu parler récemment d’une Maman qui s’est retrouvée pour quelques jours seule avec ses 2 jeunes enfants alors que le Papa au foyer était parti en vadrouille avec des copains. Elle l’a appelée sans arrêt. Il lui a fallu son aide par exemple pour organiser une séance de coloriage et trouver la ramette de papier et les feutres !

Vous n’imaginez pas comme je l’ai enviée !!!

En ce qui me concerne, je n’arrive pas à lâcher prise et mon besoin de contrôle passe par tous les aspects du quotidien de mes enfants… Certes, je sais que si tous les feutres sont secs et qu’on doit renoncer à un dessin, il n’y aura pas mort d’homme. Pourtant, j’essaie de faire en sorte qu’il y en ait toujours des neufs à disposition.

Je suis par ailleurs imparfaite [arghhhh, ça me tue de l’avouer ;)] mais il est de nombreuses soirées où je n’ai pas anticipé le menu des enfants, où je dois extraire quelques légumes du congélo et faire cuire une poignée de pâtes à la va-vite.

Oui mais voilà, dans cas-là, j’y ai quand même pensé dès le matin – ou même la veille :

«Zut ! le bac à légumes est vide… comment on va faire ? que vont-ils manger ? est-ce que j’aurai le temps de passer chez le primeur en rentrant ? voyons, à quelle heure se termine ma dernière réunion ? ah non, raté… et entre midi et 2 ? non plus… il reste des trucs au congélo ? que des haricots verts ? ça fait déjà 3 soirs qu’ils en mangent… »

Voilà ce qu’est selon moi la charge mentale.

Je pense que leur Papa dans un cas similaire – et en mon absence – se posera la question à 18h45… et pourtant les enfants se coucheraient le ventre plein !

Je ne crois pas que cette charge mentale soit une fatalité, je ne pense pas que ce soit inné et dévolu à notre deuxième chromosome X.

J’imagine qu’il y a quelque chose dans notre façon de conditionner les filles qui culturellement leur fait peser ce lourd fardeau sur les épaules.

Alors d’accord, on doit pouvoir s’en défaire. En prendre conscience, c’est déjà un premier pas mais après ?

Suffit-il de le décider ?

Oui, après… c’est un travail obstiné de déconstruction des messages insidieux inculqués et intégrés dès la prime enfance. Alors c’est long et c’est difficile.

En cela, je trouve cet article odieusement accusateur. Le message résonne en moi comme une sentence : c’est la faute aux femmes, elles n’ont qu’à déléguer aussi [ces emm*rdeuses !]

Est-ce si naturel et si facile de déléguer ? Au boulot par exemple, expérimentez-vous davantage de collègues qui délèguent avec générosité et sérénité que l’inverse ? Permettez-moi d’en douter…

Mon poil se hérisse encore à la lecture du soi-disant paradoxe mis en exergue par l‘inter-titre :

Une souffrance et une certaine fierté

Comme si quelque part, tout au fond, c’était mérité… La condition de mère reste attachée à cette vision judéo-chrétienne de la douleur et du sacrifice. Et dans la continuité, la journaliste cautionne même le cliché de la matrone tyrannique en son royaume.

Dans ces deux témoignages réside en fait tout le paradoxe des femmes : elles souffrent de cette charge, qui génère du stress, mais elles éprouvent une certaine fierté à l’idée que sans elles le petit monde domestique s’arrêterait de tourner. 

« La charge mentale du foyer est un enjeu de pouvoir au sein du couple,relève ainsi Christine Castelain-Meunier, sociologue au CNRS. Même si les choses évoluent, les femmes ont encore souvent un salaire moindre, une vie professionnelle moins prestigieuse… Dans le foyer, en revanche, ce sont elles qui ont la main. Le risque est qu’elle transforme leur domicile en forteresse et leur mari en valet. »

Et on en revient encore à rejeter la culpabilité sur ces épaules déjà si chargées. Comme si se débarrasser de la pression culturelle, du poids du patriarcat, de codes tacites intimement assimilés n’étaient qu’une formalité, une page à tourner avec audace et légèreté.

C’est un peu facile de reprocher ça aux mères. En plus de tout le reste…

 


Ce sujet vous intéresse ? Un autre billet sur la question de la responsabilité parentale ici et pleins d’autres questionnements sur mon blog.

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17 réflexions sur “Ces mères qui pensent à tout (et qui pensent trop)

  1. Cette charge mentale, je n’en avais pas conscience avant cette rentrée si. Ou plutôt elle se fondait dans mes responsabilités de fait. Personne ne se pose la question, pourquoi se la poser puisque moi je vais (dois) y penser. Et si je veux déléguer, c’est quand même moi qui doit penser à tout pour que ça se fasse, et même quand j’ai donné toutes les instructions ça ne suffit pas, les questions sont reposées 20 fois. De plus en plus cette responsabilité me pèse et je me dis, bon sang mais l’autre parent s’intéresse-t-il à ce que font ses enfants à l’école, à leur santé, à leurs activités? Faute de pouvoir s’en occuper parce que LUI il travaille… Mais ne pas pouvoir logistiquement se charger des choses empêche-t-il de s’y intéresser?
    Epineux problème. Je devrai cesser d’endosser ces responsabilités là seule, mais par erreur de ma part inconsciemment je voudrai que ce soit volontaire et pas contraint, douce utopie. A moi d’imposer en disant mon ras le bol, même dans un contexte compliqué. Et par essence même, je dois m’en occuper, je suis celle qui est dispo… Et à force ne peut rien faire d’autre!!!

    • Comme tu l’exprimes, cette question est encore plus complexe quand la mère ne travaille pas. Bien sûr, elle a une certaine disponibilité mais quiconque aura passé quelques semaines « au foyer » sait que c’est une illusion et que la charge mentale est encore plus redoutable dans cette configuration !! Celui qui travaille ne mesure pas sa liberté d’avoir chaque jour une véritable coupure avec ce quotidien qui nous assomme :( Et prisonnière de ce schéma de sacrifice maternel utile au bien familial, j’avais tendance à ne plus rien demander au Papa !!!
      Pour ce qui est de « l’intérêt » que les pères portent aux choses, ça me laisse souvent perplexe. La conversation que j’ai eu avec mon mari à l’occasion de mon billet sur le parent par défaut m’a légèrement éclairé : pour les vaccins par exemple, il considère que je me renseigne, que je maîtrise le sujet et comme il me fait confiance, il ne pose pas de question ! Je trouve ça encore trop facile… mais j’essaie d’en prendre mon partie et de retenir l’aspect « confiance » donc le positif :)
      Finalement, j’ai aussi cru qu’il allait se rendre compte, prendre miraculeusement sa part du fardeau, comprendre à mes cernes et mes angoisses… je n’ai pas réussi à communiquer correctement (en dehors de quelques pétages de plomb vains) et j’ai repris le boulot. Je me suis sentie moins « investie » et ça va mieux maintenant.
      Tout ça pour dire que je comprends ce dont tu parles, je n’ai pas trouvé de solution miracle mais je t’envoie toutes les bonnes ondes possibles pour te donner du courage…

  2. Vous dites « c’est quand même moi qui doit penser à tout pour que ça se fasse »… chose que l’on retrouve dans l’article, plusieurs fois d’ailleurs; Est-il vraiment nécessaire que « ça se fasse » -quelque soit le « ça »-?

    Même un rappel de vaccin ne sera pas compromis parce que quinze jours ou un mois trop tard…

    J’explique régulièrement à ma fille que « non, il n’y a plus/pas de xxx, dc on ne peut pas faire ceci ou cela, mais on en achètera dès que possible etc. »…
    Le souci venant que de ce que l’envie de tout contrôler est souvent rassurante pour soi, d’où peut-être une difficulté supplémentaire à lâcher prise. J’espère que ma fille apprendra qu’elle peut repousser tel ou telle contrainte, ou changer d’occupation à un moment pour contourner un pb d’organisation… car cela donne une réelle liberté

    • Faire le vaccin 2 semaines trop tard, c’est y penser 2 semaines de plus ! Quand les préoccupations sont là, il est impossible de les balayer d’un revers de main. Les contourner n’est pas une solution pour s’en alléger, le souci n’est pas de savoir comment les gérer mais simplement de leur existence dans notre esprit en permanence. C’est le poids même de cette charge mentale ! et on voit bien par votre commentaire que ça ne vous concerne pas (sans rancune ;)

      • Je pense justement que ça me concerne: le mécanisme mental qui conduit à se préoccuper de tel ou telle contrainte à gérer est tout à fait familier. Et c’est à mon avis la conséquence d’un mode de fonctionnement qui tend à contrôler son environnement. Ce mode de fonctionnement n’est pas un absolu, et peut parfaitement évoluer au cours de la vie – on apprend à abandonner un certain nombre de tâches-

        Il est légitime de s’interroger sur les liens entre l’éducation reçue et ce mode de fonctionnement, d’où les tentatives que je peux faire de ne pas induire ce type de besoin chez ma progéniture

        • Je suis d’accord avec vous : ce n’est pas absolu et ça peut évoluer. Mais je comprends en filigrane de votre message que ça *doit* évoluer et que le besoin de tout contrôler, même s’il est sécurisant, peut être lui-même contrôlé… Et là, je doute.
          Vous faites peut-être vous-même preuve d’une grande force de caractère qui vous permet de rejeter cette part de votre éducation (pour autant que ça vienne de là). Vous ne pouvez pas blâmer les autres de ne pas y parvenir.
          En ce qui me concerne, je le subis, j’essaie de travailler (sur mon enfance en particulier) pour m’alléger mais c’est complexe et douloureux. Long aussi. Je ne sais pas si j’y parviendrai, ni quand. Entendre que je n’ai « qu’à le vouloir » m’agresse.
          En tout cas, donner les clefs à votre fille pour s’affranchir de cette culpabilité est tout à fait louable !

  3. A reblogué ceci sur biboulovet a ajouté:

    Un article très intéressant sur la charge mentale qui pèse sur les femmes… Je croûte parfois/souvent sous cette charge qui épuise mon énergie, je rêve que d’autres prennent spontanément en charge une part de cette charge tout en m’interrogeant beaucoup sur ma part de responsabilité dans cette situation… Alors pour alimenter la réflexion, je partage ici cet article !

  4. On peut commencer par déléguer une chose, puis une autre. La politique des petits pas. Par exemple, c’est mon conjoint qui se charge de l’orthodontie de nos 2 enfants, de A à Z. Comme il est plutôt tête en l’air, il a oublié plusieurs fois les rendez-vous. Et bien surtout, je ne joue pas ses secrétaires, je ne répare pas ses oublis : c’est lui qui téléphone pour s’excuser et prendre un autre RV. Mais je ne critique pas non plus. Il gère, point barre. Moi je gère d’autres choses. Se répartir ainsi une partie des tâches de manière cloisonnée me semble plus efficace que de faire une partie de chaque tâche (notamment l’organisation, comme montré dans l’article).
    Mais il est vrai qu’on est conditionnées pour être des mères parfaites, surtout si les femmes qu’on connait (notre mère notamment) l’était. La déconstruction totale de ce modèle me semble très difficile, voire impossible, d’autant que la société en rajoute souvent une couche.
    Et encore, je crois qu’on est dans une société plutôt cool avec les mères, si j’en crois les articles sur l’Allemagne et les « Rabenmutter ».

    • C’est marrant parce que je crois que le modèle écrasant de nos mères est un facteur déterminant et la mienne est pourtant une calamité !!! Incapable de remplir de la paperasse correctement, très mauvaise cuisinière, pire ménagère… Elle est juste hypocondriaque grâce à quoi on n’a jamais loupé un seul rendez-vous médical ni aucune prise de médocs ! (la voilà habillée pour l’hiver…) Du coup, il y a ça [la figure maternelle] mais plus que ça aussi : la société nous l’inculque d’une manière ou d’une autre et je pense que, dans mon cas, je veux quelque part rattraper le mal qui a été fait…
      En tout cas, l’efficacité de la politique du cloisonnement est incontestable ! Ici, j’ai complètement délégué la paie de la nounou, déclaration pajeemploi et compagnie : je lâche prise, me fiche des contretemps et il fait le job ;) yapluka étendre à d’autres tâches !

  5. Perso j ai l impression que certaines mamans entretiennent ce « je suis débordée car je dois penser a tout mais je gere » car ca rassure de faire croire à ses ami (e)s qu’ on est une super maman qui réussit tout en étant sur tous les fronts, et seule
    Alors qu’ en fait c est un peu ridicule, on a tous le droit de ne pas être au top, aussi bien le papa que la maman, car ne croyez pas que nous, les pères, ne pensons pas a l organisation familiale avant 18ht5, c est très réducteur
    Quant a l emploi du mot « victime » pour qualifier la maman……
    Pourquoi avoir besoin de se sentir débordée pour passer pour un ou une héros ? Élever un ou des enfants ne relève pas du miracle insurmontable….
    Bref je vais encore me faire des amies

    • D’un côté vous avez raison… de l’autre, vous ne pouvez pas vous rendre compte de la pression à la fois diffuse et intense qui pèse sur les mères. On n’élimine pas comme ça des siècles de conditionnement, où l’opinion générale était que les mères étaient responsables de la tenue du foyer (les pères ont la même pression sur le fait de « faire bouillir la marmite », avec les conséquences qu’on sait quand ils se retrouvent au chômage).
      Ainsi, moi qui me crois plutôt détachée de ces contingences, j’ai toujours été gênée les fois où mes enfants allaient à l’école avec des habits troué ou tachés. Pourtant, les habits, je m’en fous, et des habits troués ou sales en fin de journée sont le signe que l’enfant s’est bien amusé. Et pourtant, j’ai ressenti cette pression sociétale qui veut que la mère soit garante de la tenue de ses enfants… alors même que personne (hormis ma famille) ne m’a jamais fait la moindre réflexion là dessus.

      • Oui Cécile je vous rejoins tout de même sur le conditionnement
        C est d ailleurs ce que j ai vécu avec les parents
        En 30 ans cela a tout de même bien changé je pense, je tiens par exemple a coeur de préparer les repas de ma fille, j adore l habiller, la doucher etc
        Je suis aussi très fier de faire le ménage et de voir le sourire de ma femme quand elle rentre et qu’ elle voit que c est fait. Je ne vois pas pourquoi cette corvée devrait lui être réservée et je ne pense pas être le seul homme a penser ainsi
        Mais je vois aussi des amies que ne laissent pas leur homme prendre leur place dans ces taches ménagères. Elles disent même que ce ne serait pas bien fait si leur homme les faisait, et d un autre côté je les entends constamment se plaindre de tout devoir gérer et chercher a passer pour une super maman multi tache. Ca a le don de m insupporter lol
        Peut être que je pense ainsi de part ma situation familiale perso : moi et ma femme sommes plusieurs fois par semaine en déplacement alors chacun met la main a la pâte, que ce soit pour l éducation de notre fille, l habiller, le bain, les jeux….Et les taches ménagères

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