Les outils de la bienveillance

Après avoir montré un peu d’histoire des relations enfants-enseignants, démontré la nécessité de la bienveillance, et souligné sa place dans les programmes, passons au vif du sujet, mon intérêt principal, mon dada : celui des outils de développement personnel. Par différents chemins de la vie, je les ai rencontré, appris, me les suis appropriés…
Je présente ici des outils qui me paraissent universels, qui nous aident à être une meilleure version de nous-même, qui sont universels ; pas besoin d’être enseignant ou parent pour en tirer bénéfice dans la vie quotidienne.

smile breathe and go slowly

Les outils de la bienveillance

Pour être des adultes bienveillants qui accompagnent les enfants et élèves dans leurs
apprentissages et leur épanouissement, il y a des approches autres et complémentaires que celles du jeu, du maternage et de la reformulation des émotions. La Communication Non Violente, la Process Communication, l’Education Positive et, plus spécifiquement à la classe, les Pédagogies Institutionnelle et Coopératives sont des outils efficaces et ont fait leur preuve en terme de qualité des relations et de cadre épanouissant pour enfants et adultes. Je reviendrai sue les Pédagogies Institutionnelle et Coopératives dans un article ultérieur.

Des outils pour mieux se connaître

La Communication Non-Violente
La bienveillance passe donc par notre posture avec autrui et par la communication. Le courant de la communication non-violente (CNV) a d’abord été porté par l’américain Marshall B. Rosenberg depuis les années 1980. La communication bienveillante « consiste à mettre ses oreilles de girafe et à apprendre à entendre tout message qui nous arrive comme l’expression des sentiments et des besoins de l’autre : tout message, quel qu’il soit » (Rosenberg, 2006, p. 52). Il s’agit de voir dans chaque parole, chaque geste la beauté en soi et chez l’autre. Quelle démarche difficile ! Surtout quand on vit dans une société où les paroles et les attitudes agressives sont légions, surtout quand les messages dévalorisants ou de rejet sont communs dans tous les domaines de la société.

Donner leur place à nos émotions et celles des autres
Prenons un exemple banal en milieu scolaire : un enfant griffe un autre au visage. Il y a un
enfant griffé, un enfant griffant et l’enseignant qui n’a pas pu intervenir assez rapidement pour éviter le désastre, et dans mon cas, une grand-mère qui fait un scandale me traitant
d’incompétente. Soit je le prends personnellement, dans ce cas là, oui, j’ai été incompétente, et je me sens en dessous de tout. Soit je prends la solution de facilité et étant sur la défensive, outrée dans mon émotion liée à l’accusation, en accusant en retour les enfants des autres qui sont des sauvages mal-élevés et que sa petite fille ferait mieux d’apprendre à se défendre… Néanmoins je ne suis pas certaine que cela apaise sa colère et restaure la confiance. Je peux aussi entendre son émotion de grand-mère qui a eu peur pour sa petite fille, qu’elle soit défigurée, qu’elle ait un oeil crevé, que ça soit plus grave que ça une prochaine fois. J’ai besoin de ma disponibilité, de ma patience, pour dire que j’entends son inquiétude, et qu’elle est légitime (autrement dit, je la reconnais dans sa détresse et donne une légitimité à son émotion), pour lui dire aussi que je suis attentive à tous les enfants et que je fais de mon mieux. Peut-être cela apaisera t-il sa colère, peut-être n’a t-elle pas pu entendre mon message sur le moment. J’espère que mon message de compréhension et l’apaisement sera intégré en faisant son chemin une fois l’émotion atténuée.

Le langage chacal et le langage girafe
Selon M. Rosenberg, il y a deux types de langage : le langage chacal et le langage girafe.
(Rosenberg, 2006, pp. 12-19) La première réponse proposée dans l’exemple ci-dessus est
typique de ce langage. Le langage chacal est celui parlé le plus souvent dans la société, dans l’école. Il est celui du devoir, du « il faut ». Il est celui qui juge et évalue. Il cherche le
problème chez l’autre lorsqu’on ne se comprend pas ou qu’il y a un conflit. Il est celui où,
dans le cas de l’école, l’enfant doit s’adapter prendre sur lui, « devenir élève » pour être
reconnu, promu, estimé, récompensé. Il est celui où c’est la faute de l’enfant s’il ne parvient pas à comprendre ou à se plier à la règle. M. Rosenberg file la métaphore suivante pour expliquer l’école des chacals : « Vous êtes un vendeur de voitures et vous ne vendez pas de voiture ? Eh bien vous virez les clients. » (idem, p.13). Autrement dit, s’ils ne comprennent

pas, c’est la faute de mes élèves qui sont paresseux/inattentifs/idiots (Choissisez l’adjectif qualificatif approprié. C’est tout exprès que je choisis des termes forts et provocateurs, pour montrer l’ineptie d’une telle approche pédagogique.), je ne remets pas en
question ma pratique, je ne questionne pas mon approche pédagogique. On peut aussi dire que c’est le langage utilisé par les gens qui n’ont pas mené de travail réflexif sur la portée et l’impact de leurs comportements et leurs paroles sur autrui et en particulier sur les enfants.
C’est aussi une attitude, un comportement qui peut être un marqueur de stress, de détresse, lorsque les besoins de la personne ne sont pas reconnus. Nous reviendrons plus tard sur l’aspect des besoins.
Pourquoi la métaphore de la girafe ? Parce que c’est l’animal terrestre qui a le plus grand
coeur selon Rosenberg. En d’autres termes, « la communication non-violente est un langage qui réclame de notre part la capacité à nous exprimer à tout moment à partir de notre coeur. » (p. 14). C’est la démarche d’une attention de chaque instant qui réclame de voir la beauté à l’intérieur de chaque parole, chaque geste, en soi et pour autrui.

Le pouvoir de l’intention à l’instant présent
J’associe le langage du coeur à la démarche de la pleine conscience, telle qu’elle est expliquée par le maître zen Thich Naht Hanh, notamment dans les ouvrages « Le miracle de la pleine conscience » (1999) ou « La sérénité de l’instant » (2009). Il s’agit d’offrir son attention à chacune de ses pensées, de ses gestes et des paroles à chaque instant. C’est une forme de méditation qui a aussi bien lieu assis.e en tailleur sur un coussin, en lavant la vaisselle, qu’en prenant soin des enfants. Il ne s’agit pas d’arrêter le flot des pensées, car on ne peut arrêter les vagues qui déferlent sur la plage. Il s’agit de prendre juste assez de recul pour sortir de l’eau et regarder les vagues. C’est prendre conscience de ses états mentaux et de ses émotions, de les accueillir tel quels et de leur offrir beaucoup d’amour. Ainsi on peut être présent au monde pleinement, sans être pollué par nos marées intérieures. Aussi, le temps passé avec les autres peut devenir aussi le temps pour soi ; on y est pleinement et avec juste assez de recul pour identifier nos états mentaux et nos sensations. On peut accueillir des émotions telles que la colère, la peine, la frustration ; on peut les saluer, « bonjour ma colère, cela fait longtemps que je ne t’avais pas vu » ; et s’arrêter pour comprendre leur origine. Quel est le mécanisme en moi qui a suscité une telle réaction ? Est-ce uniquement de mon fait ? Pourquoi est-ce que je prends telle ou telle chose particulièrement à coeur ? Ainsi, on créé un espace en soi qui permet à cette émotion de s’apaiser. Et nous ne réagissons plus, nous ne sommes plus sur le vif, ou à vif. On peut écouter, répondre, agir dans la sérénité. Cet ancrage doit être très profond et la pratique très solide pour la continuer avec sa classe, en travaillant en équipe ou face à des parents d’élèves inquiets. La pleine conscience ne peut donc pas se contenter d’être un voeu pieu, mais une mise en pratique quotidienne dans notre vie d’adulte, ainsi qu’une
transmission aux enfants.
Dans mon dialogue avec les enfants, en amont de la résolution de conflit sur laquelle nous
reviendrons ultérieurement, nous avons travaillé à mettre des mots sur nos émotions. J’ai
inclus ces apprentissages dans les séquences de découverte du monde liées en projet avec la compréhension d’album. Il s’agit d’acquérir un vocabulaire de base à ce sujet, parler de ce qui nous met en colère ou en joie, de ce qui nous rend jaloux ou triste. J’ai conduit ce projet comme filé tout au long de l’année scolaire, créant ainsi un beau grand livre individuel. En pratique, par le travail de compréhension d’un album on explore une émotion, un état d’âme en cherchant à comprendre les émotions et intentions des personnages. Par ailleurs, nous nous sommes appuyés sur les bandes son proposées par Eline Snel dans son ouvrage « Calme et attentif comme une grenouille » (2012). En écoutant les exercices proposés par la petite grenouille, les élèves ont commencé à explorer des outils pour apprendre à faire le calme en eux, à détendre leurs muscles, à prendre conscience de leur respiration. Ce sont des outils qui, s’ils les rencontrent de nouveau au cours de leur scolarité leur permettront de développer des habiletés de retour au calme qui leur servira jusque dans leur vie d’adulte.
En développant des habiletés de retour au calme et d’attention à l’instant présent, on peut dire, pour reprendre la métaphore de Thich Nhat Hanh, que l’on arrose nos graines de calme et de compassion. La philosophie bouddhiste a une analogie faite de maison et de jardins. Si chacun d’entre nous est une maison, il y a fond de nos caves des graines. Des graines de joies comme de souffrance, de compassion comme de jalousie, de colère comme de tendresse. Toutes ses graines sont présentes en nous, dès notre naissance, jusqu’à notre mort. Lorsque nous rencontrons un de ses sentiments, nous arrosons ces graines. Si l’on reçoit la colère de quelqu’un, que l’on est jaloux, que l’on est triste, ces graines sont arrosées et poussent en buissons de tristesse, d’orgueil ou de colère. Tandis que lorsque l’on rencontre encouragements et bienveillance, confiance et affection, ce sont ces graines-là qui germent et poussent en beaux arbres. Plus on arrose nos graines, plus on renforce ces plantes : plus on reçoit de la confiance, plus on est capable d’être confiants. Tout comme lorsque l’on reçoit, que l’on subit de la colère, on arrose les graines de colère et on vit plus dans la colère. Il n’y a pas, selon Thich Nhat Hanh de déterminisme : en n’arrosant plus les graines de souffrance, les plantes de souffrance ne sont plus alimentées, et pour peu que les graines de joie soient arrosées, alors une transformation peut s’opérer. Certes, il n’y a pas d’immédiateté, la transformation prend du temps et elle est un effort constant pour la personne.
Hélas, un enseignant est bien seul face à la misère affective de certains enfants. J’ai dans ma classe de maternelle ces enfants-tornades qui me causent du souci. J’ai beau être dans des dispositions bienveillantes avec eux, à faire du renforcement positif dès que j’en ai
l’opportunité, depuis le mois de septembre, rien n’y fait ; leur détresse est trop grande pour mon arrosoir de maîtresse. Leur comportement destructeur m’a fait douté de mon pouvoir à avoir un impact positif dans le développement de mes élèves. Au contraire, les élèves de CE2 avec lesquels j’ai passé les trois semaines en février, se sont épanouis avec cette démarche. En l’espace de trois semaines j’ai vu des enfants oser prendre la parole, oser prendre des responsabilités dans la classe, j’en ai vu oser me faire confiance et par extension s’ouvrir au monde. Des parents d’élèves sont venus me remercier à la fin du stage, leur enfant était enthousiaste à venir en classe et en sortait heureux !

En résumé : nous sommes responsables de nos émotions : nous pouvons nous arrêter pour les observer sans nous laisser envahir. Nous pouvons nous nourrir des choses qui nous font du bien, pour arroser nos graines de joie, de gratitude et de compassion. Ainsi, nous pouvons recevoir les émotions, les mots et les maux de ceux que nous côtoyons, sans nous laisser heurter, et en les écoutant avec notre coeur de girafe pour voir sous chaque parole et chaque geste la beauté. Cela bénéficie à l’adulte que nous sommes et aux enfants dont nous avons la charge. Pourvu que les enfants ne soient pas dans des situations pathologiques, cette posture est contagieuse et permet de s’épanouir dans ses apprentissages.

Publicités

2 réflexions sur “Les outils de la bienveillance

  1. Pingback: Les outils de la bienveillance | psychologie po...

  2. Pingback: Non violence | Pearltrees

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s