La nécessité de la bienveillance pour les enfants

Chères lectrices et lecteurs des VI,

voici encore un bout de mon mémoire de master. C’est de l’ouvrage de Guegen qui m’a passionnée et m’a donné envie d’écrire sur la bienveillance à l’école. J’en avais lu une critique positive sur les VI à sa sortie (je ne retrouve plus l’article !), et l’avais acheté à la sortie de l’ouvrage en format poche

pour une enfance heureuse

Le texte ci-dessous est un abrégé de l’ouvrage de la pédiatre le docteur Catherine Gueguen Pour une enfance heureuse, repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau (Gueguen, 2014), et de l’émission radiophonique La Tête au Carré, diffusée sur France Inter le 9 décembre 2015, intitulée L’éducation à la lumière des neurosciences avec pour invitées Catherine Gueguen et la psychothérapeute Isabelle Filliozat (La Tête au Carré, Mathieu Vidard).

Les expériences modèlent le cerveau

Selon Isabelle Filliozat, l’éducation traditionnelle telle qu’elle a été décrite plus haut est faite de freins, d’interdits et d’empêchements. Or, toutes les expériences vécues par un enfant, dès son plus jeune âge, modèlent son cerveau. Le cerveau d’un enfant est en cours de construction : immature, fragile et malléable. Et toutes les expériences sculptent les neurones et leurs connexions, la sécrétion de molécules cérébrales, les circuits cérébraux, les structures cérébrales, l’expression de certains gènes et l’axe neuroendocrinien. En effet, l’épigénétique montre que l’expérience et l’environnement façonnent l’être humain jusque dans l’expression des gènes, que l’expérience prime même sur la génétique. La recherche de ces dernières années en neurobiologie, compilée dans l’ouvrage de Gueguen, montre que la relation empathique, bienveillante et soutenante permet un développement maximal du cerveau, aussi bien en termes affectif qu’intellectuel. Le cerveau du jeune enfant, et ce jusqu’à l’âge de 5 ou 6 ans, est dominé par le cerveau émotionnel : il n’a ni recul, ni régulation dans l’expression d’émotions telles que la colère, le chagrin ou la peur. Il vit une véritable tempête émotionnelle.

Faire l’expérience de l’incompréhension et de la violence

« Je suis ferme, autoritaire, comme on nous le recommande. Je les punis. De temps en temps ils ont le droit à une bonne paire de claques pour qu’ils comprennent. Bref, je fais tout comme il faut. J’ai été élevée ainsi, et je trouve que cela m’a bien réussi. Mais avec mes enfants, cela ne marche pas. Ils ne s’améliorent pas du tout. » (Gueguen, 2014, p. 17). Ces quelques mots tirés de l’avant-propos de cet ouvrage font écho à mon quotidien de personne au contact de parents et d’adultes prenant soin des enfants. Etre autoritaire. Une bonne paire de claques… Certes elles ne sont plus autorisées dans le cadre scolaire, mais au dire de beaucoup, cela ferait du bien à certains. Ces mots portent sur des élèves d’école maternelle comme élémentaire.
Tous les adultes veulent bien faire quand il s’agit de s’impliquer dans l’éducation d’un enfant. Or, il y a des croyances populaires répandues à travers les continents et les âges telles qu’une bonne éducation est celle qui punit bien (qui aime bien châtie bien), qui humilie, pour faire progresser l’enfant. Pourtant, la maltraitance émotionnelle, celle que Gueguen définie comme la critique, l’humiliation, l’isolement, la dévalorisation et la honte, inhibent le développement du cortex orbito-frontal. Le cortex-orbito frontal est le siège de l’empathie, de la régulation des émotions, du sens éthique et moral, permet de faire des choix. Même les gifles et les fessées qui sont banalisées dans la société française (bien qu’interdites dans nombre d’autres pays européens) ne sont pas anodines. Les adultes minimisent l’impact de ces mauvais traitements dans leur vie, et dans celle de leurs enfants (il est si petit, il ne s’en souviendra pas, ai-je encore entendu de la part d’une AVS). Mais, pour citer Isabelle Filliozat, on s’élève et devient un adulte responsable non pas grâce aux fessées mais malgré elles. Il y a plusieurs façons de réagir à cette éducation à la dure, à la maltraitance émotionnelle : elle favorise le développement de l’anxiété, de la dépression et de la sidération, ou elle favorise l’agressivité et les comportements violents. Les situations de stress répétées et quotidiennes empêchent la maturation du cerveau préfrontal ainsi que son lien avec le cerveau émotionnel, elles abiment voire détruisent les neurones du cortex préfrontal (siège du libre arbitre et des émotions), abiment le corps calleux (transmet les informations entre les deux hémisphères cérébraux[1]), le cervelet[2] et l’hippocampe (apprentissage, siège de la mémoire). En pratique, cela se traduit par des comportements violents, de la dépression, de l’agressivité, des troubles addictifs (drogues, alcool). C’est aussi un facteur parmi d’autres de troubles inflammatoires et de maladies auto-immunes.
Face à la détresse d’un enfant qui est dans sa tempête émotionnelle, lui crier d’arrêter ses comédies et l’isoler dans sa chambre est dans ce cas tout à fait contre-productif. Ainsi que le fait remarquer Isabelle Filliozat, quand on qualifie les tenants de la bienveillance de laxisme et que la punition est placée comme pratique éducative ultime, c’est tout simplement inefficace et contre productif.

Faire l’expérience de l’empathie

Etre dans la bienveillance et l’empathie avec un enfant, c’est changer son regard de parent ou d’éducateur envers les comportements de l’enfant. L’empathie, comme relation soutenante, aimante, encourageante, aide au développement du cerveau. Tout comme le stress, la parentalité positive ou le maternage modifient aussi l’expression de certains gènes, changent la structure du cerveau. Il ne s’agit pas de céder ou de laisser-faire face à un enfant vivant une tempête émotionnelle par exemple. Il s’agit de montrer notre compréhension, de mettre des mots sur les émotions de l’enfant, de l’apaiser. Ceci permet de faire maturer[3] le cortex préfrontal et renforce le lien entre le cerveau préfrontal et le cerveau émotionnel.
Or, selon Isabelle Filliozat pour nous aussi, adultes ayant vécu une enfance et une vie soumises au stress et à la maltraitance émotionnelle, notre expérience d’enfant a durablement marqué notre cerveau. Nous reproduisons avec les enfants ce que nous avons vécu. Lors de ces moments, l’ocytocine est en chute libre dans notre cerveau. Nous sommes démunis face au cerveau immature des enfants, et cela peut réveiller notre propre souffrance, nous réagissons comme nous avons vu les adultes réagir envers nous, c’est à dire avec rudesse et rejet. Pourtant ce n’est pas définitif et obligatoire. Les neurosciences n’apportent pas de solutions concrètes dans leur prescription de l’empathie et de la bienveillance, mais montrent que de simples actions quotidiennes peuvent renverser la donne, pour soi-même comme pour les enfants.
Catherine Gueguen explique que pour avoir plus d’empathie, s’entourer de personnes empathiques et bienveillantes est très efficace. Le contact de ces personnes augmente le niveau d’ocytocine (hormone de l’amour et de la vie sociale) dans le cerveau et permet à terme de reconstruire les récepteurs d’ocytocine dans le cerveau adulte. Apprendre à être empathique avec soi-même en premier lieu nous permet d’être empathique et bienveillant avec les autres. Ensuite, un moyen de calmer nos propres émotions est de mettre des mots dessus, d’en parler ; cela apaise notre cerveau émotionnel situé dans l’amygdale (c’est la plaque tournante de nos émotions et des relations sociales). Cela transforme notre cerveau tout simplement.
Filliozat propose ainsi de prendre un enfant dans les bras, le temps de 20 secondes seulement. Cela nous permet de nous nourrir d’ocytocine, et encore une fois de reconstruire les récepteurs d’ocytocine dans notre cerveau.
Tout simplement encore, jouer 30 minutes par jour avec un enfant permet de faire baisser son taux de cortisol (l’hormone de stress), c’est encore plus efficace chez un adolescent.
Le maternage à tout âge, à tout moment, est aussi recommandé par Catherine Gueguen. Materner n’est pas que la vocation des mères : c’est l’action de sécuriser, consoler, rassurer, prendre soin de, câliner… Le maternage permet de faire maturer ou restaurer les lobes frontaux et les circuits cérébraux, cela permet de sécréter la molécule BDNF qui aide au développement des neurones et des synapses, et de l’ocytocine. Un adulte peut bien sûr recevoir un maternage, par l’action d’un câlin, par un contact physique et cela nous aide à être plus positif… Le maternage permet de répondre au premier des deux besoins fondamentaux qui sont l’attachement et le besoin d’exister. Une fois qu’un enfant a rechargé ses batteries, est rassasié d’affection (et cela peut tout autant passer par nos 30 minutes de jeu quotidiennes) il a toute l’énergie et les capacités d’aller explorer le monde, d’être lui et d’aller vers l’extérieur.
Ce dernier point fait douloureusement écho à une petite élève de grande section : battue par son père, elle est placée dans une famille d’accueil. Elle est en demande quasi permanente de maternage et de soin, elle se colle contre moi dès qu’elle le peut. Ses batteries sont fort vides et elle a un cerveau à remodeler au contact de ma bienveillance… C’est aussi mon rôle de l’encourager à acquérir aussi des compétences d’ordre scolaire, afin qu’elle rétablisse un équilibre dans sa vie et s’arme pour le CP.

[1] La mauvaise communication entre les deux hémisphères due à un corps calleux immature explique les sautes d’humeur des enfants. Quand le cerveau droit domine l’enfant devient maussade et mutique, quand le cerveau gauche domine, il est d’humeur joyeuse, rie, chante, parle et joue (Gueguen 2014 p.151).

[2] Le cervelet occupe 10% de la boîte crânienne mais en a 50% des neurones, il a un rôle primordial dans la coordination des mouvements, dans la qualité de l’attention et du langage (Gueguen 2014, p.149)

[3] j’utilise à dessein le terme de maturer, utilisé par les auteures, comme signifiant le processus qui même à un cerveau mature au lieu du verbe mûrir, le cerveau ne se gâte pas comme une pêche !

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4 réflexions sur “La nécessité de la bienveillance pour les enfants

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