Réapprendre la concentration : un enjeu de société

Je m’interroge beaucoup en ce moment. Partout où je regarde, j’entends les mêmes discours : parents, enseignants en tous domaines, professionnels de la petite enfance, animateurs, déplorent que les enfants, petits et grands, ont de plus en plus de mal à rester concentrés sur une tâche précise (qu’elle plaise ou non d’ailleurs) ce qui nuit à la qualité des apprentissages et donc à celle des acquis et des compétences sur le long terme.
Moi même, en temps que maman, je constate ce type de comportement chez mes enfants, bien que je n’aie pas à me plaindre outre mesure.
Moi même, en temps qu’individu, je constate une dérive de mon esprit dès que je dois rester attentive sur un travail ; il me semble même que cela soit de plus en plus difficile à contrôler…
Je me disais que j’étais fatiguée : cela peut expliquer mais, pas complètement. Que se passe-t-il ? Comment y faire face ? Est-il possible d’aider nos enfants ?

Alors voilà, le dernier numéro (mars 2016) de « Cerveau & Psycho » nous livre un dossier très intéressant sur le thème de la concentration : « Au travail, à l’école… Apprendre à se concentrer ». Je vous propose un petit résumé des deux premiers articles (il y en trois) consacrés à ce thème :
– Objectif concentration (article écrit par J.P Lachaux directeur de recherche à l’INSERM)
– Plus attentifs en classe (article écrit par V. Herbillon, neuropsychologue à l’hôpital Femme, Mère, Enfant de Lyon)

cerveau_pyscho

Objectif concentration
La concentration, à priori, c’est le fait de garder son attention sur une action particulière, sans s’en détourner malgré des sollicitations extérieures pouvant stimuler tous les sens (bruits, images, odeurs) mais aussi des pensées intérieures.
Cette concentration, tout le monde doit pouvoir en disposer un minimum, dans de multiples domaines de la vie quotidienne et professionnelle… Essayez donc de couper un rôti sans être concentré sur vos doigts !
Mais l’auteur nous met en garde : la définition n’a pas de base scientifique et c’est plus compliqué que cela. Il y a aussi derrière la concentration un processus cognitif particulier : celui de sélectionner un certain nombre d’informations entrantes et les traiter efficacement (réflexion, analyse mémorisation en lien avec la tâche en cours).
Le point central c’est donc le cortex préfrontal ce qui explique l’importance de l’âge comme facteur influant sur la concentration (l’idéal étant autour de 20 ans). Mais l’auteur souligne l’influence de l’attrait de la tâche, l’importance qu’elle revêt.
Bon jusque là, rien de bien neuf…

Que se passe-t-il lorsque la concentration s’évanouit ?
Tout d’abord, la difficulté à rester concentrer est inévitable et normale (ouf !).

« Ces systèmes préattentifs (le fait que le cerveau analyse en permanence son entourage) ont été forgés par des millions d’années d’évolution pour nous aider à survivre… »

Pour quoi faire ?

 » Deux moteurs très puissants de la distraction sont à l’oeuvre : la peur du danger … et la recherche de plaisir « 

Pour la recherche de plaisir, l’exemple qui nous est donné, me parle bien : une tablette de chocolat (quoi qu’il existe des non amateurs) nous sort rapidement de notre attention : « allez, un petit morceau et je reviens à mon travail ».

Mais le cerveau est aussi capable de « se déconcentrer tout seul », sans stimulation extérieure… par simple dérive des idées. L’auteur de l’article explique que dans ces moments-là, le cerveau suractive le « réseau par défaut » (observé par IRMf), même lorsque la déconcentration ne dure que quelques secondes. Un réseau puissant et vital, qui permet de « réfléchir sur nous-mêmes » ou « de percevoir les autres ».

Resté concentré
Quelques recettes sont données : il faut d’une part être capable de prévoir pour une tâche précise la concentration requise pour chaque tâche, d’autre part faciliter le travail du cerveau en se fixant des objectifs plus faciles à atteindre et finalement anticiper les distractions pour mieux les repérer lorsqu’elles surgissent et les reporter aux moments plus opportuns.

« la clé est alors de fragmenter son travail… en petites missions simples… dotées d’un objectif clair. »

 » La décomposition en missions courtes a un autre avantage : elle nos permet de remporter de multiples petits succès et augmenter ainsi notre motivation ».

« En vous exerçant à le détecter assez tôt, vous pouvez apprendre à refuser la distraction et compenser cette perte d’équilibre lorsqu’il en est encore temps »

Pour nos enfants en classe
Dans ce second article, la neuropsychologue explique que la concentration en classe est indispensable à toute forme d’apprentissage et qu’elle modèle l’adaptation sociale.

« Une mauvaise maîtrise de cette attention risque d’engendrer des difficultés scolaires et parfois même des difficultés d’adaptation sociale »

C’est dans un premier temps, en comprenant la façon dont le cerveau se développe qu’on peut tenter de bâtir des stratégies pour aider les enfants à gagner en concentration.
C’est là que tous les travaux des chercheurs sont à diffuser au grand jour et qu’il est important de savoir que l’immaturité cérébrale des jeunes années, même si elle permet des apprentissages, rend difficile le contrôle de l’attention : l’enfant agit en mode « automatique », justement pour ne pas perdre une miette de chaque sollicitation extérieure et câbler son cerveau. Bref, il ne faut pas trop « exiger » de ce côté-là et intégrer qu’il faut laisser le temps au cerveau d’atteindre une certaine maturité.

 » Au sein des réseaux de neurones créés, l’influx nerveux circule plus vite, le traitement cognitif s’accélère et libère des ressources attentionnelles »

cerveau

Très bien, sauf que depuis quelques années,  il y a de plus en plus de difficultés de garder des élèves attentifs, alors que leurs capacités cérébrales sont au TOP. Et la grande question est : comment y remédier ?

« Ils soulignent une baisse des capacités d’attention, souvent associée à l’accès récent et massif aux technologies numériques , et admettent ne pas disposer d’outils efficaces pour y remédier. »

Et l’auteur insiste sur les conséquences.

« La maîtrise de la concentration/…/ dans un monde de plus en plus aliénant notamment par l’omniprésence des téléphones portables et le flot continu d’information, qui ne propose pas de réelle compréhension des événements »

Pour cette dernière remarque, c’est exactement les échos que j’ai pu avoir de différentes personnes du corps enseignant (des personnes particulièrement désireuses se voir leurs élèves progresser et réussir). Arrivés dans le supérieur, les étudiants ne savent plus (en règle générale) analyser … J’espère que l’échantillon est biaisé, et que la situation n’est pas si terrible.

Alors on se bouge …

L’auteur présente le projet « Atol » (Attention à l’école) testé dans une trentaine de classes (entre la moyenne section et la classe de première) pour l’ensemble des élèves. Il consiste en la mise en place d’ateliers/jeux sur 3 ou 4 mois. Les ateliers consistent à faire sentir aux élèves en quoi consiste l’attention, à leur faire comprendre comment ils fonctionnent, quelles sont les sources de déséquilibre, comment intervient l’environnement…

Les résultats ne sont encore que partiels mais il semble d’ores et déjà que les enseignants aient noté chez les élèves :
– une acquisition de connaissances sur l’attention (ndlr : toujours bon de savoir à quoi s’en tenir),
– une amélioration du dialogue enfant/enseignant.
Le « plus » de cette approche, a été la mise en place et l’utilisation d’une boite à outils commune pour utiliser différentes techniques et exercices visant la reprise de concentration, sans mettre en avant des déficits et en mettant de côté toute forme de culpabilité.

Bon, voilà, il y a donc des solutions… Mais je n’ai pas grand espoir pour que ce type d’atelier se démocratise dans les écoles, collèges, lycées. J’espère me tromper !
Je pense donc qu’il nous faut d’abord être sensible à cela, tenter de montrer l’exemple (nous parents affairés, peut-être aussi accro à l’ordi et au portable …) et puis pourquoi pas, tenter cette approche des ateliers de l’attention sous forme de jeux à la maison, en centre aéré, en vacances…

Autre solution :  » Méditation et yoga … vers une meilleure concentration » ; il s’agit d’un autre article disponible dans ce numéro dossier « concentration », écrit par R. Shankland, maître de conférences en psychologie et N. Bassan psychologue.  Je vous en parlerai peut-être un de ces quatre, si j’arrive à  « me concentrer » suffisamment.

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8 réflexions sur “Réapprendre la concentration : un enjeu de société

  1. Le peu d’intérêt suscite immanquablement le manque de concentration. L’intérêt est plus difficile à stimuler dans notre société où tout va très vite.
    Et pourtant, c’est la clé pour amener les enfants (et les « grands » aussi) à soutenir un effort qui leur est demandé.
    La clé : « éveiller l’intérêt » et le reste suivra.

    • Ah oui, c’est une condition nécessaire mais malheureusement non suffisante car ce n’est pas aussi simple. Le cerveau humain est si complexe. C’est ce qui est expliqué dans les articles cités ici.
      Le but n’est pas forcément de rester concentré longtemps et intensément mais de l’être dans les moments vraiment opportuns : et pour cela, il faut apprendre « à se connaître ».

  2. Pingback: Réapprendre la concentration : un enjeu ...

    • Je suis professeur des écoles depuis 40 ans, et sophrologue depuis 6 ans.
      J’ai introduit la sophrologie dans ma pédagogie, je fais pratiquer des exercices de sophrologie régulièrement à mes élèves de CM2 ainsi que la méditation de pleine conscience.J’adapte les séances selon les besoins de mes élèves, et le moment de la journée.
      Stress, gestion des émotions, confiance en soi et bien sûr concentration sont les points forts de ces séances.Les résultats sont très positifs. En commençant dès la rentrée de septembre, en un trimestre de pratique, les résultats sont probants et ainsi dès janvier les progrès sont mesurables, à la fois dans la classe mais également par les parents. C’est clairement énoncé lors des rendez-vous de parents-professeur.

      J’organise également en binôme, avec une psychologue spécialisée pour enfants et adolescents, des séances d’aide à la parentalité (coaching parental). En effet dans nos activités respectives nous avons constaté le désarroi de certains parents face à l’éducation, y compris le déficit attentionnel dont il est question dans cet article.
      Réapprendre à se centrer : à se centrer sur son activité du moment, ici et maintenant, en conscience de l’instant présent.

      • Merci de votre partage d’expérience, vous êtes le bienvenu sur vous souhaitez développer votre témoignage de vos activités pédagogique sur Les Vendredis Intellos. Nous demandons simplement aux contributeurs qui sont par ailleurs des professionnels indépendants de la parentalité et/ou de la petite enfance de ne pas faire explicitement de publicité pour leurs activités (donc de ne pas mentionner les tarifs, horaires, adresse, liens commerciaux).

  3. Merci beaucoup pour cette belle contribution Pascale!! C’est toujours un plaisir de te lire par ici et je l’apprécie d’autant plus que je sais combien le temps peut nous manquer. Quoiqu’il en soit ton article a visiblement beaucoup de succès (et c’est mérité!)

  4. Un savant, Je ne me rappelle plus son nom, a écrit: Quand les téléphones seront devenus plus intelligents, les gents ^ne se parlerons plus et il n’y a ra plus de communications. Voilà ce qui arrive !

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