Maman noire et invisible, un livre de Diariatou Kebe

Dans notre société, les femmes noires sont très peu présentes dans l’espace public (au cinéma, dans les magazines, en politique…). Les guides de grossesse classiques s’adressent avant tout voire seulement aux femmes blanches. Il suffit pour s’en convaincre de regarder la couleur des femmes en couverture.

Capture d’écran 2015-11-18 à 14.13.14

(capture d’écran d’une recherche google image)

Diariatou Kebe, dont vous connaissez peut être le blog clumsy a donc écrit Maman noire et invisible, grossesse, maternité et réflexion d’une maman noire dans un monde blanc. Ce livre est à la fois un guide de grossesse du test de grossesse à l’accouchement, une réponse concrète aux questions que les femmes enceintes noires peuvent se poser (peut-on se défriser les cheveux quand on est enceinte ? par exemple) et un livre militant pour faire bouger les choses et donner la parole aux femmes noires.

Je voulais écrire le livre que j’aurais aimé lire quand je suis tombée enceinte. Celui qui aurait pris en compte mes particularités en tant que femme noire : mes cheveux, ma peau, mon corps, mon bébé noir et français.

maman noire et invisible

Dans ce livre, on trouve le ton des blogs : une adresse directe aux lectrices, sur un ton familier, avec de l’humour, c’est agréable à lire. Ce qui ne l’empêche pas d’aborder des sujets difficiles, comme le protocole de terme ethnique qui conduit les équipe de maternité à suivre différemment les femmes noires en fin de grossesse.

Le seul reproche que je lui ferais, c’est qu’à force de vouloir traiter beaucoup de choses, on se disperse un peu. J’aurais sans doute préféré que l’auteure se concentre sur la spécificité de son livre, plutôt que d’essayer d’en faire aussi un guide de grossesse en y incluant des infos qu’on trouve facilement ailleurs par exemple. Parce que du coup, on a parfois l’impression de passer un peu vite sur des sujets importants. Un de mes amis à qui j’en parlais me disait « sur l’éducation d’un enfant noir dans une société blanche, on pourrait faire un pavé de 500 pages ! ». Alors il est impossible de tout traiter en profondeur en moins de 150 pages. Mais comme l’auteure le dit, elle espère que ce n’est qu’un premier pas, et que d’autres livres écrits par des femmes noires suivront.

La partie qui m’a le plus intéressée, en plus de la description de pratiques culturelles différentes autour de la naissance que j’ai trouvée passionnante, c’est celle sur la façon d’éduquer un enfant noir dans une société blanche et raciste, et plus largement comment éduquer tous les enfants  à l’ouverture au respect, comment leur apprendre que la France est multiple.

Elle donne quelques pistes :

  • La valorisation des traits des enfants :

A l’heure où le monde ne se définit que par un modèle exclusivement « blanc », « caucasien’, « petit nez », « blond », « pommettes saillantes »… et autres attributs qui ne concernent qu’une minorité de la population mondiale, que dire, que faire ? (…) Il faut montrer aux enfants (et pas seulement aux petites filles !) que les cheveux crépus sont différents, mais sont aussi très beaux et que l’on peut faire quantité de jolies coiffures avec. (…)Montrer de façon positive que le monde ne s’arrête pas au modèle dominant.

  • Des modèles positifs noirs : dans la vie réelle (famille en particulier) mais aussi dans la fiction, à la télévision, et (j’y tiens beaucoup en tant que bibliothécaire) dans la littérature jeunesse…
  • Déconstruire les stéréotypes en en parlant avec les enfants et les adolescents
  • Parler du racisme aux enfants. Elle conseille, pour aider les parents, le livre de Rokhaya Diallo, Comment parler du racisme aux enfants ?

Parler de races, racisme et privilèges aux enfants, c’est faire face et ouvrir une conversation qui sera difficile, intense, mais qui est nécessaire si on veut avancer en enrayer le cycle des discriminations et des humiliations qui y sont liées. C’est, un jour, pouvoir donner la même chance à tous (…). S’ouvrir aux autres communautés, c’est aller au delà des stéréotypes et, pour ce faire, il faut en parler.

  • Enseigner l’histoire commune :

si je suis en France, ce n’est pas un hasard : nos histoires sont liées, il est plus que temps que ce passé soit enseigné et raconté. Apprendre d’où l’on vient et pourquoi tant de pays africains sont francophones, non pas comme ce qui se fait dans nos écoles en prétendant avoir apporté la civilisation, mais bien en insistant sur les résistances, les luttes, et la place des femmes. L’histoire de l’Afrique ne commence pas avec l’esclavage.

Et cette partie s’adresse pour moi presque autant aux parents blancs qu’aux parents noirs. Parler du racisme, montrer aux enfants la diversité de la société, faire attention aux représentations qu’on leur propose… C’est à mes yeux un des rôles principaux des parents en terme d’éducation. J’ai la chance de vivre dans un quartier où il y a une très grande mixité, et j’essaye de montrer peu à peu à mon fils à quel point c’est une richesse.

Diariatou Kebe parle ainsi des parents qui lui donnent de l’espoir :

Beaucoup d’entre eux sont dans un schéma non excluant, ceux-là font vraiment face à l’histoire colonialiste/esclavagiste de la France et n’ont pas peur d’être des alliés. Ils apprennent à leurs enfants à se mettre à la place d’autres enfants, à avoir une véritable empathie, à avoir une plus grande image que l’unité nationale de façade. Ces parents-là s’éduquent et apprennent à leurs enfants à s’éduquer eux-mêmes. (…) ils sont bien souvent dans l’écoute et cherchent à comprendre le monde qui les entoure en sachant qu’ils sont blancs.

Je veux que nous tous, nous arrêtions le déni et que nous commencions à réfléchir sérieusement à la façon dont on va se relever ensemble. Le voudrais que l’on écoute vraiment ceux qui sont offensés, opprimés. Laissez-nous expliquer ce qui nous blesse et nous heurte. La parole a été confisquée pendant trop longtemps, mais aujourd’hui les choses changent. Le vivre ensemble n’est pas un mythe, mais si cela veut dire gommer mon identité pour devenir quelqu’un d’autre, alors c’est sans moi. Tu m’exclus d’office.

On enlève ses oeillères et on apprend à ses enfants que la France est multiple. Je suis noire, musulmane et française : c’est possible ! On peut être français et porter le voile sans être suspect. Ceux qui nous ont attaqué l’ont fait pour mieux nous diviser, pour installer la haine entre nous. L’unité nationale doit être quotidienne et non éphémère.

L’attaque dont elle parle est celle de Charlie Hebdo, mais ces propos sont cruellement d’actualité après l’attentat de vendredi dernier. Et face aux réactions islamophobes et racistes que l’on voit fleurir ces derniers jours, il me semble qu’en tant que parents, c’est notre rôle essentiel.

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7 réflexions sur “Maman noire et invisible, un livre de Diariatou Kebe

  1. C’est intéressant en tous les cas de voir sortir un tel livre. C’est vrai que tout semble toujours être écrit pour les femmes blanches et qu’on voit peu des choses dans ces livres qui traitent des femmes noires ou métisses.

  2. Pingback: [LIVRES] Notre sélection du mois

  3. En tant que maman blanche d’un enfant noir (une grande fille maintenant) lui faire aimer ses particularités physiques a toujours été un défi. En effet la plupart des femmes africaines lissent leur cheveux et beaucoup blanchissent leur peau aussi pour répondre aux standards de l’uniformisation. Le cheveu porté en afro revient tout doucement mais peu de femmes osent le porter de peur d’être jugées…c’est triste. Je n’ai eu de cesse de répéter à ma fille qu’elle avait une belle peau et de magnifiques cheveux depuis le début mais assumer ses cheveux afro à l’adolescence est un peu difficile quand même. Les références au cheveu afro dans les médias et surtout dans le domaine de la mode sont très rares , comme si c’était tabou…(à part la chanteuse Ina Modja ;-)
    Il y a bien du chemin à faire encore et ce sont les parents qui doivent éduquer leurs enfants dans ce sens car la société n’évolue pas très vite sur ces questions.

    • Vous les blancs pourquoi faîte vous des uv. Beaucoup de vos concitoyens aiment le bronzage. Donc sont complexés. Le cheveux crépus et la meilleure car on peut tout faire. Alors que vos cheveux à vous sont moches.

      • Je ne comprends pas la question que vous posez et le lien avec le livre présenté. Chacun naît avec ses particularités physiques et est libre de s’en accommoder comme il l’entend. Sur ce site, nous refusons tout jugement de valeurs discriminatoires, je vous remercie d’en tenir compte dans vos prochaines interventions.

  4. Merci beaucoup pour cette présentation!! Ce livre était vraiment nécessaire et son propos semble porteur de beaucoup d’espoir effectivement (en tant que maman blanche, il m’encourage à poursuivre mes efforts éducatifs, au delà de mes convictions personnelles!!). Il est normalement prévu qu’on le reçoive pour la bibliothèque des VI, j’ai hâte!!

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