Pourquoi la musique [Bibli des VI]

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Nous avons reçu des Editions CHU Sainte-Justine, le livre de Monique DESY PROULX « Pourquoi la musique, Son importance dans la vie des enfants »

Un mot de l’auteur :

Elle se présente elle-même sur son site où elle se définit comme une artiste, à la fois peintre, écrivaine et musicienne.

Voici la présentation que nous en fait son éditeur :

« Monique Désy Proulx est une artiste multidisciplinaire. Deux fois diplômée de l’Université Laval, en sociologie et en musique, ainsi que de l’UQAM, où elle a obtenu un certificat de maîtrise en pédagogie musicale, elle écrit et enseigne, en plus de peindre des tableaux colorés et de se produire sur scène en s’accompagnant aussi bien au piano qu’à l’accordéon. »

Pourquoi ce livre ?

L’auteure dit s’être tout d’abord elle-même interrogée sur cette place particulière qu’occupait la musique dans sa vie, et ce livre reflète son parcours de musicienne, d’enseignante et de sociologue.

Ma perception

4e_couverture_pourquoi_musique_redA l’heure où en France les dotations de l’Etat aux collectivités locales fondent plus vite que neige au soleil, et au vu de la 4e de couverture, j’espérais puiser dans cet ouvrage des arguments à propager le plus largement possible pour convaincre de l’importance de la musique dans nos vies, et de la stupidité comptable qui conduit à amenuiser l’enseignement musical faute de moyens.

Je ressentais déjà profondément l’intérêt d’une éducation à la musique pour le plus grand nombre et ce livre m’a comblée par tous les aspects abordés, et par les nombreuses et solides références mentionnées, qui sont autant de portes ouvertes vers une connaissance approfondie, bien dans l’esprit de ce que nous apprécions ici sur les vendredis Intellos.

Pas moins de 230 références bibliographiques citées et classées par chapitre, ainsi que 63 livres cités en bibliographie en font un ouvrage plus que documenté.

Tous les domaines en lien avec la musique sont développés.

Voici quelques extraits que j’ai appréciés.

Lien social :

La musique a dans toutes les cultures un rôle de puissant lien social, et permet d’établir des communications universelles non verbales.

« Plusieurs études montrent que les enfants pratiquant des activités musicales sont plus sociables et plus enclins à l’entraide »

« De tels résultats tendent à confirmer que la thèse selon laquelle la musique se serait développée chez les humains au cours de l’évolution précisément pour donner au groupe une cohésion sociale »

« Dans tous les folklores, les danses et les chants se caractérisent par la participation, offrant à chacun la possibilité d’avoir l’attention de tous pendant un moment. Les jeux chantés et dansés sont faciles à organiser avec les enfants, et ils ont des effets puissants pour développer un esprit collectif et assurer l’intégration des uns et des autres. »

« Sans avoir besoin de maîtriser les codes du langage parlé, chacun trouve sa place au sein du groupe et le groupe trouve sa place dans le cœur de chacun. La musique jette des ponts entre les solitudes.»

Corps et santé

Les effets de la pratique musicale sur notre corps sont nombreux. La musique est aussi un outil précieux en milieu hospitalier pour soulager le stress et la souffrance des patients, améliorer les relations entre les soignants et les patients. Notamment parce qu’elle permet un partage non verbal et libératoire des émotions.

« De façon générale, la pratique de la musique provoque des poussées d’endorphine, ces « morphines naturelles » qui soulagent la douleur, contrecarrent les effets de stress et induisent une sensation de plaisir. A tel point que l’on parle parfois de « l’ivresses des chanteurs » »

« Le chant et la danse en groupe stimulent la production d’ocytocine, cette hormone qui permet de surmonter le stress et l’anxiété, et qui rehausse le sentiment de confiance et les liens affectifs. »

« Le Dr Jean-François Saucier est psychiatre au CHU Sainte Justine, et membre de la chorale de l’hôpital. Quand des choristes lui confient qu’ils songent à s’absenter parce qu’ils sont grippés, il leur répond qu’au contraire, c’est plus que jamais le temps de se présenter aux répétitions. Les résultats de plusieurs études démontrent en effet l’influence du chant choral sur notre système immunitaire.

(…)

Nous libérons beaucoup d’immunoglobuline A lorsque nous chantons, surtout en groupe »

« Nathalie se pointe avec sa guitare et ses petites percussions. De sa voix douce, elle chante. Si l’enfant pleure, elle joue dans la tonalité des pleurs : « la grande puissance de la musique, dit-elle, c’est sa capacité à communiquer l’empathie et à établir un lien sécurisant. Quand je commence à voir une main ou un pied qui bat la mesure sous les couvertures, je sais que le lien est établi, à un niveau profond et de façon non verbale. Je pars de là ».

« Le travail de musicothérapeute consiste aussi à donner aux familles, et particulièrement aux mamans, l’occasion de chanter pour ou avec leurs enfants : «Prises dans la tornade des soins médicaux, continue-t-elle, bien des mamans oublient qu’elles chantaient des berceuses à leur petit avant la maladie. Je les incite souvent à renouer avec leurs compétences maternelles et à maintenir cette relation intime et réconfortante » »

Dans un tout autre domaine (d’ailleurs faut-il parler de santé ?), la musique peut aussi être un outil de remédiation pour les personnes dyslexiques ou bègues.

« La musique peut corriger certains troubles manifestés par les dyslexiques, ainsi que par les bègues, car elle partage plusieurs processus avec le langage. En effet, parler ne consiste pas seulement à dire des mots. Nos propos comportent aussi un tempo, un rythme, une mélodie, autant de paramètres essentiellement musicaux. C’est ce qu’on appelle la « prosodie », la musique du langage, qui contient énormément d’informations.

(…)

Il suffit souvent de partir d’une mélodie pour désinhiber chez les enfants dyslexiques ou bègues la capacité d’articuler correctement. Au lieu de leur demander de parler, on leur demande de chanter. Et ce procédé est efficace, car la vitesse d’émergence d’un mot dans le cerveau est multipliée par trois quand l’information est chantée plutôt que parlée. »

Cerveau et intelligence

J’ai particulièrement apprécié qu’en introduction de ce chapitre, l’auteure se pose avant tout la question de ce qu’est l’intelligence, et plus encore qu’elle n’y apporte pas de réponse définitive mais nous montre ce que recouvre le mot « intelligence » au fil des époques et selon les cultures.

« La notion d’intelligence reste floue, car en réalité, il ne s’agit pas d’une donnée biologique. Ce qu’on sait , c’est qu’elle se constitue de façon irrégulière, par petits pas, graduellement, avec des arrêts et des retours en arrière, évoluant sans cesse, comme l’ensemble de la personne »

« Plusieurs études scientifiques ont établi des liens entre la formation musicale et les fonctions cognitives, surtout chez les enfants. Pourtant, on ne sait toujours pas précisément quelle est la nature de ces liens. »

« On a alors pensé que les neurones existaient en nombre prédéterminé et qu’ils ne se renouvelaient jamais.

(…)

Or on s’aperçoit maintenant que cela est faux. C’est l’opposé qui se produit. Une des grandes découvertes de notre époque (on parle d’une révolution scientifique) révèle précisément que notre cerveau reste toujours capable de transformation. Les neurones ne cessent d’évoluer et de se modifier. Et contrairement à ce qu’on croyait, il s’en crée des milliers chaque jour, même chez les adultes et les gens âgés. »

« [des chercheurs] ont découvert que chez les musiciens , les zones motrices, auditives et visuelles avaient un plus gros volume de matière grise. »

« En 2009 , l’équipe de Schlaug mena une nouvelle expérience, cette fois auprès de jeunes enfants, et il s’aperçut que seulement 15 mois de formation musicale avaient transformé leur cortex moteur en proportion de l’amélioration de leur dextérité, et leur cortex auditif en proportion de l’affinement de leur oreille »

D’une façon générale, toutes les études citées montrent que la formation musicale transforme des circuits neuronaux, y compris dans des zones non concernées par la musique.

L’auteure cite notamment Hervé PLATEL qui a montré que la pratique musicale préserve du vieillissement cérébral, et que la mémorisation de nouvelles mélodies est encore possible chez les patients atteint de la maladie d’Alzheimer.( voir aussi les Allegros d’Alzheimer sur le site de l’INSERM)

Et bien d’autres facettes …

A partir des travaux sur l’impact des sons sur le cerveau, on s’est aussi aperçu que le bruit a des effets très néfastes.

Nous avons besoin de musique … et de silence !

Sont développés aussi des chapitres sur la créativité, le jeu, le besoin de poésie et de beauté.

Enfin l’auteure aborde l’éducation musicale, mais il s’agit de la région de Québec, où l’enseignement musical semble faire partie du cursus scolaire dans de nombreux établissements, ce qui n’est malheureusement pas le cas en France.

En guise de conclusion

Ce livre est extrêmement riche et impossible à résumer. Chaque lecteur peut à loisir y plonger, y revenir, un peu comme dans une encyclopédie.

La quête de vérité, l’ouverture d’esprit de l’auteure sont inscrites à toutes les pages.

L’éducation musicale est une part importante – et malheureusement pas à sa juste place en France- de l’éducation tout court, seul rempart à la barbarie.

citation_mandela

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3 réflexions sur “Pourquoi la musique [Bibli des VI]

  1. Pingback: Edito février 2016 | Vive la Musique à La Ville-du-Bois

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