L’école Dynamique…Marie nous explique!

Chaque fin d’été est pour moi synonyme, d’angoisse de rentrée…

Chaque pré rentrée, je me demande si c’est une bonne idée de rester.

L’école m’a terriblement marquée dans un sens négatif, mais je sais que ce n’est pas le cas pour tout le monde, alors, peut-être que pour mes enfants, ça va. Ils sont plutôt satisfait, lorsqu’il y a un soucis ils m’en parlent et les choses sont résolues car nous avons la chance d’avoir une bonne équipe éducative.

Néanmoins, la façon de faire, les priorités… Le «  rythme », plus nous avançons dans la vie, plus nous découvrons d’autres méthodes, plus nous nous informons, tout en observant nos enfants et les doutes, les craintes et les questionnements sont nombreux.

Alors on rêvasse…

Imaginons une école, qui les préparent à la vie, la leur de vie ! Une école démocratique… Chacun aurait un avis qui compte. Des idées à partager, le droit de s’exprimer sans avoir besoin de s’imposer.
Une école qui t’aide à te chercher…

Il y’en a une qui a ouvert ses portes… Pour de vrai… et j’ai découvert que ce n’est pas la première… Que cela existe depuis de nombreuses années, pourquoi est-ce compliqué, pourquoi l’évolution est si lente… Pourquoi, comment, quoi ?

L’école dynamique

Sur le modèle Sudbury ( Extrait )

1.1 L’école Sudbury Valley est un endroit où
chaque personne décide elle-même ce qu’elle
va faire de sa journée
Ici, les élèves de tout âge déterminent ce qu’ils font, aussi bien quand, comment et où ils le font.
Cette liberté est le fondement de l’école; elle appartient aux élèves comme un droit, et ne peut être
remise en cause.
Les principes fondamentaux de l’école sont simples : tout le monde est curieux par nature;
l’apprentissage le plus efficace, durable et profond a lieu lorsqu’il est entrepris et poursuivi par
celui qui apprend; toutes les personnes sont créatives si on leur permet de développer leurs talents
uniques; cette mixité d’âge parmi les élèves permet à tous les membres du groupe de s’épanouir;
et cette liberté est essentielle au développement de la responsabilité personnelle.
En pratique, cela signifie que les élèves sont à l’origine de toutes leurs activités et qu’ils créent
leurs propre environnement. Le lieu, le personnel et l’équipement sont là pour les élèves, sont à
leur disposition lorsqu’ils en on besoin.
L’école fournit un environnement où les élèves sont indépendants, où on leur fait confiance et où
ils sont traités comme des personnes responsables; elle est une communauté dans laquelle les
élèves sont exposés à la complexité de la vie, dans la structure d’une démocratie participative.
L’école Sudbury Valley a été fondée en 1968. Placée sur la propriété Bowditch datant du milieu
du dix-neuvième siècle, le terrain de dix acres touche au domaine des administrateurs de Sudbury
Valley et au Parc d’État de Callahan. Un étang offre des occasions pour la pêche et le patinage sur
glace. Le vieil hôtel particulier en pierre et la grange sont pourvus, pour la plupart, des mêmes
commodités qu’une maison. L’atmosphère à l’école est détendue et informelle.

Cela vous intrigue ? Parce que moi complètement, alors j’ai posé mes questions à Marie !

Marie, c’est Marie GERVAIS  Qui a écrit ( entre autres ) Education créative  On se connais depuis… Hier, oui oui c’était hier… Que nous sommes devenues amies, à travers son ancien blog, nos mails échangés. Nos questionnement sur l’éducation, le rôle de parents… Apprendre à les regarder grandir, les chemin de nos réflexions se croisent et s’entrecroisent souvent… Parfois c’est côte à côte, en regardant ce que fait l’autre on apprend beaucoup…

Alors, ce projet d’école me fascine, une école démocratique!

Oui Marie elle y est, elle peut nous expliquer…

 

1- Comment vous est venue cette envie de vous lancer dans ce projet ?

Pour ma part, j’étais en train de créer mon propre projet d’école, soutenue par un collectif de parents-voisins-amis, lorsque je suis tombée, en février 2015, sur la newsletter du Club Dynamique (l’association qui était à l’origine du projet) partagée par une page sur FB. Elle disait avoir trouvé des locaux pour la future école et proposait un appel à candidature pour le futur staff. C’était écrit : « un CV n’est pas nécessaire » : je me suis jetée sur mon écran pour écrire une belle lettre de motivation ! Enfin l’occasion dont je rêvais, pour moi qui ne rentre dans aucune case : mettre en avant toutes mes compétences et mes expériences pour un projet révolutionnaire et plein d’avenir ! Ramin, le fondateur du projet, m’a répondu très rapidement et nous nous sommes rencontrés lors de la visite des locaux quelques jours plus tard. C’est là que l’histoire a commencé pour moi ! Lucie et Aurélien étaient déjà en contact avec lui depuis quelques mois, et Benjamin et Marjorie nous ont rejoint quelques semaines plus tard, lors d’une réunion ouverte.

Mon projet d’école rejoignait l’Ecole Dynamique à 90% en terme d’ouverture, de souplesse, de prise en main de son instruction par l’enfant. Il me manquait le dernier pas propre aux écoles démocratiques : une participation totale des élèves à la vie de l’école, via le Conseil d’Ecole et la Commission de Justice. Je n’étais pas allée aussi loin non plus dans le fait de ne pas proposer d’ateliers aux enfants, de les laisser totalement libres de leurs initiatives : j’étais restée sur un modèle moins visionnaire, avec plus d’initiatives de la part des adultes.

2- A quels besoins répondez-vous ? (avez-vous en majorité des enfants qui ont dû quitter l’école pour diverses raisons ou des parents qui inscrivent leurs enfants par conviction ?)

Le concept des écoles libres et démocratiques est très mal connu en France, donc clairement : non, nous n’avons pas encore eu de parent venu à nous pour la philosophie Sudbury en elle-même. Par contre, tous nos parents sont avancés sur un cheminement personnel concernant l’éducation de leurs enfants et la société en général : que ce soit une prise de recul sur ce que l’Education Nationale propose par défaut (combien de familles pensent avoir le choix d’une autre instruction ??), une interrogation sur nos héritages en terme d’éducation et d’instruction, l’adoption d’un autre regard sur l’enfant et son rôle dans la famille, etc.

Les familles qui sont venues à nous ont eu des parcours différents et assez diversifiés : il y en a qui entamaient ou pensaient entamer une période d’instruction à domicile avant de « tomber » sur notre école, d’autres qui viennent de pédagogies diverses (Montessori, Steiner) et qui voulaient essayer autre chose (ou parce que leur école n’allait pas au-delà de l’âge de leur enfant) et d’autres encore qui avaient descolarisé un enfant en souffrance dans l’école publique (pour diverses raisons) et qui cherchaient un autre « système ».

Tous sont différents, mais tous cherchent « autre chose » pour leur enfant.

3- Quelles sont vos méthodes ? Est-ce comme une école Montessori ou au contraire, y a-t-il des inspirations de diverses méthodes (et vous avez tous des connaissances diverses ?)

Non, nous n’avons pas de pédagogie spécifique. Ou plutôt : nous avons ce que j’appellerai une « non pédagogie ». Le mot « pédagogie » vient des mots grecs « enfant » + « conduire, mener, élever », et rassemble les techniques et qualités requises pour transmettre une connaissance, un savoir ou un savoir-faire. On pense que, à l’origine, dans l’Antiquité, le pédagogue était un esclave qui accompagnait l’enfant à l’école et lui portait ses affaire !

Je parle donc de « non-pédagogie » car nous ne menons ni ne conduisons l’enfant nulle part, nous ne tentons pas de l‘élever (vers le haut) : nous ne faisons que lui donner les conditions et l’environnement adéquats pour qu’il le fasse lui-même, selon ses intérêts, ses compétences, ses talents. Comment pourrions-nous savoir à sa place vers où il veut et peut aller ? Alors au nom de quoi déciderions-nous à sa place ?

A mon sens, s’il faut vraiment parler de « pédagogie », je dirais que nous menons une pédagogie du bon sens, de l’être humain, une pédagogie du respect de l’autre et de soi-même, une pédagogie de l’empathie et du vivre en société. La pédagogie du non-dirigisme ! La pédagogie du libre-arbitre !

C’est en ce sens que la « pédagogie » Sudbury va 1 pas plus loin que toutes les autres : en laissant l’enfant décider lui-même de là où il veut aller, par les moyens qu’il veut emprunter, quand il veut y aller, et selon le timing qui lui convient.

Du côté des « connaissances diverses » dont tu parles, Aurélien est papa et a été enseignant 10 ans en école Montessori aux USA, Marjorie était institutrice de l’EN avant de démissionner cet été, Ramin a été professeur de Maths et Physique à Madrid, Benjamin était éducateur, j’ai un Master en Sciences de l’Education, orienté Education Tout au Long de la Vie et pédagogies alternatives, et j’ai animé des ateliers avec des enfants… (et je suis maman). A côté de cela, nous avons tous des connaissances et compétences dans plusieurs domaines, que nous avons rassemblées pour les mettre à disposition des enfants : l’idée est que, lorsque l’enfant a une question ou un désir de réalisation quelconque, il sache vers qui se tourner, uniquement s’il a besoin d’aide bien sur !

Nous comptons créer à cette image tout un réseau de compétences diverses et variées, pour que les élèves aient accès à un environnement aussi riche que possible : rassembler les compétences des parents, des amis, de toute personne intéressée par notre philosophie et désireuse de partager ses savoirs-faire.

Mais au-delà de ces « connaissances » théoriques et pratiques, ce qui importe dans notre philosophie et dans notre vision de l’éducation c’est notre posture face à l’enfant : ne pas tenter de diriger, de manipuler, de forcer, ni même de « conseiller ». Quel est le poids réel d’un conseil personnel face à des situations et des personnalités si souvent uniques ? Comment être sûr qu’aucun égo mal placé ne vienne fausser le rapport à l’enfant ? (« je veux te montrer que je sais faire », « je veux que tu saches faire comme moi »… : lorsque l’on montre à un enfant « comment dessiner », on ne fait que lui montrer comment nous, nous dessinons.. mais qui dit que lui n’aurait pas, sans nous, développé sa propre vision, sa propre technique ?)

4- Comment se passent les choses en parallèle du programme classique ? (avez-vous des obligations de suivre le programme ?)

Oui, et non. Les écoles « hors cadre » ne sont pas tenues de suivre le programme de l’Education Nationale, et en échange… elles ne sont pas subventionnées, d’où les seuls frais de scolarité faisant vivre l’école…! Au bout de 5 ans, elles peuvent prétendre à passer « sous contrat », c’est-à-dire qu’en échange de subventions publiques (la rémunération des enseignants), elles doivent alors s’engager à suivre le programme, peu importe la pédagogie qu’elles appliquent.

Bien évidemment, hors de question pour nous de suivre le programme officiel ! Nous ne faisons ni cours, ni évaluations, nous n’avons ni notes ni enseignants. Si l’EN nous permet cette liberté, nous devons en échange nous assurer que nos élèves aient atteint le « socle commun de connaissances » à 16 ans. Nous recevrons également la visite d’un inspecteur, une fois par an maximum. En fait, l’Etat nous applique la même politique qu’aux familles faisant l’instruction en famille !

Ce qui est profondément injuste à mon goût, c’est de ne pas offrir aux familles le droit de choisir la pédagogie et le mode d’instruction qu’elles désirent : en ne subventionnant pas les écoles hors-cadre, elles imposent aux familles qui ne se reconnaissent pas dans le système public (et dont les enfants sont souvent en souffrance) de payer des frais de scolarité élevés ET de payer des impôts correspondant à ce que paient les familles qui sont dans le public ! Bref : payer doublement pour l’école…

Pourtant, les solutions existent, et certains pays ont mis en place d’autres solutions : le Québec a décidé de subventionner les écoles hors-cadre (voir le très bon site, avec plein d’infos, du REPAQ, le Réseau des Ecoles Alternatives au Québec : ils ont réussi, grâce à cette solution, à créer des écoles fantastiques où les élèves peuvent participer entièrement à la vie de leur école, et vivre une scolarité respectueuse et sans souffrance – vous pouvez également voir le REDAQ : le Réseau des Ecoles Démocratiques du Québec). Autre solution : plusieurs pays dont la Suède ont créé un « chèque éducation » : les familles qui décident de ne pas mettre leur enfant dans le système public reçoivent un chèque d’un montant correspondant au prix que coûte un élève dans une école publique de la même ville (voir ce très bon article : http://www.contrepoints.org/2013/12/03/148562-la-suede-et-le-cheque-education).

5- Devez-vous effectuer les évaluations nationales dans votre établissement ?

Non. Ceci dit, nous pouvons proposer aux élèves qui désirent passer le Brevet et le Bac de les aider à les préparer. Ils pourront alors les passer en candidat libre. Les enfants instruits en famille qui désirent passer le Bac en candidat libre le font bien souvent sans aucune difficulté : il leur suffit de potasser les Annales pendant 2 ou 3 mois et de comprendre ce qui est attendu à l’examen…

6- Les parents qui inscrivent leurs enfants dans votre établissement ont plutôt les moyens ? Ou il y a une possibilité d’aide ? Au niveau de l’état il y a des possibilités ?

Ca, ça ne regarde qu’eux ;)

Ce que je peux dire c’est que nous avons des familles de différents milieux sociaux, avec des niveaux de revenus différents. Et que nous n’avons pas de système de sélection, comme dans certaines écoles hors cadres. On nous reproche parfois nos frais de scolarité dissuasifs pour les familles ayant peu de moyens (4000€ l’année pour 10 mois, donc 400€ par mois, pour 5 jours entiers/semaine). C’est effectivement une « sélection » par défaut, mais bien involontaire : comme je le disais, nous ne sommes pas subventionnés, aussi les frais de scolarité sont notre seul revenu, et ils doivent payer le loyer, les charges et les salaires ! Nous sommes une association, aussi nous pouvons recueillir des dons (dont 66% sont déductibles des impôts). Ce n’est clairement pas un choix de notre part, aussi nous faisons notre possible pour aider les familles moins aisées, notamment en les accompagnant pour d’éventuelles levées de fonds.

D’ailleurs, les 6 membres de l’équipe se sont engagés à être bénévoles durant les 4 premiers mois de l’école, puis nous avons discuté en toute transparence ce que nous pouvons accepter comme salaire par la suite : certains ont décidé de ne pas se payer pendant 1 an ou 2, d’autres acceptent un demi-salaire pour un temps de travail de 4/5è… Nous essayons de trouver un équilibre pour faire vivre l’école et ne pas surcharger les frais pour les familles qui ont peu de revenus. Et n’oublions pas que malgré cela, nos frais de scolarité sont bien moins chers que d’autres écoles hors cadre parisiennes, dont les prix commencent souvent autour de 6000€ et peuvent monter jusque 30 000€ l’année !! Sans oublier au passage que chaque élève de l’EN coûte en moyenne 8300€/an au contribuable…

Il y a tellement d’argent disponible ailleurs, dormant ou dépensé à tort et à travers… Il nous faut vraiment repenser, en France, à une autre distribution des richesses, équitable et juste, pour des bonnes causes, comme celle de l’avenir de nos enfants, et donc de notre société.

7- Demain, j’ai des énormes soucis qui m’obligent à mettre mes enfants à l’école en cursus classique, aura-t-il beaucoup de soucis ou des retards dans le programme national ?

« Retard » : par rapport à quoi, à part au simple programme de l’EN, décidé par de hauts fonctionnaires qui n’ont surement plus d’enfants à l’école (et qui ne sont peut-être même jamais allés en école publique !!).

En ce qui concerne les examens de collège et lycée, nous pouvons préparer nos élèves s’ils en ressentent le besoin ou l’envie par rapport à leur projet de vie.

En ce qui concerne les matières scolaires : quelques lectures et documentaires suffiront probablement à mettre un élève au niveau où l’école l’attend dans des sujets très précis qu’il n’aura pas abordé jusque là… Tout se trouve sur internet aujourd’hui, et parfois en bien plus clair, en plus efficace qu’à l’école.

A côté de cela, il aura probablement appris tellement plus à l’Ecole Dynamique… : à vivre en société, à utiliser son pouvoir de citoyen (sans attendre ses 18 ans !), à décider pour lui-même, à maîtriser son temps, à savoir ce qu’il veut et ce qui est juste pour lui, à être autonome ! Il aura même probablement acquis une conscience plus vive, responsable et empathique de la situation familiale difficile qui le ramène à l’école publique…

8- Vous êtes combien d’adultes par enfant ?

Depuis l’ouverture nous étions 6, nous venons d’accueillir un 7ème membre, Yohan, qui suit notre projet de près depuis longtemps et en janvier nous rejoindra Aaron, qui est professeur d’anglais à Summerhill. Yohan et Aaron se sont engagés en tant que bénévoles, ce qui n’alourdira donc pas les frais de scolarité ;)

Nous étions donc 6 pour 23 élèves à l’ouverture, maintenant nous sommes 7 pour 18 (5 élèves nous ont quitté au terme des 2 semaines d’essai, pour rejoindre l’instruction en famille ou des établissements plus près de chez eux). Cela nous permet de gérer efficacement l’école (il y a beaucoup beaucoup à faire !), de travailler aux 4/5è et de bien faire les choses, tout en étant bien présents pour les enfants. Par exemple, en tant que responsable des réseaux sociaux j’ai besoin de beaucoup de temps « OFF » (un temps où je travaille pour l’école, en y étant présente ou bien de chez moi). J’ai donc 1 vraie journée de repos (le mercredi) + 1 journée « OFF » (le lundi) où je peux être à l’école ou bien chez moi, pour travailler mes articles de blog, la page Facebook, le compte Twitter, démarcher les médias, etc… (et répondre à un questionnaire pour les Vendredis Intellos ;)). Bon en pratique, je bosse aussi beaucoup le soir et même parfois le we, parce que le projet me passionne vraiment !

Nos besoins se redéfiniront au fur et à mesure de l’évolution de l’école…

9- Avez-vous été enseignants ?

Oui et non, comme j’en ai parlé plus haut. Ce n’est vraiment pas notre position et c’est justement là où nous nous démarquons de toutes les autres écoles, même les alternatives… Nous rompons totalement avec la vision passéiste de l’enseignant qui fait face à l’enfant qui ne sait pas et qui veut l’amener quelque part.

Cela résonne beaucoup avec la théorie de l’immaturité de l’homme développée par Georges Lapassade dans son livre « L’entrée dans la vie » : l’homme adulte n’est pas un être « achevé » et mature, grâce à la période de l’enfance qui ne serait donc qu’une étape de « préparation », via l’éducation, à cet état final et donc « parfait ». Au contraire, l’adulte est un être inachevé qui continue d’apprendre et d’évoluer jusqu’à sa mort, en franchissant diverses étapes (les différentes « entrées » dans la vie, à divers moment de sa vie). Cela remet totalement en question notre vision de l’enfant, et donc notre vision de l’éducation, car il n’y a personne à conduire vers un état d’ « achèvement », tout comme il n’y a pas achèvement du savoir, qui continue d’évoluer avec le temps. Ce livre, écrit en 1963, était réellement visionnaire, et il est plus que jamais d’actualité, je vous invite fortement à le découvrir !

10- Y a-t-il des réunions de parents régulières pour « suivre » les choses à la maison ? Un vrai travail d’équipe en somme…

Oui complètement ! Notre école est d’ailleurs une association dont les membres sont le personnel, les élèves et les parents, qui se réunissent en Assemblées Générales pour décider de grandes questions autour de notre Ecole.

Lors de notre dernière AG, certains parents ont émis le désir d’organiser des réunions plus informelles et plus régulières pour échanger et partager leur cheminement. La pression extérieure est parfois forte (famille, société…) car notre philosophie est vraiment différente… et on peut vite se sentir isolé. Et puis c’est un long cheminement qui demande vraiment du lâcher-prise de la part du parent : c’est loin d’être évident quand on a eu l’habitude de confier ses enfants à l’école publique sans se poser de questions ! Il y a beaucoup de passages de doutes, qui ont besoin d’être partagés et accompagnés pour être dépassés, par les membres de l’équipe mais aussi (et peut-être surtout ?) par les autres parents.

Ça me fait vraiment l’effet d’une « grande famille » !

Il faut casser cette frontière habituelle entre école et maison et créer des ponts : chez nous, les parents sont actifs ! Paradoxalement, la vie de l’enfant à l’école reste à l’école : le parent y a sa place, mais pas en tant que « surveillant » de ce qu’y fait son enfant. Tout ce qui se passe en Commission de Justice par exemple reste entre les murs de l’école. Cette indépendance de l’enfant est essentielle pour qu’il puisse se développer sans pression de la part de ses parents.

Enfin, il faut évidemment un suivi entre la philosophie que vit l’enfant à l’école et celle qu’il vit à la maison… ne pas mettre l’enfant chez nous et lui laisser le libre arbitre dans son instruction, et lui faire faire du travail scolaire le week-end ;)

Pour finir, je vous invite à jeter un œil sur le blog de l’école, sur lequel j’écris régulièrement (les élèves et leurs parents sont également invités à contribuer pour partager leurs expériences) et surtout, ne pas hésiter à poser des questions, car cela demande vraiment du temps, pour aller creuser dans nos héritages sociétaux et familiaux…

Voilà… Vous avez surement d’autre questions ou des expériences à partager, alors n’hésitez pas! PARTAGER!!!

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10 réflexions sur “L’école Dynamique…Marie nous explique!

  1. Très intéressant, c’est bien le genre de structure qui m’intéresse. Mais, au début de l’article tu dis qu’il y en a d’autres, comment savoir où se situent les écoles dynamiques?

    • Et pourquoi ne pas développer ce point de vue dans une prochaine contribution aux VI? C’est un vrai problème, une vraie question, de savoir comment développer des alternatives, ou du moins exprimer son envie/son désir de faire évoluer l’école, tout en restant dans un idéal d’accessibilité au plus grand nombre. L’école de la République n’est elle-même pas vraiment pointée pour sa capacité à faire vivre l’égalité des chances, comme créer mieux/autrement alors que les frais inhérents à la création/fonctionnement d’une école sont colossaux? Venez en parler!

      • Qui pointe l’incapacité de « l’école de la république »? Par rapport à quoi? Avec quelle méthodologie? Et qui, dans l’éduc’nat’ tire l’école dans quel sens (vers plus ou moins d’inclusion des classes sociales x ou y)? Est-ce qu’une école qui soutient les plus pauvres ne broierait pas aussi les autres? Dans quelle mesure?

        Et le souci d’échapper à ses propres démons, à sa propre enfance ratée ou maltraitée, est-il positif? Est-ce que chercher pour son enfant l’école qu’on aurait voulu pour soi-même jadis est une démarche si positive? Fait-elle tomber de Charybde en Scylla?
        Souvenons-nous de l’éducation libertaire des années 70, en réaction au corset de « l’école de la république » de l’époque -différente encore- quels résultats? Pensons à « l’école en bateau »… à son encensement hier, et à son procès aujourd’hui.

        Est-ce que la seule caractéristique commune à l’école « de la république » d’hier et d’aujourd’hui, à part son nom, ne serait pas qu’elle est contrainte par la loi de s’adresser à tous les enfants,à tous les parents, éduqués ou non, sensibilisés ou non, maltraitants ou non?

        Et donc est-ce que les initiatives pédagogiques périphériques ou alternatives ne sont pas des niches, parce que ne s’adressant qu’à un petit nombre d’élèves, et condamnées à être phagocytées par des familles bourgeoises soucieuses de se démarquer de la masse, comme on le fait en changeant de lieux de villégiature ou de modèle de voiture? Et pas qu’en France: pensons à Palo Alto, hier école communale alternative, aujourd’hui école d’ultra-riches cultivant l’entre-soi. Ou à l’école alsacienne, créée pour des réfugiés (de 1870) et aujourd’hui lieu de rencontre de la bonne société parisienne… C’est valable pour les méthodes, montessori créée hier pour des déshérités, aujourd’hui prétexte (mais prétexte compréhensible) à se retrouver entre soi (6000€ l’année dans l’école montessori de mon quartier).

        Bref, autant j’apprécie les efforts de recherche pédagogiques diverses et variées (encore que, les enfants ont-ils tellement changés depuis Montessori ou Korszak, pour, une fois intégré le respect de l’enfant, il y ait un tel besoin de changement permanent? Et ces efforts sont-ils si absents de l’école publique?), autant je suis las de lire sans cesse les mêmes critiques de « l’école de la république », qui n’a de défaut que d’être le standard auquel tout le monde se compare. Les défauts de l’école publique sont souvent les défauts de la massification, inhérents à toute organisation de grande taille, quel que soit son objet (Rien de plus déficient que l’administration d’une grosse boite du CAC40).

        Reprocher à l’école publique de ne pas tenir compte assez des cas particuliers, c’est reprocher à son opérateur de télécoms de ne pas vous donner un forfait spécial uniquement pour appeler votre belle-mère, ou reprocher à Audi de ne pas avoir des voitures roses avec des étoiles vertes au catalogue: c’est fondé, mais ça ne dit pas tout sur la qualité ou non de l’institution.

        Quel est le travail invisible de « l’école de la république », à mon sens? C’est de trouver un millions de personnes, de leur donner une formation à peu près cohérente, de les mettre dans 50 à 60 000 établissements aménagés pour accueillir du public (donc normes, contrôles, entretien…), de les mettre en face de douze millions d’élèves tous différents et d’arriver en fin de compte à ce que 88% d’entre eux ait un diplôme en fin de scolarité.

        Alors OK, tous ne décrochent pas le boulot de leurs rêves, ou la formation-licorne qu’ils veulent, certains ont souffert, et/ou ont vu leurs potentialités gâchées, mais quel système éducatif, aussi parfait soit-il à petite échelle, résiste à la massification? Et si on ne veut pas de massification, alors comment justifie-t-on l’abandon de l’accès à l’éducation pour la masse des citoyens du pays? Qui et comment enseigne-t-on aux autres, aux enfants de l’hôtesse d’accueil de l’hôtel près de chez soi ou du vendeur de kébab du coin de la rue?

  2. Merci beaucoup à toutes les deux pour cette contribution à deux voix!!!! On a hâte d’avoir les premiers retours du quotidien à l’Ecole Dynamique!!!

  3. C’est la 1ère fois que j’entends de vrais arguments POUR l’éducation nationale. Et même si je suis d’accord avec ce principe de « massification » qui est réel, autant à l’école que dans les entreprises, il devrait cependant aujourd’hui exister le moyen d’appliquer le principe même de base de notre éducation nationale qui deviendrait alors une réelle avancée pour la nation :
    – la liberté de choisir le type d’éducation pour nos enfants
    – l’égalité des moyens pour le faire (avec par exemple le « chèque éducation » comme le font déjà la Suède, les Pays Bas etc en Europe)
    – la fraternité : faire coopérer et non rivaliser les différents courants, qui ne seront à eux seuls, jamais parfaits et ne pourront pas correspondre à TOUS les enfants.
    Je suis certes, très « branchée » Sudbury puisque notre équipe est en train de créer la 2ème école de France, mais merci pour cette argumentation qui fait réfléchir. Je reste cependant persuadée que le seul respect de l’enfant ne suffit pas à faire son éducation et qu’il nous faut aller plus loin, beaucoup plus loin…

  4. Pingback: Autres écoles alternatives | Pearltrees

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