Accoucher, une affaire de couple ?

Pour ma deuxième grossesse, j’ai fait le choix de me faire suivre en accompagnement global par une sage-femme libérale. Pour savoir ce qu’est l’accompagnement global, allez donc voir ici. Ladite sage-femme m’a conseillé pour l’occasion la lecture d’un livre de Maïtie Trelaün, intitulé : Se préparer en couple à l’accouchement (Editions du Souffle d’Or, 2010). Cette auteure est une habituée des ouvrages ayant trait aux accouchements physiologiques, et elle livre ici un guide destiné non seulement à la mère, mais aussi au père, afin que les deux puissent vivre pleinement ensemble la naissance de leur bébé.

Autant le dire tout de suite : si j’ai lu, et même dévoré, ce livre au cours de mon 7e mois de grossesse, mon mari chipote toujours sur le chapitre destiné exclusivement aux pères à moins de 15 jours de mon terme. Je l’ai vu : le soir, il préfère nettement lire le tome 14 du Trône de Fer de G.R.R. Martin… Donc, il faut l’annoncer sans détours, dans notre cas, le bénéfice de cette lecture au niveau du couple est plutôt réduit.

Il n’en reste pas moins que le propos du livre est intéressant : s’adresser autant au père qu’à la mère, expliquer au premier quelle place essentielle il peut jouer dans l’enfantement, démontrer comment le lien d’un couple peut être renforcé par cette expérience commune.

Maïtie Trélaün a été citée plusieurs fois en ces lieux, sur la gestion de la douleur en particulier. Son engagement pour les accouchements physiologiques est connu, mais, et c’est bien l’intérêt d’un site comme les Vendredis Intellos, cet engagement ne peut pas faire l’unanimité, parce que chaque accouchement est différent et qu’on ne peut pas toutes suivre les préceptes de la naissance physiologique. Ne serait-ce que parce que chaque femme est unique, et que chacun de ses accouchements l’est aussi. Et puis bon, une bonne péridurale, c’est quand même pas la mort…

Dans ce livre, on découvre quels rôles le père peut jouer dans la naissance. Au pluriel, oui, car, s’il est impliqué, il peut cumuler les mandats : porte-parole de la mère en travail pour défendre ses préférences et le projet de naissance (car elle ne peut pas interagir avec le monde extérieur, sous peine de ne plus gérer la douleur des contractions), garde du corps (il la protège de toutes les agressions : lumière, bruit, interventions intempestives) et assistant dans la gestion de la douleur par son rôle de support couteau suisse. Il peut en effet faire office de chaise, d’étrier, de barre d’étirement, de masseur ou tout simplement de radiateur (parce qu’il n’y a quand même rien de mieux que d’être au chaud sans ses bras, non ?). De nombreuses pages (avec photographies) sont dédiées aux divers mouvements et aux positions que peuvent prendre ensemble le père et la mère durant le travail, et comment le premier aide physiquement la seconde à traverser l’épreuve.

Je vous cite un extrait juste et touchant où l’auteure répond à la question de la place du père pendant l’accouchement (p.172) :

Quelle est votre place ?

Être là ! C’est votre présence que votre femme réclame avant tout : une présence calme et attentive, une présence rassurante.Vous vous sentirez probablement bien impuissant face à ce qui se passe en elle ; vous ne pourrez pas lui enlever la douleur, vous ne pourrez pas lui économiser l’épreuve : c’est important que vous l’acceptiez. Vous êtes là pour la protéger de ce qui se passe à l’extérieur d’elle afin que ce qui se passe à l’intérieur puisse se faire ; vous n’êtes pas là pour l’empêcher de crier mais pour l’autoriser à s’exprimer que ce soit par le cri, les pleurs ou la colère. Vous êtes l’enceinte contre laquelle elle peut s’appuyer, se reposer ou exploser ; vous êtes le contenant qui lui permet de sentir qu’elle ne va pas se perdre ; vous êtes son phare dans la tempête : juste là, mais bien là et complètement là.

Un résumé qui cristallise toutes les peurs des pères et tous les besoins des mères.

Par ailleurs, ce livre aborde de façon très claire, globale et complète les principes de l’accouchement physiologique dans toute la splendeur de leur simplicité –  et peut-être, pour certaines d’entre nous, de leur utopie. Parce qu’entendons-nous bien sur le sens des mots : simplicité n’est pas facilité. J’adorerais accoucher comme c’est écrit dans le livre : être une guerrière de l’enfantement, gérer les doigts dans le nez, avec courage et abnégation, la douleur du travail parce qu’au fond de moi je serai certaine que c’est ce qui va aider mon bébé à naître, me remettre entièrement entre les mains de Dieu ma sage-femme et de mon mari en étant absolument persuadée de ma capacité à mener l’épreuve jusqu’au bout sans autre assistance que la leur. J’en rêve. Mais je me force au pragmatisme, quoiqu’il m’en coûte au vu de mon expérience lors de mon premier accouchement. Parce que la vie n’est pas un long fleuve tranquille. On peut, au mieux, la baliser afin que le fleuve ne déborde pas à chaque virage…

Il y a à la fin de l’ouvrage un chapitre éclairant qui expose combien les conditions de vie des mères après l’accouchement sont importantes, à la fois pour sa récupération et pour le lien qu’elle crée avec son bébé. Or, ces conditions sont rarement réunies d’elles-mêmes dans notre société. Mais lorsque nous avons un peu de chance, un père bien présent, des amis ou de la famille proches, nous pouvons les organiser, les planifier en amont pour se faciliter la tâche durant la délicate période du post-partum. Voici un extrait qui aborde cette question (p.222)

Le plus beau cadeau que l’on puisse faire à sa compagne qui vient d’accoucher, c’est de lui permettre de n’avoir à s’occuper que d’elle et de son bébé pendant au minimum quinze jours. S’occuper de son bébé, c’est principalement l’allaiter, le câliner, le réchauffer, le rassurer ; ce n’est pas forcément le porter jour et nuit de long en large dans la maison… ça, quelqu’un d’autre peut le faire.

S’occuper d’elle, c’est lui permettre de dormir dès qu’elle le peut, de vivre le plus possible allongée la première semaine et augmenter progressivement la station verticale dans les semaines qui suivent, de la nourrir correctement avec des plats qu’on lui prépare, de l’inviter à prendre l’air et le soleil, à prendre soin de son corps en savourant le temps sous la douche ou dans le bain, en s’installant toujours confortablement pour allaiter son bébé ou lui donner le biberon…

Bref, prendre soin de soi est la règle d’or pour une mère qui vient de donner naissance à un bébé. Pour pouvoir le faire, il faut non seulement qu’elle n’ait pas à prendre soin des autres, mais que ce soit les autres qui la prennent en charge. Comme une enfant, oui. Nous discutions récemment avec ma sage-femme des tendances actuelles en Amérique du Nord, où les femmes qui accouchent demandent, en lieu et place des cadeaux de naissance, des heures de présence et d’aide à leurs proches : pour les courses, la cuisine, le ménage, les enfants plus grands. Cela me semble être une parfaite incarnation des besoins réels des mères et des bébés. Car, oui, il faut le dire : la plupart des bébés se retrouvent dans une situation ubuesque où ils reçoivent en guise de cadeau de naissance une montagne de vêtements neufs en taille 6 mois, pendant qu’ils braillent dans les bras d’une mère surmenée et épuisée. Choisis ton camp, camarade…

Je vous ai fait là un résumé plus que synthétique du contenu du livre, évidemment, et je vous invite à le prendre en main pour découvrir les richesses qu’il renferme. Il est vraiment très complet, car il propose une analyse de la société en même temps qu’un guide pour la naissance, contextualisant le second par l’exposition de la première. Une mise en perspective des plus intéressantes sur la manière dont nous vivons aujourd’hui.

Je ne possède pas le livre dont je parle, je l’ai emprunté à la médiathèque près de chez moi. Impossible, donc, de le faire rentrer dans la bibliothèque des Vendredis Intellos. Mais si vous avez une bonne bibliothèque ou un•e bon•ne bibliothécaire vers chez vous (les deux vont souvent de paire), je vous invite à suggérer ce livre aux acquisitions de l’établissement !

Nota Bene : j’ai écrit cet article avant mon accouchement, qui a eu lieu depuis. Expérience faite, je bénis ce livre !

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3 réflexions sur “Accoucher, une affaire de couple ?

  1. Merci beaucoup de cette belle contribution!!! Depuis, as-tu pu explorer avec ton homme ce qui faisait qu’il n’avait pas envie de se plonger dans cette lecture? Sentiment de ne pas en avoir besoin? Peur qu’on lui impose quoi faire/comment le faire? Inquiétude à l’idée de voir l’arrivée du bébé devenir trop concrète?

    • Grosse, grosse flemme, avant tout. « Le trône de fer », c’est vachement mieux… Et puis, je suis celle qui était enceinte, alors je pense qu’il se sentait vraiment moins concerné. L’exploration des motivations profondes, c’est pas son truc. Il a juste lu un morceau du chapitre concernant les papas, sans faire de commentaires.
      En revanche, et c’est là que j’ai une chance folle, c’est que le jour de l’accouchement, il a joué son rôle comme s’il avait lu le livre. Il a obéit au doigt et à l’oeil à la sage-femme et… à sa femme (vraiment, sa nuque a morflé pendant l’exercice). Et sans affolement : c’était notre deuxième.
      Ce serait bien qu’une autre personne puisse faire un retour de lecture du livre par le futur papa…

  2. Pingback: La bible de la grossesse | Les Vendredis Intellos

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