Je suis en formation et… je gribouille

Je suis en formation depuis 3 semaines (plus que 3 autres semaines!).

La thématique était censée m’intéresser mais j’ai vite compris qu’il y avait un écart considérable entre mes attentes et le contenu de la formation. Etant donné que je suis cette formation en tant que « demandeuse d’emploi », pas question de changer d’avis, de me faire porter pâle ou de simplement brosser les cours. (Sinon je serai punie.)

Le premier jour m’a terrassée.

J’ai pensé à André Stern.

J’ai voulu m’enfuir.

Contempler l’écran toute la journée (ah la mode des powerpoint !) m’a donné mal au crâne.

Jour 2, j’ai commencé à griffonner timidement dans les marges, puis de plus en plus franchement, des formes, sans trop réfléchir, des motifs, qui les remplissent peu à peu.

gribouillages_0001c

Je me suis rappelé que j’avais fait ça pendant toutes mes secondaires (= collège et lycée). Cela me permettait de ne pas (trop) m’ennuyer. Cela me permettait aussi de rester un tant soit peu concentrée. Je m’étais rendu compte que lorsque je gribouillais, j’enregistrais plutôt bien ce qui se disait en classe. Si au contraire je m’en abstenais pour « avoir l’air » de suivre le cours, mon cerveau se barrait par la fenêtre. L’élève attentive n’était en réalité qu’une coquille vide et j’étais bien incapable de savoir de quoi il avait été question. Heureusement, mes petits dessins ne dérangeaient pas trop les profs (ils les préféraient sans doute au chahut) et mes (bons) points me garantissait une certaine paix.

Fin du jour 2, bien qu’absolument pas passionnée par la matière, j’ai davantage retenu ce dont on avait parlé et je n’ai pas mal au crâne.

Jour 3, je dessine franchement et remplis quelques versos non imprimés. Je me prends au jeu. J’adore ça. Cela rend ces longues journées supportables.

gribouillages_0002

Jour 5, je me suis procurée des feutres noirs pour obtenir un effet plus joli et j’ai emporté des feuilles blanches pour avoir de la place. Ça m’amuse. Ça m’évite de me crisper, de me focaliser sur l’ennui que suscite (90% de) cette matière.

gribouillages

Et la prof ? Je ne passe pas inaperçue : nous sommes 13 adultes (peu disciplinés) à suivre cette formation. Je crois qu’elle a assez vite compris que j’écoutais… tout simplement parce que je réagis de manière assez pertinente. (Bon, je ne pense pas qu’elle m’imagine passionnée mais du moment qu’elle ne perçoit pas mes gribouillages comme un manque de respect, ça me va.)

Je me souviens d’avoir lu, il y a quelques années un bref article sur une étude montrant que griffonner permet de se concentrer. Bien après avoir fini ma rhéto (= terminale), une chercheure, Jackie Andrade, me donnait enfin raison ! Quelques mots-clés dans google m’ont permis de retrouver cette étude, et quelques articles (dont celui-ci) l’évoquant :

« Si quelqu’un effectue une tâche ennuyeuse, comme écouter une conversation téléphonique sans intérêt, il peut commencer à rêvasser. Cela le détourne de son activité, diminuant son niveau de performance« , a expliqué le professeur Jackie Andrade. « Une simple occupation, comme le gribouillage, peut suffire à l’empêcher de rêver tout éveillé, sans affecter sa performance dans sa tâche principale« , a-t-elle estimé. « Cette étude suggère que dans la vie de tous les jours, le gribouillage peut être quelque chose que nous faisons pour nous aider à mener à bien une tâche, plutôt qu’une distraction inutile à laquelle nous devrions résister« , a-t-elle affirmé.

Je suppose que le gribouillage fonctionne un peu comme un mandala. Je n’ai jamais trop aimé le coloriage, mais je me dis qu’au niveau cérébral, l’activité est sans doute similaire (d’autant que je fais surtout des motifs). (Je devrais suggérer à Jackie de recommencer son étude avec des mandalas.)

Je me demande si le gribouillage est parfois, souvent, jamais … ? toléré en classe. En primaire, au collège, au lycée… Les enseignants y voient-ils un manque d’implication ? Ou comprennent-ils le sens et l’intérêt de cette pratique ?

Cela dit, cela sous-entend que leurs cours sont ennuyeux… Si j’étais enthousiaste et suffisamment stimulée, je n’aurais sans doute nul besoin de cette occupation (j’ai d’ailleurs très peu gribouillé pendant mes études).

En attendant que le rapport au savoir, à la transmission et à l’apprentissage change en profondeur, mes feutres me permettent de vivre cette formation plus sereinement. Cela dit, j’aspire à autre chose et je ne suis pas prête à signer à nouveau pour ce genre de formation. Si comme André Stern le pointe, l’enthousiasme est la clé de tout apprentissage, pour le moment, j’apprends surtout… à griffonner. Et je rêve d’apprendre en dehors des « écoles ».

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12 réflexions sur “Je suis en formation et… je gribouille

  1. J’ai tendance à faire de même ou à repasser sur les mots déjà écrits… On est nombreux aussi à avoir coloré l’intérieur des ronds qu’on pouvait trouver (o, a, e, p, q, d, g,b)

    • Ma ‘voisine de formation’ s’est justement mise à colorier les lettres comme tu le décris, puis les carrés du papier quadrillés (je ne suis pas la seule à m’ennuyer :-D).

  2. J’avoue que j’ai toujours gribouillé dans mes marges, dès l’école primaire (mais seulement dans les cahiers de brouillon et le cahier de texte, que je considérais comme mon espace personnel – je laissais « propres » les cahiers de cours), et à peu près dans toutes les matières par la suite, pas seulement celles qui m’auraient parues plus rébarbatives (sauf bien sûr si le cours était trop « dense » pour avoir le temps de dessiner !). Et c’est généralement bien passé. J’ai souvenir de mon instituteur de CM2, qui me voyant gribouiller pendant la classe, m’avait interrogée 2 ou 3 fois, et voyant que ça ne m’empêchait pas de suivre, avait laissé courir. Il n’y a que mon professeur de français de 5ème qui l’avait très mal pris ; il avait l’impression que c’était une insulte à ses cours…
    En tout cas, bon courage pour la suite de ta formation !

    PS : et c’est très joli, tout ça !

    • (Merci :-))
      C’est super que la plupart de tes enseignants (y compris en primaire) aient compris que ça ne t’empêchait pas de suivre !
      C’est vrai que ça peut m’arriver avec un cours qui m’intéresse quand même mais trop « lent » et/ou pas assez interactif, stimulant. J’ai eu récemment un autre intervenant, plus dans l’interactivité, j’ai moins gribouillé… puis il est passé en mode « contemplons le powerpoint pendant que je lis ce qui est dessus » et je suis revenue à mes dessins. ça l’a d’abord visiblement vexé puisqu’il m’a lancé une petite pique là-dessus – j’ai quand même continué à dessiner, puis il a compris que ça ne m’empêchait pas d’écouter et d’éventuellement réagir à ce qu’il disait. Finalement il n’est pas traumatisé.

  3. Merci pour cet article ! ça me rappelle que je faisais ça en cours de latin en 4ème, pareil la prof après avoir vérifié qu’au final j’écoutais bien m’avait laissé faire, l’avait dit à mes parents en précisant que je suivais quand même donc pas de soucis. Je me souviens effectivement à une époque avoir dessiné ou fait des gribouillages sur des coins de pages.

    • Idem… je pensais que le prof ne me voyait pas, j’étais au fond. Puis un jour il demande:
      – Comment dit-on la joie ?
      Moi, en mode réflexe, j’ai sorti directe : GAUDIA !
      Réponse du prof :
      – Ah et bien, elle écoute bien même si elle dessine !

      (Ceci dit, il m’a toujours laissée tranquille :p)

      Je le faisais aussi en histoire mais je « dessinais l’histoire » genre les petits bonhommes qui font la révolution et tout… Le prof avait pris mes feuilles, regardé avec attention tous les petits dessins, devenuent très grand au final, puisqu’il remplaçait pratiquement le cours écris et m’avait tout rendu sans rien dire… :D

  4. Je suis persuadée qu’effectivement griffonner, dessiner aide à se concentrer ! J’ai toujours fait ça en cours, avec des professeurs plus ou moins compréhensifs, mais avec pour effet de retenir bien mieux les cours où cela était toléré.
    Et au final…je suis illustratrice jeunesse.

  5. Merci beaucoup de ta contribution (toutes mes excuses pour mon retard….)!!! Et plein de courage pour ton parcours de demandeuse d’emploi…
    Dans un autre registre, on me rapportait récemment le cas d’une enseignante qui venait de passer dans la douleur un concours « interne » et qui réalisait à nouveau après des années d’oubli combien il pouvait être stressant, difficile, remuant pour un élève de passer un examen comme le bac.

    • C’est clair, je pense qu’en plus, on devient de moins en moins tolérant lorsqu’on est sorti du système de formation/école/… l’ennui, le stress, etc. nous apparaissent peut-être davantage et beaucoup moins « normal », « acceptable ».
      Pour moi, j’ai l’impression qu’il y a eu un effet d’overdose. Mon cerveau était très coopérant pour assimiler un tant soit peu ce qui me barbait, mais maintenant, ce qui ne m’enthousiasme pas reste hors de mon disque dur interne! Et même la mémoire a court terme dit pouet. Mais si ça m’intéresse, ça va :-D.

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