L’hypnose comme accompagnement à la naissance ?

Pour beaucoup l’hypnose est un phénomène un peu bizarre qui implique une sorte de magicien armé d’un pendule, des spirales qui tournent et un malheureux  hypnotisé  qui se met à faire la poule ou danser le french cancan  devant un parterre de spectateurs. Peut être un peu comme pouvait être perçue la méditation il y a 15 ans, avant l’avènement du développement personnel et des cours de mindfulness en entreprise, une pratique de hippies nécessitant dreadlocks et colliers de perles.

Mais tout comme la méditation, la pratique de l’hypnose comporte, outre un aspect plutôt folklorique, un côté beaucoup plus clinique. C’est celui qui est utilisé dans les hôpitaux pour aider à surmonter les angoisses du milieu médical, accompagner des anesthésies ou encore soulager les douleurs (voir par exemple – ou encore cet article du Monde de l’an passé , disponible en accès abonnés).

En hypnose clinique l’hypnotiseur va guider son patient en lui parlant pour d’abord orienter son attention soit vers des sensations présentes dans son corps ou dans l’environnement ou bien pour l’amener à se construire mentalement un lieu où il se sente bien sur la base d’indications recueillies au cours d’une discussion juste avant la séance (cela permet par exemple d’éviter de faire imaginer à quelqu’un qu’il se baigne dans les eaux chaudes d’une mer tropicale si la personne a la phobie des requins). L’hypnotiseur va ensuite peu à peu intégrer dans son discours des éléments en lien avec l’objectif de la séance (sensations de relaxation, de perte de sensations dans le cas d’une anesthésie etc..). Pour avoir une idée un peu plus claire de ce que c’est, vous pouvez trouver en ligne ici des exemples de transes. Il est possible d’apprendre à entrer en hypnose et à pratiquer des suggestions hypnotiques sur soi-même, c’est alors ce que l’on nomme « auto-hypnose ».

Si je parle de l’hypnose ici c’est parce qu’une étude publiée dans le British Journal of Obstetrics and Gynaecology (et résumée ici) montre que l’auto-hypnose enseignée lors de la préparation à la naissance (2 séances de 90 minutes en groupe, et écoute de CD d’instructions pour s’entrainer à la maison) a permis de significativement réduire le niveau de peur et d’anxiété effectivement ressenti par les mères lors de la naissance par rapport à ce qu’elles s’attendaient à ressentir, selon des réponses recueillies dans les deux semaines suivant la naissance de leur enfant et comparées aux réponses recueillies avant la naissance. Il n’y a eu en revanche aucune différence quant au recours à la péridurale entre le groupe auto-hypnose et celui n’ayant reçu que la préparation à l’accouchement classique.

Une méta-analyse récente rapporte également une réduction de l’intensité de la douleur lors de l’accouchement chez des femmes ayant reçu une formation à l’hypnose comparée à celle ayant eu un accompagnement plus classique, ainsi qu’une réduction de la durée du travail. Toutefois les auteurs relève que ces données ont été recueillies sur un échantillon de 60 femmes, ce qui est considéré comme faible. L’ étude que je mentionne en premier porte elle sur deux groupes d’environ 330 femmes chacun, ce qui laisse espérer des résultats plus robustes !

Les auteurs de la méta-analyse concluent qu’il faut des études cliniques de meilleurs qualité avant de pouvoir recommander officiellement l’utilisation de l’hypnose lors des accouchements.

Je pense également à une étude sur les effets de l’hypnose lors des procédures de versions céphaliques externes (pour retourner les bébés qui sont en siège). L’article ne rapporte aucune différence significative entre les groupes avec et sans hypnose en terme de douleur ressentie par les femmes lors de la version, ni de différence dans le taux de succès des versions. Cependant, pour avoir discuté avec l’hypnotiste présente sur l’étude, il semblerait que les femmes ayant eu recours à l’hypnose ont certes eu aussi mal que celles n’utilisant pas l’hypnose mais qu’elles étaient d’une certaine manière détachées de cette douleur (disant par exemple « ça fait mal, mais c’est pas grave »). Cet aspect du vécu de la douleur n’a pas pu être pris en compte dans l’étude, par manque d’outil adapté pour le recueillir (le « c’est pas grave » n’étant pas facilement quantifiable).

Alors, est-ce que cela vaut la peine de se lancer dans la pratique de l’hypnose en prévision d’un acccouchement ? – La science pure et dure répond aujourd’hui « peut être pas ».

Mais la science a beau être belle et passionnante, elle est quand même encore bien loin d’être capable de rendre compte de toute la complexité de l’expérience et de l’esprit humain ! Alors en attendant autant être en accord avec soi-même et faire de l’hypnose pour se préparer à la naissance de son enfant si on le souhaite ! (c’est mon avis, et il n’engage que moi ;-) Au pire si cela n’aide pas le jour J, on aura pu apprendre quelque chose de nouveau, qui pourra peut-être nous servir dans d’autres conditions !

Pour finir, les techniques telles que l’hypnose, qui font appel à la régulation « corps-esprit », sont de plus en plus étudiées de manière rigoureuse tant en recherche fondamentale que clinique. En effet grâce aux progrès dans les techniques d’imageries cérébrales, de plus en plus de chercheurs sont convaincus du bien fondé de l’étude des ces pratiques, tant pour les comprendre que pour l’éclairage qu’elles nous apporte sur la compréhension du fonctionnement du cerveau. Par exemple, Michel Le Van Quyen, un scientifique tout à fait respectable, a récemment publié ce livre: Les pouvoirs de l’esprit  – ce qui aurait été impensable il y a encore 15 ou 20 ans.

Pour en savoir plus sur les recherches scientifiques en général sur l’hypnose, vous pouvez consulter ce site qui est plutôt bien fait – et qui cite ses sources (en anglais, avec une version française mais qui n’est plus trop mise à jour).

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7 réflexions sur “L’hypnose comme accompagnement à la naissance ?

  1. Intéressant! J’aimerai réussir avec la capacité à se mettre en transe à éloigner la douleur, et je ne dois pas être la seule! D’une certaine façon, apprendre à être dans sa bulle, c’est cela aussi.
    Je suis également curieuse de lire le livre sur « les pouvoirs de l’esprit » car il y a encore tellement de choses que l’on explique pas mais que l’on observe (ex: une femme qui fait un déni de grossesse, n’a pas de ventre, mais une fois qu’elle a enfin « conscience » d’être enceinte, le ventre sort d’un coup oO). Et c’est agréable quand la recherche scientifique se penche dessus sans directement classer le sujet dans la rubrique charlatanisme.

    • Oui de plus en plus la recherche (les neurosciences en tout cas) se penche sur ces états de consciences qui sont maintenant plus faciles d’accès pour des études « objectives » depuis le développement de l’imagerie cérébrale. Ça reste difficile pour un chercheur d’y consacrer tout son travail (surtout en début de carrière, c’est un peu plus simple pour quelqu’un dont la réputation est déjà établie) car beaucoup dans la communauté pensent que ce n’est pas la priorité voire que c’est farfelu. Et malheureusement parfois cela reste aussi difficile de trouver des financements car bizarrement on est pas soutenu par des groupes/ fondations liés aux médicaments. Mais les choses bougent peu à peu !

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