Quand Kant parle d’éducation…

Emmanuel Kant, c’est ce grand penseur allemand du XVIIIe siècle, à qui l’on doit des contributions fondamentales en philosophie morale, politique, etc… Contributions fondamentales que je serais bien en mal de commenter, détailler, débattre, vu mon immense ignorance en philosophie…
Mais Kant a aussi été enseignant, et chargé de cours sur la pédagogie à l’Université de Konigsberg. Ces cours, compilés, ont donné un (petit) livre : « Réflexions sur l’éducation » qui est assez intéressant, meme pour le profane que je suis.
Plutot que d’en faire une synthèse complète -ce dont je suis bien incapable, je voulais partager quelques citations, et ce qu’elles m’inspirent.
En fait, il y a deux aspects très différents dans cet ouvrage. Le premier concerne le but de l’éducation, le second, la façon de procéder. Vous allez voir que si l’intention que prête Kant à l’éducation est louable, il y a des éléments qui, fort heureusement, ont beaucoup évolué depuis cette époque.

L’éducation, pour faire grandir l’Humanité

Kant met l’accent sur l’importance de l’Education pour permettre non seulement à l’enfant, qui « naît rien », de devenir un Humain :

Par son instinct un animal est déjà tout ce qu’il peut être; (…) Mais l’homme doit user de sa propre raison. (…) Or puisqu’il n’est pas immédiatement capable de le faire, mais au contraire vient au monde -pour ainsi dire- à l’état brut, il faut que d’autres le fassent pour lui.

mais aussi pour élever l’Humanité toute entière : puisque seuls des humains, imparfaits, peuvent élever des jeunes humains, il faut que, faisant de leur mieux, chaque génération adulte fasse de la suivante une génération meilleure : l’éducation est donc un processus qui doit améliorer, de génération en génération, l’humanité.

Toute éducation, comme éducation d’un individu, sera une expérience inachevée, incomplète; seule l’espèce immortelle doit atteindre la plénitude du développement de ses dispositions.*

On ne doit pas seulement éduquer des enfants d’après l’état présent de l’espèce humaine, mais d’après l’état futur possible et meilleur (…) de l’humanité. (…) Ordinairement, les parents élèvent leurs enfants seulement en vue de les adapter au monde actuel, si corrompu qu’il soit. Ils devraient bien plutôt leur donner une éducation meilleure, afin qu’un meilleur état put en sortir dans l’avenir

A ce titre, il est assez agréable de voir qu’il critique l’éducation par les « princes », en qui il voit une force réactionnaire

Les princes donnent-ils de l’argent ? Ce n’est pas alors dans l’intéret de l’enfant, ce n’est meme pas dans l’intéret de l’Etat bien compris; c’est au profit de l’Etat tel qu’ils le conçoivent.(…)Dès que le gouvernement intervient dans l’éducation, « il est impossible de réussir quelque chose de bien… »*

Je vous laisse réfléchir à qui sont « les princes » d’aujourd’hui, et quels seraient les intérêts de ceux-ci à contrôler l’éducation…

 

Mais pour le coté pratique… Hum…

Quand on lit les « conseils » de Kant sur l’éducation pratique, on se dit qu’il est heureux que les sociétés aient avancé dans la connaissance des enfants, et la reconnaissance de leur personne. Allez, quelques exemples… Pour rire…

Sur le bercement des enfants : il lui semble mauvais pour deux raisons:

Meme chez les adultes on voit que le balancement suscite une envie de vomir et l’étourdissement. (…)

Ordinairement, c’est en ceci qu’apparaît la première corruption de l’enfant, car lorsqu’il voit que tout accourt à son cri, il répète souvent ses cris.

 

Un autre passage est assez… « amusant »

On peut le dire en vérité, que les enfants des gens du communs sont beaucoup plus mal élevés que les enfants des personnes de qualité. En effet les gens du commun jouent avec leurs enfants comme avec des singes. Ils chantent devant eux, le pressent sur leur coeur, les embrassent et dansent avec eux. Ils s’imaginent faire quelque chose de bon  pour l’enfant en courant à lui et en jouant avec lui dès qu’il crie

(Je ne sais pas vous, mais je me sens très « gens du commun » en lisant cela. En tout cas, beaucoup plus « gens du commun » que « personnes de qualité »)

Allez, une dernière pour la route (et vive la bienveillance !)

Ordinairement, les parents parlent beaucoup de briser la volonté de l’enfant. Mais il n’est pas utile de briser leur volonté lorsqu’on n’a pas commencé par la corrompre. Or la première corruption consiste à céder à la volonté despotique de l’enfant, de telle sorte qu’il peut tout obtenir par ses cris

 

Sur ce, je m’en vais corrompre la volonté de mes gamins. Et je ne compte pas la briser ensuite…

« Réflexions sur l’éducation » E. Kant (introduit et traduit par A. Philonenko) Ed. Vrin

 

* Les citations marqués d’une étoile correspondent aux propos tenus par A. Philonenko dans son explication de texte introductive, et qui paraphrasent le philosophe

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3 réflexions sur “Quand Kant parle d’éducation…

  1. J’ai eu un prof d’allemand (un peu sadique ?) qui nous faisait lire du Kant, du Schopenhauer et du Nietsch et qui nous donnait du Proust en thème. Voilà le seul souvenir que m’évoque le nom de Kant.
    Je viens d’aller voir la page wikipédia pour tenter un commentaire intelligent et n’y ai rien compris. Peut-être bien que j’en ai entendu parler en philo comme précurseur des existentialistes ?
    En tout cas, il n’est pas vraiment évoqué comme un spécialiste de l’éducation, non ;-) ?
    Qui sait ce qu’on dira dans 3 siècles sur les théories éducatives actuelles…

    Merci d’avoir partagé ces réflexions qui nous font voyager dans le temps et nous rappellent la fragilité des convictions en matière d’éducation.

  2. Merci beaucoup de cette belle contribution!!! Je trouve ça toujours assez amusant de constater comme les « grands penseurs » sont capables d’avoir des pensées abstraites très élaborées concernant l’amour, la beauté, la justice mais qu’en parlant d’éducation ils ne peuvent quand même s’empêcher de tout saupoudrer de leurs propres préjugés et recettes de cuisine sur ce qu’il convient de faire…

  3. Kant est un vieux réac aussi en philo, non? Je me trompe certainement, mais j’avais retenu qu’il était à l’origine d’un courant de pensé assez rétrograde.

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