Questions autour de la « parentalité positive » et autres notions du même genre {Dossier thématique + bibli des VI}

L’expression s’entend de plus en plus, les articles sur le sujet se multiplient (sur les Vendredis Intellos aussi !) et je crois qu’on peut s’y perdre en peu, entre les débats à n’en plus finir, les clichés, les préjugés, etc. Pour ma part, je m’y perds un peu. D’où mon billet. J’espère qu’il vous sera utile comme les recherches que j’ai faites ont pu éclairer ma lanterne. C’est vrai, c’est long mais comparé au temps qu’on passe à élever nos enfants, c’est court finalement non ?

La première fois que j’ai entendu parler de « parentalité positive », c’était dans le magazine « Peps » et, comme je le disais déjà ici, l’expression me gêne. Mais ce serait dommage de s’arrêter à ça, j’en conviens. Surtout que cette notion a d’autres noms.

QUELS AUTRES PETITS NOMS ?

On parle beaucoup de « parentalité positive », mais il y a d’autres façons de nommer ce thème. Bien sûr, elles ne sont pas équivalentes, il y a des nuances (sinon, ce ne serait pas drôle, si ?). Petite revue non exhaustive : éducation positive, discipline positive, éducation non-violente, communication épanouie, bienveillance éducative. Bref, il y en a pour tous les goûts !

UNE DÉFINITION, SVP !

Bon, une seule, ça va être compliqué mais voici un petit florilège :

La parentalité positive renvoie à un comportement parental qui respecte l’intérêt supérieur de l’enfant et ses droits, comme l’énonce la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant qui prend aussi en compte les besoins et les ressources des parents. Les parents qui agissent ainsi veillent au bien-être de l’enfant, favorisent son autonomie, le guident et le reconnaissent comme un individu à part entière. La parentalité positive n’est pas une parentalité permissive : elle fixe les limites dont l’enfant a besoin, de manière à l’aider à s’épanouir pleinement. La parentalité positive respecte les droits de l’enfant et favorise l’éducation dans un milieu non violent.

  • La plus pragmatique : la  discipline positive selon Jane Nelsen (dont le livre a été commenté par Miapérégrine dans son article « Mettre les parents dans des cases ? « 

Discipline positive (fermeté et bienveillance simultanément) : Nous allons décider ensemble de règles qui seront bénéfiques pour tous. Nous allons aussi nous mettre d’accord sur les solutions qui aideront chacun lorsque nous rencontrerons un problème. Si j’ai besoin de décider sans pouvoir t’impliquer, je le ferai avec bienveillance et fermeté, dignité et respect.

  • La plus enthousiasmante : la  parentalité positive selon PEPS, magazine dont j’ai parlé dans mon billet « PEPS, un magazine pour parents qui change(nt) ! »

Une parentalité centrée sur la joie de vivre, le plaisir d’être ensemble, les besoins de chacun, le soutien sur le chemin de soi.

  • La plus déroutante : la discipline positive selon le magazine Parents

Face à ses bêtises et ses colères vous avez du mal à imposer votre autorité. La discipline positive est faite pour vous !

Tout ça pour dire qu’il n’y a pas UNE définition de cette nouvelle (enfin disons nouvelle dans les médias, dans les discussions, etc.) parentalité. Mais on trouve des traits communs.

Par exemple, il est souvent rappelé que cette éducation se trouve entre le laxisme et l’autoritarisme, comme dans le livre du dr Rafi Kojayan et Sandrine Catalan-Massé L’éducation positive offert aux VI par les Editions Quotidien malin (dont je reparlerai plus loin) :

Après celle plutôt stricte prodiguée par nos parents et grands-parents, puis celle visiblement trop laxiste qui a suivi en opposition, il existe aujourd’hui un nouveau mode d’éducation, plus équilibré, épanouissant à la fois pour les enfants et les parents. Fondé sur le respect et l’écoute, il nous invite à éduquer nos petits loups les plus rebelles sans leur crier dessus ; mieux encore, sans être tenté de frapper ou sans perdre le contrôle de soi.

ALORS TOUT LE MONDE EST D’ACCORD SUR LA DÉFINITION ?

Il y a de nombreux points communs entre les différentes définitions; tels que l’absence de violence (pas de fessées par exemple), l’objectif de l’épanouissement des enfants ET des parents (tout le monde y trouve son compte) ainsi que l’écoute. Je schématise bien entendu. C’est un mode d’éducation très riche et c’est cela qui fait sa force, son intérêt et qui peut répondre aux besoins de nombreux parents.

Mais, vous vous en doutez, il est impossible d’avoir un consensus. La question le plus souvent soulevée est celle des punitions. Dans son dernier livre, dont Bienveillante nous parle ici, Catherine Dumonteil-Kremer conseille d’abandonner les fessées ainsi que les punitions. Pour elle, ni les unes, ni les autres ne correspondent à la parentalité positive parce qu’elles ne répondent pas aux besoins de l’enfant.

Par opposition, dans le livre des éditions Quotidien malin dont j’ai parlé plus haut, il y a un paragraphe intitulé « Une punition appropriée » :

Pour qu’une punition soit efficace et comprise (et donc acceptée), elle doit être en relation avec la cause de la punition. (…) A vous d’établir votre propre échelle de sanctions. Au coin pour un mot de travers, un tour dans la chambre s’il a désobéi, privé de télé vendredi soir s’il a cassé un objet, etc.

Je ne vous le cache pas, ce paragraphe m’a déroutée : je ne vois pas le rapport entre le fait de casser un objet et être privé de télé… Ce n’est pas ce que j’ai compris de l’éducation positive d’ailleurs qui tente de comprendre les besoins des enfants, de comprendre le pourquoi de leurs gestes et qui cherche à les accompagner dans la gestion de leurs émotions.

C’est aussi le vocabulaire qui diffère. L’auteur écrit ici « Ne cédez pas à son charme », « Ne rentrez pas dans son jeu », etc. comme si l’enfant était un manipulateur. Ce n’est pas l’image donnée dans le livre dans son ensemble mais ces quelques passages sèment le doute. De la même manière, les auteurs s’adressent aux parents à l’impératif et détaillent tous les aspects de la parentalité (de la diversification au rituel du coucher en passant par la séparation des parents), ce qui, encore une fois, ne me semble pas correspondre à l’idée de la parentalité positive où la liberté (des parents et des enfants) prime.

EST-CE VRAIMENT POSSIBLE DE L’APPLIQUER AU QUOTIDIEN ?

Non pas toujours… Les parents ne sont pas parfaits, ils ont des émotions négatives à gérer aussi. C’est ce dont parle Vaallos dans son billet « Le jour où j’ai refermé un livre de « Parentalité positive » » (à propos d’un livre d’Isabelle Filliozat) :

Je suis d’accord sur le fond : bien sûr que je préfère que mon fils casse un vase plutôt qu’il croit que je ne l’aime pas. Mais je suis humaine, je craque, je m’énerve, parfois je dis les mauvais mots, et je m’en veux bien assez comme ça en général. J’essaie d’apprendre à m’énerver autrement. Et pour m’aider, j’ai besoin qu’on me dise que oui, effectivement, ce n’est pas l’idéal, mais qu’il y a des solutions. J’ai besoin qu’on me dise à quel point ça sera super pour tout le monde si j’arrive à gérer ma colère différemment : pas qu’on me dise à quel point ça sera terrible si j’échoue.

C’est un long chemin mais un beau chemin, comme le dit Catherine Dumonteil-Kremer (citée par Bienveillante dans son billet « Une nouvelle autorité sans punition ni fessée« ) :

Etre parent peut donc devenir une passion. Accompagner un enfant est un véritable privilège, un défi captivant qui mobilise le meilleur de nous-mêmes et nous amène à récupérer de la vitalité et de la joie de vivre ? Les remises en question qui ne cessent de s’imposer nous poussent à aller toujours plus loin , à en apprendre toujours plus sur nous -mêmes.

QUELS LIVRES PEUVENT AIDER ?

 Vous l’aurez compris, je ne suis pas fan de celui dont je vous ai parlé plusieurs « L’éducation positive » du Dr Rafi Kojayan mais certains passages sont intéressants. Il propose des conseils concrets pour tout un tas de situations et quand on ne sait plus quoi faire, cela peut aider.

En voici d’autres (ceux suivis d’une astérisque sont disponibles dans notre bibli volante), classés par ordre alphabétique de titre (avec quelques liens vers des billets des VI) :

Au cœur des émotions de l’enfant* de Isabelle Filliozat (souvent commenté sur les VI, par exemple ici, ici ou encore ici) ;

Comment pensent les bébés de Alison Gopnik ;

La Discipline positive de Jane Nelsen ;

La Fessée* de Olivier Maurel ;

Les Mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs)* de Marshall Rosenberg, que DameAndineCogite présente dans son billet « La Communication Non Violente et l’enfant en moi« ;

Parents bienveillants* de Noël Janis-Norton, que Muuum a commenté dans son billet « Voir les choses du bon côté avec le compliment descriptif » ;

Parents efficaces de Thomas Gordon, commenté par Augustine dans son billet « Comment écouter les enfants trop jeunes pour s’exprimer » ;

Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent de Faber et Mazlish ;

Poser des limites à son enfant et le respecter* de Catherine Dumonteil-Kremer, résumé par Camille et Olivier ;

Pour une enfance heureuse* de Catherine Guéguen, abordé par Christine Klein dans son billet « Neurosciences et éducation avec le Dr Guéguen » ;

Serre-moi fort* de Carlos Gonzales, dont Cléophis nous a fait une chronique intéressante.

Encore bien d’autres ici. N’hésitez pas à parler de ceux qui vous ont aidé, ceux qui vous ont déplu, dans les commentaires !

 

Clem la matriochka

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9 réflexions sur “Questions autour de la « parentalité positive » et autres notions du même genre {Dossier thématique + bibli des VI}

  1. Bonjour, merci pour cet article très intéressant.
    Lors de mes cours sur la parentalité à Londres, on nous avait, à juste titre, rappelé l’origine du mot discipline qu’on retrouve dans le mot « disciple » qui sert à définir quelqu’un qui suit. Nos enfants ne font pas ce qu’on leur demande, ils font ce qu’on fait. Si on s’efforce de rester calme en cas de bêtise ou devant une crise de colère, ils apprendront à réagir avec calme mais si notre réaction est violente on leur enseigne à répondre aux évènements avec violence. Ceci n’est pas facile (les cours s’étalaient su 10 semaines avec de nombreux exercices pratiques à appliquer en famille). Je suis en train de traduire le contenu de ces cours et mes notes pour les mettre à disposition de parents sur mon blog.

  2. Bravo Clem pour cette belle synthèse.
    Autant je partage l’idée de ces nécessaires interrogations sur toutes ces choses que nous imposons à nos enfants, autant je suis méfiante à l’égard de l’usage du mot « positif » comme d’un label dont tu montres très bien le flou de ce qu’il recouvre.

  3. c’est vrai qu’il faut faire attention, tout le monde peut se l’approprier et y mettre des choses différentes. de plus le terme bienveillant est aussi troublant, les parents qui ne l’appliquent pas ne sont pas malveillant pour autant

  4. Excellent synthèse d’un domaine pourtant large!
    Perso, je renvoie le « positive » dans « parentalité positive » non pas au contraire de « négative » mais plutôt à ce qu’il y a de déjà positif chez l’enfant: la curiosité, la détermination, la soif d’apprendre et de comprendre. La parentalité positive, ce serait donc être parent (avec les difficultés propres à l’histoire personnelle de chacun) de façon à encourager le positif, l’aider à s’épanouir en quelque sorte. Dans cette optique, je ne comprends pas l’idée de donner des limites à un enfant…. Un enfant, c’est un monde en devenir, quelle contre-sens que de lui donner des limites! Il semble plus juste de donner des règles, éventuellement de les construire ensemble. Dans cette optique, punir est inefficace et contre-productif.
    Je partage sur ma page pro :-) Merci!

    • Je suis tout à fait d’accord sur la non efficacité en général des punitions et encore plus des corrections, en revanche mettre des limites à un enfant me semble tout à fait indispensable dans la mesure ou la vie en société pour les adultes est remplie de « limites » ou plutôt de règles de savoir vivre en société que l’on ne peut pas transiger sous peine de sanctions, un enfant doit comprendre qu’il y a des limites à ne pas franchir, mais il faut surtout bien faire passer le message que ces limites ne sont pas de notre fait personnel à nous parents mais plutôt d’usages, us et coutumes qui font que tels ou telles choses ne se font pas au sein de la famille en premier lieu et plus tard en société….
      Quel sujet pationnant … 😀

      • Dans la société, il y a des règles, des interdits, des droits et des devoirs. Peut-être que je semble jouer sur les mots mais je n’aime vraiment pas le mot « limite » dans ce qu’il porte de limitant justement, de restrictif. Une limite, ça a quelque chose d’imposé, d’arbitraire et chez moi, ça appelle l’envie de rébellion :-). C’est pourquoi j’évite de parler de limites aux parents et aux enfants que je reçois en consultation, je leur parle plutôt de règles et de respect mutuel pour les expliquer et éventuellement les co-construire.

  5. Pingback: La semaine 180 des VI, revue de presse, suggestions de lecture, news… | Les Vendredis Intellos

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