(En)quête de famille

Quand j’étais petite, je pensais qu’être reporter ça voulait dire se vêtir de pantalons de golf, crier « sapristi, c’est une machination! » quand on se fait voler son vélo, et parcourir le monde dans la course aux méchants tout en s’en sortant toujours indemne (notez que ce célèbre reporter belge ne rédige jamais le moindre article). Alors forcément, si on m’avait dit que je pouvais mener une vraie enquête dans ma propre famille, j’aurais probablement sauté de joie! Surtout qu’avec un joli cahier coloré, j’aurais même pu faire passer ça pour un travail d’école, assurément le meilleur moyen de faire parler des grands parents pas forcément habitués à se raconter. Il m’a fallu attendre l’âge adulte pour récolter les précieuses recettes italo-tunisiennes de ma grand mère et lui soutirer non sans émotion le récit de son premier baiser.

Alors quand l’équipe des Reporters m’a envoyé son jeu-carnet à chroniquer pour les Vendredis Intellos, j’ai dit ouiiiiiiii, évidemment. Et j’ai aussi demandé à Marie, 9 ans, de me dire ce qu’elle en pensait. La chronique d’aujourd’hui sera donc écrite à quatre mains dans l’esprit même du lien intergénérationnel!

reporters

De mon côté j’ai adoré…

  • L’idée d’abord!! Savoir d’où on vient, c’est se connaître un peu mieux, c’est se comprendre un peu mieux aussi. Dans notre société, qui a tendance à considérer les vieux comme inutiles et les jeunes comme encombrants, il est tellement enthousiasmant de montrer que les premiers sont aussi porteurs de ressources, d’histoires, de connaissances, et de rappeler que les seconds sont animés d’une énergie incroyable, indispensable à la continuité du lien intergénérationnel.
  • La méthode L’idée du reportage, qui suscite la curiosité et permet le développement dans un cadre ludique de compétences fondamentales: poser des questions, retranscrire des propos, rédiger un texte, dessiner, chercher des informations, etc… C’est l’exemple même d’un travail qui, tout en ayant un sens pour l’enfant lui permettrait d’exercer les compétences scolaires à son rythme. Le genre de truc qui remplacerait par exemple avantageusement les ennuyeux « cahiers de vacances »…
  • L’angle ludique et positif Aborder l’histoire familiale, ce n’est pas toujours évident. Le passé a son lot de drames, de secrets, d’événements douloureux plus ou moins bien digérés. Ce carnet, en présentant l’aïeux comme témoin d’une époque (plus que comme détenteur d’une histoire familiale) évite cet écueil tout en ouvrant la voix au dialogue entre les générations, ce qui reste une étape nécessaire pour entrer plus en avant dans l’histoire familiale.
  • L’autonomisation de l’enfant Le carnet est globalement rédigé pour l’enfant puisse avancer de façon autonome, d’autant plus que la personne qui fait l’objet du reportage l’accompagne aussi dans sa lecture et son appropriation.

J’ai moins aimé…

  • Les quelques stéréotypes de genre, ou relatifs aux normes familiales qui sont encore trop présents à mon goût dans ce carnet.  Je pense en particulier à l’arbre généalogique, quasiment impossible à remplir dans le cadre d’une famille recomposée et inadapté aux familles homoparentales. L’équipe des Reporters, contactée depuis, m’a assurée qu’une nouvelle édition tenant compte de ces remarques serait bientôt disponible (je n’étais pas la seule à la faire apparemment!).

    Regardez l’icone choisie pour la célébrité, les stéréotypes ont la vie dure

     

    De son côté Marie, 9 ans a testé le carnet avec la complicité de sa grand mère, et m’a fourni un petit compte rendu assez détaillé…

Dès que j’ai lu le titre du carnet “Et toi, c’était comment à ton époque” j’ai été très intriguée, j’ai eu envie de le commencer parce que je me disais que j’allais pouvoir « voir » le passé.

J’étais contente aussi parce que ça voulait dire que j’allais devoir passer du temps avec le héros de mon reportage, pour apprendre à mieux le connaître. Au début quand j’ai regardé à l’intérieur, j’ai eu peur que ce soit difficile parce qu’il y avait beaucoup de choses à faire, et certaines que je ne comprenais pas au premier coup d’oeil mais finalement c’était facile et très amusant!

Au début aussi, j’ai eu du mal à choisir mon héros. J’hésitais, je ne savais pas qui choisir de ma famille parce qu’il fallait quelqu’un que je pourrais voir suffisamment souvent pour regarder les questions avec lui. Au début, j’ai essayé de le faire par téléphone mais c’était vraiment trop compliqué.

Ma question préférée a été celle sur l’objet qui a changé la vie de mon héros, parce que c’est vraiment étonnant de voir comment un objet aussi commun pour moi a pu changer tellement de choses dans sa vie quotidienne.

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Grâce au jeu des Reporters j’ai appris beaucoup de choses. Par exemple, j’ai appris qu’autrefois, il y avait à la fin de l’année scolaire une fête pour récompenser les bons élèves et ça m’a beaucoup surprise. Je n’aurais pas aimé qu’il y ait ce genre de fête aujourd’hui, parce que je trouve ça très injuste pour ceux qui ont du mal à l’école.

prix

Le plus facile pour moi ça été de compléter l’arbre généalogique parce qu’il n’y avait qu’à écrire les prénoms des gens de ma famille. Le plus difficile a été la question sur la musique ou le plat préféré, parce que mon héros n’arrivait pas à choisir!

S’il n’y avait pas le livre des Reporters, je n’aurais jamais pensé à lui poser toutes ces questions!

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5 réflexions sur “(En)quête de famille

  1. Merci !
    C’est une excellente idée…Justement hier, ma fille me posait des questions sur ma grand mère (ce qu’elle avait vécu etc…) et je me rends compte, qu’elle avait vécu des événements marquants et que je ne l’avais pas assez interrogée là dessus, et même sur sa vie lorsqu’elle était petite. Un grand regret pour moi.
    Et puis, comme tu dis, la méthode doit développer pas mal de capacités sous la forme de jeu…donc très efficace !

  2. Je trouve que c’est une bonne idée de travailler ce carnet EN FAMILLE mais PAS à l’école et pas à un âge trop jeune . Il y a dans de nombreuses familles des secrets de famille que la famille n’est pas prête à dévoiler pour x raisons et l’enfant ne doit pas se trouver dans une situation embarrassante en face des autres élèves.

    • C’est l’avantage du carnet et la raison pour laquelle je le soulignais: il n’est qu’une invitation à comprendre l’environnement dans lequel l’aïeul vivait, non une enquête intrusive visant à lever le voile sur des secrets de famille (ce qui n’empêche néanmoins pas la conversation de s’instaurer, de tisser des liens et éventuellement de résoudre ultérieurement ce genre de problèmes…)

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