L’imagination au pouvoir {Dossier Thématique}

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Il y a peu, mon tout-petit de 4 ans m’a fait acheter Un livre. Un livre est le titre de l’album, un album très connu, mais que je ne connaissais pas, d’Hervé Tullet, un album rempli de ronds jaunes, bleus et rouges. J’étais dubitative.

Ce livre a été une belle surprise. Ce livre, mon tout-petit le pense magique. Son pouvoir imaginatif le laisse même penser qu’il pourrait être interactif comme une tablette tactile. Quand le texte lui demande de souffler fort, il me dit qu’il va souffler doucement alors il ne comprend pas pourquoi quand je tourne la page, tous les ronds se sont sauvés comme quand il souffle fort.

Une fois l’histoire finie, il m’invente des jeux avec la 3ème de couverture qui est pleine de ronds jaunes, bleus et rouges. Il a même imaginé un jeu de Petit chaperon rouge, conte étudié dans sa classe de Petite section en ce moment.

J’aime cette capacité à inventer à partir de presque rien. L’imaginaire des enfants se nourrit souvent des histoires que nous leur racontons. Pour ma toute première participation aux vendredis intellos, j’avais écrit à propos d’un livre intitulé « L’éveil par le conte » qu’on m’avait offert et je me souviens précieusement de ce paragraphe en particulier :

« Quand on parle du loup, on le fait avec malice, pour ne pas être pris au sérieux. De tout temps, en tout lieu, le conte est un récit balisé. Quand je dis « il était une fois », on est dans le conte, tout ça c’est des bêtises, des sornettes, des contes à dormir debout pour bien dormir la nuit. Quand je dis « Et Cric et crac, mon histoire est finie », on revient à la réalité. Si le moindre doute subsiste, si un enfant pose la question: « C’est vrai? », on arrête tout, et on le rassure … Surtout s’il s’agit d’un enfant plus âgé, de maternelle ou de primaire. L’enfant a la certitude que ça se termine bien. »

Dans un de ses articles, Dame Ambre nous faisait découvrir un auteur de littérature jeunesse : Mac Barnett, un auteur présenté comme un magicien et un menteur puisqu’elle disait de lui :

« (Mac Barnett) pousse à l’extrême l’art du mensonge, à le faire devenir vérité, à la dépasser complètement. A ce point, vérité et mensonge n’existe plus : ce qu’il en reste, ce sont des étoiles dans les yeux, dans le cœur, et l’envie profonde de croire en la magie, l’envie profonde de croire qu’une baleine peut nous attendre quelque part. »

Les enfants aiment croire à la magie et même quand on tente de leur dire la vérité, notre vérité, ils arrivent à inventer leur propre histoire avec un peu de réel et beaucoup de fantaisie.

Quand MarieLou rencontrait Suzy Platiel, elle réalisait que …

« Au delà de leur portée symbolique, les contes permettent à l’enfant de se concentrer pour mémoriser, de ressentir le plaisir de celui qui conte et aussi son plaisir à lui d’écouter, de se faire des images mentales, de mieux organiser sa pensée. Suzy insiste aussi sur la nécessité de ne pas travailler sur les contes, de ne pas poser de questions, faire des fiches de travail, etc (dur dur pour les enseignants ;-) ). Il faut que ça reste du plaisir gratuit, de l’amusement. »

Dans les commentaires du billet de MarieLou, l’accent était mis sur le fait qu’il est plus intéressant de conter que de lire un livre, plus intéressant d’avoir des libertés dans le texte et c’est pour cette raison que j’aime les petits albums de Layla Benabid dans la collection cartoon pour leur absence de textes. Tous les soirs, je peux mettre à contribution mon imagination et celle de mon tout-petit pour inventer une nouvelle histoire.

Personnellement, les albums jeunesses sont pour moi une véritable richesse et même si mon fils prend « Un livre » pour un album interactif, pour le moment je reste assez réfractaire aux ebooks pour enfants. Le plaisir n’est pas du tout le même, ni pour moi, ni pour mon enfant.

Je dois tout de même avouer qu’il joue à quelques jeux sur tablette tels que des puzzles, des mémories mais également les titres de la collection Pango que je trouve très bien fait. Néanmoins, il y joue très peu : moins de 30 minutes par semaine. Cela me sauve surtout pour les attentes chez le médecin.

Dans son article, mumcath s’interrogeait sur la nouvelle génération. Est-elle plus tactile ou tournée vers l’imagination ?

« Les enfants des nouvelles générations maitriseraient davantage l’écran tactile que la construction de cabanes et ne serait plus vraiment aptes à l’évader de longues minutes dans un imaginaire sans fin. »

Mes 2 plus jeunes enfants arrivent relativement facilement à s’inventer des jeux à partir de rien. Par contre, je dis souvent à mon aîné que dans la vie, il faut savoir rester sans rien faire et être patient. Il est plus jeux vidéos et tactiles que son petit frère et sa soeur et il déteste s’ennuyer … Quand cela arrive, il préfère embêter tout son entourage, chose que je ne comprends pas toujours car l’attente sans rien faire, seule avec mes pensées ne me dérange pas.

« Les parents, eux-mêmes enfants de la télé, ne réalisent pas toujours que les temps d’écran, avec l’ordinateur, les tablettes, les jeux vidéo, ne cessent de s’allonger et de brouiller la tête de leurs bambins. Ils croient si bien faire en les préservant de l’ennui… L’ennui si cher à Winnicott, qui jugeait ces temps de jachère indispensables à de solides fondations intérieures. »

Toutefois, les jeux vidéos ne sont pas totalement inutiles puisque dans son article « Shakespeare aussi a été un enfant dans une classe de littérature« , MajorMarmotte écrit que :

« les amateurs de jeux vidéo d’action avaient développé de meilleures performances attentionnelles que les non-joueurs mais évoque aussi la ludification de l’apprentissage (« gamification »). »

Dans ce billet, MajorMarmotte démontre qu’il est important d’apprendre à nos enfants d’être créatifs.

« N’élevons pas nos enfants pour le monde d’aujourd’hui. Ce monde aura changé lorsqu’ils seront grands. Aussi doit-on en priorité aider l’enfant à cultiver ses facultés de création et d’adaptation. » Maria Montessori.

L’imagination de nos tout-petits trouve en partie sa source dans les contes et les livres, comme je le disais plus haut, mais également dans leur quotidien. Cette imagination s’applique partout : dans leurs jeux, dans leurs dessins, mais également dans leurs paroles comme le démontrait Marie – Les aventures de Petite bête dans son billet « Croire son enfant« . Nous, adultes, sommes parfois tellement plongés dans notre réalité, dans notre routine quotidienne que nous ne voyons plus la magie qui nous entoure et ne prenons pas le temps de comprendre les mots de nos tout-petits qui nous apparaissent comme absurdes ou comme des mensonges. Il m’est déjà arrivé de m’emporter après quelques mots de mon fils de 4 ans, pensant qu’il mentait, puis de m’excuser car je l’avais mal compris. Je ne voyais pas les choses comme lui. Il s’exprimait avec le vocabulaire et l’imagination d’un petit de 4 ans.

« l’enfant ignore le mensonge avant l’âge de 6 à 7 ans environ ; c’est d’ailleurs ce qu’on appelait autrefois l’âge de la raison, c’est la période préopératoire de Piaget.
Jusqu’à cet âge il altère souvent mais inconsciemment la réalité ;
Sa structure psychique est différente de celle de l’adolescent et correspond à ce qu’on appelle » la pensée de type magique

Il est important de laisser libre cours à la créativité de nos enfants, dans les mots, dans leurs jeux mais également dans leur côté artiste … et je peux vous assurer que mon dernier a bien testé son talent sur notre canapé : un joli gros bonhomme au stylo bic en témoigne. L’art est effectivement un moyen d’encourager la créativité. Dans son billet « Comment accueillir l’art au quotidien« , nannymelz cite :

« Le spectre de créativité qui existe en chaque individu est libéré lorsqu’on se débarrasse de l’idée de bien ou mal faire. » Angeles Arrien

« Dans Parents d’artistes, l’auteur Jean Van’t Hul, nous rappelle que « les enfants naissent créatifs, de nature ouverte et curieuse », ils désirent explorer le monde et notre rôle en tant que parent est d’aider « à entretenir l’étincelle créative qu’ils possèdent depuis la naissance »

Quant à bienveillante, elle nous invite à faire du land art avec nos enfants pour qu’ils expriment leur créativité, c’est à dire faire des oeuvres d’art éphémères avec la nature qui nous entoure : feuilles, fleurs, fruits … comme LaJournaliste qui fait de jolis mandalas saisonniers :

« Entre leur deuzième et cinquième année , les enfants vivent dans une sorte de phase magique . Pour eux ,toutes les choses sont vivantes et animées . Lorsqu’ils construisent des nains à l’aide de matériaux naturels, ils sont convaincus que ceux-ci prennent vie, qu’ils se couchent dans les petits lits qu’ils ont construits et se blottissent sous de douces plumes d’oiseaux .Comme de nombreux peuples vivant au sein de la nature , les enfants peuvent parler aux plantes, au soleil , au vent et aux pierres . «

L’imagination est une source pleine de richesse qu’il ne faut pas laisser se tarir, même une fois adulte. Restons de grands enfants, continuons à faire du land art, à voir des crocodiles dans les nuages et à les montrer à nos enfants, à lire des albums jeunesse, à voir des visages dans les objets ou paysages du quotidien (#iseeface), à rêver quoi !

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4 réflexions sur “L’imagination au pouvoir {Dossier Thématique}

  1. merci pour cette belle synthèse ! Qu’il est important de rappeler le pouvoir illimité de l’imagination, qu’il faut encourager ! J’aime bcq ton expression : » une course pleine de richesse »

  2. J’adore ce livre d’Hervé Tullet, tout comme le livre, « couleurs » dans le même esprit pour « comprendre » les mélanges des couleurs….

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