Etre et DevenirIl y a presque un an, j’ai vu le film de Clara Bellar « Être et Devenir » sur ceux qui ont fait le choix de ne pas scolariser leurs enfants, lors d’une projection presse organisée par Pourquoi Pas Productions, à laquelle les Vendredis Intellos étaient conviés.

Oui, vous avez bien lu, c’était il y a un presque un an. J’ai envie d’écrire un billet depuis tout ce temps et je viens seulement de comprendre pourquoi je n’ai pas réussi avant : ce film m’a bouleversée, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, les témoignages, les images de ces parents et enfants aussi heureux m’ont beaucoup émue. Je me suis également rendue compte – et ce n’est pas facile à admettre – que je manquais d’esprit critique : je n’ai jamais remis en question l’école en France (ou alors dans les détails), ce film m’a rappelé qu’il n’y a pas UNE façon d’apprendre. Enfin, en voyant les enfants du film, je me suis dit : « Mais qu’est-ce que je fais à mes enfants !?! ». J’ai été ébranlée dans mes convictions parce que j’ai beaucoup aimé cette façon d’instruire les enfants (de les laisser s’instruire plutôt) mais je n’en ai pas le courage.

Bref, laissons là mes états-d’âme, venons-en au film !

Le documentaire vise donc à faire découvrir au plus grand nombre l’apprentissage autonome. Ce n’est pas la même chose que l’école à la maison, il s’agit là d’une instruction complètement libre et qui diffère d’un enfant à l’autre, d’un parent à l’autre. Voici le synopsis (voir le site du film) :

Etre et devenir propose, pour la première fois sur grand écran, des récits d’expériences et des rencontres qui explorent le choix de ne pas scolariser ses enfants, de leur faire confiance et de les laisser apprendre librement ce qui les passionne. Le chemin de découverte de la réalisatrice nous emmène à travers quatre pays, les Etats-Unis, l’Allemagne (où il est illégal de ne pas aller l’école), la France et l’Angleterre. Ce film est une quête de vérité sur le désir inné d’apprendre.

J’ai appris énormément de choses avec ce documentaire. Même s’il est impossible de faire le tour de la question, de nombreuses questions sont abordées : comment se passent les journées de ces enfants ? Peuvent-ils réussir dans la vie sans aller à l’école ? Ne sont-ils pas isolés du reste du monde ? Est-ce une mode ? Etc, etc. C’est assez complet. La réalisatrice démonte ainsi de nombreuses idées reçues sur ce type d’apprentissage : oui, les enfants peuvent finir par faire des études supérieures, comme ceux qui sont à l’école petits. Non, les parents ne sont pas tous des hippies. Oui, les enfants sont sociables (ils passent leur temps avec d’autres enfants, d’autres adultes autant que les enfants scolarisés).

Je laisse la parole à la réalisatrice, Clara Bellar (interview

Le bagage le plus solide, c’est la confiance en soi et savoir apprendre par soi-même : quoi que l’on veuille apprendre, on sait qu’on en est capable (…). Le modèle de travail de la révolution est désuet, et le modèle éducationnel industriel cédera inévitablement sa place lui aussi. C’est donc un modèle de pensée plus réaliste qu’utopique que de reconnaître que les faits et capacités enseignés aujourd’hui pourraient ne pas être pertinents dans le futur, et que les métiers du futur n’existent pas encore aujourd’hui. Les capacités dont on aura besoin incluent des qualités auxquelles on ne pense pas forcément, surtout dans le contexte du monde du travail, comme : l’adaptabilité, la capacité à faire des recherches, l’esprit de coopération, l’innovation, la créativité, la curiosité, la persévérance, l’autonomie, la motivation intrinsèque, la capacité à la prise de décisions, la prise de risques et la volonté de faire par soi-même. L’apprentissage autogéré est une excellente manière de les développer à tout âge.

Un beau programme en effet !

J’aimerais beaucoup que ce film soit plus connu pour qu’on cesse de prendre notre école comme LE modèle à suivre. Peut-être pourrait-il amorcer une réflexion sur notre façon d’instruire les enfants aujourd’hui.

Je n’ai certes pas le courage de déscolariser mes enfants, bien que je sois convaincue du bien-fondé de ce type d’apprentissage, pourtant je suis certaine que notre école n’est pas la meilleure pour nos enfants, qu’il y aurait beaucoup de choses à changer.

Clem la matriochka