La circoncision (2/2) : les restants de l’obsession hygiéniste et les indications médicales

Nous avons vu que la circoncision s’est répandue, à des degrés inégaux selon les pays, dans le monde « occidental », notamment aux fins de lutter contre la masturbation, condamnée pour des raisons de morale chrétienne et de charlatanisme médical. Voyons maintenant deux autres raisons de circoncire les enfants : la propreté et le phimosis.

L’obsession « hygiéniste »

Le succès dans certains pays de la recommandation de la circoncision à titre « hygiénique » et de prévention de la masturbation s’explique sans doute par le climat moral de l’époque : puritanisme, désapprobation du plaisir sexuel non reproductif ; hygiénisme, culte d’une forme de « propreté » artificielle obtenue par les détergents, haine des sécrétions et odeurs.

Sur ce dernier point, notons qu’assez récemment l’usage de la douche vaginale était répandu aux États-Unis, et qu’en France il était courant il y a 20 ou 30 ans pour les mères de famille d’imposer à leur progéniture mâle ou femelle une toilette intime à l’eau et au savon tous les soirs ; alors que dans les deux cas ces mesures de « propreté » répétées tendent en fait à susciter des irritations ou infections des muqueuses plutôt que de les prévenir. (On remarquera que de nos jours on propose des produits spéciaux non savonneux et non irritants pour la toilette intime des femmes ; je ne sais si c’est un progrès.)

L’obsession médicale pour la circoncision a abouti à ce qu’aux États-Unis, la quasi-totalité des nouveaux-nés masculins nés entre 1940 et 2000 étaient circoncis dans les jours suivant la naissance. C’était devenu une habitude, la procédure par défaut dans les maternités — à telle enseigne que certains rapportent qu’ils ont été circoncis contre l’avis d’un de leurs parents ou du moins sans leur consentement. On a inventé divers procédés afin de simplifier l’opération, dont l’un consiste à inciser le prépuce et à le pincer dans un anneau jusqu’à ce qu’il se nécrose. On a longtemps pratiqué sans anesthésie, le nouveau-né n’étant pas censé sentir la douleur comme nous ou s’en rappeler plus tard…

L’américain·e moyen·ne né·e après la Seconde guerre mondiale n’a souvent jamais vu que des pénis circoncis, y compris dans la pornographie, et les considère donc comme la normalité. Comme d’ailleurs pour les circoncisions religieuses, il peut y avoir des pressions de la famille pour que le nouveau né soit circoncis « comme les autres ».

Plus curieusement encore, suite à la présence de troupes américaines en Corée, la coutume de circoncire les enfants s’est répandue dans ce pays ; une différence est que l’opération n’est pas faite à la naissance. La circoncision à la naissance semble une pratique presque uniquement américaine.

Le phimosis et le décalottage

En France, même s’il y a certainement des circoncisions pour motifs de lubies d’hygiène des parents, il s’agit surtout de motifs religieux (juifs et musulmans) et du traitement du fameux phimosis. Expliquons ce dont il s’agit.

Le prépuce des bébés tend à recouvrir le gland d’une façon qui ne le laisse pas apparaître, même en le tirant en arrière — ce que l’on appelle décalottage. On a au XXe siècle souvent incité les parents à décalotter leurs petits garçons, sous l’influence d’idées hygiénistes (là encore, propreté, laver ces parties sales de l’individu…) ; ce genre d’idées se transmet dans les familles et il n’est pas rare que les grand-mères interviennent dans ce sens. Lorsque le décalottage n’est pas possible car le prépuce résiste, après un certain âge (par exemple 6 ans), on parle de phimosis. Le corps médical pratiquait ou incitait les mères à pratiquer un décalottage forcé. Cette opération est très douloureuse ; ma mère mentionne encore mes hurlements lorsqu’elle l’a pratiquée sur avis de notre médecin (il semble que de nos jours des crèmes à la cortisone la rendent plus facile ; il ne me semble pas qu’on en ait utilisé sur moi).

De nos jours, de nombreux médecins déconseillent le décalottage forcé car souvent, au lieu de faire résorber le phimosis, il peut le faire empirer : les traumatismes répétés produisent des micro-cicatrices avec durcissement du prépuce rétif. Il semble que c’est ce qui s’est passé dans mon cas. Par ailleurs, un prépuce décalotté de force peut se coincer derrière le gland, une situation très douloureuse nommée paraphimosis, qui est une urgence à faire traiter par des professionnels et peut nécessiter une circoncision en urgence.

En cas d’insuccès du décalottage forcé, on conseillait une circoncision non rituelle, appelée pour cela posthectomie. Ma mère m’a longtemps soutenu qu’on m’en avait moins enlevé que lors d’une circoncision rituelle, mais je ne vois pas de différence entre mon pénis et les pénis circoncis d’américains, juifs ou musulmans que l’on peut trouver en ligne. L’opération, pratiquée sous anesthésie, n’est pas douloureuse, mais je me rappelle encore de ma surprise lorsque, une fois le pansement ôté, j’ai découvert mon gland définitivement dénudé. Il ne me semble pas que l’on m’avait expliqué ce qu’il en adviendrait.

De nos jours, de nombreux médecins recommandent de laisser faire la nature, les érections naturelles et la masturbation du jeune patient, qui, ressentant ce qui se passe dans son prépuce, est plus à même de l’étirer progressivement sans douleur excessive et sans micro-cicatrices. Il sera toujours temps de se préoccuper de cela après la puberté, si la situation ne s’est pas réglée d’ici là.

Ma mère, cependant, s’était convaincue qu’en l’absence de la possibilité de laver le gland il y avait un risque d’infection locale qui pourrait s’étendre… difficile de démêler là dedans ses idées personnelles, celles de notre médecin traitante, et les recommandations médicales communes de l’époque en France. Là encore on peut penser qu’il s’agit au moins pour partie de la vision « hygiéniste » qui voit dans dans les organes génitaux la saleté qu’il faut récurer : ma mère, durant mon enfance après l’opération, insistait pour que je lave au savon tous les soirs le pénis en rétractant le peu qui restait à rétracter.

J’ai parcouru quelques formulaires de « consentement éclairé » à destination des parents. On y parle largement des pansements et précautions à court terme (ne pas prendre de bain pendant la cicatrisation), mais jamais des conséquences à long terme sur la santé sexuelle, si ce n’est parfois brièvement, par exemple

« En aucun cas, les érections, l’éjaculation ou l’orgasme ne seront modifiés si ce n’est dans le sens d’une amélioration (cas des glands totalement couverts chez l’adulte) ».

Si en effet un phimosis persistant est une gêne pour l’adulte (on dit que Louis XVI était hors d’état de faire un enfant à son épouse en raison d’un phimosis), pareille phrase est trompeuse : s’il est en effet possible d’avoir un orgasme et d’éjaculer avec un pénis circoncis, cette phrase n’exclut nullement que les sensations sexuelles aient été atténuées et la masturbation gênée.

On peut faire un parallèle avec l’obstétrique : longtemps on n’a eu tendance à considérer que les conséquences sur la capacité reproductive de la femme, comme si la seule fonction des organes génitaux était la reproduction, en occultant le plaisir. Le même raisonnement semble s’appliquer ici : ce qui compte est la capacité à éjaculer ; de même que dans d’autres contextes d’urologie, c’est le risque de stérilité qui est mis en avant.

J’ai vu mentionner comme opérations alternatives à la circoncision complète la « plastie du prépuce », ou des opérations consistant en une incision libérant le prépuce sans l’ôter (mais donnant peut-être un résultat à l’esthétique inhabituelle pour un européen). J’ignore de quoi il s’agit ; ma mère m’affirme qu’on ne lui a pas parlé de telles alternatives.

Mon opinion personnelle est que si l’on a un jeune garçon atteint de phimosis, il est urgent d’attendre, sauf cas justifiant une action rapide (paraphimosis, infections répétées). La circoncision est censée prévenir des infections locales éventuelles et non certaines, assez bénignes et traitables ; il est d’ailleurs toujours possible de circoncire au moment de l’infection. Il me semble abusif de pratiquer l’ablation d’un organe sensible pour une simple éventualité de ce genre, sachant que le problème pourra se résorber avec l’évolution pubertaire, les érections spontanées ou provoquées…

Il ne faut pas non plus se laisser entraîner dans les obsessions hygiénistes de vouloir tout nettoyer : après tout, passe-t-on le vagin des petites filles à l’écouvillon et au savon ? Et pourtant elles n’en tombent pas malade pour autant. Culturellement, tout se passe comme si concernant les garçons il fallait absolument manipuler et agir, tandis que chez les filles on faisait comme s’il n’y avait rien entre les jambes.

On m’a également cité un raisonnement inverse : un père de famille refusait que son fils, souffrant de douloureuses infections répétées en raison d’un phimosis, soit circoncis, au motif qu’il n’avait pas envie qu’il ressemble à un sémite. À mon sentiment, les infections répétées sont pourtant l’unique raison justifiant cette opération avant la puberté. Là encore, très mauvais mélange d’idées personnelles et d’options médicales.

Les autres raisons parentales pour faire circoncire les enfants

Depuis une dizaine d’années un nouvel argument mis en avant en faveur de la circoncision est que celle-ci protège partiellement de certaines infections sexuellement transmissibles, comme le SIDA ou l’infection au papillomavirus, responsable chez les partenaires féminins de la majorité cancers du col de l’utérus. Il me semble que c’est pour les parents une ingérence incroyable dans la future vie sexuelle de leurs enfants que de les faire circoncire au motif que, des années plus tard, ils pourraient choisir d’avoir des relations non protégées avec des partenaires multiples. Cela peut se défendre dans des pays d’Afrique subsaharienne où une bonne partie de la population porte le virus du SIDA et où le port du préservatif n’est pas dans les mœurs, mais pas chez nous. Pourquoi troubler la vie sexuelle d’un homme monogame ? Là encore, il est urgent d’attendre : ceux qui voudraient se faire circoncire adultes le peuvent.

Une recherche rapide sur des forums parentaux montre que des parents, souvent des femmes, justifient la circoncision de leur enfant par l’esthétique : ils trouvent cela plus beau. Là encore, force est de constater que l’esthétisme des organes génitaux d’un être humain ne concerne que lui et, secondairement, ses partenaires sexuels (vu que nous sommes dans une société où on ne les montre guère en dehors de l’union sexuelle). Il y a quelque chose de malsain à ce qu’une mère de famille se mette en quelque sorte dans la position de la future amante de son fils.

Évoquons enfin les circoncisions pour motif religieux. Il m’est malaisé d’évoquer ce sujet en tant qu’agnostique non issu d’une famille musulmane ou juive. Des amis nés dans des familles musulmane et juive se sont plaints d’avoir été circoncis sans leur consentement ; c’est d’autant plus gênant s’agissant d’une personne devenue agnostique et porte donc une marque d’appartenance à une religion à laquelle il ne croit pas. Là encore, il me semble urgent d’attendre : il sera toujours temps au garçon, devenu adulte, de décider de marquer dans son corps son appartenance à telle ou telle religion.

Là encore, les formulaires de consentement éclairé font preuve d’un certain flou : par exemple on trouve cette mystérieuse phrase

« Les autres indications [de la circoncision d’un enfant] sont l’infection ou des raisons religieuses, voire éthiques. »

Quelles peuvent bien être les raisons éthiques non religieuses de la circoncision d’un enfant ? On espère qu’il ne s’agisse pas de celles citées jusque dans les années 1920 voire au-delà (gêner la masturbation). Plus probablement, il s’agit d’un terme maladroit pour parler des opinions voire lubies personnelles des parents (propreté, esthétique).

Rappelons que la circoncision n’est pas une opération sans risque. On s’est récemment félicité de la greffe de pénis sur un sud-africain de 21 ans, dont le pénis avait été amputé suite à une circoncision ratée (j’ignore s’il s’agissait d’une circoncision réalisée en hôpital ou artisanalement). On connaît également le cas de David Reimer, dont le pénis avait été irrémédiablement endommagé à l’âge de 8 mois par une circoncision ratée pour un phimosis, et dont les parents ont alors choisi de lui faire subir (sans son consentement, vu qu’il s’agissait d’un nourrisson) une chirurgie de réattribution sexuelle comme femme. Il s’agit là bien évidemment de deux cas extrêmes où devait jouer l’incompétence grossière du chirurgien, mais ils nous rappellent qu’une chirurgie même réputée bénigne et simple peut présenter des risques.

Conclusion

Enfant puis adolescent, ma circoncision, et d’autres actes médicaux invasifs de l’enfance, m’avaient laissé un certain goût amer ; mais je prenais l’ablation de mon prépuce pour une obligation médicale. Avec les rapports amoureux et sexuels, j’ai cependant pris conscience de certaines gênes et d’une certaine insensibilité qui, certes, ne me privent pas de sexualité et d’orgasmes, mais qui m’ont gâché certains actes.

Adulte, c’est par hasard que, aux États-Unis, je suis tombé sur un article dans une revue pour parents au sujet du choix cornélien de la circoncision à la naissance. Je suis tombé des nues, je ne savais pas que l’on circoncisait par simple coutume hygiénique, sans raison médicale ou religieuse. Je me suis documenté, ébahi, sur le charlatanisme médical qui a amené à la généralisation de cette coutume dans ce pays. Je me suis alors posé des questions sur mon propre statut. Plus récemment, en lisant des articles de médecins tels qu’Aldo Naouri ou Martin Winckler, je me suis rendu compte que ce que ma mère m’avait présenté comme une obligation médicale relève souvent en fait d’une certaine superstition, d’une obsession mal placée du nettoyage, d’un interventionnisme excessif.

Je conseille donc aux parents qui envisagent pareille opération, que ce soit pour un motif « hygiénique », médical ou religieux, de bien réfléchir au fait qu’elle est définitive et non sans conséquences, quoi qu’on leur ait expliqué, et de bien examiner les alternatives possibles, qu’on ne leur a peut-être pas présentées.

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28 réflexions sur “La circoncision (2/2) : les restants de l’obsession hygiéniste et les indications médicales

  1. C’est drôle parce que jeudi soir j’ai participé à mon premier diner de mamans version US où je vis depuis 6 mois) et elles ont parlé de … circoncision! Alors j’ai été amusé vendredi matin de voir ton article entre mon café et mon aspirine. Oui les mamans US ont le vin facile et elles ont surtout une telle envie de bien faire avec leur enfant ! Elles sont conscientes de cet abus « hygiénique » qui sévit ici mais elles ont toutes remis cette pratique systématique en question en parlant de souffrance de l’enfant! Le monde change … doucement mais sûrement !

    • Oui, aux États-Unis la pratique de la circoncision quasi-systématique des nouveaux-nés est remise en cause depuis une vingtaine d’années. Elle est cependant encore très répandue, et il me semble systématiquement remboursée par les assurances. Une évolution est que le collège des pédiatres ne la conseille plus systématiquement, bien qu’elle indique que les « bénéfices » dépassent les risques.

      Je félicite les mamans de votre groupe de s’interroger sur la souffrance de l’enfant, mais je pense qu’il faudrait aussi regarder les aspects à plus long terme. Sont-elles déjà conscientes que cette coutume est très spécifique aux États-Unis et que les autres pays développés ne sont pas spécialement plus malades, bien au contraire ?

      Les bénéfices indiqués sont la prévention du cancer du pénis (une maladie très rare), d’infections urinaires et de la transmission de MST (HIV, HPV, syphilis, herpès…). Ceci semble confirmé par des statistiques et on peut envisager un mécanisme : avec l’épaississement du gland et plus de zone humide et resserrée pour contenir bactéries et virus, il doit y avoir moins de possibilités de transmission.

      Il me semble toutefois que cette diminution de la transmission est largement insuffisante pour compenser les comportements à risque. L’épidémie de SIDA a fait rage dans la communauté gay de San Francisco à une époque où la quasi totalité des hommes étaient circoncis…

      L’argument des pédiatres est que la circoncision protège l’homme (et ses partenaires) de maladies alors qu’elle ne décroît pas sa sensibilité et n’affecte pas son activité sexuelle. Comme vous l’avez compris, je suis réservé sur ce dernier point: 1) parce qu’historiquement les médecins disaient exactement le contraire (on circoncisait pour diminuer l’activité sexuelle et notamment masturbatoire) 2) parce qu’il y a des études en sens contraire 3) parce que, dans mon cas personnel, je suis facilement irrité ou blessé dans la zone qui normalement devrait être couverte par le prépuce 4) parce que j’ai l’impression d’être devenu assez insensible avec le temps (alors qu’à la puberté le contact avec mon gland était insupportable).

      Je précise, puisque vous parlez d’une réunion de mères, que ce sujet est un point de contentieux entre moi et ma mère, celle-ci persistant à affirmer que cette opération n’a certainement rien changé à ma sexualité.

      L’argument de l’hygiène est ridicule (j’exclus ici les cas pathologiques tels que le phimosis). Toutes les maisons américaines ou presque ont une salle de bain. Je ne vois pas en quoi il est difficile de se rétracter le prépuce pour se laver… (Comparer : personne ne suggère en Europe ou aux États-Unis de couper des replis de la vulve des petites filles sous prétexte que cela favoriserait l’hygiène au cas où elles ne se laveraient pas…)

      D’un certain point de vue, je comprends la circoncision à la naissance. Si l’on considère qu’il est très souhaitable que l’enfant soit circoncis (évite le phimosis, protège des IST) et que l’on croit que cela n’a aucun inconvénient, alors autant le faire à un âge où l’opération est plus simple et où l’enfant n’en aura même pas conscience. Ce sera moins gênant pour lui que de le faire plus tard.

      En même temps, y a une vraie question éthique à l’ingérence « préventive » des parents dans la future vie sexuelle de leurs enfants. Par exemple, j’ai eu plusieurs amies qui, en raison d’hymen résistants, ont eu des rapports difficiles ou douloureux et l’une d’elles au moins a eu à se faire opérer à l’âge adulte ; sans parler de la forme extrême, l’hymen imperforé, qui n’est détecté qu’aux premières règles d’où douleurs, examen et intervention chirurgicale. Si on suit les idées qui font promouvoir la circoncision (préparer une vie sexuelle adulte saine), on pourrait envisager de faire contrôler et ouvrir les hymen des petites filles. Or personne ne suggère cela. Ceci montre bien qu’il ne s’agit pas d’un problème purement médical mais que des éléments de tradition jouent.

      • Remarque extrêmement judicieuse. Le décalottage est utile que pour le coit. Personne ne viendrait à l’idée de préparer une fille au coit avant l’heure en vérifiant sa pénétrabilité.
        Et quant à l’hygiène, il faut savoir que les infections urinaires son 4 fois plus fréquentes chez les filles et soignées par antibiotiques.
        Le corps des filles est sanctifié, et c’est bien ainsi.

  2. Bravo pour ces deux articles très complets, et pour ce sujet délicat à aborder mais tellement essentiel… Cette pratique m’a souvent interrogée, avoir toutes ces informations en main avant de faire pratiquer cette opération, et surtout le ressenti d’un homme qui peut parler des conséquences concrètes, c’est vraiment précieux !

  3. Un grand merci pour cet article très documenté, et qui tombe bien car justement, mon père me conseillait récemment de décalotter régulièrement mon petit garçon pour éviter un décallotage forcé lorsqu’il serait plus grand, opération qu’il a lui-même subi enfant et dont il garde un souvenir très douloureux…

    Je suis donc aujourd’hui rassurée, et confortée dans mon idée que globalement, la nature s’est arrangée pour qu’il n’y ait pas besoin d’interventions extérieures, hormis cas particulier, pour que tout se passe bien ! Comment imaginer sinon que les animaux s’en sortent sans toutes ces opérations étranges que l’on impose de manière routinière à nos bébés (toilette complète quotidienne, y compris nettoyage des oreilles, des yeux, du nez à la pipette de sérum phy, etc…) ?

    Je partage tout à fait votre avis sur le fait que toute intervention qui touche au corps d’une personne devrait être laissée à son libre choix (hormis en cas de nécessité médicale bien sûr). Dans un registre moins « grave », je suis aussi un peu interloquée par les bébés filles dont on fait percer les oreilles à quelques mois ou années de vie. Cela ne peut-il attendre quelques années que les enfants choisissent eux-mêmes ?

    • Je suis bien d’accord avec vous. Les hommes ont vécu pendant des millénaires dans des conditions d’hygiène souvent déplorable, sans que la circoncision ne soit répandue hors de certaines cultures, et il ne me semble pas qu’ils souffraient constamment d’infections urinaires, alors qu’il n’y a pas de raison qu’il y ait eu moins de phimosis infantiles que de nos jours.

      Il en est sans doute de même de nombreuses recommandations « hygiénistes ». Ma mère était fanatique de la « désinfection » (pour l’anecdote comique, elle mettait les slips à la lessive à 90⁰C pour cette raison, quitte à cuire les élastiques). Il y avait une époque où l’on recommandait de stériliser les biberons systématiquement — or à partir du moment où un bébé sait marcher à quatre pattes il porte tout à la bouche. Nous n’avons appliqué aucune de ces recommandations de stérilisation ou désinfection systématiques et notre enfant n’a pas spécialement souffert d’infections gastriques.

      En ce qui concerne le décalottage, peut-être est-il pertinent de, plutôt que de le faire vous-même, d’encourager votre garçon à le faire, si toutefois il est en âge de comprendre. Il est toujours plus aisé de faire sur soi une manœuvre potentiellement douloureuse que de se la faire imposer, on sent l’éventuelle douleur. Évidemment, cela pose le problème du tabou de tout ce qui pourrait apparaître comme de la masturbation (un autre souvenir d’enfance désagréable est quand ma mère m’est tombé dessus en pleine action, j’ai eu droit à une sorte d’interrogatoire, elle était visiblement choquée).

  4. Encore une fois merci pour cette contribution très complète!! Compte tenu des récents progrès de la médecine je me demande si la chirurgie reconstructrice ne pourrait pas prendre en charge le cas des hommes circoncis qui en souffrent? En sais-tu quelque chose?

    • Aucune idée. J’ai vu des mentions de reconstitution du prépuce par des tractions etc. mais je ne vois pas comment cela restaurerait les terminaisons nerveuses coupées. J’ignore également si le gland kératinisé redeviendrait normal.

      Par ailleurs, je ne souffre pas au delà des quelques inconforts mentionnés et d’une certaine… humiliation, en quelque sorte, et pour parler franchement je n’ai pas envie de subir encore une intervention sur cette part de mon anatomie. ;-) « If it ain’t broken, don’t fix it. »

      J’ai également peur que les urologues m’expliqueraient que je n’ai aucun problème et qu’il est bien connu que la circoncision ne modifie rien. C’est tout le problème de la légitimité d’une plainte sur un ressenti forcément assez subjectif (quoiqu’il y ait l’étude citée montrant que le pénis circoncis a un « toucher » moins sensible), sans parler du fait que cela remet en cause une habitude professionnelle (conseiller la circoncision aux parents d’enfants atteints de phimosis, et la pratiquer sur demande religieuse ou hygiénique des parents).

      • Je ne parlais pas forcément que dans ton cas. On peut (ou non) souhaiter une intervention d’ordre esthétique même si « ça ne change rien » (je ne pense pas que le fait de se faire recoller les oreilles aide à mieux entendre :-) ). Par ailleurs il est tout de même possible que la kératinisation soit réversible non? Un peu comme la corne sur les doigts des violonistes?

      • La dé-kératinisation du gland est possible, du moment que l’homme réussit par traction du prépuce restant et par multiplication des cellules, de le couvrir au quotidien.
        Il change alors d’aspect. La couleur grise redevient plus violacée, puisque la peau redevient plus fine. La sensibilité augmente de nouveau. Pour certains c’est une renaissance sexuelle, pour d’autres simplement une réappropriation de leur corps.

  5. En effet c’est un bon article! Dans beaucoup de culture on parle d’hygiène alors que ce sont des légendes urbaines et le pire dans tous ça c’est quand ce sont les filles qui parlent de cela. Leur sexe sécrète en permanence et pourtant on ne leur dit pas de se faire exciser. L’hygiène c’est le principe de se laver uniquement.

    Concernant les MST on voit très bien aussi que ça ne tient que peu la route vu le taux de Sida aux USA par rapport à un pays comme la Norvège on voit bien que dans la circoncision au delà de tous ces mythes il y a un contexte social les hommes circoncis se sentent souvent supérieur et ont une attitude méprisante assez drôle d’ailleurs. Sinon lisez Samy Aldeeb qui lui est un expert à ce sujet et a beaucoup travaillé sur le sujet de la circoncision.

    • J’ai été un peu agacé par la lecture de messages de mères (je n’ai pas gardé les liens) qui disaient vouloir faire circoncire leur fils car « c’est plus propre », comme si leur fils n’allait pas se laver. Je me demande si cela ne correspond pas à un cliché sexiste (la fille est ordonnée et prend soin du ménage, l’homme est un porc qui, si on le laissait faire, ne prendrait jamais de douche).

  6. Sujet fort sensible et bien traité.

    Sur la prévention SIDA, il me semble (vu les dates des publis citées dans l’article ci-dessous) qu’il y a encore un débat en sciences sur le caractère éthique ou non d’encourager la circoncision pour lutter contre les maladies transmissibles sexuellement, voire même sur la réalité de cette protection.
    Article:
    http://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/17441692.2013.817599

    Extraits:
    « In the two meta-analysis articles we identified, there is an explicit controversy on the matter. Weiss, Quigley, and Hayes (2000, p. 2367) defend the idea that their study ‘provides compelling evidence that MC is associated with a reduced risk of HIV infection in sub-Saharan Africa’, although they acknowledge that the cited factors are the main limitation of observational studies and, therefore, of their own work; while Van Howe (1999a, p. 13) asserts that ‘[t]he quantification of a potential benefit, if any, that could be expected from MC as protection from HIV transmission is highly problematic. Inconsistent study results coupled with the results of the meta-analysis emphasise this’. Opting to limit themselves to a systematic review to evaluate the quality of studies, since a meta-analysis would run the risk of relying upon studies with a high probability of biases and substantial heterogeneity, Siegfried et al. (2005, p. 172) arrived at the conclusion that ‘the current quality of evidence is insufficient to consider implementation of circumcision as a public health intervention’. »

    […]
    The research on the relationship between circumcision and sexually transmitted infections (STI) dates back to the nineteenth century (Van Howe, 1999b). Fink’s (1986) article is the first to connect MC and low HIV transmission risk, hypothesising that the intact foreskin contributes to the possibility of contamination by HIV due to a large contact surface vulnerable to small abrasions.

    […]
    On the other hand, the legitimacy of these studies did not go unquestioned; known examples of this criticism are articles signed by Van Howe, Cold, and Storms (2000) and Cruz (2000), among others, published in the letters to the editor section of the BMJ. Despite their differences, both draw attention to the ‘non-scientific character’ and disregard of ethical and juridical principles of the referred studies.

    (…) would a man who will not use condoms to protect himself and his partner(s) from HIV and who does not practice safer sex in some other way agree to be circumcised? If so, why? Does he really understand the nature of the partial protection circumcision will give him and the lack of protection it will give his partner(s), whether they be female or male? What about men who do use condoms? And what will happen when at least some of the men who seek circumcision are already found to be HIV-positive, a likely event in the high HIV prevalence settings where male circumcision is intended to be promoted? [First issue]
    if many women are still unable to negotiate condom use or other forms of safer sex with their male sexual partners, how can male circumcision programmes help them? [Second issue]
    to what extent is penile hygiene a factor in HIV and STI transmission risk? What about teaching penile hygiene as a population-level intervention? [Third issue]. (p. 46 and 47)

    […]
    Green et al. (2010) are categorical as to the ‘insufficient evidence and neglected external validity’ of the studies that defend the causal relationship between MC and HIV prevention. More precisely, the authors point out five dimensions of external validity – in the sense of those aspects that extrapolate the merely biological explanation – that have not as of yet been properly considered. They are (1) the distinction between the efficacy of randomised clinical trials and real-world effectiveness (not to mention the impossibility of a longer, broader follow-up of the trials’ participants); (2) the increased risk of contamination for women and gay men (see Turner et al., 2007 at stake would be questions concerning human behaviour, women’s indirect role and the tendency to attribute undue power to a fixed technique, among others; (3) substantial complications of MC (unacceptable levels of adverse effects; see Okeke, Asinobi, & Ikuerowo, 2006); (4) cost-benefit considerations (use of condoms or anti-retroviral treatment [ART] being more cost-effective; see McAllister, Travis, Bollinger, Ruttser, & Sundar, 2008); (5) unresolved ethical questions (including some researchers’ likely cultural bias, since this would be a billion dollar business involving an ingrained part of the North American medical tradition).

    • Je pense qu’il faut bien distinguer le cas des pays d’Afrique sub-saharienne où
      – une part importante de la population porte le VIH
      – la prévalence du SIDA est si élevée qu’elle pose un problème majeur de société
      – le préservatif n’est pas dans les mœurs (ou les préservatifs sont difficiles à trouver)
      – il y a une importante contamination hétérosexuelle
      – l’hygiène est parfois difficile
      et le cas des pays tels que la France, où le VIH se trouve surtout chez les hommes homosexuels et les usagers de drogues intraveineuses.

      Ce qui peut être éthique dans un cas ne l’est pas forcément dans l’autre, tout simplement car on pèse des rapports coûts/bénéfices différents.

      Pour ne prendre que mon cas personnel, j’ai utilisé des préservatifs jusqu’à être en couple monogame stable. J’aurais donc peu apprécié que mes parents m’aient fait circoncire pour diminuer les risques pour le cas où je n’aurais pas appliqué ces recommandations bien connues (encore moins que ma circoncision « préventive »), surtout que de toute façon on parle de diminution de risques mais pas au point que les conduites à risques cessent de l’être (encore une fois, il suffit de considérer l’épidémie de SIDA chez les gays américains).

      Enfin, comme le rapporte cet article, le développement de la circoncision en Afrique pour lutter contre le SIDA peut faire les affaires d’entreprises proposant des dispositifs permettant une opération moins délicate que celles pratiquées habituellement sur les enfants et adultes. J’ai vu par exemple un produit d’une société israélienne qui, si j’ai bien compris, transpose aux adultes les méthodes utilisées sur les nouveaux-nés aux États-Unis (une incision puis pincement du prépuce jusqu’à nécrose). Il ne faut donc pas exclure que cette agitation autour de la circoncision prophylactique ne soit pas en partie due à des intérêts commerciaux.

    • Attention avec les résultats de l’étude Auvert et al. qui concluent à une amélioration du taux d’infection au HIV de 60%.
      Les chiffres absolus des nouvelles infections donnent un taux d’infection de
      – sur 1.582 intacts 49 nouvelles infections (=3,09%)
      – sur 1.546 circoncis 20 nouvelles infections (=1,29%)
      Et maintenant, tenez-vous bien. Lorsque l’on met en relation 1,29% divisé par 3,09% on obtient 0,6 soit 60%. Voilà comment on ment avec des statistiques !
      Alors que pour être dans la vérité, il faudrait prendre l’amélioraiton de 29 infections (en moins) et mettre cela en relation avec les 1500, et là on obtient …. moins de 2%.

      De plus, les hommes à circoncire furent avertis de la période d’abstinence de quelques semaines et encouragés, à cause de la fragilité des tissus cicatrisés) d’utiliser des capotes.
      Prenons simplement 4 semaines sur la durée de 21 mois et on est à 5% de temps d’étude pendant lequel les circoncis n’ont (on peut l’espérer) été abstinents.

      Ensuite, cette étude a été réalisée dans un milieu à très forte prévalence HIV (Orange County).

      Et… les travaux critiques de Michel Garenne, par exemple, on été systématiquement ignorés et dévalorisés, à savoir rien que le manque de considération apporté à d’autres facteurs (promiscuité, homosexualité assez répandue, etc.)

  7. Je remercie les commentateurs qui ont complimenté ces deux articles. J’ai beaucoup hésité à les écrire, s’agissant d’un problème intime et familialement contentieux. Pour tout dire, toute mention de circoncision ou de mutilations sexuelles est un peu un « trigger » pour moi, d’où d’ailleurs mon inconfort quand je tombe sur des messages très désinvoltes sur ces sujets.

    J’ai également beaucoup hésité à parler explicitement d’actes et de plaisir sexuel… mais comment discuter de ces organes sans dire à quoi cela sert au quotidien ? J’avais peur de réactions négatives. ;-)

    • Je me joins aux autres pour les compliments. Deux articles très intéressants, qui rejoignent certaines de mes connaissances sur le sujet mais en ajoutant notamment des informations clairement essentielles sur le ressenti d’un adulte dans sa vie sexuelle. C’est clair que quand on traite d’organes génitaux, parler uniquement d’enfant en faisant l’impasse sur l’adulte futur, c’est assez aberrant. Or c’est souvent le cas… Et quand on est une femme, on ne peut qu’essayer d’imaginer ce que ça peut faire, n’ayant aucun point de comparaison valable.

      Je m’étais documentée sur le sujet du décalottage et du phimosis après que la pédiatre ait décalotté mon aîné, sans avertir ni expliquer. Sur le coup, je n’avais même pas compris ce qui s’était passé et j’en étais restée gênée. C’est en racontant la scène à mon mari que j’ai découvert cette pratique et que je me suis assurée que ça ne se reproduise pas.

      • Je pense qu’un comparaison plausible pour les femmes serait une ablation du replis de peau qui protège le gland du clitoris, donc ensuite frottement contre la culotte et, probablement, insensibilisation progressive avec l’âge. Ceci dit il me semble que le clitoris est plus sensible que le gland du pénis.

        Pour ce qu’a fait votre pédiatre : ce n’est à mon avis pas gênant s’il s’est contenté de juste tirer doucement le prépuce pour voir jusqu’où il pouvait le rétracter sans forcer.

        Ce qui est à bannir (car douloureux et qui apparemment peut aggraver la situation en créant des micro-cicatrices qui durcissent) c’est la rétraction forcée, où l’on tire pour essayer de faire passer même si ça ne passe pas.

  8. Pingback: Se réapproprier son corps {Mini Débrief} | Les Vendredis Intellos

      • Correction : il se situerait aux environs de 70% aujourd’hui.
        La difficulté est que seules des stats existent sur les circoncisions pratiquées en milieu hospitalier, mais que de plus en plus de circoncisions sont effectuées en cabinet.

  9. Merci à unhommeanonyme d’avoir abordé ce sujet de la circoncision.
    La souffrance du bébé qui est circoncis est rarement prise en compte par les parents et les retours des adultes qui l’ont été est aussi très rare. La balle est lancée dans leur camps. A eux la parole afin que le sujet ne reste pas tabou.. Les témoignages sont plus parlants que les statistiques .

    J’ai vu une circoncision pratiquée sur un nouveau né avec un coupe cigare par un médecin ( un gynécologue) . Selon lui le bébé ne ressentait rien . Il le faisait à la demande des parents .Il ne les questionnait pas, c’était pour lui un acte  » technique » comme un autre.

    • J’ignorais qu’en France on pratiquât la circoncision des nouveaux-nés comme vous le décrivez. Ou était-ce dans un autre pays ?

      (On m’a mentionné la façon dont en Algérie on pratique parfois la circoncision rituelle sur des enfants plus âgés, du style bistouri électrique sans vrai anesthésie. Joie.)

      Je pense personnellement que les statistiques sont intéressantes… encore faut-il qu’elles soient effectivement collectées et selon une bonne méthodologie. Il est évidemment bien plus difficile de mesurer la qualité de la sensation sexuelle (surtout si les sujets sont dans l’impossibilité de comparer) que des paramètres purement médicaux comme les taux de certains cancers.

      • Non,c’était bien en France. Le bébé n’a pas pleuré. Le médecin était sûr de lui, il semblait être habitué à faire ce geste « médical » , (pas d’anesthésie -même local) qui lui paraissait très banal.

  10. Bonjour,
    Un grand bravo pour les articles, je trouve que c’est enrichissant. Cependant, il faudrait bien stériliser les matériels que l’on utilise pour la circoncision. J’ai remarqué qu’en France,il y avait des docteurs qui ne stérilisent pas ces derniers. Je pense qu’on devrait utiliser une stérilisation à la vapeur quant à ceux-ci. Qu’en pensez-vous mes amis? D’ailleurs, c’est la vie de nos petits garçons qui sont enjeux, n’est-ce-pas?

    • Au lieu de réfléchir aux conditions techniques, ne pensez-vous pas qu’il vaudrait mieux réfléchir à éviter toute circoncision médicalement nn-nécessaire ?

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