Quel langage utiliser avec mon enfant?

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« Ce soir-là, le conférencier au programme était Haim Ginott, psychologue pour enfants auteur d’un nouveau livre intitulé Between Parent and Child. Sa conférence débutait par une question : qu’y a-t-il de spécial dans le langage que j’utilise avec les enfants? »

Ce paragraphe est extrait de l’ouvrage « parents épanouis, enfant épanoui » de Adele Faber et Hélène Mazlish.
En quoi ce paragraphe peut-il nous éclairer dans la construction du lien avec nos enfants?

Faber et Mazlish ne sont ne sont plus à présenter et sont tout particulièrement connues pour leur ouvrage « parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent », ouvrage sur la base duquel sont construits des ateliers dont désormais ont pu bénéficier des parents dans le monde entier.

Alors qu’apporte de particulier cet ouvrage sous-titré « votre guide pour une famille plus heureuse »?

Cet ouvrage est sans doute moins pratique ou d’application moins directe que l’ouvrage de référence « parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent »; en revanche, il est de lecture beaucoup plus facile et beaucoup plus ludique car il détaille l’expérience des auteures. Ce qui les a amenées à remettre en cause leurs pratiques parentales et à élaborer cette méthode qui est de nos jours diffusée par les ateliers portant leur nom.

Le paragraphe cité plus haut est particulièrement significatif de l’expérience de ces deux femmes puisque c’est le point de départ de leur démarche qu’elles décrivent là. Ce point de départ, c’est cette conférence de Ginott.

Dans ma bibliothèque figure l’ouvrage de Haim Ginott « entre parents et enfants », son étude mérite très certainement un article à part entière si ce n’est déjà fait sur les vendredis intellos. Mais ce qui est intéressant ici, c’est que ce conférencier débute par une question et c’est bien là l’essence de la relation entre parents et enfants.

Sur ce thème, il me semble en effet qu’il n’y a pas vraiment de réponses mais essentiellement des questions, alors de ce paragraphe que je commente ici je retiens d’abord ce premier enseignement : dans la construction du lien, dans l’éducation, dans la communication, posons-nous tout d’abord des questions avant de chercher des réponses.

Le deuxième enseignement que j’en tire est dans cette fameuse question : « qui a-t-il de particulier dans le langage que nous utilisons avec les enfants? »
Autour de moi, lorsque j’évoque l’écoute active, la parentalité bienveillante, bref la façon dont je me cherche et dont je cherche à éduquer mon enfant, revient souvent cette critique de mon entourage : « tout cela c’est vraiment jouer sur les mots ».
Or depuis longtemps, avant même d’y réfléchir en tant que parent, la question du langage me préoccupe. Henri Bergson a beaucoup écrit sur le langage, sur les limites du langage, sur la trahison de la pensée par le langage.

Chacun de nous a sa manière d’aimer et de haïr, et cet amour, cette haine, reflètent sa personnalité tout entière. Cependant le langage désigne ces états par les mêmes mots chez tous les hommes ; aussi n’a-t-il pu fixer que l’aspect objectif et impersonnel de l’amour, de la haine, et des mille sentiments qui agitent l’âme. Nous jugeons du talent d’un romancier à la puissance avec laquelle il tire du domaine public, où le langage les avait ainsi fait descendre, des sentiments et des idées auxquels il essaie de rendre, par une multiplicité de détails qui se juxtaposent, leur primitive et vivante individualité. Mais de même qu’on pourra intercaler indéfiniment des points entre deux positions d’un mobile sans jamais combler l’espace parcouru, ainsi, par cela seul que nous parlons, par cela seul que nous associons des idées les unes aux autres et que ces idées se juxtaposent au lieu de se pénétrer, nous échouons à traduire entièrement ce que notre âme ressent : la pensée demeure incommensurable avec le langage. Bergson (1859-1941), Essai sur les données immédiates de la conscience

Et lorsque l’on s’adresse à des enfants qui n’ont pas forcément autant de recul que les adultes, qui ne saisissent pas forcément le second ou le troisième degré, le choix des mots est particulièrement important, c’est pourquoi je pense que la question du langage est centrale dans la communication, dans le lien que nous établissons avec nos enfants. Le choix des mots n’est donc pas secondaire mais est bien primordial, il ne s’agit pas de jouer sur les mots mais de trahir le moins possible sa pensée lorsque nous nous exprimons par des mots. Il s’agit aussi de tenir compte de l’état d’esprit de celui qui reçoit le message et de s’assurer ainsi que l’esprit du message tel que reçu n’est pas trop éloigné de l’esprit du message émis.

Heureux sont les enfants qui grandissent dans des familles multilingues car selon les langues, certaines nuances viennent enrichir l’expression, au plus près du ressenti.

Alors de ce simple paragraphe que je commente ici en relevant le défi lancé par Madame Déjantée pour les publications de cette semaine, je tire ces trois enseignements :

– premièrement : même s’il y a beaucoup plus de questions que de réponses, peu importe, c’est bien l’esprit critique qui est important dans la façon dont nous nous comportons avec nos enfants

– deuxièmement : le langage est une question centrale, il importe de trahir le moins possible sa pensée lorsque nous nous exprimons et d’adapter son expression à son interlocuteur

– troisièmement : outre les apports en termes d’ouverture d’esprit et d’évolution future dans la société, l’éveil d’un enfant à diverses langues me paraît important pour que, dès le plus jeune âge, les enfants apprennent à saisir les nuances du langage et à communiquer au plus près de leur ressenti…

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3 réflexions sur “Quel langage utiliser avec mon enfant?

  1. Merci beaucoup pour cette riche contribution!! Et bienvenue parmi les neurones du vendredi!!!! Il est vrai que c’est une critique récurrente faite à la CNV, une méfiance même vis à vis de la « manipulation » qu’elle pourrait représenter. Je pense qu’il est utile d’en parler, de se questionner dessus aussi…
    Bref, j’ai hâte que tu approfondisses les questions que tu soulèves!!!

  2. Pingback: Et si on y mettait plus de douceur [Mini-débrief] | Les Vendredis Intellos

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