L’école dans la littérature enfantine: tour d’horizon de 4 livres

Récemment, nous avons fait une razzia de bouquins à la médiathèque d’Albi. Après avoir été surpris par un passage pas bienveillant du tout dans Petit Ours Brun, on a parcouru 4 livres plutôt récents et qui ont comme point commun de traiter de l’école du point de vue des émotions de l’enfant :

– BLOCH Serge, L’école de Léon, 2000.

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Autant vous prévenir, on commence fort d’entrée de jeu avec la charmante petite histoire de Léon, 3 ans, qui va faire sa rentrée à l’école maternelle. Comme on peut s’en douter, il est pas enchanté le gadjo, voire un brin réticent. Tu m’étonnes! A votre avis, comment a réagi le petit bout de chou quand il s’est retrouvé seul au milieu de 30 moutards en larmes? On l’écoute :

« Et on est allés dans ma classe… Et là, c’était l’horreur! Il y avait plein d’enfants qui pleuraient, des vraies sirènes de police […]. C’était ça l’école!… J’ai serré la main de maman et j’ai senti comme si je pleurais à l’intérieur pour pas que ça se voie. » Yeah! Digne d’un orphelinat d’antan!

Mais pas de panique! Les gamins sont passés à autre chose au cours de cette première journée traumatisante. Ils ont fait des gommettes, chanté et goûté, « sauf ceux qui n’ont fait que pleurer ». Ah quand même! Bonjour l’ambiance dans la salle de classe.

Une fois la journée terminée, Léon se rend compte qu’il faut y retourner le lendemain! Mazette! « Alors c’est tous les jours la rentrée! » commence-t-il à comprendre… Eh oui mon con!

Rassurez-vous, quelques pages plus loin, le petit Léon nous explique que maintenant il aime son école. Ouf!

Tout ça me fait penser à un passage tellement juste d’un livre de Catherine Baker :

« Les enfants n’aiment pas l’école. Ceux qui disent l’aimer, comme je le faisais, vivent souvent dans un système de séduction dont ils ont bien plus de mal à se débarrasser que ceux dont a brisé la révolte par la répression. »

Puis, un autre:

« A l’école, on a peur.

A la mère dont le petiot hurle au premier jour de la maternelle, on dit : « Il va s’habituer. » C’est effectivement ce qui se passe. On s’habitue. La plupart oublient même qu’ils ont eu peur, qu’ils s’y sont accoutumés. Le pli est pris. Ils ont peur toute leur vie, ne savent plus de quoi. C’est là que réside l’atrocité de la souffrance obscure. » (Insoumission à l’école obligatoire, Catherine Baker, 1985)

 – BRAMI Elisabeth et LE NEOUANIC Lionel, Moi j’adore, la maîtresse déteste, 2002.

Moi j'adore, la maîtresse déteste élisabeth brami lionel le néouanic littérature jeunesse enfants livre sur l'école

Voici un deuxième livre avec un sujet différent du premier. Ici, on s’intéresse aux interdits posés par la maîtresse, répertoriés par un enfant. Le ton du bouquin se veut humoristique. En effet, y’a de quoi rire.

Au menu:

– des enfants qui ne peuvent pas satisfaire leurs besoins primaires à leur guise (manger, se lever,faire pipi sans permission, parler, jouer, rêvasser)

– des enfants soumis sans équivoque à l’adulte (lever le doigt pour parler, demander la permission pour se lever, se taire, ne pas faire de bruit, travailler parce que la maîtresse l’a décidé, être poli, réciter ses leçons, ne pas se salir…)

– des enfants obligés de mentir pour esquiver des situations pénibles (« faire croire qu’on a envie de faire pipi pour aller se promener », « faire croire qu’on est malade pour aller à l’infirmerie », « dire qu’on a perdu son cartable pour ne pas travailler », « raconter des bobards pour ne pas se faire gronder »…), etc.

Bref, là encore, ça donne envie!

– MATHUISIEULX Sylvie, POUYAU Isabelle et SABATHIE Laurent, Aller à l’école, pour quoi faire?, 2006.

Les questions de justine aller à l'école pour quoi faire sylvie de mathuisieulx isabelle pouyau laurent sabathié littérature jeunesse enfants livre sur l'école

Cette histoire raconte la journée de Justine, petite écolière qui tombe malade et qui ne peut aller en cours. Elle reste à la maison avec sa maman qui lui explique le pourquoi du comment de l’école.

Ce livre est bourré de contradictions, pour être poli. Prenons en deux:

– Dès le départ, la mère assène à sa fille que « l’école est obligatoire » et qu' »il faut une bonne raison pour ne pas y aller »; à la page suivante on apprend qu' »en France, une loi dit que l’instruction est obligatoire pour les enfants »… Oui, rappelons qu’en France l’école n’est pas obligatoire.

– On apprend un peu plus loin que « grâce à l’école, Justine devient capable de faire beaucoup de choses toute seule ». Super! Pourtant, le livre se conclue sur les mots de la petite fille : « C’est bizarre… Aujourd’hui, je n’étais pas à l’école, et pourtant j’ai appris des tas de choses…. » Oh oui, captain obvious, comme c’est curieux!

A aucun moment Justine ne manifeste sa sympathie pour l’école. Bien au contraire. On peut lire à un moment ceci: « Justine est plutôt contente de rester à la maison », « elle se met à rêver d’un monde sans école, sans leçons ». C’est presque du Ivan Illich dans le texte…

 – FONTANEL Béatrice et PLACIN Lucile, A l’école arc-en-ciel, 2014.

A l'école arc-en-ciel béatrice fontanel lucile placin littérature jeunesse enfants livre sur l'écoleDernier livre qui, tant sur le fond que sur la forme, se rapproche de l’histoire de Léon. Ici, le héros s’appelle Tom et fait lui aussi sa rentrée des classes, traumatisante, est-ce utile de le préciser? Avec Léon, le larmomètre était déjà bien haut, mais avec Tom c’est carrément l’inondation, au sens propre puisque à force de pleurer, notre petit gars provoque un véritable océan de larmes dans la cour de récréation! Waouh! Carrément!

Grâce aux jolis dessins et à une approche métaphorique, les auteurs de cette histoire parviennent à nous faire croire qu’après le déluge notre petit Tom nage non plus dans son chagrin mais dans le bonheur, symbolisé par un sublime arc-en-ciel final (vous pigez le titre, ça y est?). De toute beauté.

Si ce livre a le mérite d’être plus subtil que les autres,  il reste tout de même profondément pro-école et soutient la thèse que l’enfant finit par aimer l’école et que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Pour résumer, ces quatre livres minimisent tous les souffrances de l’enfant et leur mal-être à l’école. Même si ces thèmes sont abordés, à des degrés divers, ils n’ont que peu de poids face à la chute positive des histoires : la détresse de l’enfant n’est pas si grave puisqu’il finit par aimer l’école… Léon et Tom finissent par rentrer dans le rang ; Justine, une fois rétablie, se hâte de faire son cartable.

Autre point commun entre tous ces livres,  c’est l’acharnement des auteurs à défendre l’indéfendable. Ils ont beau pointer le caractère détestable de l’école, ils finissent quand même par lui trouver toutes les vertus possibles (antre du savoir, temple de la socialisation, lieu où l’on fait les 400 coups…). Si les auteurs mettent en avant le point de vue des enfants c’est pour mieux le tourner en dérision (Moi j’adore, la maîtresse déteste), le démolir sous le poids d’arguments fallacieux  (Aller à l’école, pour quoi faire?), ou pour montrer qu’il n’est pas fiable, qu’il peut vite changer (L’école de Léon, A l’école arc-en-ciel).

On peut enfin dire que ces histoires restent, malgré tout, des versions édulcorées de la vie à l’école. En effet, des sujets comme les humiliations, les punitions, la cadence infernale des journées de cours, le despotisme éclairé (ou pas) des adultes, la trouille omniprésente ne sont pas vraiment abordés…

Reste à conclure en adressant, par la voie de Catherine Baker (encore elle), un petit message aux concepteurs des livres dont nous avons parlés et plus largement à tous les adultes qui aiment et défendent l’école :

« Nous devrions devant chaque enfant que nous rencontrons rougir de honte pour toutes les humiliations que nous leur faisons subir. Je ne connais aucun domaine de la vie sociale où l’indélicatesse soit poussée aussi loin. »

Sommes-nous les seuls parents à nous trouver désappointés face à cette « littérature »? Connaissez-vous des livres qui abordent la déscolarisation et/ou la non-scolarisation?

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26 réflexions sur “L’école dans la littérature enfantine: tour d’horizon de 4 livres

  1. Je trouve que cet article est très anti-école…non tout n’est pas rose à l’école mais l’école à la maison n’est possible que pour une minorité de la population. Peu de familles peuvent se le permettre pour des raisons financières (2 tout petits salaires) mais surtout sociales et culturelles.
    Votre vision à travers ces livres est bien négative; il y a du bien et du moins bien à l’école mais tout n’est ni blanc ni noir.
    Oui parfois les petits pleurent pour rester le matin, oui dans la cour les enfants ne sont pas toujours tendres entre eux…mais la plupart des enseignants sont à l’écoute des besoins des enfants et font leur possible pour rendre la vie à l’école agréable pour les enfants.
    Mon expérience avec l’école , je dirais mieux, les écoles, est partagée. Selon l’enseignant, la direction, le personnel de service, tout peut être très différent d’une école à l’autre. Les parents sont aussi pour beaucoup dans la façon dont leur enfant vit l’école (dialogue équipe enseignante/parents). Une minorité d’enfant va à l’école à reculons c’est sûr mais pour le reste d’entre eux c’est un lieu d’échange et de savoir.
    En revanche le prosélytisme pro-école de ce livres semble un peu simpliste et peu à l’écoute du ressenti des enfants, je vous le concède.

    • Merci d’avoir pris le temps de répondre.
      Je tiens à vous répondre sur 3 points :
      – D’abord, concernant le profil sociologique des parents ayant fait le choix de l’IEF, je vous invite à plus de modération. Toutes les couches de la société sont représentées. Il y a des riches, des pauvres, des diplômés, des non-diplômés… Si le sujet vous intéresse, allez jeter un oeil ici :
      http://organic-e-publishing-international.com/web_documents/pdfetude_leda.pdf
      – Ensuite, il est vrai que mon propos « est très anti-école ». Je considère à l’instar de John Holt, Ivan Illich ou encore Catherine Baker que l’école est une institution néfaste pour les enfants ; elle est autoritaire par bien des aspects (obligation de s’y rendre sous peine de sanctions, horaires qui ne respectent pas le rythme des enfants, adultes auxquels il faut se soumettre, obligation d’y apprendre même si l’on préfère jouer…).
      – Enfin, je suis assez sceptique lorsque vous affirmez que seule « une minorité d’enfant va à l’école à reculons » et que « pour le reste d’entre eux c’est un lieu d’échange et de savoir ». Je pense au contraire que ce sont les parents qui forcent les enfants à entrer à l’école et tentent de les convaincre de son bien fondé, grâce à une batterie d’arguments (« tu vas t’y faire des copains », « tu vas apprendre plein de choses »…). De plus, pourquoi l’enfant ne pourrait-il pas échanger et apprendre hors des murs d’une salle de classe? Pourquoi avons-nous ce besoin de les enfermer pour les « ouvrir au monde » et de les confier à autrui?

      • Concernant l’IEF je ne vois pas comment transmettre du savoir avec pédagogie si l’on n’a pas un minimum de bagage culturel et scolaire, même si on s’appuie sur des supports pédagogiques. Une famille dont les parents ont un niveau d’étude ou un niveau culturel trop bas (genre 10 fautes à chaque phrase, aucune culture artistique/historique, etc….) n’est pas à même de passer convenablement du savoir à ses enfants dans de bonne conditions.
        Oui l’école crée des contraintes mais je ne pense pas que l’absence de contraintes soit une bonne chose en soi. À la maison il faut bien aussi s’astreindre à suivre les programmes et étudier les matières prévues sinon ce n’est plus du home-schooling mais du no-schooling…et là c’est une autre dimension…
        Oui on met les enfants à l’école, de là à dire qu’on les force à aller à l’école…
        Donc on peut aussi dire que certains parents les « forcent » à rester à la maison…
        Pour certaines familles confier les enfants à ‘école est plus que souhaitable pour qu’il connaisse autre chose que Macdo+tv, si vous voyez ce que je veux dire….l’école est pour ces enfants une chance d’échapper à un quotidien néfaste et leur permet de découvrir les livres, des activités manuelles, de faire un peu de sport etc….
        Nous ne sommes (malheureusement) pas dans un monde de Bisounours où toutes les familles seraient à même d’instruire et d’éduquer leurs enfants. L’école est parfois une chance.
        ps: je ne suis pas à 100% pro école, et je suis ouverte à toutes les formes d’éducation mais je maintient que l’IEF est réservée à un petit nombre de famille à même de la mener à bien.

        • Réserver l’IEF à une élite capable de faire cours, comme vous le faites, évite le vrai souci à mon avis: l’avantage principal de l’IEF, c’est de fournir à ses enfants une éducation qui est sous contrôle des parents. Pour le meilleur ou pour le pire.
          Le meilleur si, comme vous le dites, on a des parents capables d’apporter un enseignement de valeur, et le pire si le but poursuivi est, par exemple, de maintenir un endoctrinement religieux ou idéologique.

          L’école publique a expressément été conçue pour sortir les enfants de l’endoctrinement religieux (catholique à l’époque) et pour en faire les citoyens d’une République partagée par tous -face à un catholicisme qui à l’époque refusait la légitimité du régime républicain-.

          Rien ne garantit que cette époque est derrière nous.

          • La dérive sectaire a longtemps été crainte dans le cadre de l’IEF, les chiffres semblent néanmoins montrer qu’une infime minorité de parents sont concernés (comme dans la population générale d’ailleurs je pense…). Quant à l’école de Jules Ferry elle a été en son temps (heureusement révolu!!!) l’instrument d’un féroce endoctrinement patriotique (notamment avant la 1ere guerre mondiale et dans le contexte revanchard de la perte de l’Alsace Lorraine, pour plus d’infos on peut se référer à « La république n’éduquera plus » de Claude Lelièvre).

            • Féroce revanchisme à comparer avec la situation précédente! (et accessoirement réaction que l’on trouverait probablement légitime si nous nous retrouvions nous aussi envahis par une puissance étrangère qui prélèverait des impôts à sa guise pour se rembourser de son invasion: pensez à la période de l’occupation et aux réactions qu’elle a suscité).

              Attention à ne pas juger les siècles passés avec nos lunettes à nous. Appliquez donc la bienveillance au passé.

              Quand à l’endoctrinement par l’IEF aujourd’hui… c’est affaire de regard. Par exemple, en ce qui me concerne, je vois un endoctrinement féroce dans les textes présentés ici, tandis que son auteur y voit manifestement une juste lutte pour la liberté d’enseignement, contre un nivellement idéologique que pratiquerait l’école publique .

              • Je soulignais simplement le fait que l’école avait pu être le lieu d’un endoctrinement. Effectivement j’ai insisté sur le fait que c’était lié au contexte historique (mais ce qui n’explique n’excuse pas forcément…). Mon propos n’est pas de dire que l’école est actuellement le lieu d’endoctrinement même si je pense la question digne d’être débattue mais simplement qu’elle est un outil qui a pu être utilisé à des fins nobles comme à d’autres qui l’étaient moins… tout comme l’IEF d’ailleurs.
                L’auteur de cet article est de parti pris, c’est sa liberté et je la respecte entièrement. D’autres articles du site ont présenté des points de vue autres, beaucoup d’enseignants notamment s’y sont exprimés sur leurs espoirs et leurs actions pour faire de l’école un lieu d’émancipation. Vous êtes le bienvenu si vous souhaitez apporter votre vision des choses et votre pierre à l’édifice commun.

                • L’endoctrinement, c’est toujours les autres qui le pratiquent, c’est bien connu.

                  A ce sujet, très bon bouquin pour les enfants un peu âgés (je l’ai lu au collège), qui montre les différences entre les programmes de l’enseignement de l’histoire selon les pays (et à des moments particuliers).

                  http://www.mollat.com/livres/ferro-marc-comment-raconte-histoire-aux-enfants-travers-monde-9782228898676.html

                  Quelle serait la version de l »histoire racontée aux enfants par tel ou tel adepte de l’IEF?

                  • Et un dessin d’humour qui illustre très bien les risques de capture de l’éducation par un groupe de pression (ici aux USA):

                  • Vous ne me ferez pas endosser le rôle de celle qui défend telle ou telle pratique, je ne pratique pas l’IEF et ne pourrait pas parler pour ceux qui la pratiquent. Mon objectif est de faire en sorte que chacun puisse s’exprimer afin que mutuellement nous puissions nous nourrir des réflexions et des trajectoires des uns et des autres. J’ai toujours trouvé très enrichissant de côtoyer et d’échanger avec des personnes qui ont fait des choix différents des miens, pas vous?
                    Excellente proposition de lecture, voudriez-vous la commenter dans une contribution aux Vendredis Intellos?

                    • Le relativisme absolu, très peu pour moi, désolé. Surtout en sciences.

                      Ceci dit, je respecte tout à fait le droit prévu par la loi d’enseigner à domicile. Je considère néanmoins que, s’il est bon que cette possibilité existe, elle pose aussi un certains nombre de problèmes que les ouvrages de propagande décrit plus haut évitent soigneusement de traiter.

          • Bonjour,
            Plusieurs de vos propos lapidaires m’ont interpellé et en vous lisant, j’ai le sentiment que vous fantasmez quelque peu sur l’IEF.
            1° Vous confondez justement Instruction en famille et école à la maison. Les motivations et les modalités de faire l’IEF diffèrent d’une famille à l’autre. Certaines choisissent de suivre les cours du CNED, d’autres de suivre des pédagogies dites « alternatives » (Montessori, Freinet, Steiner-Waldorf) et d’autres encore de pratiquer le unschooling ou apprentissages dits « autonomes ». Il est donc très réducteur de votre part de réduire l’IEF à « faire des cours ».
            2° Sur quoi vous basez-vous pour affirmer que l’IEF est le fait de familles élitistes?? Je vous conseille d’aller cliquer sur le lien que j’ai indiqué dans mon premier commentaire. Vous y trouverez des informations concernant le niveau d’étude des parents, ainsi que le revenu mensuel des familles.
            3° Je ne considère absolument pas que l’IEF corresponde à « une éducation qui est sous contrôle des parents ». Cela existe, je ne le nie pas, mais ce n’est pas ma conception de l’éducation. Et quand bien même, personne ou presque ne s’offusque de ce que des millions d’enfants soient sous contrôle d’un savoir étatisé et standardisé.
            4° Vous parlez à plusieurs reprises d’endoctrinement (religieux notamment) à propos de l’IEF. J’ai le sentiment que vous fantasmez sur les Amish et les Mormons… Si l’instruction en famille pour des motifs religieux est très importante aux Etats-Unis, il n’en est rien en France (même si cela existe). Si vous aimez lire, venez faire un tour ici : http://www.monde-diplomatique.fr/2008/08/BRYGO/16170
            5° Pourquoi se focaliser sur l’enseignement de l’histoire? D’ailleurs, de quelle histoire parlez-vous? Sachez que, comme le rappelle judicieusement Marc Bloch, il y autant d’histoires qu’il y a d’historiens. L’important est de faire preuve d’honnêteté intellectuelle, certes, mais si l’enfant ne manifeste pas son intérêt pour l’histoire, ce n’est pas à moi de l’inciter à s’y intéresser. De plus, l’école offre une vision bien à elle de l’histoire. Les épisodes peu glorieux sont soigneusement édulcorés ou mis sous silence (massacres de Sétif, de Madagascar, colonisation brutale de l’Algérie, politique coloniale de Ferry et consort…).

            Sinon, je ne peux m’empêcher de sourire lorsque vous affirmez avec passion que « L’école publique a expressément été conçue pour sortir les enfants de l’endoctrinement religieux (catholique à l’époque) et pour en faire les citoyens d’une République partagée par tous -face à un catholicisme qui à l’époque refusait la légitimité du régime républicain ».
            1° Comme le souligne Mme Déjantée, « l’école de Jules Ferry a été en son temps l’instrument d’un féroce endoctrinement patriotique (notamment avant la 1ere guerre mondiale et dans le contexte revanchard de la perte de l’Alsace Lorraine ». Il n’y a qu’à lire les manuels d’histoire de Lavisse, un délice!
            2° Nous pouvons aller plus loin en affirmant que Ferry et les « Républicains » modérés des années 1880 ont encore le souvenir de l’épisode révolutionnaire de la Commune de Paris. Ferry entend faire de l’école du peuple un puissant moyen de contrôle social. Pour lui : « il y a deux choses dans lesquelles l’État enseignant et surveillant ne peut pas être indifférent : c’est la morale et la politique, car en morale, comme en politique, l’État est chez lui ; c’est son domaine et par conséquent sa responsabilité ».

            Ensuite, j’aimerais revenir sur ce passage :
            « Quand à l’endoctrinement par l’IEF aujourd’hui… c’est affaire de regard. Par exemple, en ce qui me concerne, je vois un endoctrinement féroce dans les textes présentés ici, tandis que son auteur y voit manifestement une juste lutte pour la liberté d’enseignement, contre un nivellement idéologique que pratiquerait l’école publique . »
            1° De quels textes parlez-vous? Holt, Illich, Baker?
            2° Avez-vous lu ces auteurs?
            3° En quoi s’apparentent-ils à de la « propagande »?

            Autre chose, puisque vous semblez aimer les dessins, je vous invite à lire cette BD :

            http://www.tarmasz.com/2015/03/lecole-la-maison-partie-1.html

            Enfin, l’ensemble de vos commentaires se retrouvent globalement dans les idées reçues sur la non-scolarisation. Faîtes-vous même ce petit jeu, vous verrez :

            http://pierreafeu.canalblog.com/archives/2013/02/05/26324879.html

            Désolé pour cette tartine, et j’ai sûrement omis de répondre à tous vos arguments.

        • La question de la reproduction sociale est effectivement légitime (que transmettons nous en fonction de ce que nous sommes et de ce que nous avons reçu? Comment aider nos enfants à pouvoir transcender les milieux sociaux malgré tout?), pour autant prenons garde aux raccourcis (familles populaires -> macdo/tv, incapables d’instruire; familles aisées -> capables d’instruire). Les parents qui ont un projet IEF semblent néanmoins dans la majorité des cas des parents qui ont un projet éducatif pour leur enfant et qui ont envie de s’y investir, pas des parents qui cherchent un moyen de n’avoir même plus les trajets maison-école à faire.

          • Je n’oppose pas famille aisées et modestes mais familles cultivées et familles , comment dire….ayant une culture tv/mcdo…
            l’argent n’a que peu à faire là dedans, mais ce sont les priorités des familles qui sont différentes. Dans un cas la connaissance et l’ouverture dans l’autre les biens matériels (smartphone, vêtements de marque etc..) – nous n’avons pas de gros moyens mais nous privilégions les voyages, visites, livres etc…plutôt que le matériel (vêtements/technologie)

      • Je voudrais ajouter que mettre les enfants à l’école n’empêche en rien les parents le souhaitant de compléter leur connaissance du monde et leurs connaissances tout court.
        L’école n’interdit pas d’aller au musée le we ou de lire les livres qu’on souhaite, d’aller en voyage, de rencontrer des gens etc…
        Pour moi il n’y a pas d’antagonisme et on doit travailler main dans la main avec l’EN.
        D’ailleurs lorsque nos enfants s’intéressent à l’histoire, à la science etc, à la maison ils ont beaucoup plus de facilités à l’école et en ressortent valorisés.

  2. Bonsoir :)

    Il ne s’agit pas exactement d’un livre sur la déscolarisation, mais en toute simplicité, de l’apprentissage hors école qui est si facilement oublié, celui d’une journée lambda : « Agathe apprend à chaque instant », de Catherine Dumonteil-kremer. Nous avons adoré ce livre.
    (Je n’ai p

  3. (pardon, le message est parti tout seul et avec un autre nom x) )
    Je disais, je n’ai pas d’autre titre qui me vienne en tête. Mais celui-ci est particulièrement chouette :)

  4. Merci beaucoup de votre contribution!! Je crois que ces livres sont à l’image des paradoxes que la société tout entière peut ressentir à l’égard de l’école. Quelques soient ses défauts, l’école est un projet dans lequel beaucoup mettent énormément d’espoir: l’espoir de pouvoir permettre à tous d’avoir le temps et l’espace d’apprendre loin de certains programmes abrutissants de la télévision, loin de la violence familiale aussi malheureusement parfois, l’espoir de réussir à accueillir tout le monde quelque soit son origine, quelque soit son histoire, l’espoir d’une vie heureuse en communauté. Alors oui, c’est très loin d’être parfait, c’est un peu (beaucoup parfois) l’usine, les enfants n’y sont pas toujours heureux, on oublie qu’ils sont programmés pour apprendre, école ou non.
    Scolariser ou ne pas scolariser? La réponse est aisée pour certains, beaucoup moins pour d’autres. Les impératifs économiques, l’isolement culturel ou géographique, tous ces espoirs qu’on n’a pas forcément envie d’abandonner ou auquel on croit encore, la rencontre avec un enseignant exceptionnel (oui ça existe!!!), la rencontre avec une école exceptionnelle (j’en ai connu une étant enfant), tout n’est pas blanc ou noir!! C’est un peu comme la parentalité non? Un bricolage, au jour le jour, pour faire au mieux en tenant compte des besoins de nos enfants non?

  5. Aaaaah, les joies de l’usine! On ne chantera jamais assez le plaisir de l’enfant qui, pour la première fois, passe sa main pour le polir à l’intérieur du cylindre de métal qui sera le futur obus! Et la joie sans mélange de la petite fille qui, fière d’elle-même, vient de transporter sa deuxième tonne de briques! Non, jamais assez on ne célèbrera les vertus de l’apprentissage personnalisé, assuré à chaque enfant par son milieu social. Quoi de mieux pour fournir à la Patrie le soldat et la mère de famille de demain?

  6. Merci pour cette collection de livres pour enfants. je souhaiterais faire deux remarques:

    – sur les livres pour jeunes enfants: Cela me rappelle ma surprise en voyant le tout premier livre que mon fils avait rapporté à la maison en première année de maternelle. Je ne me souviens malheureusement pas du titre, mais en gros il s’agissait d’un enfant qui disait: ah! si je pouvais voler…je verrai de magnifiques paysages….(tourner la page)….mais j’aurais le vertige!….ah si je savais nager….je découvrirais des épaves de bateaux…(tourner la page)…mais j’aurais froid dans l’eau…etc…..etc….bref, un cours de négativité et de rognage d’ailes en concentré! Les messages diffusés par les livres pour enfants ne sont pas toujours ceux que l’on souhaite et qu’il est nécessaire de lire les livres avant de les montrer aux enfants et décider en conscience s’ils nous conviennent.

    – sur la violence des rapports à l’école: la violence existe, c’est un fait indéniable (un de mes profs de sociologie en fac nous avait demandé un jour si les rites de passage à l’âge adulte consistant à infliger des tatouages ou des blessures à de jeunes garçons dans certains tribus était vraiment plus violent que d’obliger les enfants à rester assis 15 ans sur les bancs de l’école). Mais, et là, je ne fais que poser une question, qui peut assurer qu’il n’existe pas aussi une violence lorsque l’apprentissage est fait à la maison? Pour moi, la question est plus de savoir comment réformer l’école pou y remettre plus de bienveillance que de la refuser.

    • Je partage votre remarque sur les livres pour enfants, bien que je ne contrôle pas vraiment ce que ma fille choisit comme livre à la médiathèque.
      En ce qui concerne la violence, je trouve curieux d’associer l’école et les famille IEF. La violence à l’école est avant tout institutionnalisée, codifiée (les horaires, les règles, les devoirs, demander sans arrêt l’aval de l’adulte pour faire quoi que ce soit…). Je ne nie pas l’existence d’adultes bienveillants et tolérants à l’école. Heureusement qu’il y en a. En revanche, je maintiens que ces adultes doivent faire avec les contraintes inhérentes à l’institution pour laquelle ils travaillent. Ensuite, pour ce qui est des personnes qui choisissent d’instruire en famille elles sont, à quelques exceptions près, dans une démarche de bienveillance. Je doute fort qu’il faille chercher de la violence du côté de ces familles.
      Réformer l’école? Je doute fort que cela soit possible. Cela fait 50 ans que divers gouvernements s’y essaient, sans pour autant changer le caractère autoritaire de l’institution. D’ailleurs, est-ce vraiment ce qu’ils souhaitent? Je dirais plutôt qu’ils tentent dès que possible de serrer la vis, comme le montrent les récentes déclarations de la ministre de l’Education nationale.

      • Je ne sais pas si avoir des règles c’est de la violence (horaires, demander la permission etc…) mais c’est la seule façon de vivre en bonne intelligence avec les autres.
        J’imagine mal un enfant élevé sans aucune contrainte pouvoir vivre dans notre société.
        Avoir des horaires, être poli, demander la permission, etc….c’est la base de la vie en société.
        À moins d’être ermite je ne vois pas comment se passer de ça.
        Dans le cadre de l’IEF , les parents fixent des règles et des objectifs à atteindre (ou alors c’est plus de l’IEF mais juste de la non scolarisation). La vie familiale aussi comporte ses règles qui sont autant de contraintes pour les enfants (manger avec tout le monde, ranger sa chambre, ne pas crier dans la maison , aller se coucher tôt etc. Mais sans ces contraintes la vie familiale est complètement déstructurée.

        • Encore une fois, vous confondez IEF et non scolarisation… Comme j’ai essayé de l’expliquer plus haut, il y a autant de façon de faire l’IEF qu’il y a de familles IEF. Certaines choisissent de suivre les cours du CNED (IEF scolaire), d’autres des pédagogies dites alternatives, d’autres de pratiquer le unschooling ou apprentissages autonomes. A titre personnel, je n’ai aucun objectif pour mes enfants, aucun but.
          Sinon, « la seule façon de vivre en bonne intelligence avec les autres » c’est d’abord de demander son avis à tous. Je doute fort que les enfants scolarisés soient concertés dans l’élaboration des règles, des horaires qu’ils subiront pendant des années… De plus, n’allez pas me dire qu’obliger un enfant à se lever tous les jours aux aurores et à suivre des rythmes de bureau soit une marque de respect. Par ailleurs, ne mettez pas la famille et l’école sur le même plan. La bienveillance est plus facile à mettre en place en famille qu’à l’école. C’est une question de volonté et les règles entre parents et enfants peuvent reposent bien souvent sur la négociation, sur un commun accord. A l’école, les règles sont imposées, sans possibilité de les discuter.
          Concernant la politesse, je combat fermement l’idée de l’apprendre aux enfants. C’est à mon sens inutile. L’enfant apprend de lui-même des adultes (notamment) et se modèlera (en partie) à leur image. Soyons courtois, ils le seront. Je vous invite à lire ce que nous avons modestement écris à ce sujet :
          http://libresenfantsdutarn.com/2014/07/28/la-politesse-pourquoi/

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