Rencontre avec Suzy Platiel ou Comment le conte est entré dans ma classe

C’était une conférence pédagogique comme on en a quelque fois le mercredi après-midi : on y va à reculons parce qu’on a plein d’autres choses en tête et on espère ne pas tomber sur un intervenant trop soporifique.  Bref, je m’étais vaguement renseigné sur la conférencière et ma curiosité avait heureusement été attisée : Suzy Platiel, ethnolinguiste, thèse sur les contes sanan du Burkina Faso.

Je suis arrivée au cours de la projection d’un film que vous pouvez voir en suivant ce lien :

http://videotheque.cnrs.fr/visio=4095

et j’ai tout de suite accroché ! Des enfants qui content, dans le respect des uns et des autres, des adultes bienveillants, une réflexion sur la transmission, ça faisait du bien de voir ça !

contesSuzy Platiel est une petite dame aux cheveux blancs, à la voix éraillée (qui ne l’empêche pas d’être très bavarde !) qui reste persuadée que le conte est un outil universel indispensable pour mieux vivre ensemble.

Elle a observé dans la tribu Burkinabé dans laquelle elle a passé plusieurs années que les enfants apprennent une grande partie du fonctionnement de leur société à travers les contes. Ils apprennent aussi à se structurer et à structurer leur pensée. Comme elle aime le dire : ils apprennent à être des individus, des êtres sociaux et surtout des êtres humains.

De retour en France, Suzy s’est engagée dans des projets avec des enseignants et elle a constaté les mêmes effets des contes sur les enfants de notre pays.

L’oralité est un langage complet dans le sens qu’il ne se limite pas au sens des mots. 60% du message oral est transmis par la gestuelle, autrement dit la communication non verbale : émotions, regards, intonations… Le conte permet la maîtrise du langage oral puis de l’écrit. Pour Suzy c’est un incontournable… qui est malheureusement trop souvent contourné !

Chez les Sanan, la période sèche est la période des contes : la tribu se réunit le soir, les plus âgés content, les plus jeunes écoutent. Ces derniers entendent aussi des contes dans leur case, c’est leur maman qui conte, ou bien les plus grands. Pendant toute une période ils ne font qu’écouter. Si jamais ils s’essayent à conter, le groupe leur fait sentir que ce n’est pas leur tour, qu’ils sont trop jeunes, qu’ils ne maitrisent pas encore le conte. Ensuite, pendant la saison des pluies, il est interdit de conter (sinon ça arrête la pluie !). C’est une période de maturation pour les plus jeunes et quand revient la saison sèche, ils sont prêts !
En France, le constat a été le même : l’enseignant conte pendant plusieurs semaines et puis arrive un moment où les enfants ont envie à leur tour et demandent. Et le groupe régule aussi, reprend s’il le faut, complète.

« Le conte t’oblige a tenir compte de l’autre »

Au delà de leur portée symbolique, les contes permettent à l’enfant de se concentrer pour mémoriser, de ressentir le plaisir de celui qui conte et aussi son plaisir à lui d’écouter, de se faire des images mentales, de mieux organiser sa pensée. Suzy insiste aussi sur la nécessité de ne pas travailler sur les contes, de ne pas poser de questions, faire des fiches de travail, etc (dur dur pour les enseignants ;-) ). Il faut que ça reste du plaisir gratuit, de l’amusement.

« Apprendre dans la joie de savourer ce qu’est le langage »

Dans cette interview réalisée lors du Salon du Livre de 2013

http://www.franceculture.fr/emission-sur-les-docks-prelude-au-salon-du-livre-23-%C2%AB-les-histoires-de-suzy-platiel-%E2%80%93-plaidoyer-pour

on entend les témoignages d’enfants conteurs : ils parlent de confiance en soi, de plaisir de raconter et de partager, de se sentir bien, se calmer, mieux se connaître… Whaou !!
L’enseignant lui voit aussi les conséquences sur les apprentissages : prendre goût à la lecture, donner du sens à ce qu’on lit, avoir envie d’écrire, structurer son récit pour être compris, enrichissement du vocabulaire, meilleure utilisation des connecteurs logiques et temporels, éveil de l’empathie… Whaou (bis) !!

Vous pensez bien qu’après avoir entendu tout ça, j’ai foncé ! Et je conte à mes petits : on s’installe dans le dortoir un peu sombre mais pas trop, j’allume la grosse bougie, quel bonheur de voir leurs yeux quand commence l’histoire…
Je ne sais pas s’ils auront envie plus tard de se mettre à ma place mais pour l’instant ces moments-là c’est cadeau !!

bougie.jpg1.

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11 réflexions sur “Rencontre avec Suzy Platiel ou Comment le conte est entré dans ma classe

  1. Merci pour cet article !

    Question simplissime mais : est-ce qu’un conte peut être tout simplement un livre lu face à face avec l’enfant ?? Ou bien faut-il d’autres critères ?

    Karine

    • Comme le dit Mathias, lâcher le livre permet de prendre des libertés et ressentir le plaisir de broder autour d’une histoire. J’ai commencé par Les bons amis, un album que je connais vraiment bien (j’aurais pu aussi prendre Roule Galette ;-) ) et qui m’a permis de me sentir à l’aise. Ensuite, il y a les contes publiés chez Didier Jeunesse qui sont de bons supports : faciles à retenir, faciles à allonger et plein de ritournelles amusantes pour rythmer l’histoire. Bonne aventure à toi si tu te lances !

    • Merci Mathias, c’est tout à fait ça ! Et puis ça libère les mains, et le corps tout entier peut participer à l’histoire !

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