Toucher vaginal sur patiente endormie: STOP!

Tout a commencé mercredi soir lorsque @karimIBZL a attiré l’attention de @claradebort qui a attiré mon attention sur un document particulièrement éloquent émanant de la faculté de médecine de Lyon Sud  et montrant la survivance d’une pratique que l’on pensait appartenir aux heures sombres de la médecine du XXème siècle, à savoir: l’examen vaginal (ici, car il peut aussi s’agir d’examen rectal) effectué à des fins de formations d’étudiants (donc non curatif) sur des patient-e-s sous anesthésie générale.

Pour mémoire, voici le tweet initial que j’ai partagé (cliquez pour agrandir):

Tweet initial

 

Devant l’indignation que ce document a provoqué, l’Université Claude Bernard Lyon 1 a rapidement mis le document hors ligne. Celui-ci est néanmoins encore disponible en intégralité dans le cache de Google.

On peut notamment y lire (c’est moi qui souligne):

SAVOIR FAIRE :

–    Mise en place d’un spéculum,

–    Examen clinique de l’utérus et des annexes par le toucher vaginal et le palper abdominal (apprentissage du bloc sur patiente endormie)

–    Examen clinique des seins et des aires ganglionnaires,

–    Réalisation d’un frottis cervical,

–    Prélèvement bactériologique,

–    Apprendre les règles de l’aséptie : se laver, s’habiller, mettre les gants au bloc  opératoire,

–    Aider à opérer.

En clair, cela veut dire que les patientes sous anesthésie pour une opération de gynécologie serviraient de « terrain d’entraînement » aux externes formés au sein de l’hôpital, sans avoir été averties et sans avoir donné leur consentement.

Dans la suite de ce texte, je vais tenter de vous donner les quelques éléments de réflexion et de connaissance dont je dispose à l’heure actuelle, ainsi que les réponses qui me semblent envisageables aux polémiques habituelles suscitées (j’ai un peu nourri les trolls ces derniers jours, je dois avouer…)

 

Pourquoi partager ce genre d’informations sur les Vendredis Intellos?

Parce que la lutte contre les violences médicales fait partie des sujets qui nous touchent, aussi bien lorsqu’il s’agit de dénoncer des pratiques obsolètes  voire dangereuses dans le cadre de l’accouchement, que les pressions morales que subissent les personnes qui souhaitent recourir à une contraception définitive ou une IVG, ou encore que la diffusion d’information relatives aux droits des patient-e-s.

Aussi parce que il me semble clair que les personnes pourvues d’un utérus sont particulièrement exposées à ce risque de violences médicales comme l’avait pointé du doigt le mouvement autour du hashtag #PayeTonUterus Pour mémoire, il y a environ 800 000 naissances par an, et on estime qu’environ 33% des femmes auront recours à une IVG au cours de leur vie.

 

Que sait-on de ce document?

Que sa mise en ligne date de 2010 (parce qu’il fait partie d’un ensemble de carnets de stage tous datés de cette année là). Nous n’avons pas de preuves qu’ils ont été utilisés, ni à l’époque, ni aujourd’hui, mais nous pouvons faire l’hypothèse qu’ils sont le reflet d’une réalité, passée et/ou actuelle. Interrogée sur ce point  par Le Progrès, la doyenne de l’Université a indiqué qu’il s’agit « de vieux documents qui ne sont plus utilisés depuis longtemps » , parlant encore d’une « négligence » tout en admettant que « ces actes ne se font que lors d’opérations chirurgicales abdomino-pelviennes où un « trio » composé d’un senior, un interne et un externe intervient. »

L’existence de ce document prouve néanmoins l’existence à un moment donné de cette pratique, et au regard des évolutions parfois très lentes dans le domaine des pratiques, il serait appréciable que les responsables hospitaliers ne se contentent pas de nous certifier sur l’honneur qu’elles sont définitivement bannies mais nous en apportent la preuve (comme par exemple: la mention de cette pratique sur les textes de consentement pré-opératoire).

 

Cet examen n’est pas aberrant, il s’inscrit dans le cadre de l’intervention pour laquelle la patiente à donné son accord!

C’est vrai. UN examen est peut être inscrit dans le cadre de l’intervention pour laquelle la patiente à donné son accord. A la différence que lorsqu’un étudiant examine, son responsable doit ensuite examiner à son tour pour vérifier ses conclusions: c’est normal dans un contexte de formation! Cela signifie donc qu’au moins l’un des deux examens n’étaient pas nécessaires dans le cadre de l’intervention. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, lorsqu’une patiente est consciente, on lui demande son accord lorsqu’un étudiant souhaite se former à la pratique. Beaucoup de femmes ayant accouché ont été confrontées à cette demande, qu’elle émane d’étudiant-e-s sage-femme, d’étudiant-e-s infirmier-e-s, ou d’étudiants médecins. A titre personnel, il m’est arrivé de refuser, il m’est arrivé d’accepter, selon mon degré de douleur, de confort, d’angoisse, mais dans tous les cas, avoir le choix m’a été fondamental.

 

S’ils examinent la patiente endormie, n’est-ce pas parce que l’examen par un externe sera peut être maladroit, pourra être plus douloureux qu’un examen par un soignant expérimenté, et ce serait donc par respect de la patiente qu’on le fait lorsqu’elle dort?

Peut être! Mais cela ne dispense pas de l’informer et de recueillir son consentement!

 

Non mais comment les étudiants vont-ils se former si on commence à permettre à tout le monde de refuser?!

Il y a largement suffisamment de patient-e-s consentantes pour cela! Et proposer un examen AVANT l’intervention et non lorsque la patiente est endormie permettrait peut être aussi d’en recueillir davantage. Personne n’a envie d’être traité comme un cobaye! Par ailleurs, le recueil du consentement (et le respect du refus) est une façon de créer un climat de confiance qui ne peut que favoriser le recueil de consentements.

 

Mais vous êtes sûre que le consentement de la patiente est obligatoire? Quand on va dans un CHU, on sait bien qu’il y a des étudiants et qu’ils sont là pour se former!

Aller dans un CHU n’est pas synonyme de donner son corps à la science!!! Voici ce que dis le code de la Santé Publique sur la question du consentement, et qui s’applique bien entendu également aux CHU:

Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment.

Lorsque la personne est hors d’état d’exprimer sa volonté, aucune intervention ou investigation ne peut être réalisée, sauf urgence ou impossibilité, sans que la personne de confiance prévue à l’articleL. 1111-6, ou la famille, ou à défaut, un de ses proches ait été consulté.

Lorsque la personne est hors d’état d’exprimer sa volonté, la limitation ou l’arrêt de traitement susceptible de mettre sa vie en danger ne peut être réalisé sans avoir respecté la procédure collégiale définie par le code de déontologie médicale et sans que la personne de confiance prévue à l’article L. 1111-6 ou la famille ou, à défaut, un de ses proches et, le cas échéant, les directives anticipées de la personne, aient été consultés. La décision motivée de limitation ou d’arrêt de traitement est inscrite dans le dossier médical.

Le consentement du mineur ou du majeur sous tutelle doit être systématiquement recherché s’il est apte à exprimer sa volonté et à participer à la décision. Dans le cas où le refus d’un traitement par la personne titulaire de l’autorité parentale ou par le tuteur risque d’entraîner des conséquences graves pour la santé du mineur ou du majeur sous tutelle, le médecin délivre les soins indispensables.

L’examen d’une personne malade dans le cadre d’un enseignement clinique requiert son consentement préalable. Les étudiants qui reçoivent cet enseignement doivent être au préalable informés de la nécessité de respecter les droits des malades énoncés au présent titre.

 

C’est affreux d’imaginer que des étudiants nous examinent sans anesthésie sans notre consentement?! Pourrait-on dire qu’il s’agit d’un viol?

Cette pratique est vraiment révoltante. On ne peut effectivement s’empêcher de penser à la définition légale du viol:

Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol. Source

Nous serions alors dans le cadre où la pénétration a lieu par surprise, et il me semble légitime que certaines patientes puissent vivre cette acte non consenti comme un viol. Néanmoins, il est impossible de savoir si les instances judiciaires accepteraient de le qualifier en tant que tel, notamment parce que l’intention de l’acte n’est pas sexuel. C’est en tout cas une polémique qui avait eu lieu il y a un moment sur twitter, j’ai lu ici que cela n’était pas un argument suffisant pour disqualifier le viol mais ne suis pas du tout au fait de ces questions, et suis donc preneuse d’informations à ce sujet de la part de spécialistes.

 

Qui vous dit qu’on ne leur a pas demandé leur avis aux patientes? Que l’examen par les étudiants n’a pas été consigné sur le formulaire de consentement pré-opératoire?

Qu’on me montre un seul formulaire sur lequel cette mention figure, une seule trace de protocole d’entretien où il est indiqué que les patientes sont informées avant l’opération que des étudiants peuvent se livrer à des examens lorsqu’elles sont endormies et qu’elles ont la possibilité de refuser et je retire immédiatement mes propos! Il y a trop d’indices (témoignages d’étudiants, de médecins, documents divers tels que celui qui fait l’objet du présent article, etc…) pour que la charge de la preuve doive encore reposer sur les usagers!! Il est temps pour les soignants de prouver qu’ils sont effectivement respectueux!

 

Et si ces examens non consentis sous anesthésie générale étaient de simples fantasmes de patient-e-s? Après tout, il y a tant de peurs autour d’une intervention…

Les indices sont trop nombreux, trop convergents, pour qu’on puisse ne pas penser qu’il s’agit simplement d’un secret de polichinelle. La médecin-twitto Christine Maynié dite @geluleMD en avait déjà témoigné sur son blog en 2011, cette pratique avait aussi été évoquée sur des forums d’étudiants soignants souvent choqués qu’on les encourage à se former ainsi (voir ici et ici). Suite à la diffusion de ce document, j’ai appelé sur twitter et sur facebook les soignants qui avaient été confrontés à cette pratique à témoigner, afin que les responsables hospitaliers cessent de se voiler la face et prennent enfin les mesures qui s’imposent pour la faire définitivement cesser. J’ai eu de nombreux retours dans ce sens, et ai transmis les coordonnées de ces personnes à des journalistes qui préparent actuellement des articles sur le sujet, si vous souhaitez apporter votre pierre à l’édifice, il est encore temps: nous avons besoin de vous !!!

En 2011, un rapport ministériel avait été rendu pour « promouvoir la bientraitance dans les établissements de santé »… il serait peut être temps de rouvrir le dossier non?

 Edit du 1.02 

@karimIBZT vient de me communiquer un document émanant de la faculté de médecine de Nantes datant de 2011 : il s’agit d’une enquête à destination des étudiants de 3ème année de médecine portant sur les questions « éthiques » et visant à recenser dans quel contexte les étudiants ont appris à réaliser des gestes tels que toucher vaginal, toucher rectal, sutures de plaie. La page où figure le document est ici. Si on peut saluer l’initiative de cette faculté à s’interroger sur ces pratiques indignes et illégales, son existence n’en demeure pas moins un indicateur de la survivance de celles-ci. Les conclusions de l’enquête ne sont pas en ligne, une journaliste les a contactées dans ce sens, on attend ses conclusions.Nantes

Edit du 2.02

Le dernier document daterait en définitive de 2006 (en dépit du fait qu’il figure sur une page datée de 2011) et les conclusions de l’enquête ont été présentées lors du congrès de la Société internationale francophone d’éducation médicale (voir p.49). Les résultats montrent que le toucher vaginal ou rectal sous anesthésie générale sans consentement préalable du patient existe bien, mais le très (trop) faible échantillon étudié ne permet pas de dire jusqu’à quel point elle est répandue.

Une autre étude anglo-saxone datant de 2003 a étudié cette pratique avec un échantillon plus large (452 étudiants) et montré que l’absence de consentement du patient était la règle.

Merci une fois encore à Karim pour tous ces liens, je vous invite à suivre son compte pour prendre connaissance de ces dernières « découvertes » en temps réel…

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29 réflexions sur “Toucher vaginal sur patiente endormie: STOP!

  1. Bonjour

    Je rajouterais quelques éléments :
    – je ne pense pas qu’il soit opportun de partir sur l’axe « viol » ; sinon par conséquence on peut penser qu’un TR ou un TV réalisé lorsque le/la patient-e est réveillée-e est un acte sexuel ce qu’il n’est assurément pas. Cela n’empêche de dénoncer avec force cet acte.
    – s’ils veulent s’entrainer, comment le faire sur un-e patient-e endormi-e ? cela n’a aucun sens. l’intérêt est justement de le faire avec quelqu’un de conscient pour qu’il/elle puisse dire si cela est bien pratiqué et sans douleur.
    – on manque de donneurs de sang ; on pourrait aussi prélever du sang aux patients sans leur consentement puisque la « fin justifie les moyens ». On peut aller très loin ainsi.
    – et si, comme je l’ai lu, il s’agit d' »un acte tout à fait anodin dont il convient de ne pas en faire un tel plat selon l’habitude de femmes hystériques que nous sommes », je ne saurais que recommander aux futurs médecins de prêter qui leur anus, qui leur vagin à leurs co-étudiants à des fins d’entrainement.

    • Je ne souhaite pas particulièrement partir sur l’axe « viol » (la faute professionnelle me semblant déjà très grave), je signalais simplement qu’il me semblait légitime que certaines patientes puissent le vivre en tant que tel. Je souhaitais aussi redonner les éléments dont je dispose pour éclairer cet axe qui revient régulièrement dans les discussions sur ce sujet et poser les questions relatives à ce que je ne sais pas.
      Sur votre deuxième point malheureusement, il semble que l’entrainement ne porte pas tant sur la façon dont est fait l’examen (non douloureux notamment) que sur la pertinence des conclusions (a-t-on correctement évalué le volume de l’utérus? apprécié la position et la fermeture du col? Le cas échéant pu sentir les ovaires etc…). Il reste donc des progrès à faire dans la formation des médecins!
      Enfin, sur votre dernier point: je pense que de nombreu-se-s/x étudiant-e-s sont très mal à l’aise avec cette pratique qu’on leur propose (voire impose!!!) encore trop souvent. Certains s’en veulent de n’avoir pas su dire non. Je pense que les futurs médecins et les patient-e-s peuvent collaborer sur ce point (d’où mon encouragement vis à vis de leurs témoignages!! Ils sont essentiels car il sera bien difficile de faire témoigner une patiente anesthésiée!). Ce sont avant tout les médecins formateurs, qui usent et abusent par là de leur autorité et de leur pouvoir d’une façon inadmissible qui sont les principaux responsables.

    • « on peut penser qu’un TR ou un TV réalisé lorsque le/la patient-e est réveillée-e est un acte sexuel ce qu’il n’est assurément pas. »
      Il ne l’est pas (ou ne devrait pas l’être) du point de vue du médecin ! Ce n’est pas pour autant qu’une femme qui écarte les jambes et se soumet à une pénétration de doigts ou d’objet dans son sexe arrive à faire totalement abstraction de la connotation sexuelle de l’acte.

      De plus, il y a une tendance dans la médecine de désexualiser le corps pour le violenter en toute impunité. L’accouchement est un acte éminemment sexuel (mêmes hormones qui entre en jeu, mêmes organes génitaux, même mécanisme physiologique). Mais les obstétriciens s’empressent de gommer cet aspect sexuel en suivant un protocole déshumanisant (toucher vaginaux à répétition, injection d’hormones de synthèse pour accélérer les choses, transgression d’intimité, non respect émotionnel, etc). Peu de médecins agissent avec une parturiente avec le tact qu’il devraient manifester à une femme qui se masturbe.

      • « il y a une tendance dans la médecine de désexualiser le corps pour le violenter en toute impunité »

        Ah ouais,quand même.
        Là il va falloir développer, parce que ça m’intrigue.

        • Si cette question de la violence faite au corps des femmes vous intéresse tant , faites une recherche « Dr Hazout » sur Google… Par ailleurs,depuis quelques années déjà, un certain nombre de gynécologues ont fait l’objet de condamnations pour violences sexuelles , une instruction étant d’ailleurs en cours à Grenoble contre un gynécologue de la ville, avec des plaintes non seulement de patientes, mais également de femmes employées dans son service.
          Il faudrait cesser de jouer aux puceaux étonnés et de prendre les femmes pour des dindes.

  2. Bonjour,
    actuellement médecin, j’ai été externe. Le texte que vous citez est un carnet de stage de Gynécologie, il ne s’agit pas de n’importe quelles opérations.
    À ma connaissance, dans plusieurs facultés (la mienne et celles de collègues avec qui j’en ai parlé), les TV pratiqués sous anesthésie générale le sont dans le cadre d’opérations du col utérin ou de l’utérus, pour lesquelles le TV est pratiqué par le chirurgien (sénior ou interne). L’externe faisant parti de l’équipe chirurgical peut-être effectivement amené à faire ce geste.
    À noter que lors de ces opérations, divers instruments sont amené à passer par cette voie.

    • Si vous relisez attentivement mon article, vous constaterez que je précise effectivement qu’il s’agit d’examens réalisés dans le cadre des opérations prévues (cf. deuxième question à laquelle je réponds). Et que donc le fait qu’un examen soit nécessaire avant l’intervention n’enlève rien au fait qu’il devrait être demandé le consentement de la patiente pour qu’un deuxième examen non nécessaire et à but de formation (celui de l’externe donc) soit réalisé.
      Le fait, comme vous dites pudiquement que « divers instruments soient amenés à passer par cette voie » n’y change absolument rien. A ce titre, je vous renvoie aux dernières lignes de la loi sur le consentement que je cite plus haut:
      « L’examen d’une personne malade dans le cadre d’un enseignement clinique requiert son consentement préalable. Les étudiants qui reçoivent cet enseignement doivent être au préalable informés de la nécessité de respecter les droits des malades énoncés au présent titre. »

    • Il est pourtant assez simple de comprendre ceci : on a le droit de ne pas être d’accord pour qu’un examen soit pratiqué. Et on a le droit de ne pas être d’accord pour qu’un 2e examen soit pratiqué.
      Ce n’est pas en forçant les gens que vous leur inspirerez la confiance qui leur permettra de vous dire oui.
      Au contraire, en faisant ça, vous créez un climat de suspicion qui dégrade les relations patient-soignant et entraine de la suspicion.
      Et ne me dites pas que c’est au patient d’être raisonnable : celui des 2 qui est le plus rationnel dans cette situation, qui est censé prendre du recul, c’est le soignant. Le patient est en situation émotionnelle difficile (même pour un « petit bobo »), en stress et en situation d’infériorité (c’est le soignant qui a l’autorité). C’est donc au soignant de prendre soin du patient et non l’inverse.

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  5. PEUT-ON PORTER PLAINTE ?
    purée mais il faudrait porter des camera cachées pendant les opérations ?
    (quand on voit déjà les peintures qu’ils ont dans leur salle de repos, on peut se poser des questions…) écoeurée

  6. Je fais partie des patientes sympas, qui acceptent volontiers qu’une étudiante sage-femme les recouse, ou qu’une étudiante (aux urgences), fasse un toucher rectal supplémentaire, et non utile pour moi. On m’a demandé, dans les deux cas, et dans les deux cas, j’ai donné mon accord. Je dis çà pour dire, que comme je sais que je ne suis en rien exceptionnelle, je pense que les étudiants pourraient très bien se former si leurs accompagnants (ou eux-même) se fendaient d’une demande d’accord. Donc, l’argument, souvent avancé, selon lequel sans çà, nos futurs soignants n’appendraient rien, est inepte. Au contraire, ils apprendraient aussi comment exposer une demande, et à respecter quoiqu’il arrive les vœux éclairés du patient.

    Mais je suis très mal à l’aise avec le fait qu’on puisse dire que c’est un viol. Se faire explorer le vagin ou l’anus par un soignant n’a rien d’agréable, et ce, qu’on soit consentant ou non. Mais le mot viol implique une prédation sexuelle qui n’est absolument pas le sujet ici. C’est sans doute plus proche d’un abus de pouvoir. Pouvoir détenu par ceux qui forment, et pas par les étudiants.

    Je crois qu’il y a un problème fondamental de relation patient-soignant, ou plutôt, de la façon dont on l’enseigne encore. Il me semble que l’enseignement reste archaïque, basé sur une sorte de mandarinat despotique. Alors que pour lire un peu de blogs de médecins ou d’internes, ceux qui sont passés par là et l’écrivent, (fluorette ou jaddo, si mes souvenirs sont bons) ont soit été très mal à l’aise, soit ont refusé. Le problème n’est pas le fait des étudiants, mais des pratiques qu’on leur impose, à eux aussi. Il ne faut pas oublier çà. Les étudiants en médecine, quelque soit la branche, se voient imposer des pratiques et des règles qu’ils n’ont pas conçues. Et ils tiennent comme tout le monde à avoir leur diplôme. Alors, et c’est bien humain, ils font souvent ce qu’on leur dit de faire pour être bien vus, ou bien notés.

    Je trouve que c’est important de rester prudent dans ce contexte, et de ne pas taper sans discernement. Obliger les universités à changer de façon d’enseigner, oui. Porter plainte contre l’étudiant(e) qui a fait l’acte, par contre, non.

    • Je n’ai jamais dit et ne dirait jamais que l’examen consenti est un viol. De même que j’ai évoqué avec précaution, n’étant pas juriste, le fait qu’il soit qualifié en tant que tel même en l’absence de consentement. Ce qui me semble clair en revanche est le fait qu’une patiente qui n’a pas consenti et le découvre après coup puisse le vivre en tant que tel. C’est à ce titre que j’ai souhaité rappeler la définition juridique du viol et invité les soignants à s’interroger sur le vécu des patients.
      Pour le reste je vous suis entièrement.

    • « le mot viol implique une prédation sexuelle qui n’est absolument pas le sujet ici.  »
      Non. Pas obligatoirement. Par exemple un jeune homme un peu efféminé qu’on attaque et à qui on enfonce des objets dans le rectum est violé, même si le plaisir ressenti par ses attaquants n’est pas sexuel.

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  10. Rappelons que lorsque le scandale du TV/AG a surgi en son temps aux USA, cette problématique de la formation médicale a été immédiatement résolue par l’abandon définitif de telles pratiques, devenues archaïques et obsolètes, d’un avis unanime. On a désormais recours à des volontaires consentantes et rémunérées, venant en renfort de mannequins et autres simulations. C’est la solution adoptée depuis par de nombreux pays, comme le signale très justement Martin Winckler.
    Or à présent que ce scandale apparaît en France, que voit-on, à l’opposé d’une approche moderne, pragmatique et rationnelle ? Un corporatisme médical qui patauge entre le déni de réalité et la manipulation des faits, à des attaques féroces et vulgaires visant, sous couvert d’acte médical, à défendre leur droit quasi-seigneurial de « vaginage ». Pour ces messieurs, la seule femme supportable est celle qui se déshabille et écarte les jambes sur un claquement de leur doigt.
    « Toutes à poil » pourrait être leur slogan. C’est la raison essentielle du blocage de la profession sur cette question du « consentement préalable», qui en soi pourrait et devrait être accordé facilement, comme ailleurs. Mais ils ont décidé par stratégie de se fixer et de se battre sur ce front, car à leurs yeux, céder sur ce point somme toute minime, serait ouvrir la porte à une possibilité de dévoilement généralisé de leurs pratiques contestables, au demeurant de plus en plus difficilement supportées par de nombreuses femmes ainsi que par leurs compagnons. Voir à ce sujet le blog : http://marieaccouchela.blog.lemonde.fr/2015/01/26/les-violences-obstetricales-et-la-parole-confisquee/#xtor=RSS-32280322 ainsi que le livre du Dr Girard : La brutalisation du corps féminin dans la médecine moderne.
    C’est pourquoi, nous avons droit à une contre offensive presque comique, digne du Dr Diafoirus de Molière, à base d’indignation morale de type jésuitique : « le médecin au-dessus de toute considération sexuelle » (comme l’attestent bien entendu les multiples fresques pornographiques de leurs réfectoires, toutes plus chastes les unes que les autres) ou encore à des attaques « ad feminem » : une interrogation légitime devenant un « fantasme » et des lanceuses d’alerte traitées de « talibanes, voire pire d’américaines », comme on a pu le voir écrit noir sur blanc dans un récent commentaire, perpétré par l’ un de ces gentlemens, lui aussi praticien « d’une profession entièrement au service de l’intimité des femmes », comme ils disent.

  11. Vers le début des années 90, j’avais 16-17 ans, je suis opérée à l’hôpital Boucicaut d’une réduction mammaire que j’attends depuis fort longtemps.
    C’est la mi juillet, je souffre, je me repose assise dans mon lit, seule dans la chambre, un champ bleu couvrant mon torse nu et suturé.
    D’un coup, la porte s’ouvre, on entre sans frapper, un « senior » qui ne m’a pas opérée, que je n’ai jamais vu, entre, se place au pied de mon lit, suivi d’un escadron d’une bonne douzaine de blouses blanches aux visages curieux, tous le regard braqué sur moi.
    Le sénior, sans dire bonjour, commence à évoquer mon cas comme si je n’étais pas là, comme si je n’étais pas un être humain capable de communiquer avec lui. Je me sens envahie, humiliée, je suis médusée par ce qui est en train de se produire, par ce qui m’arrive, incapable de réagir autrement qu’ en regardant toutes ces personnes avec méfiance et hostilité.
    Tout à coup, ce sénior aux cheveux gris, me parle et m’ordonne de montrer mon torse, mes seins, leurs seins, je crois, puisque tout à coup, je ne m’appartiens plus, la réalité a basculé et tout ce qui m’avait humanisée depuis ma naissance est balayé avec cette injonction.
    Je regrette encore, je regretterai toujours d’avoir obéi à cette injonction débilitante alors qu’un sentiment de révolte, de rage, d’injustice m’envahissait et me noyait d’émotions.

    J’étais une ado timide, un peu effacée, très sensible. Je n’ai pas osé me rebeller face à l’autorité qu’il représentait.

    Comme si mon humiliation ne suffisait pas, un jeune interne s’est approché, m’a sourit et m’a demandé si il pouvait toucher mes seins. Avec le recul, son attitude a été respectueuse, c’est bien le seul, d’ailleurs à avoir manifesté envers moi de l’humanité, mais dans le contexte, c’était une violence de plus que l’on m’infligeait.
    Je l’ai fusillé du regard, c’était le coup de grâce, j’étais outrée et véritablement choquée, je lui ai dit quelque chose comme,  » ben, allez y, au point où j’en suis..! » et il a fait ce qu’il avait demandé.

    Je précise que j’étais mineure.
    Que personne ne m’a jamais dit que je pouvais refuser cette visite.
    Qu’aucune autorisation n’avait été demandée à mes parents.
    Qu’ils sont tous partis comme ils étaient venus, certains avec le regard un peu plus fuyant sous le mien, absolument scandalisé.

    Ce n’est pas la seule situation d’humiliation que j’ai vécu en milieu de « soins ».
    Celle là, comme mes cicatrices, m’a marqué au fer rouge.
    Ce jour là, mon humanité a été niée.
    Je l’ai vécu comme un viol, une agression terrible, une trahison d’autant plus terrible que mon inexpérience, ma jeunesse, ma candeur, ma position de faiblesse ne m’ont pas permis de me défendre.
    Alors, oui, pour en revenir au sujet, que ces médecins qui ne voient pas où est le problème, qui nie le malaise ,cessent ces postures hautaines, leur morgue est insupportable, comment peuvent ils oublier que nous sommes des êtres de symbole, de concept au même titre que nous sommes fait de chair?
    Leurs arguments légers, nonchalants, incroyablement irresponsables, qui défendent la théorie qu’il vaut mieux qu’on ne » sache pas que plusieurs sont passé voir la patiente » est peut-être encore pire que ce que j’ai vécu.

    Et qu’un homme, même gynécologue, même le grand manitou des gynécologues, ne se permette pas de tenter de clouer le bec aux légitimes inquiétudes des femmes, en parlant d’un excès de pudibonderie. C’est insupportable.

    Désormais, le lien de confiance est rompu.
    Nous soigner, réparer nos corps, oui, mais en payer le prix en nous mettant nos estimes de nous même en lambeaux, non.

    • Nous préparons un tumblr pour recueil des témoignages comme le vôtre où le droit au consentement a été dénié, ou bien où le consentement a été forcé. Autoriseriez-vous que nous publiions votre témoignage dessus?

      • Oui, je l’autorise, je n’ai évoqué cette scène douloureuse qu’ avec trop peu de personnes, j’avais honte de ce qui était arrivé, honte de n’avoir pas réussi à exprimer sur le moment ce que je ressentais, honte de n’avoir pas su et pu dire non …

        Je peux dire que plus de 20 ans après, mes cicatrices physiques se portent bien, mais celle que l’on m’a faite moralement ce jour là, ne s’effacera jamais. L’un de mes regrets, c’est de n’avoir pas fait attention au patronyme de ce « grand professeur », car la femme que je suis aujourd’hui souhaiterait lui parler de ce fait qu’il a dû certainement oublier au moment même où il franchissait le seuil de la porte de ma chambre, et qu’il a dû répéter à l’envi durant toute sa carrière..J’aurais souhaité par le dialogue, le mettre face aux conséquences destructrices de ses méthodes si il en est resté inconscient durant tout ce temps, qu’il en prenne la pleine mesure.
        Ce professeur vu son âge à l’époque, est sans doute retiré des affaires, mais il a essaimé sans doute de par ses méthodes, et parmi ceux qu’il a formé, certains ont peut-être étés « déformés » par sa pédagogie et nuisent en toute bonne conscience, à leur tour, en croyant bien faire.

        J’accepte que mon témoignage soit publié, j’espère contribuer à ma toute petite échelle à ce que le rapport de force change, que les soignants qui dérivent soient stoppés dans leurs abus, non seulement par des patients vigilants et avertis, mais je l’espère aussi, surtout par leurs pairs, et que les mentalités changent.

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