Faut-il parler du massacre de Charlie Hebdo à mes enfants ?

Je suis choquée, on est tous choqué par ce qu’il s’est passé mercredi.
Comme pour le 11 septembre, tout le monde se rappellera ce qu’il faisait quand il a appris ce drame terrible.
Moi j’étais à table, avec les enfants. Comme tous les mercredis j’avais mis Radio classique. Je ne pensais pas qu’il y avait des bulletins d’info. Je n’y ai pas réfléchi.
« 12 personnes sont mortes dans l’attentat de Charlie Hebdo ce matin… »
J’ai cru à une blague.
Puis je me suis dit que j’avais mal entendu. J’ai dû mal comprendre. Peut-être est-ce l’anniversaire d’un triste attentat ? Une rediffusion d’une chronique.
J’ai été choquée.
Puis je me suis occupée des enfants. Coucher le petit, occuper la grande.
L’après-midi j’ai regardé mon fil twitter défiler.
J’ai mis 2 heures à faire mon gâteau. Perturbée.
J’ai appelé ma soeur, qui habite le 11e à Paris…
J’ai bien veillé à laisser coupée la radio, éteinte la télé. Préserver ma fille.

Je ne lui ai rien dit.
Elle a 5 ans.
Comment lui dire ? Comment lui expliquer que l’on tue pour des dessins, elle qui en fait chaque jour ?
Comment lui dire l’horreur de la vraie vie ?

Ce n’est pas de son âge. Il était évident pour moi que je ne devais pas lui en parler.
Puis j’ai réfléchis, j’ai vu le lendemain que certaines écoles allaient observer une minute de silence. Des maternelles même.
Mais bon Dieu, qu’est-ce qu’ils ont dans le ciboulot ?? Il faut vraiment en parler aux enfants s’ils n’entendent rien sur cet événement ?

Après mûre réflexion, j’ai décidé de laisser venir. De demander à ma Zouzou comment était sa journée. De sonder pour savoir s’il y avait eu quelque chose de différent. Mais ma Zouzou parle peu quand on lui pose des questions. Le soir elle finit par nous dire à moi et son papa : « A l’école, les Atsem elles nous ont demandé de faire le silence pendant une minute parce qu’on faisait trop de bruit. » On ne lui a donc rien dit. Elle nous a juste parlé de son amoureux qui n’est plus son amoureux, parce qu’il l’a tapée. Voilà de quoi on devait lui parler. De sa vie à elle, pas de sujets d’adultes. On n’en parle pas devant elle, on fait attention à ne rien laisser filtrer.

Et on reste vigilant. Je veux préserver l’enfance de ma fille. Elle saura bien assez tôt que dans ce monde, il n’y a pas que des princesses et des poneys magiques…
Si vous avez des enfants plus grands, ou que vous souhaitez en parler, Nadia Daam a fait un super article qui regorge de bons conseils très fondés et documentés. Notamment un lien vers le Petit quotidien à télécharger destiné aux 6-10 ans. Avec des images (ultrasoft), des mots qu’ils peuvent entendre à la radio ou à la télé avec des définitions pour nous aider, nous, parents, et une chouette BD adaptée aux plus jeunes et qui aborde la question de la liberté d’expression dans les dessins et sur lequel je pense m’appuyer si ma Zouzou en venait à se poser des questions…
petit quotidien charlie hebdo

 » Ce sont mes dessins pour le journal, qu’en penses-tu ?
– Oh là là là la !… Si on dessine un soleil ça va nous fâcher avec les gens qui aiment les nuages et la pluie !
– Tu crois ?
– Évidemment. Et les fleurs ! Mais voyons, il y a un langage des fleurs : certaines évoquent l’amour, d’autres la douleur… Trop risqué ! Là non plus, ce n’est pas possible !… Et les chats noirs ça porte malheur !
– Super un journal où on n’a plus le droit de dessiner ni soleil, ni fleurs, ni chat ? Et les petits oiseaux, je peux ? »

Petit Quotidien BD

Et vous, en avez-vous parlé ?

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12 réflexions sur “Faut-il parler du massacre de Charlie Hebdo à mes enfants ?

  1. Merci pour le lien du quotidien, tellement bien fait!!! Moi je n’en n’ai pas parlé parce que fort heureusement pour une fois, mon grand de 7 ans a beaucoup d’autres choses plus importantes comme ses cartes Pokemon, …. Mais il est sûr que s’il commence à me questionner j’essaierai d’être la plus honnête possible et lui montrerai ton précieux article du Petit Quotidien :-)

  2. Je suis d’accord avec toi, j’aurais bien aimé ne rien laisser filtrer en ce qui me concerne, mais comme les scrogneugneu d’instits ont fait respecter la fameuse minute de silence, et mal expliqué (à moitié, quoi), il a fallu rectifier le tir: le soir ma fille (7 ans) pleurait parce qu’elle avait peur que des terroristes viennent la tuer la nuit. C’est gagné!
    Donc il a fallu expliquer que parfois même un dessin, quand il se moque un peu méchamment peut avoir ce genre de conséquences; que ceux qui ont été jusque-là n’ont pas d’excuses, mais que quand on se moque de quelqu’un parfois il y a des résultats horribles. Et j’ai rajouté aussi que beaucoup de gens meurent chaque jour, soit parce qu’ils sont malades ou ont des accidents, soit parce qu’il y a la guerre dans leur pays, et qu’on ne fait pas la minute de silence pour eux… ce qui n’enlève rien à la tristesse qu’on peut ressentir à chaque fois que ça arrive (le grand-père de sa meilleure amie vient de mourir). Bref, remettre un peu de perspective dans tout cet embrouillamini politico-médiatique, c’est un travail de parent c’est sûr, mais ce n’est pas toujours évident.

  3. J’en ai parlé à leur retour d’école, à chacun séparément (8 et 5 ans), en fonction de ce qu’ils avaient entendu et compris. Le Petit Quotidien m’a bien aidé pour ma grande, qui a exprimé qu’on avait beaucoup de chance de vivre dans un pays où la Liberté est là ! Ses copines lui avaient parlé de morts, d’images vues sur Internet (!) mais elle n’avait pas compris pourquoi. Même si c’est difficile d’expliquer au mieux, c’est aussi impressionnant de voir qu’ils comprennent très vite, très bien. « J’aurais préféré que ce soit une histoire et pas la réalité » a conclu ma fille, preuve qu’elle fait bien la différence. Avec mon fils à qui on avait évoqué des morts pour expliquer la minute de silence, j’ai posé seulement quelques mots de contexte, ce qui semble lui avoir suffit.

  4. J’ai deux enfants en maternelle (5 ans et tout juste 3 ans et demi) et ils ont fait la minute de silence dans leurs classes. J’avais fait le choix de ne pas leur en parler, sous le coup de l’émotion, on ne sait jamais vraiment quelle position adopter, et vraiment, je les trouvais trop petits pour être confrontés à un tel événement. On me dit « ils sont trop petits pour comprendre ». Non, je le sais, ils comprendront mais ils ne sont pas capables d’encaisser une telle violence. Je ne savais pas s’ils allaient observer cette minute de silence, je ne voulais pas anticiper de manière inutile.
    Après l’école, je ne leur ai pas posé de questions, ils en ont parlé d’eux mêmes, avec des mots de leur âge (« c’est très triste ») mais aussi avec un vocabulaire que je ne leur connaissais pas (« y’a des gens qui ont été tués »). Nous avons eu alors un long échange. Ma « grande » est une enfant hypersensible (je déteste les étiquettes, mais bon, le fait est qu’elle réagit souvent de manière démesurée à des petits événements de la vie et qu’elle développe une empathie forte. Nous n’avons pas la télévision, et dans la voiture, je ne mets jamais la radio pour éviter qu’ils entendent des choses qui ne sont pas adaptées à leurs âges.) et elle a littéralement explosé, avec de lourds sanglots, impossible de la calmer pendant 3/4 d’heure. Le plus jeune est apeuré, ses grands- parents habitent à Paris et nous y allons souvent en vacances. Il répète en boucle les mêmes interrogations, veut en savoir plus sur les morts et les méchants. Si la « grande » s’interroge sur le « pourquoi », le plus jeune pose des questions sur le « comment ».
    Je n’ai pas pris assez de recul avant de les déposer à l’école hier matin, je me dis que j’ai fait une erreur de les livrer à eux- même ainsi, avec des explications collectives pas toujours adaptées et réfléchies, avec leurs questions qu’ils n’ont pas osé poser devant 20 autres enfants. Le recueillement est important, mais avant 6/7 ans je pense qu’il est avant tout anxiogène. Je leur ai dit aussi que j’aurai préféré qu’ils ne soient pas au courant, pas pour leur mentir ou leur cacher la vérité, mais parce qu’ils sont des enfants, et en tant qu’enfants, ils n’ont pas à porter cela. Maintenant, c’est fait, et je n’en veux pas aux instits, nous avons tous eu peu de temps pour réfléchir et nous sommes tous profondément affectés.
    Merci d’en avoir parlé ici, je pense que ça va faire du bien à plein de parents.

  5. J’en ai parlé, dès le mercredi, à mon fils de 8 ans. Parce que je sais que certains enfants de l’école vivent avec la télé allumée tout le temps, notamment au moment du repas devant le JT, et que je voulais absolument que la première info vienne de moi.
    Ils ont respecté la minute de silence en primaire (en maternelle je ne sais pas, je n’y ai pas d’enfant scolarisé), les enseignants avaient expliqué, la directrice a fait un petit discours sur le pays des droits de l’Homme et les principes fondateurs de notre pays.
    Hier soir, petit debriefing avec mon fils, qui en a profité pour revenir sur une actu qu’il avait mal comprise : les émeutes aux USA suite au meurtre d’un jeune Noir par les forces de police.
    Une grande soirée éducation civique, quoi !
    La grande de 15 ans avait été mise au courant toute seule via les réseaux sociaux.

  6. ça alors, cet article me laisse sans voix!

    oui j’ai parlé de la tuerie à mes enfants! c’est une telle évidence pour moi …
    4 ans, 6 ans et 7 et demi

    D’une part les cours de récréations sont pleines de (pauvres) gamins qui regardent le JT de 20h et qui donc parlent à tord et à travers de ce qu’ils ont (mal) compris, donc je préfère que mes enfants aient une vraie information et qu’ils sentent que je suis disposée à parler avec eux.
    D’autre part, j’étais moi même choquée, attristée et en colère, alors mes enfants qui ne sont pas nés de la dernière pluie voyait bien que quelque chose clochait… j’ai préféré leur expliquer simplement qu’il y avait eu une attaque dans un journal et que des gens étaient mort pour avoir fait leur travail qui ne plaisait pas à d’autres.
    Enfin mon grand a déjà parlé de la seconde guerre mondiale à l’école, et des camps d’exterminations… alors ça n’enlève rien aux poneys roses et aux pokémons mais voilà la vie est ainsi faite les humains peuvent être des génies, de grands humanistes ou des bourreaux sans cœur.

    C’est justement parce que ce sujet est tellement grave j’ai préféré l’aborder moi-même!

  7. Comme toi, je ne voulais pas en parler, de peur que mon fils de 5 ans ait peur à son tour (tué, morts…).
    Mercredi quand il me voyait pas bien, en discuter avec mes amis, ma famille, je lui simplement dit : « des gens ont fait du mal à d’autres gens », sans aller plus loin.
    Je ne savais pas si la minute de silence serait observée dans son école, en maternelle.
    Quand je lui ai posé la question, le soir, il m’a tranquillement répondu :  » oui, car à Paris (il a compris que c’était loin pour lui…) des gens ont tué 12 personnes, des journalistes et qq policiers, car ils n’aimaient pas leurs dessins. Tu sais, maman, on n’a pas le droit de tuer parce qu’on n’est pas d’accord, il faut le dire, ça s’appelle l’amour. »
    Tellement fière de mon fils… et Merci à l’école, à la maîtresse d’avoir fait ce que je n’avais pas osé faire (pour une fois).
    Du coup, j’ai continué le débat en en profitant pour essayer de lui faire comprendre les notion de liberté, liberté de parole, d’expression, de penser, de discuter. Et NON à la violence!
    Je suis même allée, car il me l’a demandé, jusqu’à lui montrer les portraits de Charb, Cabu,Wolinski et Tignous et leurs dessins. Pour moi c’est important de transmettre notre culture.
    Voilà comment ça s’est passé chez moi.
    Mais je comprends entièrement que l’on n’ose pas en parler et préserver ses enfants.

  8. Bonjour a toute, j’ai longtemps tergiversé entre « leur laisser leur monde de bisounours » et leur expliquer.Mon grand a 4 ans, il analyse tout, il lui a suffit d’entende quelques mots à la radio, il est tombé sur une image quand j’ai allumé la tv de flic armé jusqu’aux dents, il a fait une minute de silence à l’école, je ne pouvais pas ne pas lui expliquer très simplement « des méchants ont tuer des monsieur, la police les cherche » point barre, je n’explique pas le fait des dessins ou quoi qu’est ce, ca ne sert à rien de faire marcher leur imagination outre mesure mais tout le monde en parle partout, au moins c’est dit clairement plutot que d’entendre des trucs à la garderie où ils sont les maternelle et primaire mélangés.

  9. Bien évidemment, nous en avons parlé et nous sommes allées ensemble à une manifestation de soutient.
    Ils savent depuis leur naissance que la vie n’est pas toute rose, ils ont vécu des choses difficiles avant d’être nos enfants, et également après. (adoption)
    Nous avons abordés les camps de concentration, le génocide indien, les récentes tueries américaines contre les noirs, le 11 septembre, il était évident pour nous de parler de CH.
    Mon grand a répondu aux questions des enfants de sa classe. Il parle aussi en classe de la Convention des Droits de l’Enfants, son instit était surprise.
    Nous avons aussi parlez de Rosa Parks, on s’interroge beaucoup sur comment nous autres parents blancs pouvons faire du mieux possible pour éduquer nos enfants noirs (transmettre ou non la culture noire que nous ne pouvons pas comprendre comme si nous étions noirs).

    Petite, on ne me parlait pas de ces choses là, quand j’ai pris conscience de la réalité du monde vers 8 ans (famine en Ethiopie notamment), ça a été très difficile et ça le reste.

  10. Je n’ai pas lu les commentaires au dessus…
    Pour moi quel que soit l’âge il faut en parler car les enfants sentent notre émotion. Évidement il faut adapter les mots à chaque enfants, mais ils sont droit de savoir. Même un petiot de 2 ans peut comprendre que le liberté a été attaquée et que nous allons manifester pour montrer notre désaccord. De toutes façons les enfants scolarisés auront bien compris que quelque chose d’important, de fondamental, de grave est arrivé. Alors au lieu de laisser cela comme un malaise diffus il est pour moi lieux de dire que des hommes sont morts pour la liberté d’expression.

  11. Pingback: Toujours aller vers une éducation bienveillante [mini-débrief] | Les Vendredis Intellos

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