La libération des traumas – conférence de Gérald Brassine

Ce mardi, j’ai assisté (pour moi-même mais en pensant un peu aux VI aussi) à une

« présentation de Gérald Brassine (Fondateur de l’Institut Milton Hiland Erickson de Belgique) sur la technique de contrôle du système nerveux autonome en vue de donner à la victime la clé de sa propre libération des traumas. »*

Gérald Brassine, j’en ai parlé ici-même sur la prévention des abus sexuels, les conséquences de l’abus et quant à la manière de parler d’un agresseur.

*je serais bien allée le lendemain à une autre conférence de Brassine – sur « l’intervention écologique dans un cadre d’inceste » – mais je suis devenue tante ce jour-là : contempler mon neveu et ma nièce a été beaucoup plus important :-).

La conférence était très intéressante, même si, forcément, il « prêchait pour sa chapelle » – càd sa méthode d’hypnose : la PTR (psychothérapie du traumatisme et réassociation). Je n’en rendrai pas compte dans l’ordre « chronologique ». L’oralité n’est pas l’écrit et s’il y avait un fil, il y avait souvent des boucles que mon esprit logique a envie d’ordonner. D’autre part, je prends des notes pour les retranscrire au mieux ensuite mais je suis bien consciente qu’il y a un prisme : moi – dans ma manière de formuler, dans ce que je retiens ou non, et dans mon interprétation.

Freud et l’hypnose

Gérald Brassine a commencé par évoquer l’histoire de l’hypnose. Tonton Freud essaie l’hypnose et découvre que plein de patients ont des souvenirs d’abus sexuels qui remontent des tréfonds de l’inconscient. Troublé, il en parle à un conseil des médecins qui n’y croient pas et le vannent (« abus sexuels ? n’importe quoi, même pas vrai d’abord »). Du coup, Freud réinterprète ces découvertes : ce ne sont pas des souvenirs mais des désirs enfouis et, tiens, on va appeler ça l’Œdipe. Il interdit ensuite la pratique de l’hypnose.

J’avoue que je n’ai pas envie de fouiller l’histoire freudienne pour vérifier cet enchaînement mais comme je n’ai jamais été fan de Tonton Freud – sa définition de la femme par l’absence de phallus m’est restée en travers de la gorge –, cette version me va. (J’avais lu que Sandrine de ScommC remettais également en question la réalité du complexe d’Œdipe, et d’autre part, Alice Miller, dont j’avais lu autrefois La Connaissance interdite, va dans le même sens que Brassine sur le plantage de Freud quant à l’interprétation des récits d’abus sexuels (« vous vous trompez : vous n’avez pas été abusé, c’est votre fantasme ».)

Cette petite intro avait pour but de montrer que l’hypnose avait mauvaise presse pour des raisons peu valables. Dans ce sens, Brassine a aussi dénoncé l’hypnose « spectacle ».

Le traumatisme et les symptômes

Au fil de la conférence, Brassine a évoqué pas mal de symptômes, conséquences d’un traumatisme, quel qu’il soit, quel que soit l’âge auquel il a été vécu (il a d’ailleurs illustré les traumas, les symptômes et les guérisons par des exemples très variés : abus sexuels, accident, braquage, contexte de guerre, tremblement de terre…).

Dès qu’un choc survient, aussitôt se met en place un « état modifié de conscience ». Cet état se caractérise par :

  • La catalepsie : une paralysie, une incapacité de réagir
  • La dissociation : la sensation d’être hors de soi-même
  • La dépersonnalisation : l’impression de se voir comme si c’était une autre personne

Ces phénomènes peuvent se répéter dans une situation analogue, par exemple, dans le cas d’un abus sexuel, lors d’une relation consentie.

Cet état modifié de conscience jouera un rôle essentiel dans la méthode de Brassine.

La personne ayant vécu un traumatisme souffrira de différentes manières souvent mal comprises par le corps médical.

  • Un traumatisme est souvent enfoui dans l’inconscient, entièrement ou en partie. (L’un des exemples évoquait quelqu’un qui se souvenait de tout dans les détails mais qui avait effacé les minutes les plus dures.) Cette « amnésie» n’empêche pas les gens de souffrir du traumatisme « oublié ».
  • Lorsque les gens veulent se soigner, l’investigation est souvent longue et porteuse de souffrance.
  • Les victimes se sentent coupables. (Dans le cas d’abus sexuel, le « plaisir mécanique » avec lequel jouent certains abuseurs peut accentuer cette culpabilité.) Cette culpabilité peut être traînée pendant des années même si elle n’est pas consciente.
  • Réveils nocturnes, paniques, cauchemars…
  • Automutilation
  • Identification à l’agresseur : la victime adopte alors des comportements violents, incompréhensibles pour l’entourage – et pour elle-même lorsqu’elle en prend conscience.
  • Phénomène d’intrusion, hallucinations
  • Psychosomatisation : Brassine a accentué cet aspect, paraphrasant Freud :

« la psychosomatique est la voie impériale vers l’inconscient ».

Il évoquait la métaphore de la « prise de terre » pour les appareils électriques : lorsqu’une émotion est trop forte, le cerveau, pour nous protéger, la transpose au niveau du corps. Il évoque dans ce sens les brûlures d’estomac, l’ulcère, le syndrome du côlon irritable, la polyarthrite … Il précise aussi que dans un trouble psychosomatique, les antidouleurs ne sont pas (ou peu) efficaces.

La remise en question des psychothérapies traditionnelles

Comme il l’écrivait dans son livre, parler ne suffit pas. Lors de la conférence, il était plus virulent quant à la manière dont fonctionnent beaucoup de psychologues et – plus encore – les psychanalystes. Il remet en question la « vache sacrée » actuelle : l’idée que « ça fait du bien de parler ».

Pour ma part, je pense qu’il est un peu excessif. Je pense qu’en effet, ça peut faire du bien de parler, ne fut-ce que pour que soit reconnue la souffrance, et tout simplement pour identifier, pour qu’un-e interlocuteur/trice compétent puisse mettre un mot, aussi dur soit-il – viol, abus sexuel, violence psychologique, viol conjugal, etc. Mais là où j’apporterai de l’eau à son moulin, c’est qu’il est capital d’avoir un-e bon-ne interlocuteur – et le diplôme en psychologie n’est pas une preuve suffisante. Pour avoir testé plusieurs « psys » (je vous passe le contexte de liste d’attente, de stagiaires, etc. qui font que j’ai « voyagé »), et je dois dire que la rencontre avec une psy qui travaille dans un « service violences intrafamiliales » a été bénéfique : elle reconnaissait tout de suite la violence dans ce que je relatais – y compris quand je n’avais encore pas le recul pour l’identifier – et pouvait également décrypter la violence que je voyais chez moi, comme étant un mécanisme de défense. Je n’ai pas fait l’expérience d’une telle perspicacité avec chaque psy rencontré-e. Et dans ce rayon, je trouve absolument atroce un-e psy qui ne dit rien, qui, tout au plus, hoche la tête. Et, dans le genre pas très propice à une guérison, il y a aussi eu une psy qui n’écoutait pas ce que je disais et déformait mes propos.

Il y a un autre point où je rejoins Brassine : je pense que triturer indéfiniment les mêmes événements, les mêmes mots ne guérit pas voire fait souffrir – c’est dans ce sens qu’il parle de « victimisation secondaire ».

La PTR (psychothérapie du traumatisme et réassociation)

L’hypnose, telle que la pratique et l’enseigne Brassine, se veut protectrice, sécurisante, sans souffrance. Il conteste l’idée de perte de volonté et/ou de contrôle associée à l’hypnose. Il s’agit au contraire, dans sa démarche, de permettre au/à la patient-e de « développer ces compétences hypnotiques » et de retrouver le contrôle.

Il souligne également le fait que l’hypnose est un phénomène naturel : c’est ce qui se produit quand nous sommes « dans la lune », c’est-à-dire extérieurement immobile, mais plus vraiment là, « la tête ailleurs ».

Brassine pratique une hypnose conversationnelle : le/la patient-e est toujours conscient-e, parle et garde le contrôle – il prend soin de permettre à la personne de prendre conscience de ce contrôle toujours présent. Il part d’un environnement, d’un souvenir, aimé par la personne, puis il sollicite les phénomènes qui relèvent d’un état modifié de conscience : la personne est invitée à se regarder de haut comme si elle se dédoublait et volait au-dessus d’elle-même. Cela a pour but de créer un maximum de protection, de sécurité. Progressivement, il s’agira d’aller vers l’événement traumatisant et de le modifier : par exemple, l’agresseur est minuscule ou ridicule – ceci permet de libérer le blocage au niveau du cerveau reptilien, et dans ce scénario, la victime peut se défendre, « massacrer » l’agresseur.

La guérison

L’événement n’est pas effacé mais la victime voit ensuite clairement : ce qui s’est passé (y compris les pires moments « oubliés »), son absence de culpabilité et la responsabilité de l’agresseur. Une cicatrice demeure mais la souffrance s’en va. La psychosomatisation cesse. Brassine a dans ce sens donné beaucoup d’exemples concrets de gens ayant vécus des histoires particulièrement violentes, présentant des symptômes tels que ceux évoqués, chez qui quelques séances (dans les exemples 1 à 8 séances ont été nécessaires) ont débloqué tant la souffrance, que les comportements et les symptômes qui se manifestaient.

Les autres méthodes

J’ai interrogé Gérald Brassine sur les autres méthodes dont j’ai entendu parler (dont par lui-même dans son livre) : EMDR, hypnose eriksonienne, somatic experiencing.

Il a expliqué s’être inspiré de tout cela pour créer sa méthode. Il s’est basé sur l’hypnose eriksonienne (et a d’ailleurs fondé en Belgique l’institut Erikson), a repris des éléments de l’EMDR et de la somatic experiencing, et ajouté sa patte (si j’ai bien compris, en particulier l’idée d’utiliser les mécanismes de l’hypnose pour sécuriser et limiter au maximum la souffrance).

Il reproche à la somatic experiencing de prendre un temps beaucoup trop long pour arriver à des résultats. Il considère que l’EMDR est une méthode intéressante mais pour de « petits » traumatismes – pas trop vieux, pas trop graves, pas trop répétitifs. Pour des traumatismes plus lourds, cela pourrait juste amener chez le patient une grande perturbation suivie d’un retour aux symptômes. L’hypnose eriksonnienne, quant à elle, utilise beaucoup de métaphores – le risque est alors de passer à côté du cœur du traumatisme.

Bien entendu, il est convaincu par sa méthode (c’est logique). Je suis bien tentée d’essayer et de vous dire ensuite si ça a marché pour moi.

La PTR et les enfants ?

En terminant ce texte, je me dis : bien joué Didine, tu oublies de poser la question qui serait pourtant bien utile pour les VI – est-ce que ça marche avec les enfants ? J’ai donc envoyé un ptit mail à Gérald pour lui demander à quel âge on pouvait mettre en œuvre sa méthode et si on pouvait l’appliquer rapidement après la découverte d’un trauma. Voici sa réponse :

« Dès qu’un enfant parle et si le thérapeute est ad hoc avec les enfants il fera un jeu d’imaginaire qui est souvent suffisant avec les enfants en bas âge.

En général, il est tout à fait possible d’utiliser la PTR immédiatement après les faits.

La semaine passée, j’ai aidé un jeune qui avait été agressé par trois personnes, à se sortir de cauchemars, paniques diurnes et film qui repasse en tête quai constamment, etc…

Dès le soir même, il n’avait plus ces symptômes, a pu dormir, et arrêt des paniques et des flask back genre film en boucle.

Mais il y a toujours la possibilité de ratages et d’exceptions diverses. Chaque personne étant unique et ayant des besoins conscients et inconscients différents. »

On trouve ici la liste des thérapeutes formé-e-s par Brassine à la PTR. La plupart sont en Belgique mais quelques-un-e-s sont en France. a

Publicités

5 réflexions sur “La libération des traumas – conférence de Gérald Brassine

  1. Passionnant! Merci beaucoup d’avoir pensé aux VI et de nous avoir concocté ce petit reportage!!!
    Je réalise en te lisant qu’enfant j’aimais beaucoup prendre le train ou le bus parce que je savais que voir le paysage défiler me permettrait d’être « dans la lune », les idées s’associant très vite, sans contrainte et sans souffrance, c’est à dire probablement en état d’hypnose…

      • Le jeudi 14 avril 2016 en soirée, Gérald Brassine donnera une conférence, ouverte à tous, à l’institut Marie-Haps à Bruxelles. Réservation (obligatoire) auprès de martine.gregoire@vinci.be
        (Prix: 5€)
        Vous pouvez en voir l’annonce sur le site: IMHEB.BE

  2. Pingback: Élever son enfant dans le respect {mini-débriefing} | Les Vendredis Intellos

  3. Pingback: La libération des traumas et L’enfant méduse | Les Vendredis Intellos

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s