Leur offrir notre cohérence

Etre cohérent avec soi-même, choisir et agir en fonction de ses sentiments et de ses envies profondes, peut être tout un apprentissage et ouvrir les portes du bonheur personnel. Et si cela impactait aussi nos enfants, la façon dont nous les éduquons ? De quelle manière ?

Lorsqu’on se plonge dans l’éducation non violente, on arrive rapidement sur la notion : la bienveillance doit commencer par soi-même. En ce qui me concerne, c’est un cheminement qui n’est pas si simple, comme je l’explique sur mon blog. J’ai récemment buté sur un chapitre du livre « Parents épanouis, enfants épanouis : cultivez le bonheur dans votre famille » de Adèle Faber et Elaine Mazlish. Je suis moi aussi sous les influences décrites dans le chapitre :

Celle de mes parents, qui ont sacrifié beaucoup de choses pour ma sœur et moi, celle de ma mère qui s’est souvent fait passer en dernier, attendant une forme de retour qu’elle n’a jamais obtenu. Celle de nombreux médias qui vantent la parentalité comme une partie de plaisir (le fameux « c’est que du bonheur » ! avec son copain « Profitez, ça passe trop vite »), qui invitent les parents à être des sortes de machines merveilleuses et aimantes, toujours au top, toujours bienveillantes, toujours stimulantes, aimant jouer, choisissant les jouets les plus éthiques et intéressants pour le développement de leurs petits. Comme le dit le livre :

(…) a combination of Mary Poppins, Joan of Arc and Florence Nightingale. No ordinary mortal could possibly live up to such standards. (…) There was a startling similarity between the mandates of the past generation and those of the present. They both demanded a degree of selflessness that seemed appropriate for either saints or martyrs.

une combinaison de Mary Poppins, Jeanne d’Arc et Florence Nightingale. Aucun mortel ordinaire ne pourrait ces normes. Il y avait une similarité étonnante entre les standards de la génération passée et ceux du présent. Tous demandaient un degré d’altruisme approprié aux saints ou aux martyrs.

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A la fin d’une journée fatigante, une maman réfléchit à quel dîner rapide elle pourrait faire quand son fils lui demande une soupe. Son premier réflexe est de céder. Un premier réflexe auquel elle décide finalement de résister en demandant plutôt de l’aide à son fils. Non seulement celui-ci obtempère, mais le lendemain il s’enquiert de l’humeur de sa mère quant à la possibilité de faire une soupe.

Plus loin dans le chapitre, on découvre une maman qui n’aime pas conduire et qui doit pourtant se résoudre à véhiculer sa fille un peu partout « avec gaité ». Avec gaité, vraiment ? Est-ce que l’enfant ne sent pas que sa mère fait les choses à contrecœur ? Et comment se sent-il alors ? Coupable ? En perte de confiance avec son instinct qui lui dit que ce qu’il voit et ce qu’il entend est contradictoire ?

En respectant nos limites, nous nous respectons nous-même, cela peut paraître évident. Si nous faisons le chemin d’accepter les sentiments de nos enfants, nous devons le faire pour les nôtres, cela paraît là aussi évident. Sinon quel exemple lui donne-t-on ?

Mais au-delà de ça, si nous adoptons une attitude plus cohérente avec nos sentiments, nous pouvons faire passer un message beaucoup plus fort. Celui que nos limites (donc plus tard, les leurs), sont normales, acceptées, acceptables, et qu’on peut faire avec.

Par l’exemple, quand nous respectons nos limites, nous apprenons à nos enfants à respecter les leurs. Nous leur apprenons aussi à prendre en compte l’humeur de l’autre dans leurs réactions : et ça, ça me semble socialement puissant.

You gave your son something more important than hot soup. You gave him your honest feelings, and you gave him an opportunity to take another person’s needs into consideration.

Vous avez donné à votre fils quelque chose de plus important qu’une soupe chaude. Vous lui avez offert vos sentiments réels, et vous lui avez donné l’opportunité de prendre les besoins d’une autre personne en considération.

Apprendre à vivre dans le compromis des sentiments de chacun, ce n’est pas encourager l’égoïsme, c’est encourager le vivre ensemble, l’honnêteté envers soi-même et envers les autres.

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6 réflexions sur “Leur offrir notre cohérence

  1. Pingback: La bienveillance commence par soi | Aevole

  2. C’est un point qui n’est pas souvent souligné, il me semble ; ce besoin de respecter ses propres limites, les bénéfices qui peuvent découler du fait d’exprimer ses sentiments et ses besoins et le fait que ce n’est pas forcément un fardeau pour les autres mais que ça peut être enrichissant au contraire.
    Article à partager ! :)

    • Merci ! Oui je trouve que les livres/articles sur l’éducation bienveillante se placent toujours du point de vue de l’enfant et sous entendent que le parent doit avoir une disponibilité totale (sous peine de faire du dégât). Or le parent doit lui aussi avoir sa place, chaque membre de la famille doit avoir sa place dans le respect de celle des autres… Et cette façon de vivre devrait pouvoir se transposer partout !

  3. Aussi fou que ce soit, j’ai bien l’impression que nos parents savaient faire çà, sans devoir en passer par la justification d’une éducation « non violente ». Je pense, moi, que c’est un mythe, la non violence, si à la fin, parce qu’à la fin, le but unique est l’adéquation de l’être avec la culture. Ce serait d’une ingénuité un peu idiote, que de croire que la violence ne s’aventure pas où nos limites se posent. Comme si à force de le dire, on pouvait se passer de l’abrupt besoin d’exister soi-même.

  4. Quelle belle contribution!!! Et quel plaisir de te lire par ici! (Désolée de mon retard…) Sur ce point encore plus que sur les autres, il nous faut montrer l’exemple à nos enfants :-))

  5. Pingback: L’humanité de la maternité [Mini-debrief] | Les Vendredis Intellos

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