Mettre les parents dans des cases ?

J’ai rapidement compris que le monde de la parentalité était semblable au reste du monde. On est toujours l’extrême de quelqu’un d’autre.

Je suis végétarienne. Pour un vegan, je suis « pas assez », j’ose manger des œufs et du fromage… ce n’est pas comme si je mangeais de la viande mais je suis très loin de lui. Pour un omnivore, je suis « trop », je me prive de manger de la viande et du poisson pour des raisons obscures. Bref, je ne fais pas « bien » pour ni l’un ni l’autre. Etre végétarienne n’est ni bien, ni mal (dans l’absolu), c’est un fait, c’est mon choix et il me convient.

J’en suis arrivée à la conclusion que chacun faisait ses choix et priorisait ses actions selon ses propres critères. Que chacune de nos actions n’étaient pas moins qu’une subtile analyse multicritère non formalisée et qu’elle serait toujours (souvent) soumise au jugement des autres*.

Ça a l’air simple mais j’ai mis plusieurs années ça soit simple dans ma tête. Et aujourd’hui cette démarche dans le mode de l’alimentation me sert dans le monde de la parentalité. J’aborde les choses de façon plutôt sereine pour un premier enfant.

Au fil de mes lectures, je constate que les parents sont catégorisés, mis dans des cases, classés, parfois hiérarchisés même si ce n’est pas politiquement correct.

Deux exemples pour illustrer mon propos.

1. Dans le livre Comment fonctionne le cerveau de bébé de John Médina

Dans la partie Terreau du bonheur avec la gestion des émotions de l’enfant, l’auteur définit 4 types de style éducatif en fonction de 2 variables :

(p223) La sensibilité parentale : Les parents réagissent à leurs enfants avec plus ou moins d’attention, d’appui affectif, de sensibilité, de chaleur. Les parents chaleureux ont tendance à communiquer l’affection qu’ils ont pour leurs enfants, tandis que les parents hostiles ont tendance à communiquer leur rejet.
L’exigence parentale : Les parents exercent un contrôle plus ou moins fort sur le comportement de leurs enfants. Les parents intransigeant ont tendance à édicter et imposer des règles de façon implacable, tandis que les parents permissifs n’établissent aucune règle.

Sensibilité élevée

Sensibilité faible

Exigence élevée

Démocratique JUSTE MILIEU

Autoritaire Trop sévère

Exigence faible

Permissif Trop laxiste

Désengagé Trop indifférent

Sensibilité élevée + exigence élevée. Il s’agit probablement du meilleur style d’éducation. Ces parents sont exigeants, mais très impliqués dans l’éducation de leurs enfants et très soucieux de leur bien-être. Ils leur expliquent les règles, le pourquoi des choses, et les encouragent à poser des questions et à exprimer leurs réactions. Ils les incitent à être très indépendants, mais veillent à ce qu’ils respectent les valeurs familiales. En général, ces parents communiquent très bien avec leurs enfants.

Quand on lit ça, on a naturellement envie de devenir l’un de ses parents « démocratiques », non ?

# Mode critique ON :

Mais n’avez-vous jamais entendu des critiques de ces parents exigeants et impliqués qui inscrivent leurs enfants dans 12 activités culturelles, musicales, sportives et socio-politiques (bon je m’emballe un peu) et qui oublient simplement que s’ennuyer peut avoir des effets bénéfiques ?

De ces parents qui expliquent, expliquent, ré-expliquent et se perdent dans les explications à en perdre la joie de vivre et l’énergie ?

2. Dans le livre La discipline positive de Jane Nelsen

P. 26 Autoritarisme, permissivité et discipline positive : 3 modèles d’interaction parents / enfants

Il va s’en dire que les attitudes des parents et des enseignants et l’apprentissage qu’en retire l’enfant radicalement en fonction de l’approche qu’ils choisissent.

Autoritaire (contrôle excessif) : Voilà les règles que tu dois suivre, et voilà la punition que tu recevras si tu ne les respectes pas. Les enfants ne sont absolument pas impliqués dans le processus de décision.

Permissif : Il n’y a pas de règles. Nous allons nous aimer et être heureux, et plus tard, tu seras capable de choisir tes propres règles. Les enfants ont toutes les libertés mais pas de cadre.

Discipline positive (fermeté et bienveillance simultanément) : Nous allons décide ensemble de règles qui seront bénéfiques pour tous. Nous allons aussi nous mettre d’accord sur les solutions qui aideront chacun lorsque nous rencontrerons un problème. Si j’ai besoin de décider sans pouvoir t’impliquer, je le ferai avec bienveillance et fermeté, dignité et respect.

Puis l’auteur narre de façon amusante le petit déjeuner de Jean, 3 ans, dans trois familles différentes : du « Mange, d’autres meurent de faim », au « qu’est-ce que tu veux pour ton petit-déjeuner mon ange ? » en passant par « Tu préfères des tartines au beurre ou à la confiture ? ».

Quand on lit ça, on a naturellement envie de devenir l’un de ses parents « discipline positive », non ?

# Mode critique ON :

Prenons un exemple de notre situation de famille : quand je cuisine, j’aime bien avancer dans ma recette. Quand je suis seule avec mon fils, la cuisine devient son terrain de jeux : il joue avec le balai, il sort tous les moules en silicone, les re-range, les ressort, les étale sur tout le sol…
J’ai déjà eu l’impression d’être vue comme permissive dans un cas comme ça. Mon fils fait sa loi, il n’a pas de cadre, c’est no limit. Sauf qu’il joue dans les limites que moi j’ai fixées et qui me conviennent. Je comprends que ça puisse tendre ma grand-mère qui n’a sûrement jamais laissé ma mère jouer de la sorte. Mais moi ça me va. Je peux le surveiller, il joue, je cuisine, je n’y vois pas de problème.
Les limites existent : on ne fouille pas dans la poubelle, on ne touche pas la porte du four et on ne touche pas la zone des plaques chauffantes. Je me suis même fait aider par des bloque-tiroirs pour ce qui est des 2 zones de stockages des produits ménagers.
A l’inverse, mon fils de mange pas de viande et il n’a pas du tout été impliqué dans la décision. J’ai décidé.

Comment puis-je me positionner dans l’une de ses trois cases ? C’est impossible ! Pourquoi vouloir catégoriser les parents ?

J’entends encore des remarques de mon entourage sur les livres sur la parentalité, argumentant qu’on n’apprend pas à être parent dans des livres, que c’est restrictif et que ça ne sert à rien.

Et pourtant…

Certains proposent des cases pour les parents… bien ou pas bien ?

Gardons la liberté de nous auto-positionner dans ces cases selon différentes thématiques. J’ai l’exemple d’une copine qui me disait qu’elle avait conscience d’être « psychorigide » sur le sommeil de ces enfants. En effet, elle devenait autoritaire si à 20h30 ses filles ne dormaient pas. A l’inverse, pendant les repas elle adoptait une tout autre attitude, avec plus de dialogue et de libertés.

Même si une partie de moi trouve ces cases trop restrictives et pas assez précises pour la vraie vie, j’ai décidé de voir l’aspect positif de ce genre de cases. En proposant des modèles éducatifs, en les décrivant, ces auteurs nous permettent de nous auto-placer dans les cases et de nous poser la question « quel genre de parents souhaitons-nous être ? ».

Ces cases me donnent aussi la chance de travailler mes définitions : qu’est-ce que je met derrière le mot liberté ? Qu’est-ce que je met derrière le mot respect ? Même si mes réponses sont incomplètes, ça me permet d’aborder sereinement la suite.

Ces cases nous donnent l’opportunité de faire des bilans sur le style éducatif de notre famille, d’élargir notre vision du monde parental.

Si on le souhaite on peut aussi se fixer nos propres pistes de progrès : « Tiens, quand on est au parc, j’essaierai de mieux fixer les limites car ça devient n’importe quoi ! »

Et si vous faisiez l’exercice ?

Prenez une situation de votre vie de parent (le matin / pendant les repas…).

– Dans quelle case vous situez-vous pour chacun des 2 exemples ?
– Est-ce que cela vous convient ?
– Est-ce que vous êtes à l’aise avec vos réactions ?
– Est-ce que vous vous respectez ?
– Est-ce que vous respectez votre enfant ?
– Est-ce que vous avez en tête une famille qui vit les mêmes choses et que vous admirez ?
– Si ça ne vous va pas, dans quelle autre case aimeriez-vous vous placer ?
– Qu’est-ce que vous pourriez mettre en place pour y arriver ?

Si vous le souhaitez, vous pouvez partager votre réflexion dans les commentaires.

Et vous, les cases, ça vous plaît ou ça vous gonfle ?

Pour lire d’autres billets, RV sur mon blog Pérégrinations autour de la parentalité !

* Oui, même si juger ce n’est pas bien… c’est humain…

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17 réflexions sur “Mettre les parents dans des cases ?

  1. Les cases pour se situer (soi-même), j’aime bien. Si c’est pour classer les autres et juger, je n’aime pas.
    Au passage, je trouve ton article bien pensé et intéressant.

    • Une vision des choses… j’aime bien ! Pourtant j’ai fait le dur constat que quand on n’est pas dans la même case avec d’autres parents, c’est compliqué de rester factuel…
      Merci !

  2. En passant, c’est hors sujet, mais imposer à ses enfants de ne pas manger de viande, ce n’est pas contradictoire avec ce que prône les tenants de la discipline positive tels que je les comprends : on pose la primauté du cadre parentale mais on évite de s’enferrer dans une confrontation épuisante en utilisant une technique de communication destinée à constamment éclairer les possibilités de choix existantes dans ce cadre afin d’obtenir une relation de collaboration avec l’enfant. Il peut y avoir un aspect manipulatoire si les parents tentent de dissimuler le cadre qu’ils posent.

  3. Merci beaucoup de ta contribution!!! Tu abordes un sujet qui me touche particulièrement, notamment parce qu’il a été très vivant à l’origine du projet Vendredi Intello… Voici mes hypothèses concernant l’omniprésence de ces fameuses « cases »:
    – Les parents sont en attente de mode d’emploi (pas tous, mais bon, une large part en tout cas). Qui dit mode d’emploi dit directives simples et tranchées, dispensées néanmoins sur un mode ludique. Le paradigme de cela étant le « test » -> Quelle mère êtes-vous?
    – Les informations tranchées se diffusent mieux que des informations nuancées. C’est à s’arracher les cheveux… et pourtant! Regarde le type d’article qui « fait le buzz ». As-tu déjà vu « buzzer » un article où l’auteur dit intelligemment que tout n’est pas blanc ni noir et pourquoi? Non, jamais. Parce que beaucoup de personnes ont l’impression de ne rien apprendre lorsqu’on leur montre que « ça dépend », ou du moins ont l’impression que le temps qu’il leur faudra pour acquérir les connaissances qui mènent au « ça dépend » est supérieur au temps qu’ils ont envie de consacrer à la question traitée.
    – La vulgarisation scientifique est une lourde tâche, pas toujours bien menée: la plupart de ces « cases » sont issues de travaux de psychologie et assimilé. C’est la nature de la science que de classer, pour ensuite étudier les variations et tirer des conclusions d’action. Je fais l’hypothèse que nombre des grilles d’analyse construites dans un contexte de recherche scientifique finissent par se retrouver (après moultes simplifications et raccourci) à la base des fameuses « cases » qu’on propose aux parents sans qu’elles aient la moindre forme de pertinence dans ce cadre là…

    • Concernant la livre de Medina, peut-etre serais-tu intéressée de savoir que dans la version originale, jamais l’auteur n’utilise l’adjectif « démocratique ».
      Dans le haut du tableau, il oppose le terme « authoritarian » (à droite) qui signifie bien « autoritaire » à « authoritative » (l’adjectif traduit par démocratique) qui signifie d’après mon dictionnaire « qui fait autorité ». J’ai l’impression donc que ce terme traduit la notion d’autorité naturelle que confère un savoir, une experience à une personne.

      • Super intéressant comme remarque ! « Démocratique » me fait pensée à la politique (!)
        Ca me parle plus l’autorité naturelle, celle qu’on acquiert par notre comportement, pas l’autorité qu’on a en étant autoritaire !

    • Merci pour ton éclairage.
      Je ne ferai donc jamais le buzz ;-) !
      Je partage ton point de vue sur le dernier tiret. Par exemple : l’ancienne version de la dangerosité du DIU pour les nullipares… c’était lié au fait qu’on sous-entendait qu’elles avaient des partenaires multiples donc plus de risques… mais ça avait été zappé de la communication !

  4. En vous lisant, me vient 2 questions : 1.est-ce plus important de se retrouver dans les cases et appartenir à une de ces cases ? ou 2.est-ce plus important d’être en accord avec soi-même et appliquer ce qui nous semble bon pour nous-même ?

      • Ma priorité n’est pas d’être en accord avec les autres mais bien en accord avec moi-même ;-)

        C’est donc pour cela qu’il est inutile de mettre des étiquettes ou encore de mettre des gens dans des cases car chaque personne est unique donc il faut faire du sur-mesure, de la haute couture pour bien coller à la personnalité et à l’identité de chaque individu.

  5. Merci pour cet article qui me parle tout particulièrement.
    Déjà parce que je suis moi aussi végétarienne et comme toi, je subis à la fois le catalogage « trop extrême » des omnivores et l’étiquette « petite joueuse » de la part des vegans.

    D’autre part, parce que je suis très sensible à la mise en case, en catégories, en boîte… Dans le sens où j’ai horreur de ça.
    Je n’arrive jamais à me définir de cette façon. D’ailleurs je préfère dire « Je ne mange pas d’animaux » plutôt que « je suis végétarienne » ; cela m’évite de me faire immédiatement cataloguer « chieuse-bouffeuse de graines-à ne pas inviter à manger ». :)

    Je comprends qu’on ait recours à la catégorisation, il faut bien mettre des mots sur des concepts, des courants, des communautés. Mais souvent, comme le fait remarquer Mme Déjantée, le grand public comme les scientifiques a tendance à laisser penser que les catégories sont uniformes et composées de clones qui agissent comme des moutons.
    Pour ma part, je fais très attention à dire « la plupart » (des mamans/homosexuels/végétaux/chaises à roulettes [rayez les mentions inutiles]) et d’éviter les termes catégoriques comme « tous/aucun, toujours/jamais ». C’est pas forcément facile, on est vite tenté de simplifier les choses.

    Et enfin la chose qui me dérange le plus dans la catégorisation, c’est que, comme le souligne très justement l’écrivain et féministe Christine Delphy, classer c’est hiérarchiser (voir son livre « Classer, dominer : qui sont les autres).

    • Ah… intéressant la notion de classement… hiérarchisation…
      Si les autres veulent nous mettre dans des cases, c’est leur droit… Le nôtre est de manger ce que l’on veut !

  6. Pingback: Le grand écart des éducations… [ Mini-Débrief] | Les Vendredis Intellos

  7. Pingback: Questions autour de la « parentalité positive  et autres notions du même genre {Dossier thématique + bibli des VI} | «Les Vendredis Intellos

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