Le jeu des trois figures de Serge Tisseron

Le jeu des trois figures en classes maternelles de Serge Tisseron est une sorte de manuel du Jeu des trois figures, jeu à pratiquer en milieu scolaire et mis au point par l’auteur et son équipe. Le but du Jeu des trois figures est d’aider les jeunes enfants à surmonter le choc d’images violentes ou non appropriées vues à la télévision ou en vrai, et par ricochet à diminuer les violences scolaires.
Il s’agit en fait d’un jeu de rôle où les participants jouent à tour de rôle chacun des trois personnages : la victime, l’agresseur, le redresseur de torts.

Attention !

Le jeu des trois figures est une expérimentation.
Il ne doit être pratiqué que par des professionnels dûment formés par Serge Tisseron et son équipe !

Les effets néfastes de la télé sur les jeunes enfants

L’auteur part du constat que les jeunes enfants passent beaucoup de temps devant la télé et donc devant des images inadaptées. Or ce temps passé à regarder la télé n’est pas mis à profit pour jouer, alors que c’est par le jeu que les enfants apprennent et se développent. Ainsi le « fléau télévision » non seulement abreuve les enfants d’images stressantes voire traumatisantes, mais en plus occupe du temps de jeu qui permettrait aux tout-petits de se remettre de ce stress.

Au-delà de deux heures de télévision par jour, les chercheurs ont également constaté des pertes durables dans le domaine des comportements sociaux. Les bébés les plus exposés deviennent « des enfants moins autonomes, moins persévérants et moins habiles socialement ».

Autre souci avec la télé : l’identification des enfants aux héros (stéréotypés) qui leur sont présentés. En soi je suis d’accord, les programmes jeunesse ne sont pas très originaux. Il y a souvent un leader charismatique et ses amis qui le suivent quoi qu’il arrive. Mais de là à dire que ce sont les seuls modèles d’identification à la portée de l’enfant, c’est un peu réducteur d’après moi.

Les enfants ont tendance à s’enfermer dans des schémas mentaux rigides où ils ne se perçoivent que dans un seul rôle : toujours agresseur, toujours victime ou toujours redresseur de torts. Et le danger est qu’ils adoptent systématiquement la même attitude dans la réalité.

Ainsi, à force d’incarner toujours le même rôle, les enfants perdent un sentiment pourtant crucial du développement : l’empathie.
Serge Tisseron ne manque pas de rappeler que les enfants qui endossent systématiquement le rôle de victimes sont à surveiller tout autant que ceux qui portent toujours l’habit de l’agresseur.

Les règles du jeu des trois figures

Il y a sept moments dans le jeu qu’il convient de respecter. Ils comprennent la découverte ou le rappel des règles du jeu, la construction de l’histoire (scénario) et la mise en place des dialogues et actions.

Il faut que le scénario proposé inclue les fameuses trois figures : la victime, l’agresseur, le redresseur de torts. Il faut, et Serge Tisseron insiste bien à-dessus, que le scénario choisi soit basé sur des images (par exemple vues à la télévision), mais en aucun cas des scènes dont l’enfant a été l’un des protagonistes.
Les actions et dialogues sont décidés à l’avance (ce n’est pas une activité théâtre !)
Voici un exemple concret des sept moments de jeu :

Extrait Le jeu des trois figures

Quelques soucis peuvent apparaître dans le déroulement du jeu : les enfants ne jouent pas le rôle qui leur est attribué, ou il n’y a pas les trois figures dans les scénarios proposés par les enfants ou certains enfants ne veulent pas jouer un des trois personnages.

Résultats

Une expérimentation sur les effets du jeu des trois figures a été menée durant l’année scolaire 2007-2008. Elle portait sur 6 classes de maternelle (142 enfants). Une moitié a servi de classe témoin, l’autre moitié a joué au jeu des trois figures 1 à 2 fois par semaine (environ 45 minutes pour chaque session).
Les résultats à la fin de l’année montrent que les enfants qui ont joué au jeu des trois figures jouent plus à des jeux collaboratifs. Ils semblent aussi qu’ils changent plus facilement de posture (victime, agresseur, redresseur de torts), tout particulièrement les enfants qui ont un comportement agresseur. Globalement les violences scolaires ont diminué avec les sessions de jeu.
Voir tous les résultats de l’expérimentation

Pour ma part, je reste un peu sceptique vis-à-vis du jeu des trois figures.
En soi, je trouve l’idée de jeu de rôle où chaque joueur tourne à chacun des rôles plutôt bonne. Mais j’ai quand même de gros doutes sur le fait de faire rejouer des scène violentes à des tout-petits. Même si Serge Tisseron insiste sur le fait qu’il doit s’agir de scénarios vus et non vécus par les enfants, comment en être sûr ? Et comment ne pas mettre un enfant dans une situation difficile où il se retrouverait à vivre des évènements traumatisants une nouvelle fois ?

Et dans le cas d’un scénario de violences sexuelles… et bien Serge Tisseron n’a pas de solutions, si ce n’est d’envoyer l’enfant chez le psychologue scolaire, d’appeler son équipe et de rappeler aux élèves que « la sexualité ne regarde que les adultes ». Pas terrible comme réaction face à un témoignage d’agression sexuelle. :/

Avez-vous déjà utilisé ce jeu en classe (pour les enseignants) ?
Et pour les parents, vos enfant ont-ils déjà participé au jeu des trois figures ?
Que pensez-vous de cette méthode de jeu ?

Par Laura de Debout Ludo, le blog ! le jeu au service du développement de l’enfant de maternelle
Lire l’article sur mon blog

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7 réflexions sur “Le jeu des trois figures de Serge Tisseron

  1. Pingback: Le jeu des trois figures en classes maternelles - Debout Ludo, le blog !

  2. L’école de mes enfants a organisé il y a un ou deux ans ce jeu des trois figures pour les classes de 3ème maternelle, je pense. On en a peu su sur le sujet, on nous a expliqué brièvement le fonctionnement, le fait que ça se basait sur des images vues à la télé par nos enfants, et que chaque enfant pouvait à tour de rôle prendre chacun des rôles de victime, agresseur et redresseur de torts…

    Les institutrices étaient accompagnées par le Centre psycho-médico-social qui peut être un soutien à chaque école en Belgique. Mais au bout d’un moment, ils ont décidé d’arrêter, parce que les scénarios devenaient répétitifs (souvent, Bob l’éponge était cité, ou d’autres choses du genre…)

    Je n’ai donc pas beaucoup de recul ni d’analyse pour dire quel effet ça a pu avoir sur les enfants. Cela dit, je trouve que la cour de récréation est un terrain vraiment favorable où se jouent ces jeux d’agression et victime… et je me demande s’il ne faudrait pas plus d’activités de sensibilisation pour réduire cette violence… mais je ne sais pas si les jeux de rôles sont adaptés, ou si des animations et jeux coopératifs ne pourrait pas être tout aussi intéressants pour changer la dynamique d’une cour de récré.

    (et je précise que mes enfants sont dans une petite école de campagne, donc, assez protégés malgré tout)

    • Merci de ton témoignage. :)
      Je pense que dans le jeu des 3 figures, tout se joue sur le scénario choisi. C’est ce scénario qui va faire que le jeu est intéressant ou pas. Alors quand on tourne toujours sur le même, le jeu perd forcément de son intérêt.
      C’est dommage que vous, les parents, n’ayez pas été plus impliqués dans cette expérimentation.

      Ensuite, l’école étant souvent le premier lieu de socialisation des enfants, c’est effectivement là que se créent les rapports de force et malheureusement aussi les violences. Aux enseignants et aux parents de rester vigilants, et le jeu des 3 figures ne doit pas apparaître comme une solution miracle. Les jeux coopératifs, les histoires, les classes ouvertes type Montessori où les élèves s’entraident (oui, je rêve un peu) sont des moyens aussi efficaces de lutter contre les violences scolaires.

  3. Je suis aussi assez mitigée vis à vis de ce type d’intervention.
    Et si on essayait plutôt d’aider les parents pour qu’ils aient moins recours à la « nounou électronique »?
    Par exemple au niveau de la commune avec des lieux type « café des parents » …

  4. Merci beaucoup de ta contribution!!! J’avoue être un peu sceptique par rapport à ce jeu… Qu’on dénonce la violence de la télévision, ok. Qu’on dénonce le fait que les enfants manquent de temps de jeu (connu pour être un moyen à la fois d’apprentissage et de gestion des micro-traumatismes), ok. Mais organiser pour remédier à cela un jeu au scénario plus ou moins imposé, encadré par des adultes (et encore, pas n’importe lesquels, puisqu’il faut être formé à ça!)… ne serait-ce pas un peu se moquer des enfants? Je m’explique: les enfants sont bien bien bien plus doués que nous pour mettre au point de scénario de jeu. Ces « trois figures » dont il parle sont bien souvent présentes dans ces mêmes scénarios (qu’est-ce de plus que le jeu du « gendarme et voleurs »??!!). Bref, j’ai l’impression qu’on pallie à des problèmes de société par l’intervention de l’adulte au lieu de réfléchir tout bonnement à comment limiter les dits problèmes. Les enfants manquent de temps de jeu libre, à nous de leur en donner (et sur ce point, l’école, qui déplore bien souvent que « les enfants soient encore beaucoup trop dans le jeu » a, me semble-t-il, une grande place à jouer!) ! Les enfants sont exposés à de la violence dans un rapport passif à la télévision, à nous de les en préserver (on vit très bien sans télé hein! ;) )!

  5. Pingback: Violence sociétale subie… et restituée [mini débrief] | Les Vendredis Intellos

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