Nos enfants, et leur liberté d’aller et venir

Aujourd’hui les enfants d’âge primaire jouant ou marchant simplement sans adultes dans les rues des villes sont devenus plutôt rares. Cette semaine est paru sur le site rue 89 un article de Thibaut Schepman intitulé Comment on a interdit aux enfants de marcher. Cet article constate notamment que :

« Les – trop rares – études consacrées au sujet confirment que les enfants marchent de moins en moins. Une enquête [PDF], menée en Languedoc-Roussillon en 2008 et publiée par le Commissariat général au développement durable (CGDD), estimait que « 70% de tous les déplacements des enfants de 6 à 14 ans sont effectués en voiture ». »

 

En somme, nous avons abandonné les villes aux voitures au détriment des enfants. Face aux dangers de la circulation, nous avons choisi plus ou moins consciemment de retirer les enfants des rues. Les transporter en voiture nous semble bien moins dangereux.

L’article poursuit : « Ces changements ont des conséquences importantes pour les enfants. Déjà, on constate qu’ils sont moins endurants qu’il y a 30 ans : leurs capacités physiques ont régressé de 2% par décennie. Or les spécialistes en conviennent : une pratique prolongée et quotidienne de la marche pourrait suffire à enrayer ce déclin. » C’est ainsi que pour pallier ce manque d’activité, nous menons, en voiture, nos enfants aux clubs sportifs, lesquels fournissent une pratique bien cadrée qui ne convient pas forcément à tous…

La multiplication de nos activités fait aussi que nous rentabilisons chaque minute de notre temps, cela ne laisse guère le loisir de marcher. Cette année, je fais quasiment tout les trajetsmaison/école à pied avec mes Doux mais lorsque je travaillais dans une autre commune, la voiture m’était indispensable. Bref, la galère de la conciliation des horaires d’école/crèche/garderie/travail ne nous laisse guère de choix.

Enfants allant àl'épicerie

Un cliché de Doisneau, en 1934

Pourtant, on peut s’attrister devant ce constat. Je suis d’une génération qui retrouvait ses camarades de classe en bas de la rue pour aller à l’école à pied et pouvait jouer librement un moment dans la rue après 16h30. De mon enfance parisienne, j’ai quelques beaux souvenirs d’après midi de rollers sur l’esplanade de Bercy, sans parler des visites « en douce » aux entrepôts alors abandonnés… Pourtant mes parents étaient bien moins coulants que ceux de mes camarades, et j’ai souffert parfois de ce que je considérais alors comme un manque de liberté. J’aimerais donc pouvoir laisser davantage de latitude aux Doux lorsqu’ils auront un peu grandi, mais je crains que ce soit plus difficile aujourd’hui. Comme beaucoup de gens, j’ai peur des risques d’agressions/accident et je pense que les Doux se sentiraient bien seuls à jouer dans la rue puisque tous leurs camarades restent confinés à la maison.

On ne peut donc séparer ce problème du fait que nous avons une perception des risques bien différente de celle de nos grands parents. Notre idéal est le risque zéro, quitte à y laisser une part de notre humanité (on pourrait sans doute faire l’analogie avec les débats sur la « sécurité » des accouchements…). Qui laisserait aujourd’hui un enfant de 10 ans partir seul pêcher à la rivière ? Pourtant s’il est relativement facile de surveiller un jeune enfant, ce dernier revendiquera bien vite sa liberté à l’adolescence, sans peut être appréhender mieux les dangers s’il n’y a pas été préparé dans l’enfance…

Si nous gardons les enfants de plus en plus près pour assurer leur sécurité physique, on peut s’interroger sur les effets de cette surveillance sur leur développement. Une certaine prise de risque est nécessaire, selon moi, pour construire son estime de soi et sa personnalité. Ne faisons- nous pas finalement passer le message selon lequel le monde est dangereux et qu’il vaut mieux rester entre soi ? Est-ce ainsi que nos enfants auront envie de vivre leur existence d’adultes ?

Le problème est donc réel. L’article de Rue 89 montre que ce rétrécissement de l’espace autorisé aux enfants évolue comme une vague de fond depuis plusieurs générations. En outre, je fais partie des femmes qui n’aiment pas beaucoup aller se balader dans certains coins où je ne me sens pas tranquille, ce qui fait qu’on est finalement beaucoup de monde à ne pas avoir pleinement notre place dans l’espace public (dont on paye pourtant l’entretien avec nos impôts) .

L’article explique que les projets qui visaient à interdire aux voitures les espaces attenants à des écoles ont échoué face à l’opposition des parents d’élèves. Mais j’avoue que lorsqu’on doit déposer ses enfants avant d’aller bosser, chaque minute compte, surtout lorsqu’on doit déposer les enfants dans deux ou trois établissements différents. Je suis parfois ravie de pouvoir me garer DEVANT l’école (oui je sais c’est mal ;))

Pourquoi ne pas interpeller les élus sur ce problème d’occupation de l’espace public ? Il est peu probable que cela fasse partie de leurs priorités ainsi que de celles de leurs administrés. Pour l’instant, le plus efficace serait peut-être de mobiliser la solidarité parentale. Par exemple, les parents d’élèves pourraient s’entendre pour organiser des pédibus, ce qui serait sans doute plus convivial. Pourquoi aussi ne pas organiser un roulement pour surveiller d’un œil les enfants qui jouent dehors ? Il doit bien exister des solutions quelque part, reste à les trouver !

Flo la Souricette

Si le sujet vous intéresse, je vous laisse aller voir ICI ce qu’avait publié Mme Déjantée il y a quelque mois ;-)

 

 

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5 réflexions sur “Nos enfants, et leur liberté d’aller et venir

  1. Beau sujet sur nos paradoxes de parents qui voulons des enfants autonomes mais ne les y préparons pas vraiment :)
    Notre rapport au temps et à l’espace à beaucoup évolué, ainsi que notre environnement. Entre un village de 500 personés où les familles se connaissent et où les adultes vont plus ou moins « avoir un œil sur les enfants du voisinage » et une ville de 5000 habitants forcément plus anonyme, la place des enfants peut-elle être la même ?

    • Moi qui ai grandi à Paris et Marseille, je ne sais pas… Ceci dit, dans les villes il y a des quartiers, où pas mal de gens se connaissent, et où on peut avoir aussi « l’ambiance village ». Ou pas, d’ailleurs ;)

  2. J’habite à Paris et je n’ai pas de voiture, mais je me pose plutôt la question pour mon fils de 2 ans et demi du « poussette ou pas poussette ». J’aimerais qu’il marche d’avantage, mais c’est aussi pratique (= plus rapide) pour les parents de mettre le petit dans la poussette, et zou !

    J’aimerais bien qu’il fasse au moins le trajet maison-crèche et crèche-maison à pied (5 minutes pour moi, 10 minutes pour lui), mais le plus souvent il se fatigue à mi-parcours et il faut le porter, ce qui n’est plus du tout possible maintenant qu’il pèse plus lourd et que je suis enceinte du numéro 2.

    Pour autant, je trouve ça super important qu’il apprenne les règles de prudence pour quand on marche dans la rue, et pour ça il faut de la pratique… Pas facile !

  3. Pingback: La fin des préjugés ? [mini debrief] | Les Vendredis Intellos

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