Céline Alvarez, une institutrice révolutionnaire, démissionne

Cet article fait suite à l’expérimentation menée par Céline Alvarez, professeure des écoles à la maternelle Jean-Lurçat de Gennevilliers. Je vous invite donc à y jeter un oeil avant de poursuivre. :)

Une démission faute de soutien

La nouvelle m’a fait un choc. Je l’ai appris par un article du Monde.
[Depuis, cet article a fait le tour de la blogosphère et les VI en ont aussi parlé ici]
Céline Alvarez démissionne de l’Education Nationale après trois années d’expérimentation en recherche pédagogique au sein d’une classe multi-niveaux de maternelle.
La raison ?
Son expérimentation, malgré un succès incontestable, n’est pas prolongée et ne sera pas étendue.

Pour en savoir plus, voir l’article du Monde qui lui est consacré

Elle ne s’en cache pas, Céline Alvarez est entrée à l’Education Nationale pour tout chambouler.
Le concours de professeur des écoles, elle l’a passé :

[…] pour infiltrer le système et parvenir à le changer, pas pour enseigner. Je me laissais trois ans pour proposer un environnement de classe faisant l’effet d’une bombe pédagogique…

Pari réussi, la bombe a bien explosé mais cela n’a pas suffit à ébranler les murs d’une institution qui peine à justifier son refus.

Céline Alvarez, « l’agent infiltré » de l’Education Nationale maintient son objectif :

actualiser l’héritage pédagogique de Maria Montessori pour faire collaborer l’école et la recherche, la pédagogie et la connaissance objective du fonctionnement de l’être humain.

Mais désormais, c’est hors de l’école qu’elle continue ce combat. C’est bien pour elle, et je continuerai de suivre ses travaux, mais que c’est triste pour l’Education Nationale….

Quelle est cette école ?

Cette rencontre entre la recherche en sciences cognitives et les pédagogies positives m’avait donné beaucoup d’espoir. Je rêvais de voir le fruit de ces travaux non plus cantonnés à une école de ZEP mais généralisés à tout le pays. Pour le bien-être de tous les enfants.
Quelle déception.

Ecolier qui regarde la mer

Quelle est cette école qui devant un projet qui a prouvé son succès en termes de scolarité, de développement cognitif et d’intégration sociale refuse de reconnaître cette réussite éducative ?

Quelle est cette école qui finance des expérimentations locales mais ne les met pas en application à grande échelle ?

Quelle est cette école qui favorise une éducation à deux vitesses, performante pour ceux qui ont les moyens d’aller dans le privé (la quasi-totalité des écoles à pédagogies alternatives), inégale et inégalitaire pour tous ceux qui sont dans le public ?

On n’en connait pas précisément les raisons.
Je pense que d’une part, le changement fait peur, et d’autre part valider cette classe si exemplaire résonnerait comme un aveu d’échec de l’Education Nationale.
Alors on préfère mettre un pansement sur une jambe de bois et combler les fissures des murs de l’école républicaine avec des bouts de scotch.
Mais un jour, il faudra faire des changements de fond et revoir toute la manière d’enseigner et d’apprendre dans les écoles publiques de notre pays. J’espère qu’un jour prochain des dirigeants politiques auront le courage de remettre honnêtement en question notre système éducatif. Pas pour de vulgaires intérêts électoraux ou démagogiques, mais pour le bien-être des enfants et pour l’avenir de la société.

Les enfants d’aujourd’hui sont les citoyens de demain

C’est notre credo et le moteur qui nous a poussé à créer l’univers Debout Ludo. Je pense que c’est la même chose pour Céline Alvarez, et son constat est sans appel :

L’école faillit à sa mission à Neuilly comme à Argenteuil ; seulement, à Neuilly, ça se voit moins.

Alors, elle comme nous avons encore du pain sur la planche. Nous devons encore, en 2014, démontrer qu’une autre façon d’apprendre est possible, fondée sur le plaisir et la curiosité naturelle qui sont présents en chacun d’entre nous, mais qu’un système éducatif normatif gomme petit à petit.

Si nous voulons une société plus égalitaire, véritablement fraternelle et non liberticide, c’est tout le système éducatif depuis sa base qu’il va falloir repenser.
Les idées et les acteurs de ce changement ne manquent pas, mais il faut leur donner des moyens financiers, logistiques et systémiques conséquents.
Cela ne sera possible qu’avec une vision politique qui place l’Education comme une solution d’avenir et non comme un problème.

Quelle a été votre réaction en apprenant cette nouvelle ? Quels changements aimeriez-vous voir dans le système éducatif ?

EDIT DU 12/09 :
Céline Alvarez laisse un mot de remerciement sur son blog et s’engage à partager ses outils pédagogiques.

Par Laura de Debout Ludo, le blog ! le jeu au service du développement de l’enfant de maternelle
Lire l’article sur mon blog

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14 réflexions sur “Céline Alvarez, une institutrice révolutionnaire, démissionne

  1. J’apprends la nouvelle avec cet article, et bien sûr je trouve ça dommage. Le projet de Céline Alvarez était tellement pertinent ! J’ai toujours du mal à comprendre pourquoi la refonte de l’école n’est pas une priorité… Nous avons la chance d’habiter dans un tout petit village où l’école est à taille humaine et où de fait les enfants bénéficient de conditions favorables: classe multi-niveaux avec un faible effectif, une grande autonomie laissée aux élèves, activités Montessori même si l’école n’en porte pas l’étiquette officielle, etc.
    Je suis à la fois pleine d’espoir quand je vois que localement il y a malgré tout des endroits où ça bouge, et dépitée en voyant qu’au niveau national il ne se passe pas grand chose… Je me demande aussi si tous les parents sont prêts à envisager l’enseignement autrement. Hier réunion parents-instits à l’école de mes enfants, j’ai été effarée de voir comment certains parents s’adressent à leurs petits, avec entre autres menaces de punitions au lit, une fessée en sortant parce que le petit de 3 ans refusait de donner la main, une maman qui s’étonne qu’en sortie de GS sa fille ne sache pas lire parfaitement…
    Bref il y a encore du chemin !

  2. Ma réaction : mitigée.
    Dommage pour l’éducation Nationale c’est sûr, qui a du mal à voir quel peut être son avenir et sur qui elle peut s’appuyer pour avancer autrement.
    Mais surtout une grosse pensée à tous les enseignants qui innovent mais dont on ne parle jamais car ils le font à peu de frais, profitant de la fameuse liberté pédagogique, bataillant s’il le faut avec la hiérarchie ou les collègues, se retrouvant dans des groupes de discussion pour se rassurer sur le chemin un peu déstabilisant qu’ils ont choisi mais continuant car persuadés que leur choix est le bon !
    Alors oui, bravo à Céline Alvarez pour son projet, nous les non-démissionnaires nous continuerons à poser des petites bombes de l’intérieur…

    • Oui le choix de Céline Alvarez de démissionner est tout à fait discutable. Je n’ai pas voulu m’y consacrer dans cet article car je trouve que c’est presque une question philosophique :)
      Quand on veut faire la révolution vaut-il mieux « hacker » le système de l’intérieur quitte à avoir des bâtons dans les roues ou sortir du système pour être plus libre mais en détruisant tout le travail fait jusque là ? Vaste sujet…

      Céline Alvarez a au moins le mérite de médiatiser cette affaire et de mettre les pédagogies « alternatives » sur le devant de la scène.

      Pour info, je viens de faire une mise à jour avec le lien vers un mot de remerciement de sa part, posté ce matin sur son blog.

      • « Céline Alvarez a au moins le mérite de médiatiser cette affaire et de mettre les pédagogies « alternatives » sur le devant de la scène. »
        C’est le côté positif effectivement ! On le voit car je viens de lire 2 articles du Monde sur le sujet des pédagogies alternatives :-).

  3. Merci beaucoup de ta contribution!! Personnellement je pense que la question du changement dans le cadre de l’Education Nationale est vraiment très compliquée… mon avis personnel est que d’abord, ce système a été créé pour durer, et pour se reproduire. Il a donc beaucoup de mal à intégrer les changements, que ceux-ci soit généré par les évolutions sociétales comme par l’innovation de ses acteurs. Ensuite, ce système est une machine énorme: 800 000 profs pour combien d’administratifs?!! Donc qui dit gros système, dit grosse inertie… mais comme on dit: tout seul on va vite, à plusieurs on va loin, donc pourquoi pas?! Enfin, on oublie trop souvent que l’éducation nationale n’a pas eu historiquement (et encore aujourd’hui) pour unique vocation d’instruire, de permettre aux enfants de s’épanouir… l’école est une acculturation c’est à dire la transmission d’une culture, de codes, de normes, de tabous, d’implicites, de comportements sociaux… l’école n’est pas qu’un outil cognitif, c’est aussi un outil politique. Sans tomber dans une forme de théorie du complot, on ne peut pas faire l’impasse sur ce pan.

  4. J’étais consternée en lisant l’article du Monde, quel scandale qu’il n’y ait pas de suite ! Après la démission est un choix personnel, mais je trouve ça dommage, ne serait-ce que pour les quelques enfants qui auraient pu être dans sa classe. Les vidéos de son site m’ont beaucoup émues, ses élèves ressemblent tellement aux miens : bref, c’était une petite note d’espoir qui s’éteint. Heureusement, il y en a d’autres, moins médiatiques. Je suis d’accord avec Mme Déjantée, pas sur que l’éducation nationale ne poursuive que des grands objectifs d’émancipation par le savoir… Sans tomber non plus dans la parano, je ne suis pas absolument certaine que tout nos dirigeants aient spécialement envie de voir arriver des générations bien plus créatives et dotées d’esprit critique. Peut-être devrions-nous nous mobiliser davantage, parents et enseignants pour contraindre le système à évoluer. Cela pourrait passer par la création d’écoles associatives, par la contestation d’une certaine forme d’évaluation… Pourquoi ne pas s’inspirer de ce qui s’est passé après mai 68, lorsque la création de crèches parentales a influencé les pratiques des crèches classiques ?

  5. Merci pour cet article mais comme MarieLou, je voudrais aussi penser aux enseignants qui essaient de faire le maximum avec le peu de moyens qu’ils ont, et qui essaient de croire encore à la mission de l’école.
    Il y en a et je crois que chacun à notre niveau, nous pouvons soutenir ceux et celles que nous connaissons.

    >Peut-être devrions-nous nous mobiliser davantage, parents et enseignants pour contraindre le système à évoluer.
    J’achète l’idée. :-) Je ne vois pas encore trop comment nous pouvons faire.

    • Le changement viendra plus certainement de la pression des parents, des profs et de l’opinion que du système en lui-même !

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