Les violences faites à l’enfant {mini debrief}

Cette semaine, nous allons parler des violences éducatives au travers de trois des dernières contributions publiées sur le blog des Vendredis Intellos.

Cecile de Leo-Melrose nous expose l’approche de la parenté ludique pour aider les enfants à surmonter leurs peurs et angoisses grâce au jeu.

Elle nous présente cette méthode au travers de la lecture du livre « THE OPPOSITE OF WORRY » de Lawrence J. Cohen, psychologue américain spécialiste de la parentalité ludique (livre non traduit en français).

D’après Lawrence’ J. Cohen, chacun a un système d’alarme interne, très utile pour se protéger des vrais dangers extérieurs. chez les personnes angoissées et chez les enfants, il peut rester bloqué en positon « danger » et donc bloquer les perceptions.

Afin d’aider les enfants à faire baisser leur niveau de peur, il est nécessaire de faire preuve d’empathie. Je pense que ce point de vue est partagé par de nombreux auteurs : les émotions de nos enfants sont bien réelles et il est nécessaire de les écouter et de les reconnaitre même si de nos yeux d’adultes elles semblent « peu importantes ».

Nous pouvons également inspirer la sérénité aux enfants en leur montrant que la situation qui les stresse ne nous fait pas peur à nous adulte : « je ne suis pas inquiet donc tu peux être tranquille aussi » (moi je dirais quand même de faire attention à ne pas ridiculiser la peur de l’enfant comme on le voit trop souvent autour de nous – Le fameux  « mais que tu es bête d’avoir peur » lancé par un père agacé par son fils qui ne veut pas aller sur le grand toboggan par exemple – Le challenge est de réussir à montrer qu’on est soi même serein tout en reconnaissant et acceptant les craintes de l’enfant)

Et enfin, nous pouvons pousser nos enfants à confronter leurs peurs grâce aux jeux afin de les surpasser, de gagner en confiance en eux. Ainsi ils pourront sortir de leur cocon, mener de nouvelles expériences et s’épanouir.

Cette contribution montre, si cela était nécessaire, l’importance du jeu pour les enfants (mais aussi pour les adultes) : il permet d’apprendre sans s’en rendre compte. Et cet apprentissage concerne toutes les notions : motrices (courir, sauter, jouer à la balle, enfiler des perles…), cognitives (reconnaitre les couleurs, compter…) mais aussi émotionnelles.

Chrystelle ensuite s’interroge : faut il une loi pour éradiquer les violences éducatives ?

La question d’une loi pour interdire la fessée revient très régulièrement dans nos médias.On en débat aussi souvent sur les VI.

Le Cercle Psy dans son article « Faut-il interdire la fessée ? » tente de répondre à cette question : la loi doit elle interdire la fessée afin que la violence ne soit pas le quotidien de certains enfants ?

Il n’est pas du tout simple de répondre à cette question.

Il faudrait déjà pouvoir faire un distinguo clair entre la fessée accident donnée par un parent excédé et la vraie maltraitance. D’ailleurs est il nécessaire de rappeler que la maltraitance peut revêtir bien des formes et que la fessée, ou la violence physique en général n’en sont qu’une partie ?

Loin, très loin de moi l’idée de défendre la fessée, même par « accident ». Pour moi aucune violence n’est acceptable. Cependant, la suite de l’article montre que la fessée est encore bien ancrée dans les mœurs françaises : selon une étude de 2006/2007 95% des parents français voyaient la fessée comme une partie intégrante des traditions françaises. Pire, en 2010 80% des parents français étaient opposés à l’interdiction de la fessée.

Nous qui sommes parents aujourd’hui avons pour la plupart d’entre nous été élevés avec la fessée. Il n’est pas facile, même en aya,t la meilleure volonté du monde, de se défaire de cette habitude prise dans notre enfance.

Pourtant des études américaines et canadiennes montrent les conséquences négatives de la fessée sur le long terme : troubles du comportement, modification de la substance blanche du cerveau…
Olivier Maurel, fondateur de l’Observatoire de la violence éducative ordinaire (OVEO), cite même une étude alarmante selon laquelle les enfants entre 2 et 4 ans qui ne reçoivent pas de fessée auraient en moyenne un quotient intellectuel plus élevé de 5 points que les enfants qui en reçoivent

Alors pourquoi la France ne suit elle pas l’exemple des 32 pays qui ont déjà interdit les châtiments corporels ? Parmi ces pays, on retrouve 23 des 27 membres de l’Union Européenne.

Une loi interdisant la fessée suffirait elle à éradiquer les violences éducatives alors qu’on a vu à quel point elles sont ancrées dans nos traditions, notre inconscient collectif ?
Comme Chrystelle, je pense qu’une telle loi serait un premier pas qui pousserait certains parents à réfléchir mais que la question des violences éducatives doit être abordée de façon plus globale. C’est toute notre société qui doit évoluer afin de la faire disparaitre non seulement des foyers, mais aussi des écoles, centres aérés, clubs de sports…
Nous devons apprendre des alternatives telles que l’écoute active, la compassion… La route est longue.

Et pour conclure sur ce sujet, n’oublions pas que les violences verbales, même si elles ne se voient pas, peuvent elles aussi faire beaucoup de mal et laisser des séquelles psychologiques.
Ce volet est assez peu abordé lorsqu’on parle de violences éducatives, pourtant il en fait bel et bien partie et ne doit pas être oubliés.

Enfin le troisième sujet est abordé par DameAndineCogite : après l’abus

Elle nous parle ici d’un mécanisme de défense mis en place après un abus sexuel ou de situations d’agression : il s’agit de l’impuissance acquise.
Ce mécanisme est exposé par Gérald Brassine dans son livre : Prévenir, détecter et gérer les abus sexuels subis par les enfants.

Il se met en place à la première agression et reste latent, se réactivant à chaque fois que la victime est en situation d’abus ou d’agression. Il est méconnu et peut faire croire, à tort, que la victime est consentante.

Identifier ce mécanisme est important pour la victime, cela lui permet de cesser de culpabiliser, de réaliser que céder n’est pas consentir, de comprendre ce qui lui est arrivé et de pouvoir le dépasser.

Ce que veut nous montrer DameAndineCogite, c’est que face à un abus ou une agression, la victime n’est pas impuissante mais se sent impuissante. La différence est importante.
Et cette impuissance acquise peut être dépassée grâce à la parole libre associée si elle ne suffit pas à d’autres méthodes telles que l’hypnose.
C’est un message très positif je trouve: une personne qui a été victime d’abus ou d’agression n’est pas condamné à rester dans cet état de victime, créer de nouvelles attitudes face à des situations potentiellement abusives.

Et je cite simplement sa conclusion :

Sachons-le : on peut se (re)découvrir puissant-e.

GreenWitch

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4 réflexions sur “Les violences faites à l’enfant {mini debrief}

  1. Pingback: Violences faites aux enfants {Vendredis Intellos – Mini Debrief} | Procrastineries

  2. Merci beaucoup de ton débrief!! Et désolée d’arriver si tard pour le commenter! Tu m’as demandé un retour dessus et le voici: je lis une belle synthèse agrémentée de ton avis et expérience personnelle tout aussi enrichissante. Merci!
    C’est bon de te lire :-)

  3. « Nous pouvons également inspirer la sérénité aux enfants en leur montrant que la situation qui les stresse ne nous fait pas peur à nous adulte : « je ne suis pas inquiet donc tu peux être tranquille aussi »  » : j’aurais un autre bemol, plus delicat a faire entendre : c’est que le systeme d’alarme de l’enfant n’est pas forcément déficient. S’il a peur et pas nous, sommes-nous surs d’être celui qui a raison ? Nous avons souvent l’impression (fausse) que nous en savons forcément plus que l’enfant, alors que nous sons sommes déconnectés de nos intuition et émotions, et pas lui.
    Un exemple édifiant peut être trouvé dans les recits de la tempete Xynthia, où bêtes et enfants avaient peur, et pas leurs parents… Les enfants survivants ne font plus confiance à leurs parents…

    Comment lui apprendre a se fier a ses intuitions et émotions (la peur en est une) si notre message est « je ne suis pas inquiet DONC tu peux être tranquille aussi » ?

    N’oublions pas que nous ne voulons pas que, plus grand, il commette une imprudence malgré les signaux de sa peur parce qu’un plus grand/intrépide l’y aura entrainé…

    Pour moi le message vraiment respectueux serait
    J’entends ta peur
    Tu as raison, ce xxx peut etre effrayant
    Pour information, moi je n’ai pas peur.
    ou, plus utile (parce que j’ai peut-etre tort de ne pas avoir peur) :
    On peut apprendre a combattre sa peur, qu’est-ce qu’il te faudrait pour faire baisser ta peur ? Une information ? (ce chien n’est pas plus grand que celui de tonton, avec qui tu joues, et il n’a pas un comportement menaçant) Une présence rassurante ? (As-tu moins peur si je te tiens par la main ? Si tu as ton « caillou magique » dans la poche ?) Un encouragement ? (Je sais que ca te parait haut, mais je sais aussi que tu peux le faire)

    Dans le cas de la tempete, on aurait pu surveiller les infos meteo, aller jeter un oeil à la digue pour voir sa solidité, laisser les enfants dormir exceptionnellement avec leurs parents, voire jouer a se faire encore plus peur en allant voir des videos de tempetes tropicales,… et deja simplement commencer par reconnaitre que oui, une tempete c’est effrayant.

    On ne rend pas un enfant (ou un adulte) moins angoissé en balayant sa peur, même avec respect et bienveillance, mais au contraire en l’accueillant et en trouvant sur quoi elle s’appuye pour l’aider à la gérer

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