La publicité a-t-elle fait son entrée officielle à l’école ?

Au hasard de mes lectures ces derniers jours, je suis tombée sur un article du numéro de juillet de la revue Prescrire (une revue destinée aux professionnels de santé, financée sans pub ni subvention) qui m’a interpellée.

Cet éditorial, intitulé « Portes ouvertes au sucre à l’école« , réagit à l’accord de coopération passé en octobre 2013, entre le Ministère de l’éducation nationale français et le CEDUS et nous explique notamment que :

Fin 2013, le Ministère de l’éducation nationale a signé un accord avec l’organisme de défense de la filière du sucre autorisant celle-ci à fournir le contenu de cours sur l’alimentation, de la maternelle à la terminale, ainsi que celui de la formation continue des enseignants.

Alors, je ne sais pas vous, mais moi j’étais passée à côté de cet accord qui a quand même quelques mois. Du coup, j’investigue un peu et je cherche à comprendre de quoi il s’agit (c’est pas que je ne fais pas confiance à Prescrire mais j’aime bien comprendre et me faire ma propre opinion).

Voici, donc, les résultats de ma petite enquête :

Tout d’abord, le CEDUS : Centre d’Etude et de Documentation du Sucre. C’est un organisme interprofessionnel qui a pour mission d’assurer l’information et la documentation sur le sucre. En résumé : le lobby des professionnels du sucre.

Sucre

Le Ministère de l’éducation nationale, ça on connaît.

L’accord cadre, quant à lui, est disponible ici. En résumé, il est conclu pour 5 ans et prévoit que le CEDUS :

  • consitue un centre de ressources pour les élèves, les familles et les enseignants sur tous les aspects du sucre,
  • apporte une aide à l’orientation des jeunes vers les métiers du secteur,
  • coopère à l’éducation nutritionnelle, la prévention du surpoids et de l’obésité,

Les cosignataires coopèrent au développement d’activités d’éducation nutritionnelles, d’éducation au goût et à la consommation.

Ils organisent des actions adaptées au niveau des élèves visant à :

  • développer les connaissances gustatives des élèves ;
  • communiquer sur l’importance du goût dans l’alimentation ;
  • mettre en évidence la nécessité d’une alimentation variée et équilibrée ;
  • proposer des activités pluridisciplinaires à partir de thèmes tels que le goût et l’art, le goût et les ethnies, le goût et sites géographiques, le goût et l’histoire, le goût et les sciences…
  • développe avec le Ministère de l’éducation nationale, la recherche et la créativité dans les métiers de bouche autour du sucre,
  • propose des visites d’entreprises aux élèves et enseignants,
  • contribue à l’insertion professionnelle des jeunes diplômés en pâtisserie,
  • participe à la formation des personnels de l’éducation nationale, via l’accueil en entreprise,
  • collabore à l’élaboration des ressources pédagogiques dans les domaines de l’agroalimentaire et de l’alimentation.

Le motif affiché de cet accord est un rapprochement entre l’école et le monde professionnel, notamment le milieu de l’hôtellerie /restauration.

Sur le principe pourquoi pas, encore que je vois mal en quoi les professionnels du sucre sont les représentants des métiers de bouche… Mais ce que je vois encore moins, c’est ce que l’éducation nutritionnelle des enfants de tout âge vient faire là-dedans.

Après, on peut vivre au pays des bisounours penser que le CEDUS ne va pas faire la publicité du sucre dans les écoles au détriment de la santé des enfants.

Mais le matériel mis à dispositions des enseignants est, forcément, très tourné vers le sucre. Par exemple, pour les plus petits (maternelle à CE1) : « Le sucre en 7 sets« , explique les 4 saveurs (sucré, salé, acide, amer) puis enchaîne sur 6 activités + 1 affiche autour du sucre.

Et quand je vois, dans leur brochure grand public intitulé « Sucre et santé quelle place dans l’alimentation ?« , l’allégation suivante :

Aucune donnée scientifique n’a pu établir de relation directe entre prise de poids et consommation de sucres.

Je sais pas… j’ai un doute là, non ?

Si vous voulez, vous faire une idée des informations fournies par le CEDUS, vous pouvez allez voir le matériel à destination des enseignants sur leur site grand public, et même consulter la documentation pédagogique sur leur site à destination des professionnels.

Vous pouvez aussi aller consulter ce décryptage très intéressant de la vidéo « Le merveilleux repas d’Ulysse » (film pédagogique du CEDUS qui a reçu le label Bien manger c’est l’affaire de tous…).

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11 réflexions sur “La publicité a-t-elle fait son entrée officielle à l’école ?

  1. Questions ouvertes (je ne défend pas spécialement le loby du sucre) :
    Et si le CEDUS réagissait à la consommation de plus en plus croissante des « substituts » : édulcorants (chimiques), stevia dont on a finalement peu de recul quant à leur innocuité en particulier sur nos enfants (ces molécules n’ont pas d’intérêt métabolique contrairement au sucres, ils trompent le cerveau sur le goût) ?
    Ne vaut-il pas mieux apprendre à un enfant qu’il est préférable de ne pas manger trop de sucres simples et de produits avec sucres ajoutés ? que les sucres sans excès sont nécessaires au fonctionnement de leur cerveau, la production d’énergie ? plutôt que de les laisser absorber des quantités de produits industrialisés bourrés d’additifs et estampillés 0% ou sans sucre ou « zero » ?Les lobies de l’industrie chimique existent et sont beaucoup plus présents dans notre quotidien que le loby du sucre…

    • Je pense que quitte à ce qu’il y ait un lobby, il vaut mieux celui du sucre que celui des édulcorants, tout simplement car le lobby du sucre ne peut pas faire sa promotion trop ouvertement, il est obligé de passer par des astuces marketing. Il y a tout de même une certaine vérification…
      Alors que celui des édulcorants aurait pu y aller très franco, car comme rien n’est prouvé concernant les édulcorants, le message « le sucre, c’est mal, mais vous pouvez boire des sodas sans sucre autant que vous voulez » pourrait passer sans que personne ne bronche.

      Cela dit, j’aurais quand même préféré que ce soit le lobby des tomates qui y aille. Mais dans l’absolu, l’emploi d’un lobby me gène. Quoique pour être pragmatique, je pense que le lobby des légumes verts pourraient bien mieux persuader les enfants de manger des courgettes et des haricots que n’importe quelle information nutritionnelle pédagogique. Pour les épinards et les brocolis, par contre, je pense que ce n’est pas dans les capacités humaines.

  2. Certes, je pense qu’il vaut mieux passer un message sur le sucre que sur l’allégé version chimique. Mais le souci reste que des vendeurs de sucre vont aller parler de nutrition et d’équilibre alimentaire aux enfants.
    Que l’on se dise qu’il vaut mieux du sucre que des édulcorants et qu’on leur demande de faire passer ce message pourquoi pas. Mais qu’on les laisse former les enseignants et fournir la documentation sur le goût et l’équilibre alimentaire en général… Alors qu’ils tiennent un discours contesté par des médecins et des études scientifiques concernant sucre et obésité, ainsi que sucre et diabète…
    Et au fond, même ce serait des vendeurs de tomates, ça me gênerait qu’ils rentrent à ce point dans le système scolaire. S’ils le font c’est bien parce qu’ils ont quelque chose à gagner : des consommateurs. C’est donc de la publicité sous couvert d’éducation.

    • Je suis d’accord avec toi : il faut former les enseignants pour qu’ils puissent à leur tour parler du goût, de l’équilibre alimentaire et de la nutrition. Là, il n’y aura pas de parti pris, contrairement au Centre d’Etude et de Documentation du Sucre.

  3. Pingback: La publicité a-t-elle fait son entr&eacu...

  4. Merci beaucoup de ta contribution!!! C’est vrai que cet accord à de quoi interpeller…
    Même au sein des filières professionnelles, il me semble que les élèves/étudiants et leurs enseignants ont droit à des informations tout de même moins partiales!! Pour réagir à un commentaire plus haut, je ne pense pas qu’il faille opposer sucre raffiné et édulcorants: ni l’un ni l’autre ne sont nécessaires à une bonne alimentation, je ne vois donc pas en quoi il faudrait en faire la promotion à l’école…

  5. Je suis complètement d’accord avec toi. Il devrait être interdit pour tout lobby de faire de la publicité à l’école. Ils ont évidemment des intérêts et des consommateurs à trouver. une honte…

  6. En pleine « folie » de lutte contre l’obésité c’est pour le moins étrange… Et pas bien rassurant…

  7. Pfff… quelle société ! …
    Ca ne m’étonne qu’à moitié qu’on en arrive là, toujours le profit au bout, mais quels moyens a-t-on pour empêcher ça ? C’est dingue de se sentir à se point démuni…

  8. Merci pour cet article. Il rejoint mes préoccupations sur le lobby agroalimentaire dans son ensemble. Le sucre et son omniprésence en font partie.

    Par contre, j’ai une réserve sur le glissement vers la question de l’obésité, qu’on retrouve très souvent dans les réflexions pourtant très intéressantes sur l’alimentation.
    – Je pense en effet que, selon le métabolisme, le sucre peut n’avoir aucun impact sur le poids – j’ai quelques exemples dans mon entourage de personnes gourmandes et ne se privant pas de sucre qui ont une taille de guêpe.
    – Ne pas grossir n’est pas une garantie de bonne santé (concernant l’alimentation) : l’une des personnes évoquées a dû limiter sa consommation de sucre, d’alcool, de café… non pas parce qu’elle avait pris 200g, mais parce qu’elle a eu un ulcère à l’oesophage. De même, une personne mince peut avoir beaucoup plus de cholestérol qu’une personne obèse, etc. Associer la question de la malbouffe à « être trop gros », c’est risquer de croire que « mince » = « être à l’abri ».
    – Les raisons de grossir sont complexes, et heureusement des nutritionnistes commencent à pointer le danger des régimes et leur impact sur le poids – beaucoup de personnes obèses en témoignent : c’est en jouant au yoyo qu’elles ont de plus en plus grossi.

    Je pense qu’il est fondamental de parler de la qualité de l’alimentation indépendamment de la question du poids – il ne s’agit pas de nier toute corrélation mais je pense qu’on se trompe de cible : les gens minces ne sont pas épargnés par l’industrie alimentaire, les additifs chimiques, les pesticides, les sucres cachés, des aliments vidés de leur bons nutriments, etc., sont autant des poisons pour les minces que pour les gros, Quant au sucre, ce qui me pose problème c’est son omniprésence. Un bon dessert fait maison, c’est sympa. Trouver du sucre dans le pain, la pizza, la poêlée de légumes surgelée, etc., ça l’est moins. On se dit qu’on mange des légumes, du pain, de la pizza et non du « dessert », pourtant le sucre est là. Dans ce sens, limiter les produits « fabriqués » me semble une bonne piste (après il y a tout l’enjeu du monde du travail et son rythme souvent dément qui incite à opter pour la pizza ou la poêlée surgelée).

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