LES ÉCUEILS DES TECHNIQUES DE COMMUNICATION NON-VIOLENTES [LES VACANCES DES VI]

catamaran

Et si les méthodes de communication non violente du type de celle présentées dans les livres tels « Ecouter pour que les enfants parlent » n’était pas si non violente que ça ? Au mois de Mars, Bienveillante s’est intéressée sur le blog aux « écueils de la communication non violente ». Commentant  un article paru dans la revue Grandir autrement, Bienveillante s’interroge sur le caractère véritablement non violent des techniques de CNV adaptées aux enfants.

Suivant l’article de Grandir Autrement « Et si la violence résidait en fait dans la situation même (un adulte veut imposer sa volonté à un enfant) et pas seulement dans la façon dont elle est gérée ? Et si la violence n’était pas dans la forme mais dans le fond ? « 

Bienveillante explique que Mmes Milovanivic et Meyers, les auteurs de l’article , « prennent comme exemple la technique « des choix  » , bien connues dans ces méthodes , et nous expliquent en quoi ce choix que l’on offre à nos enfants , n’est en fait qu’une manipulation déguisée , puisque c’est un faux choix , donné dans le but d’obtenir ce que l’on souhaite de notre enfant (« quel manteau tu préfères ?le jaune ou le bleu ?  » à un enfant qui refuse de mettre un manteau dans le but de le faire enfiler son manteau de toutes manière ). » La contributrice nous fait part du malaise qu’elle ressent elle aussi face à ces méthodes.

Selon les auteurs « …En effet, il s’agit d’emmener un enfant quelque part ou il a clairement exprimé ne pas vouloir se rendre pour des raisons tout aussi valables et sérieuses que celles qui motivent le parent : l’y emmener et lui faire croire qu’il a le choix (….) Les adultes disposent de moyens intellectuels pour mettre au jour la manipulation et la combattre. En revanche, les enfants sont trop immatures pour la dénoncer alors même qu’ils sont parfaitement capables de la percevoir. « 

 

J’ai lu ce billet, et les riches commentaires qui ont suivi, avec grand intérêt : j’avoue que cette « technique du choix » figure en bonne place dans ma « trousse à outils anti-crise », que ce soit en classe ou à la maison.

C’est vraiment appréciable d’ouvrir cette réflexion.  Je suis justement en ce moment en train de bouquiner Le petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens des psychologues Joule et Beauvois, dans lequel  les auteurs démontrent qu’une décision prise dans une apparence de liberté contraint en réalité beaucoup plus la personne que si elle était imposée. Troublant en effet… Il  serait  parfois bien difficile de dire Ou s’arrête la fluidité des relations entre les personnes et ou commence la manipulation. ..

Néanmoins, j’ai quand même du mal à assimiler le fait d’offrir un choix à un enfant peu coopératif à de la violence éducative. Dans ma pratique, aussi bien mes petits élèves que mes propres enfants apprécient en général de se voir proposer des choix (précisons que ce petit monde a entre 3 et 6 ans). Cela répond à leur besoin de conserver une certaine maîtrise sur les événements, ou peut-être aussi à une volonté de sortir d’une situation conflictuelle sans perdre la face devant l’adulte.

En outre, selon moi, proposer des choix à un enfant (surtout petit) c’est lui aménager un espace de liberté à sa  dimension, en élaguant les choix possibles.  Si je pose une question trop ouverte à mon moyen Doux de trois ans, (quelles chaussures veux-tu mettre ?) je cours de gros risques que celui-ci n’arrive pas à se décider, provoquant énervement et frustration aussi bien de son côté que du mien. Si je lui laisse un simple choix (veux-tu mettre tes sandales ou tes baskets ?),  je dirais que mon fils choisira environ deux fois sur trois parmi les solutions proposées et proposera une fois sur trois une autre solution. En l’occurrence, si Moyen Doux me dit vouloir  mettre ses sabots Flash Mc Queen, qui ont pourtant une fâcheuse tendance à lui écorcher les petons, je pourrai alors lui proposer de mettre une autre paire de chaussures dans son sac, en prévision des ampoules…  Il y a des chances  que nous partions tous les deux contents : nous aurons évité les larmes, Moyen Doux aura satisfait son besoin de maîtrise et je n’aurai pas l’inquiétude de le voir partir mal chaussé…  Et j’ai bien du mal à voir de la manipulation là dedans.

 

En revanche, je doute d’obtenir autant de succès si le choix est proposé dans le simple but d’obtenir  l’obéissance. L’enfant comprend au moins aussi bien ce que nous disons que ce que nous cachons. Il y a de grandes chances que l’échange n’aboutisse pas dans la sérénité, l’enfant percevant la menace sous-jacente.  Quand à mon Grand Doux, qui approche les 6 ans, je dirai qu’il est parfaitement capable de voir quand mes intentions sont moins nobles. Par exemple quand j’essaie difficilement de lui faire comprendre que je voudrais qu’il participe davantage aux tâches ménagères (un des sujets sensibles du moment à la maison), mon Grand n’hésite pas à rétorquer que « tu dis que je ne suis pas obligé, mais à l’arrivée je sais bien que je devrai le faire ».  Lorsque les enfants grandissent, nos petites recettes doivent faire la place à des outils plus fins…

Une autre chose qui me gène aussi un peu dans l’article de Grandir autrement est le regard relativement sévère porté sur certains parents qui ne verraient dans l’éducation non violente qu’un nouveau  moyen de se faire obéir.

« Régulièrement, l’enjeu principal est de se faire obéir ou d’obtenir ce qu’on veut ; de régler le conflit en sa faveur mais autrement qu’à coup de punition, de chantage ou de fessée. » »

 

Ayant fait un stage « Ecouter pour que les enfants parlent », je doute que les parents qui s’inscrivent dans cette démarche cherchent uniquement des recettes pour obtenir ce qu’ils veulent de leur progéniture. Personnellement, je ne veux pas d’enfants « obéissants », je veux simplement vivre des relations riches et affectueuses, en espérant que cette ambiance familiale permettra à ma progéniture de devenir des adultes fréquentables et épanouis. Je crois qu’il faut déjà beaucoup de courage et d’amour pour remettre en cause l’éducation « traditionnelle » que la plupart d’entre nous ont reçu et pour admettre que l’on ne sait pas… Renoncer aux claques et aux fessées est déjà une sacrée étape.

Sans être une spécialiste de la non-violence,  il me semble que pour établir une communication sincère, il faut être prêt à lâcher ce qui n’est pas essentiel pour nous tout en restant vigilant sur nos propres besoins. Depuis trois ans que je m’intéresse à cette approche, l’écueil principal pour moi était non pas d’être autoritaire, mais de vouloir trop bien faire,  s’aveugler face à ses propres besoins, pour laisser trop souvent ma colère exploser lorsque « la coupe est pleine ». Soyons donc bienveillants envers ceux qui ont le souci d’éduquer au mieux leurs enfants, comme nous devrions l’être avec nous même lors de nos inévitables errements.

 

Merci en tout cas à Bienveillante d’introduire un peu de critique sur des « astuces » qui peuvent nous sembler anodines, je vous invite à lire son billet ICI.

 

Flo La Souricette

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6 réflexions sur “LES ÉCUEILS DES TECHNIQUES DE COMMUNICATION NON-VIOLENTES [LES VACANCES DES VI]

  1. pour animer des ateliers « Parler pour … », je peux dire 2 choses à propos des intentions des parents qui y participent :
    – une très très faible minorité vient chercher des outils pour se faire obéir mieux (c’est rare mais ça arrive)
    – beaucoup viennent chercher des outils pour se faciliter la vie et faire en sorte que leur enfant soit plus cool. L’intention n’est donc pas de se faire obéir mais parfois, il y a une différence bien mince entre appliquer l’écoute active dans l’espoir que l’enfant va se calmer et lui ordonner de se calmer. Et cette différence n’est pas perçue par l’enfant : il comprend qu’il doit absolument se calmer, ce qu’il n’arrive pas à faire.
    J’avais décrit ça ici : http://blog.scommc.fr/comment-fonctionnent-les-enfants/

    Donc oui, il y a un vrai risque à utiliser les techniques de la CNV si on ne prend pas de recul régulièrement sur ces pratiques.

    • Merci pour cette prise de recul, je trouve ton billet extrêmement intéressant… J’ai parfois ressenti chez mes fils la culpabilité de ne pas réussir à avoir le comportement qui me ferait plaisir, mais aussi le sentiment de ne pas pouvoir leur apporter d’outils satisfaisant . Je vois de plus en plus que pour réussir à être non violent, il faut accueillir et accepter le négatif tel qu’il vient. Pour autant ce n’est vraiment pas facile : dans la « vraie vie, il y a aussi certaines choses que je ne suis pas prête à accepter, et je ne me gêne pas pour le faire savoir aux Doudoux puisque sinon c’est ma propre frustration que je vais alimenter… Si on arrive à ce que tout le monde retrouve le sourire en appliquant « un truc », je ne vais pas me gêner pour l’utiliser, même si je comprends un peu les risques qu’il y a à passer en « pilote automatique ».

  2. Et si la vraie question à se poser était « Pourquoi certains parent refusent -ils toute forme de conflit avec leur enfants? »
    N’est-ce pas au fond une forme admise et répandue de refus de l’altérité?
    Je crois que le plus important est d’être cohérent et s’efforcer d’être lucide sur ce qu’on impose ou pas à nos enfants.
    Par exemple, mettre ses doigts dans la prise c’est interdit et non négociable, mettre un manteau si on bouge et qu’on n’a pas froid, ou se presser pour un déplacement vers une activité décidée par les parents, sans obligation particulière , c’est plus discutable.

    • En effet, les conflits font partie de la vie.J’ai l’impression, d’après mon expérience personnelle d’enseignante, que les parents vont bien volontiers au conflit avec des enfants petits, mais moins avec des grands, comme si les années nous avaient usé… D’où l’intérêt peut être de ne pas perdre notre énergie avec des points finalement pas si importantes. Et puis entrer en confrontation est une chose, en sortir sans perdant en est une autre ;)

  3. La parentalité positive est souvent un domaine où on entre pour chercher des outils à nos problèmes, et dont on ressort (enfin en sort-on vraiment?) souvent changé, plus que ce qu’on attendait au départ… si, souvent, en tant que parents, on a tendance à vouloir que nos enfants coopèrent, petit à petit on se pose des questions… la pratique change le regard, c’est souvent ce que j’ai observé chez les parents que j’ai accompagné.
    Pour moi le choix est un outil pratique, comme avec toute personne en fait… tant que je reste ouverte au fait que ça peut être manipulatoire et qu’il y a d’autres solutions possibles. Tant que je reste en connexion avec mes besoins derrière, en fait. C’est plus l’intention et l’alignement avec mes vrais besoins, qui compte en général.
    Merci pour ce billet plein de pistes de réflexion Flo ;-)

    • C’est aussi ma façon de voir les choses. D’abord on veut « changer » ses enfants, puis on apprend à davantage accepter leurs émotions. En devenant plus tolérant envers eux, on finit par se dire qu’on gagnerait aussi à être plus cool avec nous même, notamment face au regard des autres. Évidemment, il y a des hauts et des bas (sinon c’est pas drôle), mais le chemin est joli.

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