Nos schémas corporels sont nos histoires [Vacances des VI]

Dans notre tipi, l’expression agacée d’une douloureuse réalité qui revient assez souvent ces derniers temps, c’est : « Stoooop !!! Je suis pas une aire de jeux !« . On peut aussi remplacer « stop » par « aïeeeeuuu p*t**n ».

Enfin bref. Mr Sioux et moi sommes de véritables espaces ludiques pour nos enfants. Le seul problème, c’est que nous n’avons pas vraiment le rembourrage d’un pouf, ni le revêtement amortissant d’une vraie aire de jeux. On en a marre de se faire sauter dessus et défoncer la cage thoracique par un cavalier inopiné (quand on est au sol), l’entrejambe (pour Mr) par un coureur fou (et moi qui espérais un petit 3e… snif), de se faire immobiliser ou écarter les jambes par des petits bras pour un jeu surprise version rase-moquette où l’on devient une structure de cache-cache vivante…

Alors quand j’ai (re)lu l’article de Maman Dragon, je me suis 1/ sentie moins seule, 2/ dit qu’il y avait peut-être une bonne raison pour supporter cela avec philosophie – tout en continuant l’appel à la douceur en mode « je ne suis pas une poupée et même si je suis un papa super costaud / une maman hyper forte, moi aussi je peux avoir mal (b*rd*l) ».

Pour moi, en tant que maman, je tente au maximum de transmettre à mes enfants que le toucher est important : je les câline beaucoup, on se touche beaucoup (et pour cela le portage depuis leur naissance a effectivement créé une familiarité et proximité très forte depuis toujours), j’ai des fois l’impression d’être un arbre de jeux pour eux tellement je les porte, soulève, fais sauter dans mes bras, fait passer par dessus mon épaule pour les faire coulisser dans mon dos (oui mes enfants sont des acrobates !) .

Dans Habiter son corps, Maman Dragon nous parle du schéma émotionnel de notre corps. C’est-à-dire qu’en dehors de toute réalité biologique (les connexions sous-jacentes communes à tous et les proportions objectives de notre anatomie), l’image que nous avons de notre corps se construit tout au long de notre vie. Et elle évolue grandement avec le temps – ainsi qu’un certain nombre d’autres facteurs, bien évidemment.


Les contacts précoces de l’enfant seraient fondamentaux. Finalement, en mettant dans mots (aussi aimables que possible mais ça dépend des jours) aussi bien sur ce que ressent notre enfant dans son corps (l’aider à verbaliser ses douleurs, mal-êtres et plus tard, complexes éventuels) que sur ce que nous fait notre enfant avec son corps (une baffe pour rigoler de ma deuzan ou un coup de boule involontaire de mon grand garçon de 4 ans), nous l’aidons à ressentir ses délimitations physiques. Il doit être attentif à ce que son corps lui dit (j’ai mal, je n’ai pas envie d’un câlin, tu m’étouffes, ma main a très envie de taper ma sœur énervante) mais aussi à ce que son corps occasionne et aux ressentis des autres êtres en relation avec lui (là, j’ai besoin d’être libre de mes mouvements, je ne veux que quelqu’un reste collé à moi pendant que je mange, je vois bien que tu en as envie mais je ne peux pas te tenir la main 1h dans la voiture parce que ça me fait mal au bras, …).

Respecter ses limites et celles des autres, d’abord physiquement, c’est déjà habiter son corps.

***

D’autres passages de cet article m’ont interpellée dans mon « habitation » adulte de mon propre corps.

Moi, je n’ai jamais su recevoir les câlins de mes proches (mais j’adooooore en donner à mes enfants, spa pareil) et j’ai souvent l’impression qu’à 30 ans, je n’ai toujours pas la juste appréciation des proportions de mon corps. Lien de causalité ?

Comprendre : je me cogne partout, tout le temps. Je sais que c’est aussi très certainement lié à mon envie de toujours tout faire vite, en maximisant le temps et les déplacements. Du coup, je prends mes virages très court et bam, le coin de la table, le bord du lit qui s’incruste dans mon tibia, mes jambes constellées de bleus (et de marrons) dont je ne me rappelle plus la provenance, des risques mal calculés (et des trucs renversés à éponger pour avoir voulu aller trop vite).

Il faut dire que mon corps, je l’ai toujours trouvé plus grand que je n’aurais voulu, trop plein de membres… pour quoi faire sérieusement, si ce n’est se faire remarquer en dépassant tous les élèves (garçons compris) d’une tête en primaire ?!


Je ne sais pas s’il y a un secret pour aider, à notre tour et avec succès, nos enfants à prendre conscience de leur corps. Pour moi, réfractaire au sport, je ne crois pas que cette option aurait marché. A la place, je préférais m’imaginer capable de métamorphose en lisant et écrivant des récits fantastiques… Oui oui, c’est une explication plausible d’après l’auteur cité par Maman Dragon :

à l’adolescence, les troubles du schéma émotionnel s’expriment par de fréquentes impressions d’étrangeté de leur propre corps que les ados concernés considèrent comme menacé dans son intégrité ou dont ils se sentent par moment dépossédés. Cela se manifeste  (…) dans leur intérêt pour les films d’horreur ou fantastiques (ou les personnages sont mi hommes mi robots (…)

Pour habiter son corps sereinement, je dirais donc qu’il faut, comme pour les autres apprentissages de la vie, avoir des modèles parentaux (au sens large) qui semblent s’accepter eux-mêmes dans leur singularité.

Recevoir également beaucoup de bienveillance envers soi-même – physiquement et intellectuellement, ne jamais être comparé qu’à soi-même le cas échéant. Et assurer, rassurer, exemples personnels à l’appui, sur le fait que notre perception évolue dans le temps et qu’un jour – pas trop tard si possible – tout cela sera en concordance (presque) parfaite.

***

Retrouvez toutes les contributions des VI version vacances dans cette catégorie.

Bel été à tous !

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