Les citations de mon billet sont tirées de l’émission radiophonique Du Grain à Moudre (France Culture) du 05/06/14: Les femmes sont-elles des patrons comme les autres ?

Avec ses trois invitées*, Hervé Gardette (l’animateur) aide à déconstruire les stéréotypes masculins / féminins tels qu’on les croise dans l’entreprise au quotidien, ceux-là même qui font que les femmes restent au point mort dans leur carrière quand les hommes continuent d’occuper l’essentiel des postes à responsabilité.

Les trois participantes s’attardent sur les stéréotypes assimilés (puis véhiculés) par chacun de nous dès l’enfance et qui nous collent aux baskets tout au long de notre vie professionnelle. Elles soulèvent de nombreux éléments que nous transmettons tacitement à nos enfants (filles ou garçons) et qui les conditionnent au point de les enfermer dans des profils standardisés.

On s’est rendu compte que les filles étaient dans des formes d’auto-censure très importantes, qu’il y a tout un cheminement, une construction […]. Il y a toute la famille, toute l’éducation derrière. Il y a une surestimation des stéréotypes de façon croisée: les garçons voient les filles beaucoup plus timides, gentilles, introverties qu’elles ne se sentent elles-mêmes et les filles voient les garçons beaucoup plus courageux, intransigeants, autoritaires qu’ils ne se voient eux-mêmes.

Notre attitude a tendance à freiner les filles dans leurs ambitions et même les introvertir plutôt que de les encourager. Si bien que au final, c’est leur valeur intrinsèque même – dont la valeur financière sur le marché du travail n’est qu’un des divers aspects – qu’elles sous-estiment.

Sur un petit scénario où il y avait 3 ans avant d’avoir une promotion, les garçons allaient tout de suite négocier pour n’avoir que 2 années alors que les filles attendaient qu’on leur dise: « ça y est, c’est bon ». Et ça, c’est une construction qu’on a très très tôt, dans l’enfance.
L’entourage familial (les proches) a toujours des conseils modérateurs dans la prise de risque: « quitter l’entreprise parce que ça se passe mal », « négocier un nouveau salaire », « attends, calme toi », « ne te précipite pas trop », « ne rentre pas dans le conflit », etc. Mais l’entourage est SURmodérateur pour les filles. Là où il va dire à un garçon : « allez, vas-y, ils te méritent pas » ou « demande un salaire supérieur ». Ils vont dire à une fille « sois plus tranquille », « attends ». Et ça, c’est une construction dès la petite enfance.

[Il faut] apprendre à dire « Je le vaux bien ». Pas d’une façon agressive mais d’une façon sereine.

L’idée n’est pas de rejeter les fondamentaux de notre civilisation ni de nier les spécificités féminines mais bien au contraire de les identifier, de les valoriser et d’en faire de véritables atouts pour aller de l’avant et rendre le monde meilleur !

La vérité c’est que les femmes, on a été élevées depuis des années et des années d’une certaine façon : je ne pense pas que je suis comme un homme, comme les 3/4 des femmes, j’ai un sens de la responsabilité très très très fort, je travaille plus – on travaille toutes 3 h de plus par jour – donc je travaille plus – le syndrome de la femme parfaite, je suis super appliquée, je suis moins devant la télé que mon mari…
Je retrouve des choses qui sont entre guillemets « féminines ». Pourquoi ? Parce que j’ai été élevée comme ça par ma maman, ma grand-mère, etc. et on porte des générations.
Mais je pense que ce que l’on porte est super intéressant. C’est-à-dire que le fait d’avoir des enfants et de s’en occuper, de s’occuper de la maison, de la famille et pas s’occuper que du boulot. Peut-être ça rend les gens plus simples, plus concrets, plus intelligents – et il n’y a pas de raison que les hommes ne puissent pas le faire – Je suis donc pour l’amélioration de l’homme.

Ces trois dirigeantes influentes portent une vision positive de l’avenir de la mixité dans l’entreprise et leur message redonne espoir certains jours de découragement… Elles interrogent encore beaucoup de choses essentielles dans cette émission : la parité plutôt que l’égalité, l’équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle, la valeur du travail des femmes dans la société, la cruauté du monde de l’entreprise face à la figure féminine, etc. Le décryptage est un peu long mais, à mon sens, il en vaut la peine: j’y reviendrai bientôt sur mon blog.

Euphrosyne

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*Invitées:

Jacqueline Laufer, professeur de sociologie au groupe HEC, directrice-adjointe du GDRE (groupement de recherche européen du CNRS) MAGE « Marché du travail et genre en Europe ».

Isabelle Barth, directrice générale de l’École de management de Strasbourg et membre du laboratoire de recherche HuManis

Mercedes Erra, fondatrice de BETC et présidente exécutive de Havas Worldwide, engagée dans le Women’s Forum for the Economy and Society, dont elle est l’un des membres fondateurs, ainsi que dans la Fondation ELLE, et membre permanent de la Commission sur l’image des femmes dans les médias.