Le dépistage systématique de l’hypercholestérolémie chez l’enfant, vraiment ?

Pour ma première contribution aux Vendredis Intellos – et malgré le temps nécessaire à réactiver un nombre suffisant de connexions neuronales pour ficeler correctement ce billet, je voulais réagir à cet article qui m’a fait bondir : Cholestérol : 5% des enfants touchés !

Le comité de nutrition de la Société française de pédiatrie et la nouvelle Société française d’athérosclérose recommande un dépistage généralisé du cholestérol chez les enfants, entre 2 et 10 ans, en priorité dans les familles à risque, où les taux de cholestérol sont élevés et dont l’un des membres a fait un accident cardiovasculaire jeune.

 

Je suis concernée par le problème et a fortiori, ma fille pourrait l’être. Mais organiser « un dépistage généralisé du cholestérol chez les enfants » dès 2 ans, est-ce bien raisonnable ?

L’hypercholestérolémie familiale est une maladie héréditaire, avec un risque élevé d’accidents cardiovasculaires à l’âge adulte et une diminution de l’espérance de vie.

Je ne doute pas un seul instant que ce chiffre soit vrai: 5% d’enfants dont le taux de cholestérol dépasse le seuil critique. On se dit qu’on peut être touché et forcément, parler de risques cardio-vasculaires et d’espérance de vie, ça fait peur, ça inquiète le parent-qui-veut-tout-bien-faire-pour-son-enfant…

D’autant plus que ce dépistage est recommandé officiellement par la NSFA (Nouvelle Société Française d’Athérosclérose) et le Comité de Nutrition de la Société Française de Pédiatrie. Aller à l’encontre des autorités est -pour moi comme pour bien d’autres – une démarche parfois difficile à entreprendre.

 

Pourtant, il y aurait quelques questions à clarifier avant de se précipiter dans un laboratoire d’analyse: d’abord, comment le seuil maximal admissible de cholestérol est-il fixé ? Une autorité officielle (en France, l’Agence Nationale de Securite du Medicament anciennement AFSSAPS) détermine une valeur à partir de laquelle vous êtes considérée comme « à risque ». En l’occurrence, ce seuil a beaucoup évolué depuis que je suis suivie: il était communément fixé à « 2g + âge du patient » puis, il a peu à peu baissé (pourquoi ? je n’ai pas trouvé d’information convaincante à ce sujet).

Aujourd’hui, il dépend d’un certain nombre de facteurs de risques mais est définitivement problématique au-delà de 2,2g quel que soit l’âge du patient et même au-delà de 1,9g dès l’apparition d’un facteur de risque (et je vous mets presque au défi de rentrer dans la catégorie « zéro facteur de risque » : diabète, sédentarité (là, on est presque tous concernés !), surpoids, tabagisme, hypertension, âge, antécédents familiaux, insuffisance rénale, causes endocriniennes ou métaboliques, maladies hépatiques ou rénales, prise de certains médicaments,
anorexie mentale, etc.). [ref 1]

Pour les enfants, d’après un site soutenu par la même société française de pédiatrie [ref 2], le taux est considéré comme élevé dès 2g/l. Alors qu’il est affirmé par ailleurs [ref 3] qu’il n’existe pas de seuil considéré comme un marqueur significatif de risque élevé chez l’enfant.

 

Ensuite, à quel âge effectuer les premiers tests ? Il est conseillé d’attendre 2 ans pour que la composition du sang soit stabilisée et moins dépendante des facteurs environementaux [ref 4]. Attention toutefois, les enfants allaités ont une facheuse tendance à avoir davantage de cholestérol que les enfants sevrés [ref 5]. Pourtant, on trouve par ailleurs que l’allaitement maternel est bénéfique pour la corpulence et la cholestérolémie à l’âge adulte
[ref 6] et recommandé par l’OMS jusqu’à 2 ans… N’y voyez pas le moindre paradoxe, les recommandations sont délivrées par le même organisme!

On apprend par ailleurs que la plupart des enfants atteints d’hypercholestérolémie finissent par réguler « naturellement » leur taux [ref 3]. Et dans ces conditions, quel intérêt vraiment de surveiller tous leurs apports lipidiques à cet âge ?

 

Finalement, dans le cas d’une hypercholestérolémie avérée, que préconise-t-on ? Une alimentation saine et de l’activité physique, c’est-à-dire éviter « les charcuteries et les viandes grasses […] viennoiseries et biscuits » et trouver d’autres occupations que de pianoter sur son ordi. Tiens donc, et pour les autres ? Télé + frites et barres chocolatées industrielles à toutes heures ? et puis si ils vivent dans un environnement enfumé, ça n’est pas grave puisqu’ils ne font pas partie de la population dite « à risque » ?

Il est conseillé aux parents de limiter les graisses animales riches en acides gras saturés comme les charcuteries ou les viandes grasses dans les repas, de réduire les produits riches types viennoiseries et biscuits, et de favoriser une alimentation riche en fibres.

Oui, manger sainement pour vivre plus longtemps, ça parait logique, c’est du bon sens. Quand on veille déjà à l’équilibre de nos assiettes, se mettre une pression folle pour traquer la moindre trace de graisse dans notre alimentation n’apportera certainement pas grand chose (parce que justement le cholestérol est multifactoriel et que seules certaines formes d’acides gras sont incriminés directement [ref 8]).

Et ensuite, que peut-on faire si un régime drastique ne solutionne pas le problème? pas d’inquiétude, l’industrie pharmaceutique a pensé à vous: le traitement des dyslipidémies par statines est possible dès 8 ans ! Sans effets secondaires (ou presque: à moyen-long terme, on a identifié plusieurs effets indésirables touchant les yeux, le foie, les reins ainsi que les muscles voire des cancers [ref 9], c’est remboursé par la sécurité sociale alors pourquoi se priver ?!?

 

Pourtant, avoir un taux de cholestérol élevé ne signifie en aucun cas être malade mais avoir un facteur de risque supplémentaire de développer des complications cardio-vasculaires à l’âge adulte (c’est-à-dire plusieurs décennies plus tard). Même si le lien entre le cholestérol et les infractus est communément admis, il n’en reste pas moins que c’est un facteur parmi d’autres, tout aussi importants: surpoids, tabagisme, malformation cardiaque, sédentarité, etc. C’est donc s’imposer de lourdes contraintes alimentaires toute sa vie pour éviter un éventuel problème qui n’arrivera potentiellement jamais. Et pire encore, lorsqu’on est sommé de se gaver de médicaments chaque jour à titre préventif, tout au long de sa vie, sans interruption envisageable » alors même qu’il persiste encore une incertitude sur leur tolérance à long terme » d’après, encore, la Société Française de Pédiatrie [ref 2].

En outre, les spécialistes de ces sujets sont généralement soumis à des conflits d’intérêt patents (il est ainsi parfois difficile de comprendre pourquoi un pneumologue (?!) par exemple, intervient régulièrement sur ce thème) et avoir toute la lumière sur ce thème est d’une difficulté incroyable. On trouve rapidement sur le site de la Société Française de Pédiatrie – qui recommande officiellement le dépistage systématique du cholestérol – que « depuis 2004, la Fondation Pfizer soutient chaque année des recherches, études et actions scientifiques permettant de prévenir les risques de santé des enfants et des adolescents et d’améliorer leur qualité de vie » [ref 10]. Le laboratoire Pfizer commercialise des statines. Et la NFSA – autre organisme prescripteur du dépistage systématique – décerne chaque année un prix en partenariat avec Fruit d’Or pro activ [ref 11], le plus célèbre des alicaments proposant de lutter contre le cholestérol et pour lequel nous ne disposons pas d’étude sur les effets d’une consommation à long terme[ref 8].

 

Je ne prétends pas avoir fait le tour de ce sujet très complexe. J’ai juste cherché des pistes de réflexion que je souhaitais partager avec d’autres parents. Toujours est-il que j’ai décidé que ma fille ne prendrait pas ces médicaments. Et comme nous appliquons déjà les recommandations relatives au mode de vie, il en résulte que je refuserai le dépistage du cholestérol pour mon enfant et pour moi.

Mangeons équilibré, faisons de l’exercice régulièrement mais aussi: ne buvons pas trop de sodas, ne fumons pas, aimons nous les uns les autres et le monde devrait continuer à tourner (l’industrie pharmaceutique peut-être pas).

 

Note: Pour contrebalancer mon scepticisme, je vous mets tout de même en lien le communiqué de la NSFA (Nouvelle Société Française d’Athérosclérose) sur le cholestérol: http://www.nsfa.asso.fr/grand-public/communiques/cholesterol-attention-danger.

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7 réflexions sur “Le dépistage systématique de l’hypercholestérolémie chez l’enfant, vraiment ?

  1. Merci. Intéressant… Je reste un peu sceptique sur l’emploi des statines chez les enfants, même si cela intervient en 2e niveau après correction d’eventuelles erreurs alimentaires. J’avais en tête qu’il y avait une big controverse sur l’utilisation des statines (qui ne semblaient pas vraiment efficaces…). Bref, je partage ta décision pour ta fille (pas de ces médocs)
    Je prône aussi l’équilibre de nos assiettes, sans plus, sans aller TROP loin…c’est à dire, que la traque de la moindre trace de graisse (en bas âge) serait même préjudiciable sur le long terme…le corps qui est en manque de graisse (pour le cerveau en construction), cherche par tous les moyens à en récupérer, et c’est là que le stockage apparaît dès le moindre écart.

    • On est sur la même longueur d’onde ;) Il y aurait beaucoup à dire sur les effets (pour le moins controversés) des statines mais j’ai essayé de ne pas partir dans tous les sens dans mon billet pour qu’il reste lisible…

    • Oui, oui, en effet, la nécessité d’apporter tout le gras nécessaire à nos enfants pour leur bon développement est incontestable et c’est un sujet à part entière !!!

  2. Merci beaucoup de cette contribution!!! Pour ma part, je m’interroge beaucoup sur la médecine préventive actuelle qui entend dépister les troubles, puis les indicateurs de risque de développer ces troubles, puis bientôt les indicateurs que les indicateurs pourraient bientôt indiquer un risque de développer les troubles… au final comme tu le dis, plus personne n’entre dans la catégorie « pas de facteur de risques », et je me demande si bientôt quelqu’un pourra encore entrer dans la catégorie « pas malade »…
    Alors on dit souvent que c’est un mal pour un bien, qu’il vaut mieux « savoir », prévenir plutôt que guérir… et quand on évalue les « bénéfices/risques » d’un dépistage on va s’intéresser aux faux positifs, aux faux négatifs, aux effets iatrogènes, etc.. mais qui va prendre en compte le coût personnel que représente pour une personne le fait de vivre pendant des années (de naître avec quasiment vu l’âge auquel le dépistage est proposé) avec l’idée qu’il sera bientôt, un jour peut être, malade, mais aussi bien pas. Et si un jour on s’aperçoit qu’on s’est planté, qu’en fait ces variations du cholestérol pendant l’enfance étaient physiologiques, on lui dira quoi? « Désolé de vous avoir pourri la vie, c’était pour votre bien » ?

    • En effet, on s’approche doucement mais sûrement d’un monde tel que celui décrit dans le film « Bienvenue à Gattaca » où nos gènes déterminent – avant même la conception – ce que sera notre vie. C’est inquiétant. Je pense qu’il est encore temps de réagir et de s’extraire de cette médecine préventive qui nous tyrannise davantage qu’elle nous protège.

      En tout cas, j’ai pris beaucoup de plaisir à agiter mes neurones ! Merci aux Vendredis Intellos de nous y inciter.

  3. Pingback: (Sur)vivre en santé [mini debrief] | Les Vendredis Intellos

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