La néophobie-alimentaire

http://www.infobebes.com/Bebe/Nutrition/Bebe-a-table/Petit-mangeur/La-neophobie-alimentaire

J’ai découvert avec stupéfaction cet article.

« Votre enfant refuse les aliments qu’il ne connaît pas ? Pas de panique ! Cette phase, appelée néophobie alimentaire, est très courante chez les enfants âgés de 18 mois à 6 ans. On fait le point pour dédramatiser et pour y remédier en douceur. »
Déjà je me pose la question « pourquoi un enfant refuse un aliment qu’il ne connait pas ? ». De mon point de vue, c’est qu’il n’en a jamais vu, peut être aussi qu’il n’a jamais vu un adulte ou un enfant en manger, peut être que physiologiquement son organisme ne supporte pas certains aliments. Un enfant qui a été un bébé allaité a goûté à travers le lait de sa mère, une multitude de saveur. Je serais curieuse de savoir quel type d’enfant la néophobie touche-t-elle.
La précision suivante a de quoi faire peur aux parents. La néophobie « c’est le fait pour un enfant d’être effrayé par tous les aliments qu’il ne connaît pas ». Le terme « effrayé » est peut être excessif. Entre refuser un aliment et être effrayé par lui, il y a une certaine marge.
On apprend ensuite que c’est « Une étape presque inévitable » « Elle touche 77 % des enfants âgés de 2 à 6 ans, elle est donc courante et normale. » Sympa comme information pour les parents. Voilà comment quelque chose de « courant » devient « normal ». Courant n’a rien à voir avec normal. Courant veut dire fréquent, normal veut dire naturel, deux choses différentes. J’ai été choqué en faculté de psychologie de voir que les études sont faites à partir de cas pathologiques, d’où les théories qui en découlent. Un enfant qui refuse de manger c’est un message qu’il envoie. Soit un problème médical (maladie, allergie) soit un blocage émotionnel, relationnel bref un truc qui n’est pas passé et qui fait qu’il ne veut ou ne peut pas manger.
Naturellement le petit d’homme est conçu physiologiquement pour être nourris du lait de sa mère. Ce lait, riche des saveurs de ce qu’elle consomme en plus de tout le reste, lui permet de découvrir et de s’éveiller au goût.
En plus de cela « elle dure quelques semaines à quelques mois » de quoi réjouir les parents, assistantes maternelles et autres personnes qui accompagnent l’enfant « Il peut toutefois arriver qu’elle dure plusieurs années » « tout dépend du comportement des adultes présent au moment des repas » explique l’auteur de l’article.
Il est précisé qu’il est nécessaire d’être calme et détendu, ce qui est totalement compréhensible, de ne pas focaliser sur le refus de l’enfant. Sauf qu’en tant que parent, voir son enfant qui ne mange pas, il est logique de s’inquiéter.

Le refus qui dure dans le temps « C’est le cas lorsque les enfants remarquent que leurs refus alimentaires leur donnent un certain pouvoir sur leurs parents. » On touche à la notion d’enfant-roi qui met tout le monde à terre et à son service en refusant les aliments dont il ne veut pas, charge à l’adulte de lui donner autre chose qu’il acceptera. Sauf que dans ce schéma, les adultes et l’enfant rentrent dans une situation de conflit et de rapport de force qui mènera à la défaite globale des deux parties.

Je vous passe les préconisations de type manipulatoire qui sont proposées dans l’article et la recommandation « la première raison de consulter un médecin, c’est lorsque la croissance de l’enfant se ralentit ou s’arrête » ce qui signifie qu’il s’est déjà passé plusieurs semaines voir plusieurs mois depuis le début du refus alimentaire.

L’article termine toutefois sur un point positif en précisant qu’il est bon de consulter un professionnel qui saura accompagner et rassurer les parents « Il faut que les parents se sentent en confiance pour traverser au mieux cette période et savoir accepter que pendant quelques temps leur enfant mange peu. » Là il n’est plus question de refus alimentaire mais d’une alimentation réduite en quantité, car un enfant peut manger en petite quantité, il n’a pas forcément besoin d’une grande quantité de nourriture. Ce qui est important c’est qu’il est accès à des aliments les plus naturels possible (fruits et légumes frais, céréales, légumineuses) et diversifiés, ainsi il pourra faire son choix parmi ce qui lui est proposé.

Marie-Christine Eustache

PS : je n’avais pas remarqué que le site était pleins de publicité pour les préparations lactés pour les enfants :-( donc pas étonnant que ce type d’article s’y trouve.